Journal des penchants du roseau

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jeudi 24 novembre 2016

« 100 poèmes pour que la famille Karasani vive dans sa commune sans être inquiétée »

100 poèmes pour la famille Karasani

« 100 poèmes pour que la famille Karasani vive dans sa commune sans être inquiétée » (poèmes ou courtes proses qui seraient rendus publics).

La matière de ces textes pourrait s'inspirer des quelques éléments présents sur cette page de soutien à la famille Karasani qui vit à Saint-Aubin-du-Cormier : https://www.facebook.com/SoutienFamilleKarasani/

Chaque poème peut être déposé sur cette page/événement avec la signature du poète (elle accompagnera le poème lors de sa publication sous tout support : web, affichettes, voire brochure), sur la page facebook de « soutien à la famille Karasani », par message privé sur le compte https://www.facebook.com/CultureCormier ou à l'adresse mail : christian.domec@wanadoo.fr .

Merci pour vos contributions !

__

Poème 1

Un homme, une femme
Deux jeunes étrangers
Un homme, une femme
Qui n’ont rien demandé.
Avoir été simplement
Le témoin dérangeant
D’une scène d’adultère
Qu’il faut faire taire.
Il ne reste que la fuite
Pour sauver leur vie
Rejoindre au plus vite
Un quelconque pays.
La Grèce fut leur refuge
Pendant quelques années
Un pays inconnu
Où leurs enfants sont nés.
Mais c’était sans compter
Sur la crise économique
Qui les a obligés
À rejoindre l’Albanie.
On ne les avait pas oubliés
Ils devaient avant tout payer
Le seul choix qui s’offrait à eux
Était de quitter tous ceux
Qui étaient leur amour, leur vie
Et c’était cela leur avenir.
La France leur a offert
L’espace d’un instant
L’espoir d’une nouvelle ère
Pour eux et leurs enfants.
Mais tout s’est arrêté
La sentence est tombée
Leur demande d’asile
N’était que pure utopie.
Une commune formidable
A chaque jour, sans relâche
Lutté pour cette famille
Qui ne demande qu’à vivre.
Ces deux parents courage
Désirent juste un travail
Et offrir à leurs enfants
Le plus beau des présents
Vivre à Saint-Aubin-du-cormier
Une commune qui sait aimer.

Élisa Galam

°°°

Poème 2

Cent poèmes pour une famille
une famille sans poème
un poème sans famille
une famille sans papiers
cent papiers pour un poème
un poème pour un village
un village pour une famille
une famille pour un pays
un pays sans frontières
sans frontières et plus humain

Denis Heudré

°°°

Poème 3

Il y a un pays avec des frontières.
Il y a des amis qui n’ont pas de terre.
Une maison, un horizon.
Vivants.
Ici et maintenant.
Entrons !

Corinne

°°°

Poème 4

Le fils dit :
« Mais qu’est-ce qui s’est passé papa ? »

Et le père se souvient :
« Tout en ce monde-ci se passe comme si
Rien n’y est ce qu’il est Tout est ce qu’il engendre
Toujours c’est d’avoir vu que l’œil est obscurci
Celui qui fit le feu, n’est pas la salamandre
L’homme passe à douleur et c’est toujours ainsi
Toute flamme allumée exige un prix de cendres. »
Aragon, madjnoun Elsa

Et la mère ajoute :
« Petit rappelle-toi quand je te parlais du vrai pays. C’est un pays qui n’est pas dans la géographie, il s’appelle mémoire, et sa capitale est en chacun de nous, c’est un pays fait de miel et d’amertume, de fleurs et d’orties, et c’est dans ce pays que rôde l’ennemi véritable, c’est un monstre fait comme toi et moi, un monstre pâle… »

Oui dit la fille. Au collège j'ai appris ce poème… Aragon, je crois.

« Faut-il qu’un jour le chant finisse
Le temps va-t-il tantôt changer
Et comme oiseaux se désunissent
Se défaire ce cœur que j'ai. »

Et nous solidaires de la famille Karasani ajoutons ceci :
Enfants de tous âges entendez que, quel que soit le versant de la montagne, le chamois monte toujours vers le soleil, quel que soit le pays, le poète va toujours vers la lumière…

Enfin Amis de Saint-Aubin du Cormier croyons ceci :
« Toute la terre est ma voisine, si j’ouvre la porte quand passe l’étranger. »

Fatima

°°°

Poème 5

Kledian fut le premier que je vis souriant
Le choc seul fit vibrer mes rameaux de printemps
Elançant à mes pieds son ballon shooté franc
Dénouant ses lacets, les chaussures à son flanc
Il ne put étouffer un fou rire éclatant
A la vue agitée de mes feuilles cet instant
Ni moqueur ni gêné me plut ce grelot franc.

Gentian, lui, fut mon seul confident de ce jour :
Ecoute les anciens, ils le confirmeront
Né au loin, je fus là transplanté par amour
Tremblant seul, près l’étang, je migrais mes atours
Irisant le fendu occident du donjon
Assailli au XVe symbole cette tour
Née du vœu de Mauclerc orgueilleux pour toujours.

Artan toi qui souvent protèges mes racines
Retiens ça : elles ne sont nullement mes origines
Triturée par une oie sauvage gourgandine
Amende corme fut déjection intestine
Nouée terre, elle naquit d’une haie illyrine.

Lirie toi, tes deux fils, ton mari, comme moi
Inspirés par destin d’un nouveau chez à soi
Respirons ensemble le souffle de l’émoi
Irrigant nos veines vivantes à venir
Exprimons ensemble nos communs « bienvenir. »

Aubin du Cormier

°°°

Poème 6

Je ne sais pas écrire de poésie

Je ne sais pas écrire de poésie mais j’écris pourtant.
Tu n’es pas français, mais tu vis là tout autant.
Nous sommes le vent, le soleil et la terre.
Un souffle, un homme.
Papier, pas de papier et le souffle l’envole.
Je suis née là, je ne bouge pas.
Je suis né là et je m’en vais.
Pas de papier pour le vent, ni parchemin pour le soleil.
La pluie fait couler la terre.
Mais l’homme fixe des barrières.
C’est l’envie qui doit guider.
Autant que le besoin.
Aller libre sur le chemin.
Ou rester si on est bien.
Un souffle, une tête.
Une famille, un désir.
Une naissance, une souffrance.
Partir c’est revenir mille fois auprès des siens dans sa tête.
Forcer à partir c’est déporter.
Nous n’arrêtons pas le vent dans nos têtes.
Qui décide pour la terre, le vent ou l’humain ?
Respect, souffle, une place pour chacun.

Lèna

°°°

Poème 7

Expulsion

Expulsion : le mot évoque la naissance,
Mais c’est ici celui de la mort d’un retour.
Au pays des Droits de l’homme : France,
La liberté, l’égalité, la fraternité et… l’amour,
Ont-ils droit de séjour en ce pays inhospitalier
Peut-on y lire des mots où pousse la solidarité ?
Contre ces esprits clos, la lucarne d’un poème,
Pour écrire en images la solidarité qu’on sème.
Poser les sons comme Rimbaud et sa Bohème.
Pour que dansent les rimes comme une plume
Et, nourrir tous ensemble l’espoir qu’on allume.

Fanie

°°°

Poème 8

Les brumes s’éloignaient estompées
Jours et nuits tendrement apaisés
Le rire des enfants fusait à nouveau
L’avenir se coupait des lambeaux
Mais les coups martelèrent sur la porte
Que l’identité vous emporte !
Revenir en arrière rebrousser chemin
Perdre l’insouciance des regards enfantins
On m’avait parlé là-bas d’une terre d’accueil
Je constate qu’en l’état on nous laisse sur le seuil.

Daniel Jagline

°°°

Poème 9

Les longs violons de l’automne
Brisent mon Cœur par leurs sanglots atones
Oh ! le chant des sirènes et de la pluie
Je voudrais tant rester près de Paris
Devant ce chapelet porté comme une étrenne
Pourquoi pas aussi à Bordeaux ou à Rennes
Pourtant je t’aime bien la France
Malgré toutes tes outrances
Tu m’as donné la gloire et la fierté
N’es-tu la patrie des droits de l’homme et des libertés
Pourquoi tu veux maintenant me les enlever
Et me renvoyer au Yémen ou en Syrie
Où les gens meurent sans un cri
Pourquoi m’expulser vers l’Albanie
Alors que je suis sûr que demain
Mes espoirs ne seront pas vains.

Yacine Khalfi

°°°

Poème 10

Je ne vous connais pas
Mais je suis avec vous
Mon souffle vibre
Mon cœur bat
Je suis avec vous.
La poésie prend forme
Sous les doigts du monde
À l’heure ou grondent les bombes
On questionne la norme
On ne lâche rien
Surtout pas les siens
On y tient
On réinvente
On rêve
On couche sur le papier des mots d’amour

Humaine, humain
Qui que tu sois
D’où que tu viens
Je t’aime !

