Journal des penchants du roseau

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 30 juillet 2013

Gel de Scryf ?

Une nouvelle, encore officieuse : Scryf serait mis en hibernation à partir de septembre prochain. Scryf ? rappelez-vous, je vous en avais parlé dans ce billet, M@n, Scryf et une articulation penchée, puis dans de nombreux autres. La qualité essentielle de cette tentative vivante d'une poignée d'années fut de mettre en relation des textes - souvent de bonne facture - avec des retours de lecture - la plupart du temps fins et instructifs. Une relation avec un minimum d'exigence entre auteurs et lecteurs. Pour tous ceux qui ne sont pas abonnés, un parcours détaillé de la page d'accueil permet de la mesurer.

Ainsi ces textes :

sont librement lisibles ainsi que les Retours de lecture de leurs premiers lecteurs (cliquer sur "voir les retours" en vis-à-vis de la "couverture").

Parmi ceux-ci, six ont été épinglés sur cette même page d'accueil :

De plus - pour ne souligner que ce qui est visible par tous, une œuvre collective Coup de bar a été réalisée début 2011.

Si vous avez pris le temps de consulter ces quelques exemples, vous penserez sans doute comme moi : voilà une belle réalisation d'auteurs et de lecteurs passionnés !

Alors pourquoi ce gel ? Je n'en sais rien. Mais j'imagine un peu. Lassitude des fondateurs, manque de relais, versatilité, difficultés de maintenir une plateforme complexe avec le peu de temps dont on dispose (imaginez, il y a aujourd'hui 27 603 membres dont plus de 27 000 petits robots potentiellement spammeurs) et - « j'imagine » - volonté de renouer avec des rapports plus charnels.

Ce gel est-il définitif ? Je l'ignore aussi.

En attendant des nouvelles, merci à Nat, Marco, Vilnus, nic, Annie, Gabrielle, Malignonne, Nicolas, Frede, Dimitra, Mandragoras, Gondolfo et à tous ceux que j'oublie de nous avoir permis d'entrevoir un des possibles à vivre autour de l'écrit et de la lecture.

jeudi 29 novembre 2012

Manuscrits, scryf, une piste

Je ne sais pas s'il est bon signe de recevoir un flot de manuscrits important. Si signe il y a, il forme une jolie pile du côté des penchants du roseau. Hélas, la taille de celle-ci n'invite pas à promettre des délais courts, ni même raisonnables pour une première réponse suite à une lecture.

Hier, annonçant à une des personnes venant de m'envoyer un manuscrit une attente de plusieurs mois, elle me dit en substance ceci : « j'ai hâte que mes textes soient confrontés à des lecteurs. » Dans ma réponse et à cette impatience, je lui ai proposé cette piste : « un site que je consulte en dilettante : Scryf, propose la chose suivante : chaque inscrit peut déposer un texte et écrire des retours de lecture plus ou moins détaillés. Il y a quelques très bons critiques, ce serait étrange qu'ils ne repèrent pas votre texte et ne proposent une ou plusieurs notes de lecture. Elles vous intéresseront, j'en suis sûr. Cela se fera plus facilement si vous vous souciez des textes des uns ou des autres. C'est une bonne adresse. »

Ce n'est bien sûr qu'une piste parmi d'autres, mais pourquoi ne pas y aller faire quelques pas ne serait-ce que pour voir et se frotter à quelques auteurs/lecteurs ?

Avant même de s'inscrire (et de comprendre un peu de quoi il retourne), il est possible, dès la page d'accueil publique, de consulter dans leur intégralité plusieurs textes d'auteurs fort différents – parfois publiés ailleurs – ainsi que des retours de lecture.

Par exemple ce beau volume : À l'autre bout du rêve de Nat Renard, cette courte Scène de la vie athénienne de Dimitra, un poème de Yasmina : Café blanc, et même le désormais célèbre Staccato...

Aujourd'hui un texte attire beaucoup de lecteurs : La Faux soyeuse de Cash. Je ne l'ai pas lu, mais il l'est à n'en pas douter.

Une piste donc, sans étoiles, comme une sente en plein jour.

mercredi 27 juin 2012

Ce matin, j'ouvre ma boîte mail

Nul message torride (hélas !?), mais l'exposition d'une tentative, celle d'une dimension éditoriale ajoutée à Scryf. Scryf ? Je vous en ai déjà parlé ici (cf. ces quelques billets).

Je vous invite à la lire dans cette tribune ouverte, où j'y retiens - en particulier - ceci : « Une œuvre sélectionnée par les scryfeurs et accompagnée par le comité éditorial de Scryf est-elle exclusivement liée à Scryf? Non, bien sûr! Les deux principes fondateurs de Scryf demeurent l'entraide et l'indépendance: l'auteur reste donc libre de présenter son œuvre partout ailleurs, en permanence et sans restriction, aussi bien sur d'autres plateformes numériques qu'auprès d'éditeurs traditionnels, parallèlement à sa mise en valeur par la communauté scryfienne. »

Bonne aventure à Scryf, donc. Nous nous croiserons sans doute, comme nous l'avons déjà fait.

mardi 7 février 2012

Scryf a fait peau neuve cette nuit

Scryf

Scryf a fait peau neuve cette nuit. L'intérêt le plus visible pour toute personne n'étant pas inscrite est de pouvoir accéder à tous les éléments déclarés publics par les utilisateurs à partir de la page d'accueil.

En particulier : des textes, des retours de lecture et des tribunes.

Les autres articles, à propos de Scryf, sur les penchants du roseau sont lisibles à partir de cette rubrique.

jeudi 5 janvier 2012

Scryf ? Contrariétés II

Scryf

Je clos provisoirement cette présentation de Scryf par trois retours de lecture à propos de Contrariétés de Gabrielle Ostoya. Sur Scryf, je ne suis que de passage, je sais que parmi vous, il y a des habitués. N'hésitez pas à m'envoyer votre billet, je le publierai ici.

Retour détaillé de Nat Renard

Je reprends, plus ou moins en copier/coller, une partie des remarques que j'avais faites à Gabrielle par voie de MP. Mais je ne sais pas si cela intéressera quelqu'un d'autre qu'elle... L’histoire des francophones ("comme disent les francophones"), de la côte d’Ivoire et du prénom Gwenaël, vraiment, pour moi, ça ne passe pas. Ça casse complètement le côté immersif, l’idée que l’histoire puisse vraiment être narrée par un états-unien. Et du coup ça sonne faux.

Pour moi, il faut d'abord cerner le perso, un minimum, quoi. Un môme qui vient du fin fond du Texas, le Texas étant déjà ploucville pour les reste des Etats-Unis, c'est un peu comme s'il avait grandi loin de tout. En plus de ça, il n'a pas l'air spécialement brillant, hein, le mec. Tel que présenté dans ton histoire, je vois plutôt un brave gars, pas très sociable, genre réservé, qui une fois adulte fait des petits boulots ou devient petit comptable dans une petite banque (où, tiens, premier petit pétage, il se retrouve en caisse derrière un guichet fermé). Je n'imagine pas un mec que l'adversité a rendu super débrouillard et vif, plutôt le contraire, pas sûr de lui, surtout avec les autres, mais avec quand même une imagination particulière qui lui fait faire des trips particuliers sur les chose et les gens ( "tu es belle comme un cerise" et "j''aimerais vivre dans ton oeil gauche" en donnent l'idée). Ce mec-là, j'avoue avoir du mal à le suivre dans une virée aussi légère et insouciante au Mexique. Pour moi, c'est un mec que l'intérêt qu'il peut éventuellement susciter chez les autres surprend, il n'en a pas l'habitude, et quand cela arrive, il commet toujours une maladresse qui gâche tout. Jusqu'à, peut-être, cette première femme avec laquelle il partage quelque chose au Mexique (mais alors comment/pourquoi la laisse-t-il ?). Ce gars-là n'aurait pas pour réflexe d'aller chercher quel pays lointain n'a pas d'accords d'extradition avec les US. Pour un Américain moyen, ce qu'il y a outre-Atlantique n'existe quasiment pas. Un américain moyen part se réfugier vers ce qu'il lui semble connaître un peu, ce qui est proche tout en étant déjà très exotique (en général, l'état voisin leur semble déjà un pays étranger), le Canada ou le Mexique, en poussant jusqu'au Guatemala ou au Honduras, c'est déjà le bout du monde. Mais aller en Afrique ? Ça, ce serait un truc pour un mec qui est déjà allé là-bas - à moins qu'il ne se soit fait un trip particulier sur un endroit particulier (et peu importe alors les accords d'extradition). Ou encore, il irait dans quelque île caraïbe, ou bien, en poussant vraiment loin, il irait chez Chavez, là, il est sûr de ne pas se faire renvoyer dans une prison ricaine !

Quant à la structure, il faut étoffer, pour que le meurtre de Lola ne tombe pas comme ça, hop, de nulle part, et pour qu’on imagine aussi qu’il a une vie, ce brave garçon. Pour moi, tel quel, le texte est tronqué.

Et si j'ai écrit tout ça, hein, c'est quand même que j'ai bien aimé l'idée, et pour partie son traitement ! Et que je trouve la fin très bonne.

