
Pour des raisons essentiellement idéologiques, les informations véhiculées par les tuyaux numériques comportent deux valeurs représentées par le 0 et le 1 : une représentation binaire du monde, celle des idéologies dominantes ou des discussions au café du commerce (ou sur son pendant numérique : facebook, par exemple). La nuance est à proscrire parce qu’elle est vertigineuse. Humaine quoi.
Alors bien sûr, la multiplication des combinaisons de 0 et de 1 permet de finement représenter des nuances ou du moins de s’en approcher « à peu près ». Pourtant c’est cet « à peu près » qui importe : c’est le lieu où vibre nos sensibilités aussi ténu soit-il.
Cet « à peu près », fin parfois, peut devenir grossier ou obscène.
Je vous raconte ça… mais pourquoi donc ?
Oh ! Juste un petit truc cocasse – encore un.
Pour le livre en France - outre celle de la Bibliothèque nationale de France chargée du dépôt légal et du catalogage physique et numérique des publications - il existe plusieurs bases de données. Elles vont « arroser » de leurs informations les librairies et bibliothèques en ou hors ligne. Les deux plus importantes sont Électre et Dilicom ; elles sont parentes, la seconde étant une excroissance de la première qui avec Livres hebdo a un rôle commercial au service de la « grande » édition. Dans ces bases, un livre est essentiellement représenté par une unité de stock : ses dimensions, son poids et son prix seront les données essentielles à retenir, un numéro (ISBN) son identifiant unique ; un nom d’auteur, un titre, un nom d’éditeur sont aussi obligatoires, mais considérés comme secondaires puisque les champs à remplir n’ont pas toujours la dimension suffisante (ex. Cécile Fargue Schouler était trop long, il été tronqué à Schou, j’ai en accord avec Cécile choisi S.), le contenu ils s’en fichent (sic) complètement. Dilicom enregistre à l’aveugle, Électre c’est maximum – pour la plupart des livres (tout se négocie…) – cinq minutes par fiche. Jugeons-en, voici celle du seul livre que je leur ai envoyé « pour voir » :
« Le livre est écrit en hommage à un adolescent, Sébastien, de 14 ans, sans abri, retrouvé mort. C. Fargue lui écrit une lettre 15 ans après les faits. Puis, ce sont des fragments plus ou moins longs de textes, datés de septembre à mars. »
Vous aurez reconnu sans doute de quel livre il est question… J'aime beaucoup ce « des fragments plus ou moins longs de textes », j'ai des goûts bizarres me direz-vous.
0 et 1 donc. Mais le zéro, seul, passe difficilement même lorsqu’il est suivi d’une virgule. J’ai, il y a trois jours, entré deux livres : Scènes étranges d’une enfance de garçon – objet onirique et Staccato de Michel Gros Dumaine. Côté Bnf, en attendant le dépôt légal physique aucun problème, voici l’un (sans prix) et l’autre (avec le prix). Côté Dilicom, je ne pouvais entrer 0, un livre gratuit, ils ne connaissent pas, j’ai – pour forcer l’enregistrement – mis 0,01 €, ça ne passe pas, la TVA ne pouvait être calculée… Malin, je suis passé à 0,10 €… Ouf l’enregistrement s’est fait… mais dans le vide. Qu’on en juge sur, par exemple Amazon qui se nourrit de ces bases n’ayant que peu de stocks (cette présence est du pipeau, un effet catalogue, ils ne traitent guère ce type de commande), Staccato apparaît, l’Objet onirique non (je suis quand même en train de chercher une parade… style le mettre à XXX € mais en rupture de stock).
Lorsque le binaire se réduit à 1 - soyons positif ! -, il ne voit plus rien. C’est la version numérique du fanatisme, ici, celui du marchand.