Florian Baron

°°°

Poème 11

Un vélo,
Sur son dos
Un sourire
Quel plaisir !
C’est Gentian qui l’aura dégainé le premier
Parmi tous les gamins délurés du quartier.
Coup de fouet
Du matin
Rend chemin
Plus aisé.
Alors quoi, nous en serions privés,
Pour une sombre histoire de papiers ?
Change ta décision préfet !
Toi qui n’es même pas du quartier.
Dos courbé
ou lové
le désir
d’un sourire…

Anne

°°°

Poème 12

Un asile pour cette famille
Dans ce village si accueillant
Afin que joie dans leurs yeux brille
Et que s’apaisent leurs tourments
Que le cœur et non les papiers
Soit la référence choisie
Ils sont là pour tout apprécier
Eux qui depuis si longtemps fuient.
Dans ce village ils sont un plus
Chacun a pour eux amitié
Indispensables sont devenus
Ces êtres prêts à tout donner
Aime, aimer, oui aimons-les
À bras ouverts accueillons-les
Qu’ils aient un gîte où se poser
Qu’ils puissent enfin se reposer

Jeanne Reinhart

°°°

Poème 13

Quatre
Quatre de plus
Quatre de moins
Qu’est-ce que ça change ?
Rien
Tout
Quatre personnes
Quatre sourires
Quatre mondes
De joies
De douleurs
De rêves
D’espoirs
Quatre sensibilités
Une famille en lutte
Pour une vie meilleure
Pour une vie digne
Travailler
Se rendre utile
Aller à l’école
Avoir des amis
Construire une vie
Ici
Juste là
Dans ce coin de Bretagne
Où l’accueil n’est pas
Un vain mot

Qu’ils puissent enfin se reposer

Marianne Desroziers

°°°

Poème 14

Un asile pour cette famille
Comme c’est étrange d’être étranger
Étranger de quel pays viens-tu
J’ai beaucoup à attendre de toi
Veux-tu me raconter
Il faudrait qu’on me traduise tes paroles
Car nous n’avons pas de langue universelle.
On a construit des frontières
On s’est battu pour les repousser plus loin
Pour gagner de la place
Un bout de terre à coup de fers
Et de sang, et de tristesse.
Puisses-tu trouver ta place
Dans ce monde si dur
Qui n’est fait ni pour les hommes,
Ni pour les enfants.

Chantal Rabilloud

°°°

Poème 15

Famille ! Je vous aime

Certains esprits grognons
Dans un langage verbeux
Diront Stop Attendons
Le jour le plus vertueux
Celui des élections

Raisonnement honteux
De procrastination
Une fourche ou un pieux
Dans le cœur des Bretons.

Saint Aubin dans le cœur
Donnons leur le goût du Nord
Les garder sera une fleur
Et ce poème leur fier décor.

Jean-Marie Audrain dit Jeanmarime

°°°

Poème 16

Cent poèmes ?
Alors que je suis sans mots
Cent poèmes ?
Alors qu’ils sont sans papiers
Cent poèmes ?
Alors que l’inhumanité nous laisse sans voix
Cent poèmes ?
Alors qu’un mot suffit : humanisme.
Mais l’aviez vous omis dans votre décision ?
Mais 100 mots, en voudriez-vous vraiment ?

Karasani – Artan – Lirie – Gentian – Klédian
Albanie – Abri – Accueil – Affabilité – Affection
Aide – Altruisme – Amabilité – Aménité – Amitié
Amour – Appui – Asile – Attachement – Attention
Bien – Bienfait – Bienveillance – Bienvenue – Bonté
Chaleur – Charité – Civilité – Clémence – Cœur
Communion – Compréhension – Confiance
Conscience – Considération – Convenance
Cordialité – Courage – Décence – Défense
Délicatesse – Devoir – Dignité – Distinction – Don
Douceur – Droiture – Égards – Entraide – Équilibre
Équité – Espérance – Estime – Famille – Fierté
Franchise – Fraternité – Générosité – Gentillesse
Grâce – Harmonie – Honnêteté – Honneur
Hospitalité – Humanité – Intégrité – Justesse
Justice – Largesse – Liberté – Magnanimité
Mansuétude – Noblesse – Oasis – Obligeance
Panache – Philanthropie – Préservation – Prévenance
Probité – Protection – Prud’homie – Réconfort
Rectitude – Refuge – Rempart – Respect – Sauvegarde
Scrupule – Secours – Sécurité – Sensibilité – Solidarité
Soutien – Sympathie – Tact – Toit – Tranquillité
Urbanité – Vertu

Jean de la Lune

°°°

Poème 17

Le jour, le monde est bleu ou gris ou bien vert
La nuit, sous les étoiles
Nous sommes tous insulaires.

Serge Cazenave

°°°

Poème 18

Mon ami universel

Mon ami, prends ma main, et ensemble allons
quérir la Liberté des solides maillons
qu’au-delà des frontières, ensemble nous forgeons.
Liberté, que de morts pour proclamer ton nom,
pour tirer de ton sang les porteurs d’un drapeau,
dont les siècles d’histoire ont mélangé la peau,
mais qui tremble aujourd’hui au souffle des tribunaux.
Car, Liberté mortelle, tu n’es plus que le mot.
C’est nos peuples révoltés qui te proclament encore,
Quand les lois aveuglées par les peurs indicibles,
Bannissent de pauvres gens cloués sur une cible.
Mon ami, prends ma main et dis-moi que j’ai tort.

Mon ami, prends ma main, et ensemble allons…
quérir l’Égalité des solides maillons
qu’au-delà des frontières, ensemble nous forgeons.
Égalité. Au mot seul déjà, nous tournons les talons.
Sa simple évocation fait émerger les flammes
de misérables lois où seule la peur proclame.
Nous perdons notre honneur, et notre grandeur d’âme.
Égalité, pardieu, où caches-tu le sésame
qui fait que plus jamais un et un ne font deux.
Arithmos et logos, où êtes vous en nos lieux ?
L’Égalité de borgne suffit-elle à vos yeux ?
Amis prenez ces mains, ne craignez plus le feu.

Mon ami, prends ma main, et ensemble allons…
quérir Fraternité des solides maillons
qu’au-delà des frontières, ensemble nous forgeons.
Fraternité, ami, n’est-ce pas notre horizon
qui nous fit exister, debout, en barricades ?
Mais alors, bon dieu, que ce siècle est malade
quand sa justice étroite a transpercé le cœur
de ceux au nom desquels elle n’est plus que malheur.
Alors inévitablement se dissolvent nos valeurs,
qui se noient dans le sang de nos frères qui se meurent,
là-bas, ici, partout, et si possible… ailleurs !
Mon ami, prends ma main et unissons nos cœurs.

Mon ami, prends ma main et marchons de concert
Risquons de moins parler, et de plus écouter.
Et si nous cheminions en quête de vérité
proclamons nos valeurs à travers l’univers.
Celles qui pleurent, celles qui saignent ou encore celles qui crient,
pour que l’humanité se crée, en engendrant la vie.
Car c’est par l’unité que l’ensemble bâtit
l’union de nos familles au-delà des frontières.
Retour à la raison dans nos rues libérées,
élevons nos regards à hauteur de nos pères
qui n’auraient pas souffert justice sans équité.
On meurt pour un ami ! Tu l'es pour moi, mon frère.

Joël Bossard

°°°

Poème 19

Les Migrants

Sur la route des migrants
Passent les hommes et leurs enfants,
Ils éloignent leurs peurs
Vers un avenir meilleur ?

Sur le chemin des pourquoi,
Leurs présences sont sans voix,
Il défile sous chaque regard
L’ombre d’un homme hagard.

Et, devant le tribunal
Dressé devant ces scandales,
Ils parlent en toute modestie
D’écueils, de leur infâme vie.

Tous leurs amis sont venus.
Vous êtes les bienvenus.
Nous voulons vous accueillir.
Ils ne pourront vous punir.

Dominique Bernier

°°°

Poème 20

Albanie

Ils étaient une cellule, déjà,
elle et lui unis par le même amour
un amour de maçon
tourné vers l’édification
un amour de soignante
tout dévoué aux autres.

Ils étaient une cellule
– agrandie sous le ciel de Grèce –
qui ne rêvait que de présenter
ses enfants à la famille
restée
sur la terre des anciens.

Mais la société et ses violences
les a chassés de cette matrice
et sur la cellule planétaire
ils ont choisi un nouveau berceau.
Le hasard leur fut bénéfique
qui à Saint Aubin les conduisit
mais les codes, toujours ces codes,
s’agitent tout à coup, s’interrogeant
sur la légitimité de leur présence, ici.

Entretenir le jardin médiéval, pour lui,
offrir sa présence à la vie associative, pour elle,
ne suffit pas à cautionner l’intégration
Pas plus ne suffit la mobilisation
de tout un village, alors…
que peut dire le poète ?

Qu’ils sont une cellule
qu’on ne peut malmener
et que chacun, seul, hurle
quand interfèrent des mesures
où le H de l’ahurissement
et le R du refoulement
les rejettent aux frontières du Pays.
On peut, certes, jouer avec les lettres
mais non subtiliser des personnes !
Les codes de la dignité humaine
devraient s’appliquer à protéger
cette cellule qui vit en harmonie
avec la résonance universelle
de notre monde – même à l’étroit
d’un Pays qui interroge son identité.

Carmen Pennarun

°°°

Poème 21

Ces mots qui font peur
ces mots-préjugés
ces mots-prétextes
ces maux
alibis
à la haine
pour exclure
pour bannir
de là, d’ici
repousser loin
toujours plus loin
les limites de l’humain.
Ces maux qui prennent en otage
hommes, femmes, enfants en bas âge,
légitime désir de vivre
et livrent
à la vindicte populaire
des familles entières.
On nous appelle « migrants ».
Comme vous j'avais un nom
j’avais chez moi
quelque part
un foyer chaleureux
un chat une terre
des amis des pairs
une langue m’était chère
arrachée à tout cela
larmes, peine, désarroi
ô détresse !
Désormais ma seule adresse
votre compassion
mon seul refuge
votre attention.
Comme vous je suis une mère
comme vous j’ai un cœur qui bat
au rythme des miens
comme vous je suis une mère
j’ai des bras
pour embrasser
pour envelopper
comme vous j’ai une bouche
pour dire « je t’aime »
à mon enfant
lui dire « au-revoir »
tous les matins
et semer l’Espoir
la Vie
le Rêve
sur son chemin.