Retour détaillé de Marc Sefaris

Nouvelle singulière, qui me plait beaucoup. En cinq petites pages plusieurs décennies d'une vie chaotique s'écoulent, sur différents continents, avec de brefs gros plans (la relation maternelle), des ellipses inquiétantes (les deux années en Côte d'Ivoire où le narrateur a "survécu"), et des accélérations qui rendent presque cocasse ce qui aurait pu être juste dramatique (la mise à mort de la mère et le suicide du père, le voyage en Amérique latine). Le tout ponctué d'espoirs et de détresses, autour de cette fatalité de tout ce qui se glisse "entre nous", murs, draps, océans, lois, prisons - la logique de l'obstacle perpétuel est déclinée jusqu'à l'absurde, avec jubilation.

Brève œuvre sombre, mais enlevée, souvent drolatique. Cela tient au choix de la narration: l'exclu multi-traumatisé se raconte lui-même, avec ses lacunes, sa relative candeur, son fatalisme, ses pudeurs, comme lorsqu'il déclare son amour comme il peut ("j'aimerais vivre dans ton oeil gauche") ou lorsqu'il évoque la mise à mort horrible de sa première amoureuse en une allusion éloquente: "j'ai déchiqueté le drap, j'ai tout déchiqueté". Il y a de la matière sordide et gore, mais la voix présente tout ça avec une sorte de tranquille évidence, qui crée une distance étrange, une déformation qui sera la seule perception du lecteur, par la force des choses (du coup, le tag "gore" me semble de trop, ou simplement aguicheur ;)). La fin, très sérieuse et qui tout à coup ajoute un destinataire à cette confession faussement décousue, est une belle cerise sur le gâteau.

Mes quelques réserves concernent certaines réflexions appuyées, l'insistance sur la folie notamment, celle du père puis la sienne (le coeur qui bat "comme un fou", etc.), folie à la fois trop commode et trop peu convaincante (on tient une explication rationnelle, qui rassure à peu de frais et dissipe une part de la bizarrerie). Et quelques rythmes ternaires parfois trop systématiques ("une main, un genou, un morceau de nuque blonde", "étranges, excessives, difficiles à admettre").

Il n'en reste pas moins que le ton en apparence naïf, qui fait défiler une vie entière en quelques paragraphes, fait ici merveille, alors que la succession de tableaux m'avait gêné dans le roman "Le Cha(n)t des hommes". Sans doute parce qu'ici il n'est pas question de dire le réel dans sa complexité, mais de suivre une improbable conscience malmenée, au trot, et paradoxalement cette concision et ce parti pris donnent naissance à de vrais instants de sourire et d'émotion.

Retour détaillé de Frédé:

Sur la forme:

J’adore ce décalage entre le début qui se fait entendre pudique, prudent alors qu’on assiste à un « déballage » (mais pas du tout grossier) de la vie du protagoniste tout au long des paragraphes qui s’enchaînent si bien qu’on est vraiment entraîné vers la suite. Le fait de l’avoir écrit rapidement fait- il que le style est très vif (et réussi) ?

Sur le fond :

D ‘accord avec Nat à propos de l’Afrique…(commentaire précédent) ; Je n’en redis rien… L’histoire en elle- même (le dispositif mis en place par le père aussi longtemps) est « incroyable » mais on voit tellement de choses de nos jours.. . Je trouve cependant une différence entre l’idée qui est celle d’articuler un passé le conduisant à « tout déchiqueter » et le fait de rentrer plutôt « sagement » dans un pays afin d’y rencontrer sa progéniture au péril de sa liberté. Cela ne me parait pas cadrer dans un même personnage. Puisqu’ensuite, il se renferme à nouveau : « trop de murs …d’obstacles entre lui et le reste du monde ».(A ce propos, on note qu’il se considère tout de même comme faisant partie du monde).

J’ai eu plaisir à lire ces pages faites de cette ambiance décalée que tu sembles affectionner mais prends garde aux incohérences (citées ci-dessus); le gros point à améliorer donc. A part ce « démontage en règle » pour que tu nous écrives des choses encore plus plaisantes à lire dans ce registre…, je te rappelle que ce texte était bien le « coup de cœur » que j’avais évoqué la semaine dernière mais attention Gaby; je ne suis pas « pro » …

mercredi 4 janvier 2012

Scryf ? Contrariétés I

Scryf

Ça y est, vous lisez ce titre et tout de suite vous pensez qu'une barre oblique plisse mon front. Mais non ! Je poursuis tout simplement mon tour de Scryf en lâchant La Main des Autres.

Contrariétés est une courte nouvelle présentée par Gabrielle Ostoya lors du petit concours déjà évoqué, je vous la présente aujourd'hui, nous pourrons lire quelques retours de lecture dans les jours qui viennent. Les personnes pressées peuvent se rendre directement sur Scryf ( - ça c'est d'la pub mon coco. - rhô, comme s'il y avait des gens pressés de ce côté-ci de la pente...).

°°°

Contrariétés

Ma vie n'a été qu'une succession de contrariétés. Le mot est faible, mais je suis un homme pudique. A chaque fois que j'ai désiré quelque chose ou quelqu'un au plus haut point, un obstacle est venu se mettre en travers de mon chemin. Je vais vous raconter ma chienne de vie mais, s'il vous plaît, croyez tout ce que je vais vous dire. Certaines choses pourront vous paraître étranges, excessives, difficiles à admettre, mais je ne peux rien y changer, je les ai vécues.

Ces contrariétés ont commencé lorsque j'ai eu sept ans. Un soir, mon père est rentré à la ferme ivre mort. Ça, c'était normal, du moins habituel. Mais ce jour-là, il n'a pas titubé dans la pièce en répétant vingt fois la même phrase, et en s'esclaffant à chaque fois. Il n'a pas embrassé ma mère en se collant contre elle jusqu'à ce qu'elle se fâche. Il n'a pas fait semblant de piocher dans mon assiette en m'appelant Face de lune. Il est allé directement vers ma mère et l'a prise par les cheveux, puis l'a jetée par terre. Elle n'a rien dit, n'a pas crié une seule fois. Elle semblait savoir pourquoi mon père était furieux. Moi j'ai crié et pleuré quand il a écrasé son poing sur mon visage et qu'il m'a attaché. Il a dit à ma mère : « Ah tu l'aimes, ton fils, hein ! Regarde-le toute la nuit, parce qu'à partir de demain tu ne le verras plus. » Et le lendemain, très tôt, il est revenu avec des briques et du ciment. Il a commencé à construire un mur au milieu de ma chambre, en nous plaçant, ma mère et moi, de chaque côté. Et il riait. A chaque brique ajoutée, il riait davantage. Le mur n'a cessé de monter tout au long de la journée. Mon père était maçon, c'était facile pour lui. Finalement, il avait juste rapporté du travail à la maison. Enfin, ça, c'est ce que je dis aujourd'hui pour rigoler. Ce mur, il ne l'a pas monté tout à fait jusqu'au plafond, il s'est arrêté juste avant. Et nous sommes restés comme ça pendant deux ans ! Mon père entrait chaque jour, me jetait à manger avec une gourde d'eau par dessus le mur. Je l'entendais pousser une assiette vers ma mère, sans doute du bout du pied, et refermer le verrou de la porte. Pour le reste, enfin vous comprenez, il avait ménagé une petite ouverture en bas du mur, qu'il actionnait avec une sorte de clef pour le passage des seaux. C'était le même traitement pour ma mère, bien qu'elle ne fût pas derrière un mur, excepté pour moi. Je l'entendais toujours trainer son seau, cherchant sans doute à s'éloigner de moi dans l'espoir d'être inaudible. Jusqu'au moment où j'ai osé lui proposer de chanter quand elle me le demanderait. Et j'ai chanté chaque jour pour elle, à tue-tête, les chansons que je connaissais.

Ma mère, c'était toute ma vie, je l'aimais comme je n'ai plus jamais aimé. Avant la séparation, j'étais toujours dans ses jambes, sur ses genoux, dans ses bras, et elle riait sans jamais me repousser. Quoi qu'elle fasse, il y avait toujours une place pour moi, une main, un genou, un morceau de sa nuque blonde. Etre privé de son corps et de son sourire m'a fait souffrir plus que vous ne pouvez l'imaginer. Ce mur entre elle et moi a été une torture de chaque instant. Malgré les innombrables mots que nous faisions voler par-dessus. Des tas de petits mots, simples, sans prétention, pour se réconforter, se redonner du courage. Ma mère me parlait tous les jours des lapins et des poules dont je m'occupais autrefois. Elle avait dû remarquer le sourire dans ma voix quand nous discutions du gros Bobby l'obstiné, mon lapin préféré, ou de Mademoiselle Pickwik, la meneuse du poulailler. C'est une basse-cour qui m'a permis de résister aux cruautés de mon père. Et dieu sait qu'il en savait long, dans ce domaine ! Parfois, il s'amusait à poser sur le mur un paquet de bonbons, du chocolat ou une part de gâteau. Qu'il agitait pour être sûr que je les voie. Je sautais au pied du mur pour essayer de les attraper, je le suppliais de me les donner, mais il riait et s'en allait.

