Je ne sais plus quand ni où, je vous avais parlé de ma conversation avec un
jeune lycéen autour des penchants. Tôt ce matin, il m'a remis le journal What
L's des premières et terminales littéraires de son lycée (Saint Vincent à
Rennes), voici ce qu'il y écrit (accompagné d'une photo qu'il a chipé sur le
web avec mon accord) :
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« Sortir un livre, l'éditer, c'est pour moi une passion à ma mesure »,
témoigne Christian Domec, quadragénaire (sic), éditeur d'une quinzaine
d'ouvrages qu'il s'amuse à pomponner à sa manière.
L'homme, à l'allure plutôt discrète, souvent accompagné par une volute de
fumée, allie la gentillesse et la générosité de paroles à la perfection. C'est
l'image même de sa librairie artisanale, « Les penchants du roseau »,
qu'il a créée il y a quelques années déjà.
Je le rencontre dans la bibliothèque de Saint-Aubin. Nous choisissons la
salle du fond et nous nous asseyons confortablement. Derrière sa paire de
lunettes, ses yeux brillent. Il me raconte sa vocation, née au parcours de
La Route, de l'auteur américain McCarthy. Lors de sa lecture, il
tombe, au fil des pages, sur des phrases restées incomplètes. Des erreurs
d'impression, sans doute. Celle-ci, comme à l'habitude, s'est déroulée sur
d'immenses rotatives américaines. L'étincelle jaillit alors : à la
publication de masse, il opposera un savoir-faire discret et une application
inégalée.
Et c'est bien cet esprit que l'on retrouve dans ces petits livres. En
passant par le papier, méticuleusement choisi, la subtilité élégante des
caractères d'imprimerie, l'éditeur ne laisse rien au hasard. Il avoue même son
dégoût pour la quatrième de couverture, qui selon lui, n'est écrite que pour
« allécher le client »...
Les auteurs qu'il choisit sont le plus souvent bretons (il est fasciné par
leurs textes très caractéristiques, emprunts de force, de « houle », comme
il sait le dire). Mais il aime aussi à publier, par exemple, L'Homme qui
plantait des arbres, de Giono, ainsi que d'autres œuvres. Son but ultime
est d'arriver au plus près de ce que l'écrivain veut transmettre ; ainsi,
n'imposant pas de réécriture comme la pratique la plupart des éditeurs, il
tente d'implanter en lui le style de l'auteur pour accompagner celui-ci dans un
exigeant travail de relecture personnelle. Cette relation auteur-éditeur est
plutôt édifiante : il me rappelle qu'il a passé plus de quatre-vingts
heures ainsi, penché sur un manuscrit ! Ce grand admirateur de Flaubert et
Montaigne, discrétion et vertu obligent, ne dépasse pas, en moyenne, les 50-300
exemplaires, ce qui lui permet de respecter son objectif zéro-pilon. Pas de
diffuseur, mais il fournit de petits libraires traditionnels, ou bien propose
le fruit de son travail à des bibliothèques municipales.
Voilà comment son rôle s'achève, et que commence une nouvelle
histoire...
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Eh bien, Paul, merci ! ça fait plaisir.