Rafika Ayada

°°°

Poème 22

Un peu de moi

Un peu de moi
Un peu de toit
Pour toi
Un peu de mon toit
Pour toi et moi
Pour un mois
Deux mois
De moi à toi
Deux mois pour toi
Et plus que ça
Le temps que tu en sois
Aussi le roi
Aux yeux de la loi
Mon toit, ton toit
Notre toit.

Gégé

°°°

Poème 23

Nous

Avant, il y avait un portail,
Et des barrières…
Maintenant tout est ouvert,
Au vent léger, aux oiseaux, aux parfums
Et à toi, étranger qui passes sur mon chemin.

Je t’offre mon univers
Je le fais sans pudeur, bras ouvert
J’ai confiance en ton cœur, Ami…
Parler, risquer la parole,
Se dire des mots, des chansons, de la poésie
N’être plus seul,
Oser l’écoute.
Plus d’étrangers simplement des compagnons de route
Viens, posons quelques pas sur le sentier
Pour un moment, ensemble.
Nous serons surpris de marcher à l’amble,
Magie de la rencontre,
Toi, moi, nous !
Le hasard est toujours au rendez-vous.

Avant, il y avait un portail,
Et des barrières…
Maintenant tout est ouvert
Au vent léger, aux oiseaux, aux parfums
Et à vous, amis qui passez sur mon chemin

Alain Graz

°°°

Poème 24

La lumière
D’instant en instant
Creuse le chemin.

Cédric

°°°

Poème 25

Migrateurs
Par malheur
Poussés
Ballottés
Par un vent
Violent
Recrus
Ils ont pu
Se poser
Se reposer
Sur le cormier
De la fraternité
Ils s’y sont réjouis
Ils nous ont épanouis
Ils s’y sont épanouis
Cela nous a réjouis
Mais voici…
Fin de l’éclaircie ?
Fin du rêve ?
Que se lève
À nouveau
Crescendo
Le vent
Violent
Celui qui soufflette
Et rejette
Cruelle incertitude
Dévorante inquiétude
Ils aimeraient tant
Nous aimerions tant
Qu’ils puissent rester
Définitivement se poser
Sur notre cormier
De la fraternité.

Claude Bougeot

°°°

Poème 26

Hypocrisie

Je suis un clochard, sans logement
Un SDF, comme on dit maintenant
À la sortie des églises j’ai tendu la main
Pour la plupart vous ne voyiez rien
Pourtant on vous prêchait la fraternité
Et aussi la charité
Mais vous m’avez ignoré
Ou bien humilié
« Tu n’as qu’à travailler »
Sans rien savoir de mon passé.
Des bancs publics vous m’avez chassé
Des bennes à ordures des supermarchés
Je n’ai pu avoir accès …

Puis sont arrivés les réfugiés
De pays que vos chefs ont bombardé
Et vous vous êtes écriés
Tremblant d’indignation
Signant des pétitions
Brassant de l’air,
Feignant une sainte colère
« Il y a ici assez de misère
Donnons la préférence
À nos sans abris en errance
À nos braves gens
De céans »
Je suis un clochard, sans logement
Un SDF, comme on dit maintenant
« Vous m’invitez quand,
Généreux et braves gens ? »

Anne-Marie Caria

°°°

Poème 27

Dans la brume épaisse

Refrain
Ils quittent leurs amis,
Ils quittent leur famille
Ils fuient la patrie,
Celle qui les renie.

Dans la brume épaisse
Ou sous le soleil cuisant,
Dès le petit jour,
Ils avancent d’un pas lourd
Vers un pays lointain,
Vers un avenir incertain.

Qu’ils viennent d’Europe ou d’Afrique,
Leurs raisons sont identiques.
Ils s’arrachent à leur pays
Qui n’a pas su écouter
Les plaies de cœurs brisés,
Les plaintes de gorges serrées.

Alors ils s’enfuient là-bas
Risquant d’autres tracas,
Et, espèrent un jour trouver
Un peu de pain et de liberté
Au carrefour de la paix,
Sous le sceau de l’amitié.

Ils ne parlent le langage,
Et n’ont que pour bagage
Leurs souvenirs morcelés,
Et leurs mots d’exilés
Qu’ils gardent en veilleur
Dans leur vie antérieure.

Ils marchent dans la brume épaisse
Attendant que transparaisse
L’accueil de notre société.
Dans leur vie si cabossée,
Ils méritent la reconnaissance
D’une deuxième naissance.

Dominique Bernier

°°°

Poème 28

Le revenant

Un matin, viré de chez moi,
Sur la place publique, d’effroi,
La Haine emplit l’Âme et le Cœur.
Brûlant les restes de mon présent.
Brûlant les traces de mon passé.
Et l’étau se resserrer
Autour des entrailles qui cajolaient
La Douleur d’être de Chair et de Sang.

Un matin…
J’voulais pas prendre ce train,
Gorgé de sages compagnons incertains,
Sans destin.
Un matin…
J’ai prit un autre train,
Mouillé des larmes de l’Absence marquée,
Sans pensées.

Un matin, j’ai franchi la mer
Pour construire c’t’espoir amer.
Avec l’étranger, j’ai donné
La parole d’la Fraternité.
La poignée de la Trahison.
Et les cris de sa prière
Volaient au-dessus de mes frontières,
Pour sombrer dans ma vile omission.

Un matin…
J’lui ai dit d’prendre ce train,
Avec la Mort ou la Vie, sans l’Amour,
sans retour.
Un matin…
Il a prit une aut’ voie
Avec la Colère contre l’Indifférent,
hors des lois.
Ce matin…
Il veut qu’je prenne ce train,
Avec la Mort ou la Vie, sans l’Amour,
Sans détour.
Ce matin…
J’veux qu’il prenne ce train,
Avec la Haine au creux du ventre sans faim,
Sans chemin.
Ce matin…
J’veux qu’il prenne ce train,
Avec la Mort ou la Vie, sans l’Amour,
Sans Demain.

Benoit Deville

°°°

Poème 29

Karasani, Hughes, Bruder
Nous sommes d’ailleurs,
C’est ce qui nous ressemble,
C’est ce qui nous rassemble.

Au fond d’un vieux tiroir,
J’ai un papier couleur ivoire,
C’est un précieux certificat
de Nationalité française

Sans lui, je ne suis plus rien
Ma mère aussi est venue d’ailleurs
Comme tous les Karasani,
les Hughes et les Bruder

Nous avons attendu
Que des mains se tendent
Que des papiers se signent
Et plus personne n’a entendu parler de nous…

Pierre Bruder

°°°

Poème 30

Ma petite fugue

De par les chemins j’irai………
J’irai me promener, j’irai me profiler.
Je ne serai jamais cette chose irréelle
Qui va et vient dans un monde éternel.

De par les routes j’irai………
J’irai courir les doutes, j’irai marcher sans but.
Je ne serai jamais ce soldat obéissant
Qui ne comprend que ce que l’on attend.

De par mes rêves je volerai………
Je volerai là-haut, je volerai si haut.
Je monterai vers toi
Quand tu m’y attendras et que je ne serai jamais plus moi.

De par la mort je monterai………
Je monterai vers toi, je monterai auprès de toi.
Je ne suis plus moi, que l’ombre de moi même
Que plus rien ne sent et que l’on ne ressent.

De par le ciel je suis………
Je suis nuage, je suis ombrage.
Je suis ce que tu es, je suis ce que tu sais
Dans ce monde irréel qu’enveloppe ce ciel.

De par le ciel je suis………
Je suis cet ange, je suis si sage.
Je suis sagesse et non plus détresse
Quand tu m’as éveillé à ce monde désespéré.

De par dieu je vais………
Je vais là où tu es, je vais là tout près .
Je t’ai rejoint et maintenant je suis loin
De ce destin si commun.

Chantal Vitrac

°°°

Poème 31

Braves gens braves gens de France
Ouvrez-moi vos portes tout grand
Je suis en 1942 je fuis sur la route je n’ai plus rien
Et je porte
Celui qui sera votre père
Dans mes bras
Et cet enfant a faim et froid et peur

Braves gens braves gens de France
Ouvrez-moi vos portes et vos cœurs
Je suis en 1856 je fuis sur la route je n’ai plus rien
Et je porte celle qui sera la mère de la mère de la mère
De votre grand-mère
Dans mes bras
Et cet enfant a faim et froid et peur

Braves gens braves gens de France
Ouvrez-moi vos portes et vos âmes
Je suis l’humanité
Je fuis sur ma route la faim le froid la peur la torture et l’oubli
Depuis l’éternité de tous les temps du monde
Braves gens braves gens de France
Serez-vous braves ?

Alexo Xenidis

°°°

Poème 32

Le Printemps albanais
L’Aigle
Spiritus
Concert en fin de saison

Le Dîner de trop
La Poupée
Le Monstre
L’Accident
Le cortège de la noce s'est figé dans la glace
La Discorde
La Commission des fêtes
La Niche de la honte

Le Pont aux trois arches
Le Palais des rêves
La Pyramide
Le Successeur
Chronique de la ville de pierre

Mauvaise saison sur l’Olympe
La Peau de tambour
La Grande Muraille
L’Ombre
L’Année noire
Trois chants funèbres pour le Kosovo

Trois temps

Novembre d’une capitale
L’Hiver de la grande solitude
Les Tambours de la pluie
Froides fleurs d’avril

Le Dossier H.
Le Firman aveugle
Avril brisé

Il a fallu ce deuil pour se retrouver
Clair de lune
L’Envol du migrateur

Ismaël Ilatenaye

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Poème 33

Quatre pierres d’angle

Quatre pierres d’angle
Descellées
Quatre pierres d’angle
(rondeurs et noms de chair vive)
Dévalent, roulées, chamboulées
La diagonale du fou
S’entrechoquent, se bloquent,
Ornière.
Pause, silence
La poussière retombe
C’est (peut-être) là.
Fumerolles.
Une braise endormie entr’ouvre un œil de sang.
Une racine têtue se hasarde
Elle s’infiltre et s’enfonce :
C’est là.
Des mots nouveaux
Nomment les choses simples :
Cerises, école, demain.
Une aube d’avenir donne un sens au passé
Autour, des voix s’élèvent
— rien d’autre que des voix —
Mur du son contre l’arbitraire.