C'est certain, quelque chose s'était cassé dans l'esprit de mon père. Peut-être avait-il appris que je n'étais pas son enfant, que ma mère avait aimé un autre homme, mais ces hypothèses d'adulte ne suffisent pas. Il était devenu fou. Je me suis longtemps demandé pourquoi il avait eu besoin de ce mur. Alors qu'il eût été si simple de nous enfermer chacun dans une pièce ! La ferme était grande, la grange et le grenier l'augmentaient encore, offrant à mon père toutes sortes de possibilités. Je n'ai jamais trouvé la réponse ailleurs que dans ces trois pauvres mots : il était fou. Car c'est le seul fait dont je ne puisse pas douter. Et mon père a pu exercer sa démence sans qu'aucune limite, aucune menace ne l'entrave. L'endroit où nous habitions était idéal pour un délire aussi pervers et persistant. Nous vivions dans un coin perdu du Texas, « au fin fond » du Texas, comme disent les francophones ! Personne n'est venu à notre secours et mon père a passé deux années dans une paix absolue. Lorsque ma mère a réussi à s'échapper, il l'a rattrapée en voiture et l'a abattue. Il s'est envoyé du plomb dans le cœur juste après. Alors seulement, ne le voyant plus, des gens sont venus trainer près de la maison et m'ont finalement trouvé.

C'est comme ça que j'ai atterri chez ma tante, quittant le Texas pour l'Iowa. Cette femme m'a recueilli sans un mot de protestation, sans un mot de bienvenue, et sa maison est devenue la mienne. Elle était dure mais sans bassesse, froide mais vigilante. Pas une fois elle n'est venue dans ma chambre quand mes cauchemars me réveillaient. Mais j'étais certain qu'elle attendait, pour se rendormir, l'assurance que je m'étais calmé. Elle m'a infligé une seule souffrance : me refuser l'accès aux affaires de ma mère, à ces cartons qui contenaient tout ce qui restait d'elle. C'était à chaque demande un refus catégorique « Moi vivante, personne ne touchera à ses affaires ! ». Elle ne comprenait pas que sa sœur était aussi ma mère et ça me rongeait l'âme ! Une bague, un foulard m'aurait suffi, j'aurais pu m'endormir avec cette illusion délicieuse de tenir un peu d'elle au creux de ma main. J'ai à peu près tout essayé pour m'approcher de ces cartons enfermés dans le grenier : tournevis, couteaux, toutes les clefs que j'ai trouvées. Mais l'épaisse porte en bois est restée close. Et je n'exagère pas quand je vous dis que ça m'a rendu fou, cette nouvelle cloison entre ma mère et moi.

Mes études n'ont pas été très longues, je supportais mal l'enfermement quotidien. Pourtant, la découverte des livres avait changé ma vie et m'avait donné mille envies de destinations. A seize ans, j'ai commencé à travailler dans les champs de maïs. Je gagnais peu mais j'économisais beaucoup afin de réaliser mes rêves de voyages. Enfin, à dix-huit ans, j'ai pu partir, direction l'Amérique du sud ! Tout s'est très bien passé au Brésil, et au Mexique l'année suivante. C'est ensuite, au Guatemala, que les choses se sont gâtées : j'en suis sûr, on me suivait ; quand je marchais dans la rue, il y avait toujours des hommes derrière moi, qui me fixaient salement ! Mon envie de voyager s'est tarie.

Puis il y a eu Lola, et je suis tombé amoureux. Jamais je n'avais désiré une fille comme je la désirais ! Cette pâleur qu'elle avait dans le visage, ces formes qu'elle portait avec innocence, ce rire de femme, soudain, né de sa gorge, qui déchirait ses mots enfantins ! Je n'étais pas le seul à lui tourner autour, mais elle nous envoyait tous balader. Pourtant, les petits bouts de papier que je glissais dans ses poches quand elle croisait mon chemin ont dû finir par l'amuser. J'y griffonnais ce que j'arrivais à formuler de mes sentiments : « Tu es belle comme une cerise », « J'aimerais vivre dans ton œil gauche ». Vous voyez, je m'en souviens encore tellement j'en bavais pour lui dire mon amour ! Un jour, à la terrasse d'un café, je l'ai vue se détacher de son groupe d'amies, venir vers moi, me sourire . On a parlé jusqu'à ce que la nuit tombe. Et puis, après d'innombrables nuits tombées, j'ai réussi à l'attirer dans une chambre d'hôtel . Cette fois j'y croyais, Lola allait être à moi.

Elle m'a dit que c'était la première fois, qu'elle ne s'était jamais montrée nue devant un homme. Malgré mes protestations, elle a décidé de se déshabiller sous la couverture et s'est entortillée dans le drap. Moi, nu comme un ver, je me suis jeté sur le lit. Mon cœur battait comme un fou, mon sexe me faisait mal comme s'il allait exploser. Quand j'ai arraché la couverture, Lola n'a rien dit, mais quand j'ai voulu enlever le drap, elle m'en a empêché. Elle riait, se dérobait, roulait sur le matelas dans son fourreau blanc. J'ai ébouriffé ses cheveux en essayant de plaisanter - Allez, mon papillon, sors de ton cocon ! ».

- Tu n'as qu'à m'en sortir !

Je me suis plaqué contre son corps et j'ai senti sa poitrine qui battait sous le tissu; ça m'a bouleversé. J'ai tiré sur le drap de toutes mes forces, je l'ai suppliée : « Lola, s'il te plaît, arrête ça, j'en peux plus ! ». Mais elle a continué à rire et à m'échapper. Si proche et inaccessible ! Mon cœur serré me faisait mal et elle riait, riait de me séparer d'elle ! J'ai perdu la tête...J'aimais cette femme, je vous assure. Je l'aimais trop, je n'ai pas pu supporter. J'ai déchiqueté le drap, tout déchiqueté.

J'ai quitté la ville le soir-même. Le lendemain, j'ai pris un avion pour la Côte d'Ivoire. Je savais que ce gouvernement ne me renverrait pas dans mon pays. Je n'ai gardé de contact qu'avec ma tante, certain qu'elle ne me dénoncerait jamais. Ce que j'ai fait là-bas n'a pas beaucoup d'importance. Disons que j'ai survécu. Deux ans plus tard, j'ai reçu une lettre qui a changé ma vie. Elle venait de l'Alabama. Entre ses deux feuilles, il y avait une photo, avec un petit môme qui me souriait. J'ai compris tout de suite que c'était le mien. Si vous saviez comme mes mains tremblaient pendant que je lisais ! C'était Marina, cette jolie brune que j'avais rencontrée pendant ma virée au Mexique, avec qui j'avais passé des nuits délicieuses, dans une gaieté presque enfantine. Et c'est vrai qu'on n'avait pas toujours fait attention; comme si notre gaieté nous protégeait. On avait roulé ensemble à travers le pays, et je lui avais laissé mon adresse en partant. Elle avait dû expliquer la situation à ma tante, puisque j'avais cette lettre dans les mains.

Faustino avait quatre ans et Marina me demandait si je voulais être son père. Ce soir-là, quand je suis rentré chez moi, j'ai répondu oui à sa question, oui je veux le connaître, je veux l'élever, oui je vais l'aimer. Il y avait tellement de oui dans cette lettre ! Et dans l'incomparable nuit blanche que j'ai passée : Oui vivre ! Recommencer ! Oublier ! Oublier Lola ! Alors, quand la deuxième lettre m'a dit non, et puis la troisième, et la quatrième, non je ne viendrai pas à Daloa, je ne veux pas quitter les Etats-Unis, il faut que tu viennes, alors je suis tombé dans une obscurité sans fin. Si je rentrais , c'était certain, j'allais en prison pour meurtre. Mais rester en Côte d'Ivoire, c'était laisser tout l'océan entre mon fils et moi. Et ça, je ne pouvais pas le supporter ! Je ne pouvais pas...Alors, je suis rentré en Iowa.. Ou plus exactement, en prison. De ma cellule, j'ai supplié Marina de venir avec le petit. De temps en temps. Au moins une fois. Mais elle n'a plus jamais répondu à mes lettres. C'était la troisième fois de mon existence, et la dernière, que je suppliais quelqu'un.

Voilà, jeune homme, vous connaissez toute ma vie. Parce qu'après le refus de Marina, il n'y a plus rien à dire. Ma mauvaise conduite, les mises à l'isolement pour cause d'agressivité, rien de bien intéressant. De toute façon, bonne conduite ou pas, il y aurait cette vitre entre nous. Maintenant, je vais raccrocher l'hygiaphone, je vais sortir du parloir et je ne vous reverrai jamais. Inutile de me répéter votre prénom, de me dire quel âge vous avez. Pas la peine de m'expliquer pour les lettres que vous avez trouvées. Peu m'importe que vous ayez compris. Il y a trop de murs entre nous, trop d'obstacles entre moi et le reste du monde.

Gabrielle Ostoya

samedi 31 décembre 2011

Scryf ? La Main des Autres III

Scryf

À la veille du jour où les grégoristes du monde entier - même s'ils s'en défendent - vont s'échanger vœux, il me plaît de vous proposer la lecture de La Main des Autres de Nat Renard. Une nouvelle sur cette altérité perdue à jamais, celle qui nous manque.

Ce sera le dernier volet de Scryf ? La Main des Autres (les deux premiers ont présenté des retours de lecture de cette nouvelle : celui de Marc Sefaris, ceux de MaKiavelle et de nic).

L'an prochain nous retrouverons Scryf et ses Contrariétés (ce lien ne fonctionne qui si vous êtes connectés à Scryf).