Kani Cadet

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Poème 34

tu m’as dit viens petit
la terre nous est étroite
allons à la mer
grimpons sur la vague
allons en sens inverse
des nuées d’oiseaux
qui partent en vacances
nous squatterons à leur place
un nid encore tiède
et nous ferons ensemble
des rêves d’hirondelles

Souad Labbize

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Poème 35

Solidarité
Main tendue, sourire ami
C’est à Saint-Aubin

Madame de Keravel

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Poème 36

Chère famille Karasani
l’adversité nous fait amis
au cœur des tourments
la poésie souffle le vent
têtu de l’espérance.
Bienvenue en France

Anne de Kéréllé

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Poème 37

Je ne suis pas un réfugié
Je m’appelle Kledian
J’aime courir dans les bois
J’aime sentir le fumet d’un met
J’aime croquer du chocolat
J’aime jouer au ballon
J’aime les récréations
Je suis triste parfois, mais ris souvent
Je veux grandir, mais lentement

Je ne suis pas un réfugié
Je m’appelle Gentian
J’aime le foot, les vidéos
J’aime jongler avec les langues
J’aime le grec, l’albanais, le français
J’aime aussi l’allemand et l’anglais
J’aime m’abriter avec des copains
J’aime que le regard des adultes soit loin

Je ne suis pas un réfugié
Je m’appelle Artan
J’aime construire des maisons
J’aime qu’elles soient en pierre taillée
J’aime aussi les jardins qui les entourent
J’aime les caresser de ma binette
J’aime mes garçons et ma femme
J’aime souvent me taire pour écouter

Je ne suis pas un réfugié
Je suis une femme
Je ne suis pas une réfugiée
J’ai une âme
Je m’appelle Lirie
Je prie, j’apprends, je protège
J’accueille les passants à ma porte
J’aime la chaleur d’un soir d’automne

Nous ne sommes pas des réfugiés
Nous sommes Kledian, Gentian, Artan et Lirie
Nous avons pris la fuite et une trousse
Nous avions alors une peur à surmonter
Nous avons erré, connu la rue la nuit
Nous nous sommes serrés face au danger
Nous avons frissonné sous le soleil d’hiver
Nous, Karasani, sourions aujourd’hui à la vie.

Alexandra Coquet

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Poème 38

Solidarité
Imaginez la vie comme un désert
Et pas une âme sur cette terre
Imaginez le silence comme la nuit
Dans l’espoir d’être aimée qui s’enfuit
Solidarité nous en avons besoin
Solidarité ô mon ami
Solidarité d’un regard d’une main
Ce n’est rien et pourtant tout s’enfuit
Je t’ai perdu dans un monde insensé
Tu es revenu tout a changé
Vers le soleil nous marcherons sans peine
En prenant notre part de bonheur
Solidarité c’est un pas vers l’amour
Solidarité ô mon ami
Solidarité qui grandit chaque jour
Doucement tendrement ça nous unit

Houria Hamouche

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Poème 39

Une main qui se tend

Je voudrais vous offrir la chaleur.
La chaleur du nid, celle du foyer
Celle du cœur.
Mon amitié.
Et puis des rires aussi
Et le bonheur.
La joie pour vos enfants
Qu’ils n’aient plus jamais peur.
Cette peur des lendemains
Qui ne chantent pas toujours.
Lirie, Artan
Je ne vous connais pas
Et pourtant…
Gentian, Kledian
Comment vous aider ?
Où va ce monde
Qui repousse et qui condamne ?
Ici, ailleurs
Comme une balle
En plein cœur.
Lirie, Artan,
Vous êtes ici chez vous,
Ou je ne suis plus chez moi.
Ma main et ma plume
Ne sont pas grand-chose,
Quelques petits mots,
Et je vous tends mon cœur,
Pour soulager vos maux
Nous vous tendons les bras.
Nous sommes là, pour vous, près de vous.
Et nous ne vous abandonnerons pas.

Christelle Angano

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Poème 40

Peu importe dans un domicile, la tapisserie, la peinture, la couleur tant qu’elles sont en adéquation avec la vue et la lumière qu’offrent les fenêtres.

Vous savez qu’avec le temps vous pourrez remplacer la décoration, le tissu, le siège, le placard.

Vous commencerez par décoller les anciens papiers, remettre à nu même les angles les plus ardus.

Gratter, boucher les trous, brosser, aplanir quels que soient l’échelle, le niveau, la règle ou le plafond.

Ce sera votre choix de changer votre chez vous et de rester là pour une vue devenue familière, irremplaçable et paisible.

Tandis qu’ici, chez « nous ne savons plus qui a le droit d’y vivre. »

Archi-technocrate, l’intérieur avec ses plafonds, son niveau, ses règles et ses couleurs, ne change jamais.

Comme une illusion dans les choix, il réussit même extraordinairement dans la vie de quelques-uns d’entre nous à réimplanter uniquement des fenêtres avec vues devenues étrangères.

Philippe Bompard

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Poème 41

Artan outré par les propos désobligeants tenus ici ou là lance : Que savent-ils de nos merveilles, coincés dans leurs automobiles. Ils ont perdu l’œil et l’oreille.
Et Lirie lance : je suis cette toute jeune fille qui répétait les chansons de sa mère. Je suis encore cette toute jeune fille que vous rencontrez dans les jardins de France. Je ne suis pas sans histoire, sans mémoire, sans culture, sans arrière pays. Je suis…
Le poète algérien Malek Haddad le dit avec son langage qui résonne tant en moi :

« Je suis le point final d’un roman qui commence
non pas oublions tout non pas niveau zéro
Je garde dans mes yeux intacte ma romance
Et puis sans rien nier je repars à nouveau

Je suis le point final d’un roman qui commence
À quoi bon distinguer le ciel et l’horizon
On ne peut séparer la musique et la danse
Et mon burnous partout continue ma maison

Je suis le point final d’un roman qui commence
De mes deux Sahara je ferai des chansons
Je garde dans mes yeux intacte ma romance
Je suis en vérité l’élève et la leçon

Souvent je me souviens d’avoir été berger
J’ai alors dans mes yeux cette longue patience
Du fellah qui regarde à ses mains incassables
L’histoire du pays où naîtra l’oranger

Souvent je me souviens d’avoir été berger
J’ai rompu la galette
J’ai partagé les figues
Mes filles
J’ai bien marié
Il n’est point de pareil
Au fusil
À l’ouvrage
Que mon fils aîné

Ma femme était la plus belle de la vallée(…) »

Je suis, ajoute Lirie, la poésie, tour à tour bâillonnée, tour à tour incendiée. Je suis celle qui a donné la vie, qui a porté Gentian et Kledian jusqu’aux rives de ce pays, aujourd’hui le leur, tour à tour merveilleux et méchant et où ils ont reçu une autre langue, un autre pas…

Fatima

°°°

Poème 42

Un coup d’canon dans le silence

Derrière son œil-de-bœuf
Tartempion
A retroussé ses manches
C’est aujourd’hui dimanche
Y a des gens sur la place
Mais il n’les entend pas.

Car Tartempion
Au bout d’ses  bras
Y a deux tampons
Est-ce un homme ou un marteau-pilon ?
Ça fait du bruit
Un qui dit oui,
Un qui dit non
Le bleu c’est la clémence
Le rouge un nœud coulant
Un coup d’canon dans le silence.

Et Tartempion tamponne
Tamponne à tour de bras
Rideaux tirés
Devant son œil-de-bœuf
Et sur la place en bas
Des gens sont tamponnés
Qui ne le savent pas.

Des nœuds coulants autour des cous
Des coups d’canon dans la pénombre
Ça fait des trous dans les maisons
Ça fait du sang sur les cahiers
De brouillon
Mais Tartempion a fait son droit
Le jury a dit : félicitations.

Je soussigné
Par la présente
J’ai le regret
Affaire suivante
Armoire en acajou.
Sur la place
Des enfants jouent
Ça fait trou-trou et tu m’attraperas pas
Tu m’attraperas pas
Tu m’attraperas pas
Tu m’attraperas pas.

Tartempion devrait manger
Il est blanc comme un linceul
La faute aux rideaux tirés
Peut-être
Et seul
Entre son tampon bleu
Et puis son tampon rouge
Il ressemble comme deux gouttes d’encre
Au drapeau qui claque
Sous l’œil-de-bœuf
Et fouette les nuages.

Tartempion
Roi du tampon
Fait des trous dans les maisons
Tamponne la main qu’on prend
Quand il pleut sous les arcades
Et les rêves qu’on caresse à la surface de l’étang
Les p’tits cailloux qu’on y jette
Pour faire des ronds jolis
Le gâteau d’anniversaire
Avec toutes ses bougies.

Louison Jardin

°°°

Poème 43

Trois mots pour eux quatre
Ils doivent rester !

Je ne sais pas bien écrire
Mais ne peux rester sans dire,
Combien c’est inhumain
Qu’ils quittent Saint Aubin.

Nous étions au jardin*
Par un si beau matin,
La factrice est passée
La nouvelle est tombée.

Leur demande est rejetée
Il va falloir bouger,
À nouveau faire appel,
Les sortir du tunnel,
Rien de plus naturel.

Ils ont besoin d’une pause
Donc leur maintien s’impose.
Qu’ils doivent nous quitter
Vaut mieux pas y penser.

C’est inimaginable !
C’est incroyable !!
C’est intolérable !!!
C’est impensable !!!!
C’est inenvisageable !!!!!
C’est inconcevable !!!!!!

Bougeons, rebougeons, bougeons encore et toujours plus,
Disons-le, redisons-le, crions-le, clamons-le, hurlons-le,
Braillons-le, gueulons-le, claironnons-le, trompetons-le
Radotons-le…

En trois mots pour eux quatre
Ils doivent rester !

Yvon Le Caër

(*) Jardin médiéval où Artan, le papa, intervient bénévolement

°°°

Poème 44

L’aigle Albani
vole et ne rampera pas,
il s’envole et rejoint une terre
monde de tous les envols
une terre qui contient toutes les terres

Force de combat, de lutte, force de résistance
conscience historique sans appel
héritage qui distingue l’Homme libre
que les lois arbitraires jamais ne vaincront

L’aigle saigne blessé dans son envol
et l’Homme à la lumière de l’humain
en lui sans relâche du côté de la vie
veille, panse et soigne

À la jouissance abjecte de la barbarie
et à l’inéluctable bêtise
qui se résignera ?

Nourit Masson-Sékiné

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Poème 45

100 poèmes pour les Karasani
100 poèmes pour 4 vies
100 poèmes pour soutenir
100 poèmes pour s’unir
100 poèmes pour la Liberté
100 poèmes pour des papiers
100 poèmes pour une juste décision
100 poèmes pour rejoindre notre nation
100 poèmes pour y croire
Et 1 poème pour des centaines d’espoirs !

Céline

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Poème 46

Soutenir la famille Karasani.
Donner l’espoir.
Y croire à mille.
Personnes solidaires.
À une vie tranquille.
D’une famille d’ailleurs.
Comme un pollen.
Qui venait, déposé sur une fleur.
Y croire à mille.
Cœurs du village.
Soutenir sans limite.
Pas céder à la peur.
Au-delà du partage.
Pas priver du bonheur.
Rester unis à la famille Karasani.
D’avoir une vie tranquille.
Alors rester ici à l’infini.
Comme nos amis.

Stéphane Lemonnier

°°°

Poème 47

Pourquoi le ciel ne disparaît pas alors qu’il n’a pas de contours ?
À quoi Sabina, enfant exilée répond,
Que sa maman est bien plus haute que le ciel,
Qu’en plus, elle a un trésor : le violon de son grand-père caché dans ses bagages,

De quoi, la tête en l’air, sourire aux étoiles qui retiennent le ciel en plein jour.

Jennyfer

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Poème 48

Simple famille
Qui a fuit
L’Albanie
Simple famille
Qui cherche
Un abri
Simple famille
Qui veut une vie
Meilleure
Tranquille
Sans soucis
Ici

Evelyne Charasse

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Poème 49

Mon p’tit papier pour les papiers

Il est bien sympa le Domec
Faut R’bondir, faire face à l’échec
Croire qu’avec des poésies
Ça peut faire rester Lirie
Au tribunal, on était plein
Jeunes, vieux, tous en soutien
En face, ils étaient bien trois
Mais pour eux, soi-disant le droit
Nous imposant, à nous voisins
De nous priver de nos copains
Alors que les Karasani
Chez nous, gentiment, font leur nid
Bon, j’t’en fais un mais faut pas croir’
Qu’j’ vais arrêter d’lire des polars
L’avocate elle avait bien tout dit
On croyait qu’ils avaient compris
Pourquoi penser qu’avec nos vers
Ils reviendront en arrière
Bon remarque, tentons le tout
Avant d’risquer les 400 coups
L’prefet, s’il aime la poésie
Va p’tet arrêter nos conn’ries
Et ce serait very funny
Que le centième, par lui écrit
Les autorise à être ici

Soazig P.

°°°

poème 50

Ma patrie la France ou l’Albanie

Lorsque j’observe les vagues sur la côte bretonne
Je me demande sans cesse ce que mon cœur chantonne
Je perçois un attachement à cet horizon
Mais certaines veulent me détacher de ma vision
Le plus important est dans le cœur
Du moment qu’on sent un peu de chaleur
Cela suffit pour choisir son pays
Comme moi la France ma patrie

Hanane Charrihi

°°°

poème 51

Le monde est une chose étrange :
Qu’on soit borne ou Karasani
Tout vous en chasse et rien ne change
L’on est toujours au monde ici.

Emmanuel Tugny

°°°

poème 52

Vous et nous

Clack !
Mur
Nous nous érigeons
Inexpugnables forteresses
Étirons notre cou en mirador
Les projecteurs de nos yeux scannent
Les douves d’où bientôt, tout à l’heure déferleront
Des hordes, des meutes de ceux arrivant
Pour déranger la belle ordonnance de notre confort
Nous nous hérissons de barbelés
Sur lesquels vos rêves s’accrocheront et s’écorcheront
De nos ventres fusent et refusent les gueules béantes
Des cerbères qu’aux frontières de l’humanité nous avons placés
Leurs aboiements couvrent vos supplications.
Non, nous ne vous laisserons pas entrer.
Yeux aux stores baissés, cœurs cadenassés
Consciences à double tour verrouillées
De nos mains pétries d’une crainte irréfléchie
Nous vous repoussons, d’un geste vous balayons.
Vers le chaos qui jusqu’ici vous a poussés nous vous renvoyons
Bec et ongles nous défendrons notre pré carré
Ici l’herbe est plus verte pas question de partager vous rêvez

Sema Kiliçkaya

°°°

poème 53

Dehors il fait froid
tout le monde se dépêche
pour rentrer chez soi
embrasser ses enfants
chauffer la gamelle
s’amuser au lit
dehors il fait froid
qu’on est bien au chaud
qu’on est bien chez soi
et toi où vas-tu ?
ton manteau est mouillé
tes chaussures trouées
ton enfant angoissé ?
Rentre donc chez toi !
dehors il fait froid !
Tu n’as plus de chez toi ?
On te l’a supprimé ?
Ton toit s’est envolé…
Et devant le regard
de ton épouse terrifiée
de tes enfants frigorifiés
ton toi s’est émietté
Tu demandes de l’aide
Mais toutes les portes sont closes
dehors, ce soir, il fait trop froid…

Souad Amidou

°°°

poème 54

L’arbre de vie

Bise du matin
Porteuse de lendemains

Attente de la feuille espérée
De l’arbre de vie tombée

Souffle d’espoir
Nouvelle histoire

Rêve attendu
Espoir revenu

Une graine est tombée
Bourgeon de la nouvelle destinée

Nouvel arbre de vie
Sortie de la nuit

Trébor

°°°

poème 55

Bougie
Tremble sa lueur
Estompe le fusain
Esquisse le nom
Karasani
D’une famille
Aux sombres afflictions
Où percée profonde
Grise le noir
Là tremble la lueur
D’une bougie
Signe d’espérance
Y croire
Dieu
Estompe le noir
Le noir encore
Pour révéler les gris
Les blancs
Leurs reliefs émouvants
Leurs reflets
Dans les yeux
De vos proches
De ceux à venir
Cailloux de touche
Révélant
La délicatesse du monde
Malgré tout

À vous

Zahra de Béjaïa

°°°

poème 56

Au creux de ma main
Un grain
Poussière de soleil
Pour te réchauffer
Au creux de mes yeux
Un feu
Poussière d’étoiles
Puisse-t-il t’éclairer
Au creux de mon âme
Une flamme
Prière à Dieu
Pour te protéger
Au creux de mon cœur
Un pleur
Triste écho d’une mère
Sanglot de la terre
Qui t’a abandonné
Au creux de moi
Un toit
Pour toi… pour lui… pour elle
Pour ceux-là
Sans-patries
Sans-ailes
Qui croyaient s’envoler

Rafika Ayada

°°°

poème 57

Vivre heureux.
Seulement ça.
Sans besoin de se cacher, de se claquemurer dans les clichés.
L’Autre, nous, on l’aime, on ne s’en défie pas.
Même si on a vu le pire, la haine et la violence prendre et briser nos vies.
Que certaines mains détruisent n’empêche pas de nouveaux gestes de venir.
La peur est un moignon qui n’a nulle promesse à tenir.
Nous, nous avons vu vos mains, dans les écoles, les rues, les petits bouts de vie que nous recousons peu à peu ici.
Ne nous cachons pas, pas plus ici que là.
Vivons heureux.
Ensemble.
Seulement ça.

Cécile Fargue-Schouler

°°°

poème 58

Un poème, cent poèmes
Pour prouver que l’on vous aime
Pour évacuer la haine qu’ils sèment
Pour rejeter cet anathème
Je ne vois pas où est le problème
Rester, être vous-mêmes
Je souhaite que les mots essaiment
La paix et l’amour comme un emblème
Et nous arriverons jusqu’au centième !

Lisa Vallée

°°°

poème 59

Famille
Où que tu sois,
Tu n’es pas là.
Grandir sans toi, il faudra.
Tu habites ailleurs,
Et je vis de malheurs.
Il me faut trouver la joie,
Entre d’autres pas.
Les étrangers,
Je n’aime pas ce mot,
Aujourd’hui c’est moi qui le suis.
Les étrangers,
Sont durs avec moi.
Lance un appel pour moi.
Apaise leur colère.
Je ne fais qu’aimer mon prochain.
Chercher un appui à mon destin.