°°°

La Main des Autres

Laka soupesa la petite lame.
– Où l’as-tu trouvée ?
– Au bord de la rivière, en amont, là où elle fait un coude. Il y a comme un trou dans la roche, sous la futaie, haut comme deux hommes. Le sol y est jonché d’éclats.
– Hum... Laka hocha la tête, l’air entendu.
– Est-ce l’atelier de taille d’un autre clan ?
Le vieillard pointa sur Tikri un regard nébuleux.
– Cela peut se dire, et ne se peut pas. Attrape donc la petite peau pliée que tu vois là-bas.
Le foyer, tout juste rougeoyant, éclairait à peine l’intérieur de la hutte. Accroupi près du foyer, Laka saisit la peau que lui tendait Tikri et la déplia soigneusement.
– Vois cela, dit-il en tendant une pointe pareille à celle trouvée par le garçon.
Tikri compara les deux.
– Elles sont semblables, et d’une facture qui m’est inconnue. Sais-tu tailler de telles pointes ?
Non, je ne le sais. Elles sont anciennes en vérité. Et ceux qui les ont taillées ne sont pas tout à fait comme toi et moi. De nébuleux, son regard devint brillant. Connais-tu les fronts-plats ? ajouta-t-il à mi-voix.

Les fronts-plats, oui, bien sûr, Tikri les connaissait ; ils peuplaient les récits de la vieille Hurna. Il hocha lentement la tête.
– Cette pointe, reprit Laka, le père du père de mon père, ou peut-être encore le père du père de celui-ci, je ne sais trop, l’a ramassée dans un camp de fronts-plats, après que ceux-ci l’eurent déserté.
Taillée par un front-plat ? Tikri en eut le vertige. Dans ces histoires que Hurna se plaisait à raconter lors des longues veillées, alors que, les huttes pliées pour l’hiver, on se serrait autour de grands feux sous un abri de roche, les fronts-plats étaient des brutes mi-hommes mi-aurochs, des créatures que la Grande-Mère avait créées avant les hommes véritables, et fait disparaître dans son sein, au plus profond des plus profondes grottes. Tikri les avait imaginés avec des sabots à la place des pieds, et des mains trop larges pour seulement tenir une sagaie. Mais cette lame était fine et équilibrée, débitée d’un coup, sans retouches.
– Je vois que tu es surpris, continua Laka. Je sais ce que l’on dit des fronts-plats, mais cela, il ne faut pas le croire.
Tikri regardait les deux petites pointes de silex, fasciné.
– Si tu sais cela, vieil homme, que sais-tu d’autre ?
Laka sourit sur ses dents usées au travail des peaux. Il porta la main à sa maigre mâchoire et gratta nonchalamment les poils qui s’enchevêtraient là.
– Les fronts-plats étaient robustes comme des ours, solides comme des mammouths. Ils ne craignaient ni le froid, ni les longues marches sur le sol gelé. Et un seul d’entre eux pouvait terrasser un aurochs.
Tikri maugréa, déçu.
– Alors j’en sais autant que toi !
– Tsss, garde ton impertinence ! J’entends, moi aussi, les récits de la guérisseuse, je suis vieux mais pas sourd ! Ôte-toi de la tête toutes ces histoires stupides. Elles sont tout juste bonnes à faire peur aux enfants accrochés aux mamelles de leur mère. Les fronts-plats étaient bien des hommes, petit, des hommes qui parlaient et chantaient, renvoyaient leurs morts à la Grande-mère et connaissaient les plantes qui blessent et celles qui sauvent.
Laka se tut, la mine grave. Un silence lourd s’installa sous la hutte, tandis que du dehors parvenaient, étouffés, les derniers bruits du campement. Tikri rendit timidement sa pointe au maître-tailleur.
– Je vais rejoindre Mirin au guet, ce soir, dit-il en se levant. Des loups...
Le vieux ne le regarda pas même sortir.

La nuit était claire, mais la pluie des derniers jours avait laissé une humidité stagnante. Tikri trouva plus de douceur qu’il n’en espérait au grand feu du guet. En contrebas du large ressaut sur lequel on avait planté le campement d’automne, on avait porté là quantité de branches pour alimenter les flammes, et Mirin-le-timoré en avait déjà utilisé un grand nombre.
– Il te faudrait donc la forêt entière pour le feu d’une seule nuit ? se moqua Tikri.
– Les loups ont faim. Mirin fit claquer sa mâchoire. N’entends-tu pas leurs dents broyer tes pauvres os ?!
Tikri sourit à peine – l’hiver précédent, la fille d’Utak avait été emportée par une meute. Et ce soir, sa belle humeur avait disparu dans la hutte de Laka. Il se posta un peu à l’écart, s’éloignant du feu pour habituer ses yeux à l’obscurité. Il avait gardé la petite pointe au creux de la main, et sa main était pesante. Pourquoi le vieil homme avait-il réagi ainsi ? Et pourquoi cela le mettait-il, lui, Tikri, aussi mal à l’aise ? Le respect qu’il avait pour l’art de Laka n’était sans doute pas étranger à cela. C’était bien de lui, dont les mains étaient si sûres et agiles sur la pierre, qu’il souhaitait apprendre. De lui plus que de tout autre.
De l’autre côté du feu, Mirin fit sonner un bâillement manifeste. Bah, il pouvait bien garder ses bavardages pour lui, Tikri préférait les bruits de la nuit. Il aimait se laisser aller au brouhaha sourd et confus, à la stridence des chauves-souris, au hululement des chouettes et au feuillage froissé par le passage d’un renard. Cela emplissait les oreilles, mais aussi le nez et la gorge. Cela emplissait le ventre mieux qu’aucun cuisseau de renne, mieux qu’aucun festin de champignons et de baies rouges. Puisqu’on l’avait encore trouvé trop jeune pour participer à la chasse, il était bon d’être là plutôt que dans la hutte à veiller les petits.
– Alors, ces loups ?
La voix grêle de Laka le fit sursauter. Le vieillard se tenait à deux pas à peine, voûté sur une canne de bois clair.
– Des loups, pas de trace.
– Les loups sont plus silencieux que moi !
Tikri encaissa la remontrance, vexé.
– J’écoute ce qui vient de la forêt, pas ce qui vient du camp.
Laka hocha la tête avec complaisance.
– Tu es plus avisé qu’il ne paraissait tout à l’heure...
– Serais-tu là si tu en avais douté ? se rengorgea le garçon.
Ils partirent d’un même rire, franc et joyeux. Laka s’approcha jusqu’à toucher Tikri. Il posa une main tremblante sur son épaule.
– Allons nous asseoir. Mes jambes me font mal et je dois les préserver pour le prochain départ.
Ils rejoignirent Mirin, qui fit place sur le lit de fougères qu’il avait assemblé.
– Voilà qui est bon pour mes vieux os, soupira Laka.
Il laissa les deux garçons s’accroupir à ses côtés, fronça ses sourcils épars, et reprit.
– Les fronts-plats... Ne dis rien, Mirin, écoute seulement... Les fronts-plats, je le tiens de mon père, qui lui-même le tenait de son père, et celui-là du père de son père, étaient différents de ceux que l’on appelait alors les hommes-vrais, mais ils étaient des hommes. Comme nous, ils avançaient derrière les troupeaux. Comme nous, ainsi que je te le disais, Tikri, ils pansaient leurs blessés et offraient la dépouille de leurs morts à la Grande-mère. Ils taillaient le silex, se paraient le col d’os et de dents striées, et le corps d’ocre brun. Oui, les fronts-plats étaient bien des hommes. Et je crois qu’en vérité ils étaient plus faits pour ce monde que nous le sommes.
La voix résonnait étrangement, comme enveloppée de la chaleur du feu. Les yeux de Mirin brillaient de questions, mais c’est vers Tikri que se tourna Laka.
– Pourquoi, alors, ont-ils disparu ? s’enquit-il.
– Cela, je ne le sais. Il fut un temps où les fronts-plats se rencontraient à chaque voyage, à chaque migration saisonnière. Et il arrivait même, lorsque la nourriture manquait, que l’on se mette en commun pour une chasse, voire pour une saison. Puis les rencontres se firent plus rares, jusqu’à ne plus être du tout.
– Veux-tu dire qu’on leur parlait ? s’étrangla Mirin.
– C’est vrai, insista Tikri, cela ne se peut, n’est-ce pas ?
L’image bestiale restait gravée en lui comme un silex est marqué par le percuteur qui l’a taillé.
– Bah, vous avez donc toujours l’idée que les fronts-plats n’étaient pas tout à fait des hommes !
Laka se renfrogna. N’avez-vous pas entendu ce que je viens de vous dire ?!
– C’est juste que... Mes oreilles entendent, mais mon cœur a bien du mal à croire une telle chose.
– Les fronts-plats utilisaient leur langue autrement que nous, il est vrai. Et c’est par gestes que les hommes-vrais conversaient avec eux. Mais cela ne signifie pas qu’ils ne parlaient pas. Laka secoua la tête, et cela fit comme un bruit d’os brisé dans son vieux cou. Vous m’avez interrompu... Il est encore une chose que je dois vous raconter. Le père du père de mon père, et encore au-delà, disait qu’il avait rencontré lors d’un camp de chasse le dernier clan de fronts-plats, deux familles dont les enfants étaient morts-nés. Seule une petite fille avait survécu à sa naissance. Au printemps suivant, il ne restait qu’une famille, et encore plus tard, ils avaient trouvé la fillette errant seule sur les restes de leur campement, près des corps décomposés de ses parents morts depuis plus d'une lune.
– C’est là que fut ramassée la pointe que tu m’a montrée ?
– C’est bien là. La petite fut emmenée chez les hommes-vrais, mais elle mourut avant la saison suivante. Elle était sans doute la dernière des Fronts-plats.
Laka ferma les yeux et les deux garçons laissèrent un peu de silence accompagner sa tristesse. Car c'était bien de la tristesse. Cependant, Tikri restait sur sa faim. Il attendit encore, puis relança le vieillard.
– Se peut-il que le voyage les ait emmenés plus loin que le Grand-fleuve, où nous pousse l’hiver ?
– Cela ne se peut. Tu sais bien que le Grand-fleuve n’a qu’une rive, et qu’au-delà se finit le monde. Il baissa la voix, pensif. Cependant... Notre clan, ainsi que les clans qui se sont mêlés pour le former, sont nés au Levant, aux pieds de la Grande-mère, et n’ont cessé d’aller vers le Couchant, vers sa tête. On dit que c’est pour y trouver la sagesse. Peut-être les fronts-plats ont-ils fait de même, et peut-être ont-ils préféré disparaître dans le Grand-fleuve pour trouver le visage de la Grande-mère.
Laka sembla se perdre dans un songe. Tikri le sentit accablé par une immense lassitude.
– Qu’as-tu, vieil homme ? Et que peut bien te faire, à toi, la disparition des fronts-plats ?
– Vieil homme, tu l’as dit ! Je devrai bientôt arrêter le voyage et finir ma vie sur un bord de chemin. Cela donne à penser, vois-tu.
Il se tut, tandis que Mirin, impatient, se levait dans un nouveau bâillement.
– ’Vais renifler le loup, dit-il en s’éloignant.
Laka lâcha un rire amer.
– Renifler le loup... S’il en était seulement capable ! Mais as-tu jamais pensé, Tikri, combien l’homme, avec son flair léger et son pas bruyant, est plus puissant que le loup ? Combien l’homme, cette chose petite et frêle, est plus puissante que le mammouth ? Je ne sais pourquoi la Grande-mère nous a donné, à nous, tant de puissance. Mais je sais que lorsque les fronts-plats marchaient dans le monde, nous devions leur faire face, nous devions nous confronter à eux. Leurs yeux voyaient autrement que nos yeux, leurs oreilles entendaient autrement, leurs doigts sentaient autrement. Et cela était bon pour le monde. A présent que les fronts-plats ont disparu, à présent que nous sommes entre nous, dis-moi, Tikri, qui arrêtera notre bras ou notre course ? Qui nous montrera d’autres façons et d’autres chemins ? Sa voix baissa, se fit murmure. Qui, finit-il dans un souffle, préservera le monde de notre puissance ?