Valérie Birker

°°°

poème 60

La peur est un vent violent
qui te malmène et qui t’arrache
à tes racines

Un vent hurlant qui te dépose
avec fracas dans d’autres bras
à l’étranger

Que ces bras-là soient forts et doux
pour que tu restes

Et face au vent qui te déchire
fermons la porte.

Sève Laurent-Fajal

°°°

poème 61

Frontières de papiers

Nous étions cent et mille, nous étions des milliers
Éclaireurs d’une armée que la mer a rej’té
D’Albanie ou d’ailleurs, j’ai longtemps voyagé
De mon corps, de mon cœur, des souv’nirs ravagés
Bien des fois ils ont cru, voir mon sac se poser

Nous étions cent et mille, nous étions des milliers
Nos semelles de vent, sur la route si usées
Avec elles nos espoirs se sont vite envolés
Sous nos pieds écorchés, les frontières ont passé
Puis un jour d’embellie, nos fils nous sont nés

Nous étions cent et mille, nous étions des milliers
L’instant fut magique mais de courte de durée
Notre errance a repris au hasard des vallées
Le soleil se fit lune, afin de nous guider
Vers un havre de paix surnommé le Cormier

Nous étions cent et mille, nous étions des milliers
Arrivés à bout d’souffle, nos larmes avons séchées
Au cœur de ce village, ils nous ont installés
Dans leurs yeux se lisait une belle humanité
Quand tout à coup la foudre a de nouveau frappé

Nous étions cent et mille, nous étions des milliers
D’un index vengeur, leur loi nous a pointés
Balayant les recours et les bonnes volontés
Vont-ils lâcher sur nous tous leurs chiens policiers ?
La haine est à nos trousses, Lirie s’met à pleurer

Ils étaient des milliers, ils étaient cent et mille
Ils étaient vingt et cent, nous étions pacotille
Faudra-t-il que les Justes ressurgissent du passé ?
Pour que raison se fasse et se mette à crier :
« Famille Karasani, votre place est ici »

Dom de Gannes

°°°

poème 62

Les voyelles communes de l’expulsion
KARASANI… ALBANIE

A comme adversité
I comme incompréhension
E comme égalité

Y aura-t-il cet espoir fou de savoir partager et rassurer (la peur constante de l’expulsion est une forme moderne de la torture).

A comme angoisse
I comme impensable
E comme énergie

Donner un sens à l’humanité lorsque solidarité devient une évidence. Savoir apprendre du partage. Vivre sans crainte de « partir » juste vivre sans crainte de « l’avenir ».

K comme kiffer (rires fallait le trouver celui-là)
A comme aimer
R comme rêver
A comme avenir
S comme solidarité
A comme accompagner
N comme aNnuler (et pourquoi pas…)
I comme indispensable.

Laurence Cahn

°°°

poème 63

Lourde peine s’il en est.
Surtout pour un témoin
Lourde peine sur pavés, pas un seul repas plein
Des plumes si vous saviez, pas de celles qui tiennent chaud
Des plumes tombées du ciel, de biens sombres cristaux
Lourde peine prononcée, une fois par les parrains
Lourde peine confirmée, par notre État souverain
Plus d’appel si ce n’est, celui fait à nos cœurs
Loups de plaine ont hurlé, déjà monte la peur
La peur.
La peur, les pleurs… il en faut du courage
Courir, toujours devant, de rivages en rivages
Apprendre et réapprendre.
Espérer mais pas trop
Se poser, observer, ne manger que de l’eau
Voir ses enfants fragiles, les sentir fatigués
Voir ses enfants habiles, les rêver bien sauvés
Voir dans l’œil étranger, un secours oui peut-être
Ou une sombre menace, un procès sans un maître
Personne qui vous défende, personne ou bien peut-être
Vous lirez, écrirez, pour ces gens une lettre.
Lune pleine pour soleil, soleil pour souvenir
Se rappeler qu’ailleurs, nous serions bien comme eux
Que nous aurions froid, que nous aurions faim
Que nos enfants fragiles se donneraient la main
Qu’ils moucheraient, qu’ils tousseraient, qu’ils trembleraient aussi
Mais qu’ils verraient en eux…
peut-être…
l’espoir de dire merci.

Amine Kaci

°°°

poème 64

J’ai mal à mon âme et ne peux retenir mes larmes…
Devant cette souffrance, je pleure mon impuissance…
Alors, je viens vers la famille Karasani et je leur tends les bras !
Au creux de mes pauvres mains seulement mille mots de soutien,
mille cris d’encouragement enrubannés dans un immense espoir…

Fasse que, à l’encontre de certains hommes, le ciel écoute notre supplique et vienne en aide à cette famille en réalisant son vœu le plus cher !

Bien à vous,
Amis !

Claire Klary

°°°

poème 65

Saint-Aubin-du-Cormier

En ce jour d’été tu as rameuté le ban
Anglais, Germains, Flamands,
Basques, Espagnols, Gascons,
Tous ont envoyé leurs garçons.

L’armée française face à eux
L’indépendance comme enjeux
Ils ont tous fait leur devoir
Ils ont été recouverts d’un voile noir

Bien des étés se sont écoulés
Mais tu n’as pas oublié
Cela reste ta fierté
D’avoir ainsi résisté

Alors que vient l’automne
Restes-tu un Homme ?
On t’a tendu la main
Ne feras-tu rien ?

Pour ceux qui ont donné leur cœur
Qui ne demandent qu’un peu de chaleur
Ceux qui t’ont demandé asile
Pour ceux-là seras-tu vil ?

Europe, France, Bretagne,
Ne sont plus des montagnes
Ne sommes-nous pas plus malins ?
Ne sommes-nous pas plus humains ?

Cette guerre administrative
Mérites que je la vive
Restez là les Karasani
Vous avez ici des amis

Rabia Franoux Moukhlesse

°°°

poème 66

Frontières de papiersversion chantée

Ils étaient cent et mille, ils étaient des milliers
Ils étaient vingt et cent, il y avait une famille
Faudra-t-il que les Justes ressurgissent du passé ?
Pour que raison se fasse et se mette à crier

Éclaireurs d’une armée que la mer a rej’té
D’Albanie ou d’ailleurs, j’ai longtemps voyagé
De mon corps, de mon cœur, des souv’nirs ravagés
Bien des fois ils ont cru, voir mon sac se poser

Nos semelles de vent, sur la route si usées
Avec elles nos espoirs se sont vite envolés
Sous nos pieds écorchés, les frontières ont passé
Puis un jour d’embellie, nos fils nous sont nés

L’instant fut magique mais de courte de durée
Notre errance a repris au hasard des vallées
Le soleil se fit lune, afin de nous guider
Vers un havre de paix surnommé le Cormier

Arrivés à bout d’souffle, nos larmes avons séchées
Au cœur de ce village, ils nous ont installés
Dans leurs yeux se lisait une belle humanité
Quand tout à coup la foudre a de nouveau frappé

D’un index vengeur, leur loi nous a pointés
Balayant les recours et les bonnes volontés
Vont-ils lâcher sur nous tous leurs chiens policiers ?
La haine est à nos trousses, Lirie s’met à pleurer

Ils étaient cent et mille, ils étaient des milliers
Ils étaient vingt et cent, il y avait une famille
Faudra-t-il que les Justes ressurgissent du passé ?
Pour que raison se fasse et se mette à crier

Nous étions cent et mille, nous étions des milliers
Nous étions vingt et cent, nous étions pacotille
Pour que raison se fasse et se mette à crier
« Famille Karasani, votre place est ici »

Dom de Gannes

°°°

Le monde est une jungle

Ils récusent leur passé, ont quitté leur maison
D’Europe d’Asie ou d’Afrique, ils arrivent encor’
Vers des lieux étranges, proche de la déraison.
Arrachés de leur pays que pourtant ils adorent.

Sans nourriture, sans eau et le visage blafard,
Chaque frontière leur livre difficultés,
Ils avancent dans le noir, le regard hagard
Avec les problèmes qu’on ne peut imaginer.

Quand une lueur s’allume, il faut recommencer
Mais vivre dans le camp est le début de l’attente,
Ou l’assiette de nourriture à quémander,
Offerte par charité, ne réchauffe pas la tente.

Point d’espace privé qui ne leur appartienne,
Ils errent dans la jungle et ne sont pas chez eux,
Croisent des gens bien dont les regards préviennent
Que vers eux, d’autres ne lèveront pas les yeux,

Que même à « bonjour », certains ne daignent pas
Un sourire en réponse à un être humilié.
Nous savons les valeurs et ne souhaitons pas
Être encore traité comme l’animal blessé.

Dans nos villages quittés, nous avions notre culture
Nos problèmes au pays, nos droits et notre Dieu
Ici nous endurons quelques insultes et injures,
Mais nous percevons que la haine n’aura pas lieu.