Tikri resta muet. Comme en rêve, il aida Laka à se relever ; comme en rêve il le regarda clopiner vers le camp. A son tour, il s’éloigna du feu et s’allongea, à même le sol humide, les yeux tendus vers le ciel. Son cœur était lourd, sa tête pleine. Quelle puissance, oui ! songea-t-il. Il caressa la petite pointe nichée au creux de sa paume, une pointe telle qu'il ne saurait jamais en tailler, et se laissa pénétrer par la nuit, la fraîcheur et le bruissement confus. Là-haut, les étoiles lui semblèrent plus nombreuses que jamais. Il se perdit dans leur contemplation, les yeux bientôt aveuglés par la multitude.
Quelle puissance, en vérité...

Et quelle solitude.

Nat Renard

vendredi 30 décembre 2011

Scryf ? La Main des Autres II

Scryf

Pour ce troisième volet de la présentation de Scryf, j’ai choisi les deux autres retours de lecture de La Main des Autres de Nat Renard (http://www.natrrr.com), je ne recopie pas les commentaires suscités par ces retours (sauf une partie du mien;-), une présentation ne peut qu’effleurer.

Promis, le prochain billet sur ce sujet contiendra La Main des Autres.

Retour de lecture de La Main des Autres de Nat Renard par MaKiavelle

Bonjour,

Je prends beaucoup de plaisir à lire des nouvelles d'un autre temps. Cela pousse à la réflexion.

Pour le fond : c'est cohérent, on plonge rapidement dans le contexte. En revanche, je n'adhère pas à l'idée du suicide dans le fleuve, car même s'ils étaient plus sages vis à vis de la Nature, ils n'en étaient pas moins des êtres vivants avec cette idée profondément ancrée de procréer et de tout faire pour la survie de l'espèce.

Pour le style : le langage des dialogues est fort soutenu pour la période considérée, mais cela est fort agréable aussi, juste un peu déroutant ! Les descriptions géographiques sont bien écrites, les sentiments sont exprimés avec justesse. La fin n'est pas une fin en soi, me semble t-il, il pourrait bien y avoir une suite...

Petit voyage vers nos racines bien pensé.

MK

Retour de lecture de La Main des Autres de Nat Renard par nic

Je n'ai pas aimé ce texte, pourtant bien écrit, bien construit, où tout est en place. Pour tout ça, je verdis. Sinon...

Lors du concours, j'avoue avoir loupé Néandertal. C'est qu'il ne se joue rien entre les dialogues et qu'eux-mêmes progressent de manière convenue (tout est en place, trop peut-être).
Résultat, honte à moi, je vais vite, je survole, et je loupe.
La clé m'ayant été livrée, j'ai relu : même impression.

"La Guerre du feu" chez Nath, c'est plutôt la luxuriance du vocabulaire de Rosny-aîné que les borborygmes de chez JJ Annaud. Mais chez le premier, on se fout pas mal sur la gueule, et ça c'est chouette.

Sapiens sapiens, d'accord, mais je n'arrive pas à croire à ces philosophes beaux parleurs - "Et je crois qu'en vérité ils étaient plus faits pour ce monde que nous le sommes" - si respectueux des négations - "Cela, je ne le sais" -, de la concordance et de la succession des temps - "C'est là que fut ramassée la pointe que tu m'a montrée ?" - dont l'emploi du passé simple est tellement à propos que je m'étonne qu'ils ne connaissent pas l'imparfait du subjonctif.

Peu convaincu par la forme, je me cogne au fond, au message sur l'altérité qui, nu, est un peu prêchi-prêcha.

Commentaire de Christian

J'ai bien aimé cette Main des Autres. Son écriture et le gouffre que l'on longe, celui d'une altérité disparue. Même si j'ai vécu un léger flottement à sa lecture, sans pouvoir en déceler la raison - en cela les lectures de nic et de Marc m'intéressent pour mieux la comprendre - les dialogues et leur forme m'ont plu pour deux raisons : ils rappellent qu'il y a vingt mille ans nous étions ce que nous sommes, le choix fait par Pat exprime nos moments de finesse. Ce n'est vraiment pas déplaisant.

(…) je n'ai pas encore écrit un retour de lecture... Un vrai fainéant (comme mes ancêtres qui aimaient se prélasser et converser en dégustant les huîtres qu'ils venaient de cueillir à flanc de racines aériennes de quelque palétuvier) !

mercredi 28 décembre 2011

Scryf ? La Main des Autres I

Scryf

Je poursuis la présentation de Scryf en dévoilant des bribes de ce qui s’y passe, vu de l’intérieur. Comme j’aime bien mettre la tête en bas, je commence par un « retour de lecture » de Marc Sefaris et les commentaires qui y sont liés. Dans Scryf, l’idée est assez simple : on dépose un texte, on lit un autre et on écrit un retour de lecture avec une appréciation (sous la symbolique d’une couleur). Ce « retour » fait à son tour l’objet d’une discussion et d’une appréciation. Bien sûr nulle obligation, c'est pourtant certainement ce qui est le plus stimulant.

Le « retour », ci-dessous, est celui d’une nouvelle de Nat Renard, La Main des Autres, écrite lors de sa participation à un petit concours interne à Scryf ayant pour thème… (je ne m’en rappelle plus) ; une écriture rapide donc. Vous pourrez lire La Main des Autres dans une bonne semaine sur les penchants du roseau. Si vraiment vous êtes pressés, rendez-vous sur Scryf, vous la retrouverez facilement.

Nota : je livre ces éléments brut de fonderie, j’ai juste « anonymisé » par des initiales les interventions des différents commentateurs hors Nat Renard et Marc Sefaris.

Retour de lecture de La Main des Autres de Nat Renard par Marc Sefaris

On retrouve dans cette nouvelle les qualités d'écriture de nat : style travaillé mais limpide, sérieux et goût pour les grandes questions universelles (qui donne à cet "entre nous" une portée inattendue), beau titre suggestif - et en prime le final, mélancolique et discrètement lyrique, qui ne laisse pas indifférent.

Mais pour moi la magie n'opère pas, parce que dès les dix premières lignes, je sais qui sont ces Front-plats et on peut deviner la nature de la tristesse du vieux tailleur (la nouvelle perception de Néandertal a été largement relayée par de nombreux livres et documentaires grand public, sans être spécialiste de paleoanthropologie, on peut difficilement ignorer aujourd'hui sa richesse et sa singularité). Du coup, le deuxième dialogue est en quelque sorte la confirmation, à peine le prolongement du premier; ce dont le jeune Homo Sapiens sapiens prend conscience, on a pu le comprendre bien avant lui. Autre conséquence (à mes yeux): les détails donnés sur les différents personnages ou leur attitude apportent peu (à part nous dire qu'ils sont humains), ce qui n'était pas le cas de "Retour de Mission" ou de "Hors-Réseau", où chaque détail avait son importance, dans une atmosphère immersive qui s'imposait à la lecture. Là, Mirin est "timoré", il "fit sonner un bâillement manifeste" etc., soit, mais so what? Ils ont beau agir et parler, ces personnages me semblent trop abstraits. Ce n'est donc pas le manque d'action que je critique - une nouvelle peut tenir sur le ton, la sensation etc., mais le fait qu'il s'agit d'une réflexion habillée par des échanges de paroles qui ne sont finalement qu'informatives. Je suis certain que tu pourrais, Nat, donner corps à cette grande solitude, par une situation qui implique davantage les personnages de ta tribu, qui là restent en quelque sorte en position d'observateurs-archéologues-philosophes.