Gaspard

°°°

poème 68

C’était un jour de Novembre,
Il y avait des grandes personnes,
Des gens habillés en costume,
Ils avaient des écharpes
Aux couleurs de ce beau pays…

Nous étions là, à attendre,
Leur décision qui allait
Transformer toute notre vie…

Nous avions dû quitter notre pays,
Là-bas,
Plus d’espoir, pris au piège,
Nous avons tout vendus,
Tout ce que nous possédions,
Pour venir vivre ici dans ce beau pays comme mon père me disait souvent,
et tout recommencer au pays
Des droits de l’homme…

Nous sommes partis,
En laissant derrière nous,
Famille, amis, maison,
Pour essayer de survivre simplement…

C’était un jour de Novembre,
Il y avait des personnes importantes,
Qui allaient décider ce que notre avenir serait…

Je les regardais sans comprendre
Vraiment du haut de mes 10 ans,
Et j’avoue j’avais du mal à comprendre pourquoi
C’est si difficile de nous garder ici,
Et de nous aider à tout recommencer…

Je me rappelle le désarroi
de ma mère,
Et cette inquiétude dans les yeux de mon père,
Pourquoi nous renvoyer,
Il n’y a plus rien pour nous là-bas…

J’ai maintenant 30 ans,
Et je me rappelle de ce soir-là,
De novembre 2016,
Où ces hommes et ces femmes,
Ont pris conscience qu’il fallait
Nous aider à nous intégrer,
À ce beau village,
Et tous ces habitants qui nous
Ont accueillis si gentiment
Moi ma famille mes parents…

J’ai maintenant 30 ans
Et je suis devenu médecin de ce beau village,
Mon frère, lui est devenu
Instituteur
Et à chaque fois que nous le pouvons, nous remercions
Chaque nouveau jour,
Ces hommes et ces femmes,
Qui de leur accueil,
M’ont appris ce que nous avions
Trouvé dans ce beau pays
Qu’est devenu le mien,
J’y ai découvert,
La tolérance, l’entraide, l’espoir,
La solidarité, et la bonté…

J’aime raconter souvent
à mes enfants,
Qui sont nés dans ce beau pays
De liberté,
Qu’il y a ici-bas des hommes
et des femmes,
Capables de compassion, de solidarité et d’hospitalité,
C’est ainsi que je leur définis
Le sens du mot Humanité…

Soutien à la famille Karasani

Jean poète de maintenant

°°°

Poème de Jean poète de maintenant pour la famille Karasani

C’était un jour de Novembre,
Il y avait des grandes personnes,
Des gens habillés en costume,
Ils avaient des écharpes
Aux couleurs de ce beau pays…

Nous étions là, à attendre,
Leur décision qui allait
Transformer toute notre vie…

Nous avions dû quitter notre pays,
Là-bas,
Plus d’espoir, pris au piège,
Nous avons tout vendus,
Tout ce que nous possédions,
Pour venir vivre ici dans ce beau pays comme mon père me disait souvent,
et tout recommencer au pays
Des droits de l’homme…

Nous sommes partis,
En laissant derrière nous,
Famille, amis, maison,
Pour essayer de survivre simplement…

C’était un jour de Novembre,
Il y avait des personnes importantes,
Qui allaient décider ce que notre avenir serait…

Je les regardais sans comprendre
Vraiment du haut de mes 10 ans,
Et j’avoue j’avais du mal à comprendre pourquoi
C’est si difficile de nous garder ici,
Et de nous aider à tout recommencer…

Je me rappelle le désarroi
de ma mère,
Et cette inquiétude dans les yeux de mon père,
Pourquoi nous renvoyer,
Il n’y a plus rien pour nous là-bas…

J’ai maintenant 30 ans,
Et je me rappelle de ce soir-là,
De novembre 2016,
Où ces hommes et ces femmes,
Ont pris conscience qu’il fallait
Nous aider à nous intégrer,
À ce beau village,
Et tous ces habitants qui nous
Ont accueillis si gentiment
Moi ma famille mes parents…

J’ai maintenant 30 ans
Et je suis devenu médecin de ce beau village,
Mon frère, lui est devenu
Instituteur
Et à chaque fois que nous le pouvons, nous remercions
Chaque nouveau jour,
Ces hommes et ces femmes,
Qui de leur accueil,
M’ont appris ce que nous avions
Trouvé dans ce beau pays
Qu’est devenu le mien,
J’y ai découvert,
La tolérance, l’entraide, l’espoir,
La solidarité, et la bonté…

J’aime raconter souvent
à mes enfants,
Qui sont nés dans ce beau pays
De liberté,
Qu’il y a ici-bas des hommes
et des femmes,
Capables de compassion, de solidarité et d’hospitalité,
C’est ainsi que je leur définis
Le sens du mot Humanité…

Soutien à la famille Karasani

Jean poète de maintenant

100 poèmes pour la famille Karasani

« 100 poèmes pour que la famille Karasani vive dans sa commune sans être inquiétée » (poèmes ou courtes proses qui seraient rendus publics).

La matière de ces textes pourrait s'inspirer des quelques éléments présents sur cette page de soutien à la famille Karasani qui vit à Saint-Aubin-du-Cormier : https://www.facebook.com/SoutienFamilleKarasani/

Chaque poème peut être déposé sur cette page/événement avec la signature du poète (elle accompagnera le poème lors de sa publication sous tout support : web, affichettes, voire brochure), sur la page facebook de « soutien à la famille Karasani », par message privé sur le compte https://www.facebook.com/CultureCormier ou à l'adresse mail : christian.domec@wanadoo.fr .

Merci pour vos contributions !

mardi 22 novembre 2016

Dimanche 4 décembre, le conteur Dom de Gannes à Saint-Aubin-du-Cormier

38e rencontre autour du livre, à fleur de zinc

Dom de Gannes au Bar d'à côté

Le conte et ses inspirations : du cartulaire de Redon au poème en soutien à la famille Karasani

Dimanche 4 décembre de 10h à 12h30

Dom de Gannes, conteur, sera notre invité à la rencontre autour du livre, à fleur de zinc au Bar d'à Côté – 33 rue porte carrée 35140 Saint-Aubin-du-Cormier – il nous contera ce qui inspire ses récits croustillants, ce qu’il aime relater de vive voix : du cartulaire de Redon, aux poèmes en soutien à la famille Karasani ; des légendes lointaines à la mémoire familiale.

Une rencontre qui nous réserve de belles surprises.

Amoureux et curieux des livres, venez nombreux !

► renseignements auprès de Christian Domec - christian.domec@wanadoo.fr

L'affichette

Le livre au bar d'à côté, 4 décembre 2016

°°°

Rencontres autour du livre, à fleur de zinc

Quatrième saison 2016/2017

Comme pour les saisons précédentes (2013/2016), ces rencontres ont lieu chaque premier dimanche matin du mois de 10 h à 12 h 30 avec comme invité une ou plusieurs personnes ayant un lien fort avec le livre (auteur, poète, conteur, éditeur, librairie, illustrateur, relieur, photographe, etc.) dans le cadre chaleureux et détendu du bar associatif. Une manière plaisante de lever le voile sur les sources de l'écriture, les coulisses de l'édition et d'en débattre tranquillement.

Lors de ces rencontres nous sommes aussi attentifs aux animations proposées par la médiathèque de Saint-Aubin-du-Cormier : en faire l'écho est un minimum ; créer des passerelles, un souhait.

À dimanche matin donc !

Poème de Gaspard pour la famille Karasani

Le monde est une jungle

Ils récusent leur passé, ont quitté leur maison
D’Europe d’Asie ou d’Afrique, ils arrivent encor’
Vers des lieux étranges, proche de la déraison.
Arrachés de leur pays que pourtant ils adorent.

Sans nourriture, sans eau et le visage blafard,
Chaque frontière leur livre difficultés,
Ils avancent dans le noir, le regard hagard
Avec les problèmes qu’on ne peut imaginer.

Quand une lueur s’allume, il faut recommencer
Mais vivre dans le camp est le début de l’attente,
Ou l’assiette de nourriture à quémander,
Offerte par charité, ne réchauffe pas la tente.

Point d’espace privé qui ne leur appartienne,
Ils errent dans la jungle et ne sont pas chez eux,
Croisent des gens bien dont les regards préviennent
Que vers eux, d’autres ne lèveront pas les yeux,

Que même à « bonjour », certains ne daignent pas
Un sourire en réponse à un être humilié.
Nous savons les valeurs et ne souhaitons pas
Être encore traité comme l’animal blessé.

Dans nos villages quittés, nous avions notre culture
Nos problèmes au pays, nos droits et notre Dieu
Ici nous endurons quelques insultes et injures,
Mais nous percevons que la haine n’aura pas lieu.

Gaspard

100 poèmes pour la famille Karasani

« 100 poèmes pour que la famille Karasani vive dans sa commune sans être inquiétée » (poèmes ou courtes proses qui seraient rendus publics).

La matière de ces textes pourrait s'inspirer des quelques éléments présents sur cette page de soutien à la famille Karasani qui vit à Saint-Aubin-du-Cormier : https://www.facebook.com/SoutienFamilleKarasani/

Chaque poème peut être déposé sur cette page/événement avec la signature du poète (elle accompagnera le poème lors de sa publication sous tout support : web, affichettes, voire brochure), sur la page facebook de « soutien à la famille Karasani », par message privé sur le compte https://www.facebook.com/CultureCormier ou à l'adresse mail : christian.domec@wanadoo.fr .