(débats en perspective - pas de violence svp)

Commentaires de ce retour de lecture

D

Je pense que si Nat avait développé le sujet les dialogues etc, elle serait parvenue à quelque chose de plus abouti bien sûr et de vraiment passionnant. Néanmoins je trouve le texte très beau tel quel (ne pas oublier qu'il s'agissait d'un concours de nouvelles) C'est curieux mais j'ai l'impression qu'on a tendance à se montrer particulièrement exigeant avec Nat, je sais,"qui aime bien châtie bien " mais quand même!

M

Et avec la racine (un pauvre végétal qui écrit, c'est déjà un exploit, non !?), on n'est pas exigeant non plus !?... hi hi je charrie... mais ne châtie point ;-))

Nat Renard

Hé, j'suis non-violente, moi !

Alors là, vraiment, Marco, je ne te suis pas, au sens où je ne comprends pas. Je reprends point par, parce que, que tu sois accroché, ou pas, je me dois de défendre cette nouvelle sur les points incriminés !

- on peut deviner la nature de la tristesse du vieux tailleur : oui, et alors ? Il ne s'agit pas de faire du suspense ! Quant à la nature précise de sa tristesse, je ne suis pas d'accord avec toi. Le vieux n'est pas triste pour les Fronts-plats, il est triste pour le monde. Cela est-il si évident, là, avant la fin ? Je ne le crois pas.

- la nouvelle perception de Néandertal a été largement relayée par de nombreux livres et documentaires grand public, sans être spécialiste de paleoanthropologie, on peut difficilement ignorer aujourd'hui sa richesse et sa singularité : là encore, et alors ??? Cela fait 20 ans que j'ai étudié la (les) culture(s) de Néandertal, il n'y avait pas pour moi de grrrand secret à dévoiler ! Il y a bien longtemps, au moins 20 ans, donc, qu'on sait que Néandertal était un homme "évolué". On a même régressé un peu récemment puisqu'on l'a sorti du groupe des Sapiens (on le nommait il y a peu encore homo sapiens neandertalensis, et nous sapiens sapiens).

- Du coup, le deuxième dialogue est en quelque sorte la confirmation, à peine le prolongement du premier : pas d'acc du tout. Dans le premier, le jeune entend que les fronts-plats n'étaient pas des grosses brutasses. La mise en perspective par rapport à ce qui fait leur humanité à eux est un aspect tout à fait différent. L'idée d'un autre différent, non par sa simple morphologie et sa façon de vivre, mais par ce qu'entraîne la première, cela va bien au-delà d'une simple apologie de la différence.

- le fait qu'il s'agit d'une réflexion habillée par des échanges de paroles qui ne sont finalement qu'informatives : Il y a le fond, certes, je n'ai pas caché son importance à mes yeux dans les comm échangés avec D, mais il y a aussi l'idée de voir les uns avec les yeux des autres, de se placer dans la tête d'un cro-magnon pour voir un Néandertal. Et cela en deux coups de cuillère à pot comme le format l'impose.

Par ailleurs, rapporté à tes autres retours de lecture, j'ai l'impression que tu évalues ce texte par rapport à moi et non pour lui-même. Ce jaune qui m'a fait frémir, je l'avoue, dit quand même aux lecteurs potentiel que c'est mauvais. Que la magie n'opère pas, certes, je le comprends, mais ça ??? Cela me laisse vraiment perplexe.

V

Pardon d'apporter mon grain de sel, je ferai un retour détaillé dès que possible. Mais c'était une de mes nouvelles préférées du concours, Nat, ce qui ne m'empêche pas de me retrouver dans l'ensemble des critiques de Marco.

L'idée générale me plaisait (l'énigme de leur disparition, la confrontation), et l'écriture est réussie. Mon curseur, emporté par ce mouvement général sera donc plus vert. Il reflètera mon plaisir de lecture. Mais, il ne me semble pas que Marco ait tort dans ses remarques.

Nat Renard

(je précise que j'écris tout ça sans animosité. Une fois de plus je ne suis pas dans la récrimination, seulement dans l'exigence légitime de ma propre compréhension :)

M

Tu t'enfonces, Goupil... Tu t'enfonces... ;-)))

Au fait, moi, j'avais rien compris de l'intrigue... j'avais pas pigé que l'histoire se rapportait à la fin des hommes de Nez-en-tergal !... Vous pensez pas que j'suis p'têt un Front-Plat moi aussi !? ;-)))

- Ce jaune qui m'a fait frémir, je l'avoue, dit quand même aux lecteurs potentiel que c'est mauvais. Que la magie n'opère pas, certes, je le comprends, mais ça ??? Cela me laisse vraiment perplexe. --> et si on essayait les 2 CURSEURS !?... Noooooooon, pas la maquette grandeur nature du favicoooooooooooon ... BONG!

Nat Renard

On s'est croisés, V. Merci de me soutenir en ces intants douloureux... Ben s'il a le temps, Marco répondra à ma contre-proposition :) . Je maintiens, persiste, et signe !

(ça fait quoi comme bruit, une racine, quand on l'arrache de son mauvais terreau, hein ?)(sluuurp ?)

M

La racine, brune à l'extérieur, blanche à l'intérieur, est du type pivotant, souvent lignifiée et peut atteindre après plusieurs années des dimensions impressionnantes (jusqu'à 60 à 80 centimètres et plusieurs kilogrammes). (source wiki) : au-delà du phantasme féminin, Nat, n'épuise pas tes petits biceps!!! Je suis inamovible (et même pas admin ! Hi hi, le French paradox à moi tout seul ;-))))

racine (suite) : Les vieux sujets peuvent s'enfoncer à plus d'un mètre dans la terre et sont donc difficiles à arracher. : Ha ha, tu vois! c'est pas moi qui le dit !

L

Je suis assez d'accord avec Vilnus (et donc assez proche de Marco ;-)): j'avais mis ce texte en deuxième place lors du concours, j'ai trouvé l'idée très bonne, la fin est touchante et bien vue, le texte est bien mené, mais pourtant je n'étais pas si enthousiaste que ça, je me suis presque ennuyé sur la deuxième partie (la veillée près du feu) j'ai eu un peu l'impression d'une répétition par rapport au premier dialogue, alors qu'à la réflexion, Nat, je suis d'accord avec toi qu'il y a bien plus de choses dans le deuxième que dans le premier mais c'est surtout la fin qui apporte ce plus...

Bon, je ne sais pas trop bien expliquer ce manque d'enthousiaste, mais encore une fois il m'a tout de même bien plu, et je lui mettrais un "vert" plus qu'un "jaune"... mais on en revient à ces histoires de curseur: celui de Marco est au dessus de mitigé, mais tu le perçois comme "mauvais". je pense que vous ne réglez pas le curseur de la même manière pour un ressenti proche. Par exemple, de mémoire, j'avais reçu le même vert de toi et de Marco sur "Samedi", alors que tes critiques étaient bien plus négatives ("bonne idée mais traitement décevant", en gros), personnellement j'aurais plutôt associé un jaune qu'un vert à ta critique (mais tu n'es pas obligée d'aller rectifier, hein ;-)).

D

C'est bien compliqué ces histoires de couleur ! Et si on faisait un curseur arc-en-ciel?

Nat Renard

@L : on peut tout à fait avoir des réglages de curseur propre, ce que je dis, c'est que au vu de toutes les évaluations de Marco et de son intro de retour, il me semble qu'il évalue plus le texte par rapport à ce qui peut être attendu de Nat que le texte tout court. Tu vois ? Moi, j'ai le curseur généreux, peut-être parce que je n'aime pas le curseur...

On aime, on n'aime pas, là n'est pas le propos. dans ce que dit Marco, je lis des intentions que je n'ai pas eues, et qu'il me prête par exemple par rapport à un contexte médiatique (on a pas mal parlé de néandertal récemment). Mais je ne vais pas redire ce que j'ai dit plus haut...

En tout cas, ce n'est qu'une petite nouvelle. C'est juste que quand mon intelligence est heurtée, c'est un principe, hein, je veux aller plus loin. La parole est à Marco, donc, je sais qu'il lira attentivement ce que j'ai expliqué.

M

Aaaaaaaaaa-telier Peinture! Aaaaatelier Peinture! Aaaaaaaaaquarelle... Piiiiiinceaux Toâââââles vierges ! Aaaaaaaaachetez mes gouaaaaaaaaaches !! Aaaaaaaaaa-telier Peinture! Venez colorier le(s) curseur(s) selon votre goût !

- Oui, ma petite D !?... du rose?... mais pourquoi pas!

- Hmm, Potatoe?... du noir? Mais c'est une bonne idée, ça, mon petit (qu'il est mignon, ce gosse) ! - Moui, Renardeau?... Ahh, tu veux plus dessiner, toi!?... Parce...parce que les pinceaux sont en poils de renard ! Ah ben oui, j'avais pas remarqué!... Mais j'ai rien d'autre à te proposer, moi !? Cet aprèm', c'est Atelier peinture. Point. ... hmm, tu veux tout repeindre en blanc!? Bon, d'accord alors, je te donne du canson violet... Voi-là !