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dimanche 20 novembre 2016

Poème de Dom de Gannes pour la famille Karasani

Frontières de papiersversion chantée

Ils étaient cent et mille, ils étaient des milliers
Ils étaient vingt et cent, il y avait une famille
Faudra-t-il que les Justes ressurgissent du passé ?
Pour que raison se fasse et se mette à crier

Éclaireurs d’une armée que la mer a rej’té
D’Albanie ou d’ailleurs, j’ai longtemps voyagé
De mon corps, de mon cœur, des souv’nirs ravagés
Bien des fois ils ont cru, voir mon sac se poser

Nos semelles de vent, sur la route si usées
Avec elles nos espoirs se sont vite envolés
Sous nos pieds écorchés, les frontières ont passé
Puis un jour d’embellie, nos fils nous sont nés

L’instant fut magique mais de courte de durée
Notre errance a repris au hasard des vallées
Le soleil se fit lune, afin de nous guider
Vers un havre de paix surnommé le Cormier

Arrivés à bout d’souffle, nos larmes avons séchées
Au cœur de ce village, ils nous ont installés
Dans leurs yeux se lisait une belle humanité
Quand tout à coup la foudre a de nouveau frappé

D’un index vengeur, leur loi nous a pointés
Balayant les recours et les bonnes volontés
Vont-ils lâcher sur nous tous leurs chiens policiers ?
La haine est à nos trousses, Lirie s’met à pleurer

Ils étaient cent et mille, ils étaient des milliers
Ils étaient vingt et cent, il y avait une famille
Faudra-t-il que les Justes ressurgissent du passé ?
Pour que raison se fasse et se mette à crier

Nous étions cent et mille, nous étions des milliers
Nous étions vingt et cent, nous étions pacotille
Pour que raison se fasse et se mette à crier
« Famille Karasani, votre place est ici »

Dom de Gannes

100 poèmes pour la famille Karasani

« 100 poèmes pour que la famille Karasani vive dans sa commune sans être inquiétée » (poèmes ou courtes proses qui seraient rendus publics).

La matière de ces textes pourrait s'inspirer des quelques éléments présents sur cette page de soutien à la famille Karasani qui vit à Saint-Aubin-du-Cormier : https://www.facebook.com/SoutienFamilleKarasani/

Chaque poème peut être déposé sur cette page/événement avec la signature du poète (elle accompagnera le poème lors de sa publication sous tout support : web, affichettes, voire brochure), sur la page facebook de « soutien à la famille Karasani », par message privé sur le compte https://www.facebook.com/CultureCormier ou à l'adresse mail : christian.domec@wanadoo.fr .

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Poème de Rabia Franoux Moukhlesse pour la famille Karasani

Saint-Aubin-du-Cormier

En ce jour d’été tu as rameuté le ban
Anglais, Germains, Flamands,
Basques, Espagnols, Gascons,
Tous ont envoyé leurs garçons.

L’armée française face à eux
L’indépendance comme enjeux
Ils ont tous fait leur devoir
Ils ont été recouverts d’un voile noir

Bien des étés se sont écoulés
Mais tu n’as pas oublié
Cela reste ta fierté
D’avoir ainsi résisté

Alors que vient l’automne
Restes-tu un Homme ?
On t’a tendu la main
Ne feras-tu rien ?

Pour ceux qui ont donné leur cœur
Qui ne demandent qu’un peu de chaleur
Ceux qui t’ont demandé asile
Pour ceux-là seras-tu vil ?

Europe, France, Bretagne,
Ne sont plus des montagnes
Ne sommes-nous pas plus malins ?
Ne sommes-nous pas plus humains ?

Cette guerre administrative
Mérites que je la vive
Restez là les Karasani
Vous avez ici des amis

Rabia Franoux Moukhlesse

100 poèmes pour la famille Karasani

« 100 poèmes pour que la famille Karasani vive dans sa commune sans être inquiétée » (poèmes ou courtes proses qui seraient rendus publics).

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samedi 19 novembre 2016

Poème de Claire Klary pour la famille Karasani

J’ai mal à mon âme et ne peux retenir mes larmes…
Devant cette souffrance, je pleure mon impuissance…
Alors, je viens vers la famille Karasani et je leur tends les bras !
Au creux de mes pauvres mains seulement mille mots de soutien,
mille cris d’encouragement enrubannés dans un immense espoir…

Fasse que, à l’encontre de certains hommes, le ciel écoute notre supplique et vienne en aide à cette famille en réalisant son vœu le plus cher !

Bien à vous,
Amis !

Claire Klary

100 poèmes pour la famille Karasani

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jeudi 17 novembre 2016

Poème d'Amine Kaci pour la famille Karasani

Lourde peine s’il en est.
Surtout pour un témoin
Lourde peine sur pavés, pas un seul repas plein
Des plumes si vous saviez, pas de celles qui tiennent chaud
Des plumes tombées du ciel, de biens sombres cristaux
Lourde peine prononcée, une fois par les parrains
Lourde peine confirmée, par notre État souverain
Plus d’appel si ce n’est, celui fait à nos cœurs
Loups de plaine ont hurlé, déjà monte la peur
La peur.
La peur, les pleurs… il en faut du courage
Courir, toujours devant, de rivages en rivages
Apprendre et réapprendre.
Espérer mais pas trop
Se poser, observer, ne manger que de l’eau
Voir ses enfants fragiles, les sentir fatigués
Voir ses enfants habiles, les rêver bien sauvés
Voir dans l’œil étranger, un secours oui peut-être
Ou une sombre menace, un procès sans un maître
Personne qui vous défende, personne ou bien peut-être
Vous lirez, écrirez, pour ces gens une lettre.
Lune pleine pour soleil, soleil pour souvenir
Se rappeler qu’ailleurs, nous serions bien comme eux
Que nous aurions froid, que nous aurions faim
Que nos enfants fragiles se donneraient la main
Qu’ils moucheraient, qu’ils tousseraient, qu’ils trembleraient aussi
Mais qu’ils verraient en eux…
peut-être…
l’espoir de dire merci.

Amine Kaci

100 poèmes pour la famille Karasani

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Poème de Laurence Cahn pour la famille Karasani

Les voyelles communes de l’expulsion
KARASANI… ALBANIE

A comme adversité
I comme incompréhension
E comme égalité

Y aura-t-il cet espoir fou de savoir partager et rassurer (la peur constante de l’expulsion est une forme moderne de la torture).

A comme angoisse
I comme impensable
E comme énergie

Donner un sens à l’humanité lorsque solidarité devient une évidence. Savoir apprendre du partage. Vivre sans crainte de « partir » juste vivre sans crainte de « l’avenir ».

K comme kiffer (rires fallait le trouver celui-là)
A comme aimer
R comme rêver
A comme avenir
S comme solidarité
A comme accompagner
N comme aNnuler (et pourquoi pas…)
I comme indispensable.

Laurence Cahn

100 poèmes pour la famille Karasani

« 100 poèmes pour que la famille Karasani vive dans sa commune sans être inquiétée » (poèmes ou courtes proses qui seraient rendus publics).

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lundi 14 novembre 2016

Toute la communauté de Saint-Aubin-du-Cormier serait bafouée et meurtrie

Dans notre commune de Bretagne, Saint-Aubin-du-Cormier – située entre Fougères et Rennes – vit une famille habitant en plein centre bourg, à côté de l’église. Le plus jeune, Kledian, y termine sa scolarité à l’école primaire Alix de Bretagne où il rentra en fin de cours préparatoire. Son frère aîné, Gentian, fit sa scolarité au collège Pierre de Dreux qu’il achève cette année en troisième. Tous deux naquirent en Crète alors que leurs parents y exerçaient une activité de maçon pour leur père Artan et d’agent hospitalier pour leur mère Lirie, de 2002 à 2011, dans cette terre de Grèce.

Cette famille Saint-Aubinaise est appréciée de leurs concitoyens pour leur présence et participation active à la vie communale : entretien du jardin médiéval avec l’association Ragoles & Béruchets, présence active lors des fêtes scolaires pour la préparation de goûters et l’accueil des familles, activités paroissiales pour les parents, clubs sportifs pour les plus jeunes.

Une trentaine de lettres, signées par le curé de la paroisse, des conseillers municipaux, l’équipe éducative du collège, celle de la médiathèque, des institutrices, des responsables d’association… et des citoyens en témoignent.

Mais pourquoi témoigner ?

Parce que Lirie et Artan Karasani ont dû fuir l’Albanie en catastrophe en 2002 pour se réfugier en Grèce où Artan fut sauvé, par une intervention chirurgicale, d’une blessure mortelle infligée par un truand qui n’était pas sans complices menaçants. Ils y trouvèrent refuge 9 ans, y travaillèrent et eurent deux garçons. La situation économique du pays s’effondrant, ils décidèrent de revenir en Albanie. Mais les menaces premières n’étaient pas oubliées, la fuite s’imposait. Ils choisirent la France « patrie des droits de l’homme » où ils arrivèrent munis de leur passeport, en toute légalité, en décembre 2012 pour, après un long périple, demander asile à Rennes. En avril 2013 ils s’installèrent à Saint-Aubin-du-Cormier.

Parce que leur demande d’asile fut rejetée en janvier 2015, ils ne bénéficiaient plus du dispositif du centre d’accueil pour les demandeurs d’asile, ils étaient alors privés de leurs droits et de leur logement.

Parce que les liens qu’ils avaient tissés avec la population locale leur permit de trouver un logement et des promesses d’embauche qui ne se concrétiseraient que s’ils n’étaient pas empêchés légalement de travailler.

Parce qu’un arrêt préfectoral en mars 2016 leur ordonne de quitter leur lieu de vie, leurs amis, de mettre fin à la scolarité de leurs enfants, de briser des liens d’amitié et de camaraderie pour retrouver le lieu où il y a quatorze ans Artan grièvement blessé et Lirie enceinte de son premier enfant durent fuir. Endroit étranger et hostile à peine découvert par leurs deux enfants entre leur enfance en Grèce et leur épanouissement ici, à Saint-Aubin-du-Cormier.

Parce que le refus d’asile et l’arrêté qui a suivi se fondent, entre autre, sur deux erreurs, bénignes si derrière le dossier il ne s’agissait pas de personnes : La famille est bien entrée en toute légalité sur le territoire français ; Gentian et Kledian sont bien nés en Grèce – en Crète plus précisément – et y ont vécu leur prime enfance.

Parce qu’enfin c’est toute la communauté de Saint-Aubin-du-Cormier qui serait bafouée et meurtrie si d’aventure on en arrachait de force quatre de ses membres.

Collectif de soutien à la famille Karasani

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