Marc Sefaris

Oui oui, je viens de lire vos coms, peux pas rester, là, mais je reviens te répondre dès que possible, Nat. Ta réaction est bien sûr plus que légitime (j'aurais été déçu et inquiet si tu avais dit: "ah... bon... merci, Marco"). Il y a juste un malentendu à lever (sur la "mode" néandertal, je n'ai pas dit ce que tu sembles penser dans ton dernier com') (bon, un désaccord persistera, mais c'est ça aussi, l'intérêt du Regard des Autres ;)))

M

@ Marc Sefaris : j'espère que tu as noté la non-violence de la racine !? Tout par l'humour dorénavant ;-)

@ C : Dis, dis, c'est bon !?... Je suis pris dans ton groupe d'écriture de pièces de théâtre ? ;-))

@ Nat : Bizarre... Je vois toujours pas passer la pétition en faveur des 2 curseurs !?... Tu sais pas à qui tu l'as passée en dernier par hasard ? (suis sûr qu'il/elle l'a planquée! ;-)))

Nat Renard

@Marco, mode ou pas mode (j'avais peut-être mal compris), l'idée n'est en rien de défendre le fait que Néandertal était un mec cool. Mais j'attends ton vrai com sur mon com sur ton com.

@la racine : hum, comment dire... tu ne trouves pas que tu squattes un peu partout avec ton doubeul curseur de la mort qui (me) tue ? Hein ? Ce n'est pas le fond de ma requête à Marc. Non, non.

M

'Scuse, Goupil, j'avais oublié un smiley de clôture ! C'est fait ;-)

D'un autre côté, les discussions sur les curseurs en sont à choisir entre des diodes colorées façon K2000 et des smileys qui vomissent !!!

Sûr que personne ne veut 2 curseurs ?... 1... 2... 3.... Adjug...Ah ouiii... à ma droite?... Une proposition? Oui... allez-y! ... non non, n'ayez pas peur du goupil, il est empaillé ;-))

Marc Sefaris

Donc, Nat, rapidement sur un peu tous les points: 1) sur le "jaune", je reprends ce que dit L. Non, personne ne peut penser que jaune c'est "mauvais". Ou alors, quoi? orange c'est ignoble et rouge ça dépasse l'entendement tellement que c'est nul? Un moment donné, l'histoire des curseurs généreux ou radins, faut arrêter. Les mots ont un sens jusqu'à preuve du contraire: pour moi, "enthousiasmé" ça veut dire que le texte m'a enthousiasmé (et ça commence dès "8", puisque pour l'instant c'est le vert foncé la couleur ultime), "intéressé" c'est intéressé, "mitigé" a priori veut dire mitigé, "déçu" a tendance à signifier déçu, et je n'exclus pas que "consterné" évoque un sentiment proche de la consternation. Donc, quand je te mets le curseur au délà du milieu, ça signifie, pour tout scryfeur, que je ne l'ai pas trouvé faible ou mauvais, mais moyen (moyen + si on veut être précis). Ce qui est bel et bien le cas: je l'ai trouvé moyen. 2) Nat ou pas Nat? Bah non, j'étais mitigé en lisant ce texte pendant le concours. Et en le relisant: pareil. Qu'il soit écrit par toi ou par Cash Advance ou par Marcel Proust ou par Néandertal I° n'y change rien. (j'en profite pour te répondre volontiers, M : le double curseur ne changeait rien non plus dans ce cas précis, puisque "techniquement" je trouve le texte bien écrit mais mal construit: mitigé, donc). Et je redis ce que j'ai déjà dit: si quelqu'un trouve mes textes moyens ou mauvais, qu'il n'hésite pas à rectifier d'éventuels curseurs abusivement verts, pour moi ça n'a aucune importance, seuls les commentaires/retours de lecture comptent, le curseur donne une indication utile (pour les autres lecteurs) sur le plaisir de lecture, pas plus pas moins, il n'y a donc pas à ménager qui que ce soit. 3) Oui, j'ai bien vu que le deuxième dialogue ajoutait quelque chose - mais fort peu à mon sens: désolé de me répéter, mais le manque de l'Autre était déjà perceptible dans le premier dialogue, le vieux sage en dit ou suggère trop, je pense (je me doute qu'il n'est pas triste pour les Néandertals qu'il n'a jamais vus!). Pas de suspense, soit, mais pour moi trop de sur-place. Si tu retravaillais ta nouvelle (ce que tu ne feras sans doute pas, tu as vraiment l'air de la trouver très bien telle quelle ;)), ça serait peut-être en apportant plus de complexité, de controverse (il y a bien des gens dans le clan qui peuvent se réjouir de la disparition définitive des Fronts plats, non? qui continuent à les imaginer comme des monstres mi-hommes mi-animaux?) et peut-être placer le temps du récit plus proche de la séparation à la place de ces regards très retrospectifs (par exemple en mettant en scène l'agonie de la dernière représentante Front plats qu'ils aient connu, et les réactions contradictoires autour de cette disparition imminente - enfin bref, c'est une piste sans doute peu intéressante, mais c'est pour expliquer ce qui me semble manquer). 4) Bizarre, ton histoire sur les intentions que je te prête - ce que je dis dans le retour de lecture est très clair: point de vue du lecteur lambda, uniquement. Tout ce que je dis, c'est que Néandertal "nous" parle, et donc le manque de cet Autre est une idée certes fascinante, mais finalement assez répandue, qui peut se résumer brièvement. Ou si tu préfères: le lecteur moderne (le tien, hein) est pré-disposé à méditer sur ta méditation - ça n'enlève rien à ta réflexion personnelle, ta passion (je sais bien que ton propos ne suit pas la mode de Néandertal hype et pacifique, voyons!), mais ça enlève, à mes yeux toujours, de l'intérêt à ce genre de développement. En toute subjectivité.

M : oui j'ai vu. Bravo bravissimo ;))

M

Well well well... attaquons-nous donc au retour du comm' du comm' du retour du départ des fronts-plats (ouf!).

Sur le fond, beaucoup de bonnes choses, fort logiques par ailleurs comme "il y a bien des gens dans le clan qui peuvent se réjouir de la disparition définitive des Fronts plats", ce qui reflète sans aucun doute le sentiments de certains lecteurs quant à l'orientation unilatérale de la nouvelle, sans la présence physique des protagonistes prognathes comme souligné également. Mais également des points moins aboutis, comme " "enthousiasmé" ... ça commence dès "8" " qui reflète plutôt une notion tout à fait personnelle (voire personnalisée), mais qui peut expliquer tous les quiproquos précédents. Maintenant que les scryfeurs savent que 8/20 est une bonne not... euh, appréciation, tout le monde va se faire des bisous, c'est évident ;-))

Sur la forme en revanche, même un 8 semble trop beau, tellement le texte apparaît empâté, sans respiration ni retour à la ligne, voire lourd par moments : apartés entre parenthèses agrémenté de signes de ponctuation, style normalement dévolu à des analphabètes du dressage de tabl... euh de la mise en forme (pardon!?... MasterChef sur France1?.... Meuh non, je suis concentré là, pour ce retour éminemment politique! Tu rigoles! T'imagines s'ils savaient que je fais ça en dilettante!?... Jamais je ne pourrais faire ça, m'enfin) comme des Sans-fronts, des racines par exemple.

Quant à la conclusion, médite! médite!... Bon, ok, au final, je mets 10, té !

Marc Sefaris

Quel enfoiré ;)) Mais oui, tu as raison pour le 8° degré de la graduation (sur 10, eh! :)), on tend vers l'enthousiasme, mais ce n'est pas l'enthousiasme absolu, ok. Boh ça confirme que je suis pisse-vinaigre (je ne sais pas si cette expression existe encore?), voilà tout.

Et en effet, mon com' est lourd, et peut-être pas très sympa par moment, dans le ton. Que Nat m'en excuse, je l'ai tapé vite, en réagissant aux différents points.

Nat Renard

Bon, je ne vais pas reprendre point par point, hein. Si je n'écris plus de nouvelles, c'est bien parce que je ne trouve là plus grand intérêt pour le moment. Je ne vais donc pas épiloguer... Sur le fond (du texte), je crois qu'on ne voit pas la même chose. Et finalement, je ne m'adresse sans doute pas à grand monde. Une remarque sur tes suggestions : la controverse, le pathos de l'agonie, ce sont justement pour moi autant d'écueils, de trucs faciles et attendus. Quant à un récit plus proche de la séparation, eh bien non, c'est justement un éloignement qui donne des airs de mythe à l'histoire qui m'intéresse. Et que ce soit dans les émotions des persos ou dans le temps, je veux garder de la distance.

En tout cas, évidence pour toi ne l'était apparemment pas pour tout le monde.

Et pour finir : le manque de cet Autre est une idée certes fascinante, mais finalement assez répandue ? Donne-moi des lectures sur le sujet, trouve-moi un vermisseau à me mettre sous la dent. Soit on ne parle pas de la même chose et j'ai décidément bien du mal à me faire comprendre (et je n'ai qu'à mieux faire), soit un grand quelque chose m'a échappé et j'aimerais (sincèrement) que tu m'éclaires (en me donnant des références).

Damned, ma première idée était post-apocalyptique...

Clairement, sans le concours, je n'aurais pas écrit cette nouvelle. Mais oui, je l'aime telle quelle, et non, je ne suis pas d'accord avec toi. Et je pense que c'est vraiment une question de sensibilité, dans le sens de Propriété de la matière vivante de réagir de façon spécifique à l'action de certains agents internes ou externes. Avec ça, je reste dans le sujet :)

Nat Renard

Et bien sûr, j'ai répondu sans avoir lu le dernier comm de Marco...

M

Pffff! Et dire que j'étais le King du comm' pavesque !! Me voilà piétiné à la fois par un goupil ET par une Pomme de terre... Heureusement que les mois chauds d'été, la mandragore végète... M'en vais bouder dans mon humus tiens!... Hey, ptêt' que j'vais trouver des ossements paléolithiques ;-))

A propos de préhistoire, personne n'a vu les Autres ce soir? Hou hou, les filles !?... Les gars, où êtes-vous?

@ Nat : oui, je comprends mieux ton texte au vu de tes arguments, et le fait qu'il te soit cher. C'est en soi une performance de se mettre à la place d'hominidés de cette époque. Toutefois, admets qu'il a pu ne pas enthousiasmer certains lecteurs (d'autant moins qu'ils sont peu passionnés par la préhistoire, comme moi, j'avoue) en raison d'une certaine immobilité et d'un discours 'unilatéral'. Bisous ;-)

Nat Renard

Ah ben oui, la racine, je comprends qu'il n'enthousiasme pas tout le monde ! Là n'était pas la question... (mais je sais aussi que j'ai des fans pour ce texte, non déclarés, bien sûr, à part cette bien chère D, car ouf, il y a aussi des lecteurs hors de Scryf)(enfin, il vaudrait mieux qu'ils viennent aussi, mais on n'est pas encore tout à fait assez universels :)

Marc Sefaris

Damned, je vais arrêter de dialoguer avec toi, parce que tu vas finir par me faire douter et un homo sefarisis a déjà trop tendance à douter :)

Sur la distance chronologique à garder dans ta perspective, tu as forcément raison. Sur l'idée "répandue", je me suis mal exprimé, je ne voulais pas dire "banal" (et donc on en trouverait plein d'occurrences ailleurs), mais plutôt: une idée immédiatement familière - par toutes les notions d'empathie et de regard de l'Autre qui nous sont inculquées très tôt (au collège/lycée, c'est un thème tarte à la crème - on parle certes de cultures si voisines et si différentes et non pas d'espèces voisines, mais l'analogie se fait facilement, et dans mon souvenir, il devait bien y avoir un épisode de "L'Odyssée de l'espèce" (ou une de ses nombreuses suites/annexes) qui évoquait la proximité/distance Néandertal/Cromagnon - ok, ça n'était pas ton idée exacte, j'ai bien compris, mais voilà, pas loin, au seuil de ton idée si tu préfères. Et comme je le disais, en toute subjectivité (je ne prétends pas que tout le monde doive ressentir cette "familiarité" en lisant ta nouvelle).

D

C'est drôle,je sens une ironie dans cette "bien chère D"...ou bien est-ce que je deviens parano ?

Marc Sefaris

Nat te répondra, mais à mon avis: parano.

Comme tous les sapiens sapiens, du reste.

M

Hé hé! La racine y échappe donc, à la parano ;-))

Aaah ma bien chère D!!! Tu me manquais ;-)

Nat Renard

Oui, oui, parano Dimitra ! Bel et bien chère !

Et les gars et la fille, je crains là, je viens juste de me rendre compte que mon fiston ne dormait pas encore, toutes lumières allumées, hop. Je vous le dis, je passe trop de temps devant mon écran...

Marco : doute, mon garçon, doute... Car ce n'est pas de cette notion d'empathie et de regard de l'autre, que je parle...

Hi hi.

hé hé.

Dodo

Marc Sefaris

tsss, ça c'est petit.

au seuil, disais-je, au seuil...

M

@ Nat : espèce de Doris !! T'avais oublié que t'étais maman !?... et arrière²-arrière² petite-fille de fronts-plats alors ? ;-)))

°°° (à suivre) °°°

lundi 26 décembre 2011

Scryf ?

Scryf

Dans les semaines qui viennent des voix parleront ici de Scryf : http://www.scryf.fr/ et des exemples viendront illustrer ce qui s’y passe. Pourquoi ? parce que ce projet prend forme et offre de belles perspectives à tous ceux – auteurs, lecteurs et vagabonds – qui s’intéressent à la vie d’un texte, à la perception de ses premiers lecteurs, aux questions et débats qu’il peut susciter.

Pour résumer brièvement, Scryf c’est environ deux cents auteurs/lecteurs dont une vingtaine de très actifs, les autres étant plutôt contemplatifs (j’en fais partie). C’est près de trois cents textes déposés – du poème au roman-fleuve – déjà abondamment commentés par ce qu’on appelle des retours de lecture détaillés (il y en a qui valent vraiment le détour). C’est de brefs concours d’écriture à partir d’un thème et, à avoir lu quelques nouvelles vitement écrites, ils offrent quelques belles surprises. C’est déjà des projets d’édition/publication…

Je vous invite à découvrir Scryf par vous-même, il suffit de s’y inscrire tout simplement. Passer quelque temps à en comprendre les fonctionnalités et, vite, vous découvrirez tout l’intérêt que peut avoir ce genre d’outil, parce que derrière sa mécanique ils y a des personnes qui l’animent avec passion, celle que l’on veut partager.

°°°

[Vous savez que j’aime ne pas faire du passé table rase – peu importe ses errements et les miens – voici ce que je disais de Scryf le 20 juillet 2011 dans le billet M@n, Scryf et une articulation penchée]

Scryf est une plateforme mise en place par des auteurs et des critiques après un long temps de murissement et de gestation. Elle n'a pas d'autre but qu'elle même, c'est à dire faire se rencontrer des auteurs et des lecteurs autour de textes. L'inscription est libre et laisse au participant toute latitude pour s'exprimer, papillonner, discuter, lire, critiquer ou présenter un texte.

Scryf, mon point de vue provisoire : malgré un enthousiasme technoïde et son vocabulaire abscons : « crowdsourcing » (sic), l'oubli parfois qu'un texte numérique nu se réduit à une suite numérique du type de ce 00111111 qui ne peut être lue que grâce à un bidule prothèse à l'éphémère existence et l'aspect un peu usine à gaz de cette plateforme, les personnes qui ont eu la volonté de la monter sont sympathiques, ouvertes et, ce qui ne gâche rien, possèdent une fine plume critique. C'est certainement un lieu qui sera propice à la confrontation d'un texte à ses lectures. En tout cas toutes les bases sont là pour qu'il en soit ainsi. Il serait dommage de s'en priver.

Vous savez aussi que je déborde de manuscrits à lire. J'ai à peu près lu tous ceux reçus avant mai 2011 (plus de 240 quand même) et ne pourrais continuer à ce rythme : d'autant que le même nombre de courrier à écrire et envoyer m'attend. Pourtant il serait dommage de tarir cette source de textes, être surpris est un des attraits de cette activité. Ce que je vais faire, sera de proposer à certaines des personnes qui m'envoient des manuscrits de tenter la plateforme Scryf, les critiques reçues permettront sans doute de m'éclairer un peu avant, pendant ou après une première lecture. J'en parlerai plus longuement dans quelque temps (je me dois préparer la cuisson d'une composition de légumes).

[Le commentaire de Marco du 20 juillet 2011, je mets en gras un passage]

Bon, l'"enthousiasme technoïde" et le "vocabulaire abscons", on peut relativiser, je pense: ce sont bien nos petits yeux biologiques qui lisent les textes et nos petites mains charnelles qui tapotent des touches de claviers pour faire part de nos sentiments humains si humains ;) La passerelle, toujours et plus que jamais bien sûr! Juste une précision pour les futurs auteurs intéressés: comme toute auberge espagnole qui se respecte, Scryf aime le mélange des genres et l'entraide; donner à lire/commenter son œuvre est excellent, donner à lire/commenter son œuvre ET lire/commenter quelques œuvres des autres est encore mieux. Ce n'est qu'ainsi que, progressivement, oui, comme tu le suggères, on pourra sur Scryf approcher un travail de type éditorial (il y a eu déjà quelques "rencontres" sur notre Bêta, des rencontres qui dépassent la simple "confrontation" texte/lecteur, certes isolées, mais d'autant plus miraculeuses).

[Et ce commentaire du 22 juillet 2011 ]

Rien ne se déroule comme on le souhaiterait. Lorsque je parlais d'une articulation avec Scryf : de proposer à des auteurs dont je reçois des manuscrits de les y confronter à des lecteurs et, pourquoi pas ?, d'y apporter leur contribution critique, j'ignorais que c'est l'inverse qui dans un premier temps se produirait : J'ai déjà reçu trois demandes - charmantes - d'auteurs ayant déposé des textes sur Scryf. Ils sont d'ailleurs - à les avoir vitement parcourus - de bonne tenue, comme - du reste - la plupart des manuscrits que je reçois. Du coup, pour une première approche, les "retours de lecture" déjà présents me gênent presque. Ah la la qu'elle vie c'te vie là ;-)

[Un de ces manuscrits sera publié par les penchants du roseau courant janvier 2012, c’est Staccato de Michel Gros Dumaine]