
« Le propre des grands livres est que chaque lecteur en est l'auteur. »
Amélie Nothomb.
(à suivre)

Bulletin des penchants du roseau & son catalogue des livres disponibles (non mis à jour)
(Étude, Frederic Leighton)
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lundi 20 février 2012
Par Christian le lundi 20 février 2012, 09:20

« Le propre des grands livres est que chaque lecteur en est l'auteur. »
Amélie Nothomb.
(à suivre)

Bulletin des penchants du roseau & son catalogue des livres disponibles (non mis à jour)
(Étude, Frederic Leighton)
lundi 6 février 2012
Par Christian le lundi 6 février 2012, 22:55

On avait muselé mes dix ans. Bâillonnée, abandonnée derrière l’enceinte de pierres du pensionnat Saint Michel, je m'étais faite muette comme une pensée solitaire poussant entre les fils d'un trottoir bétonné. J’avais décidé de teindre en bleu marine un sourire de convenance et de l’adoucir d’un silence vêtu de socquettes blanches. Mais sous cet uniforme lisse et docile baignait l'écume de mes jours d'enfant qu'une eau bouillonnante ne cessait de blanchir.
Le soir, je déposais le masque et crachais en cachette ma hargne sur des vers qui se faisaient guerriers. Le jour, il m'arrivait pourtant de me battre vraiment pour briser les barreaux de cette geôle sanctifiée sur l'autel de mon éducation. Pendant mes longs jeudi de repos gris et moites puant l'errance amère, j'organisais des combats entre filles dans le bac à sable de la grande cour. Nous n'étions qu'une dizaine, petites compagnes d'isolement à fouler le gravier froid de la pension désertée par la meute de la semaine. Ces battles exorcisaient ma rage. Cogner, pincer, mordre, rougir jusqu'à l'apoplexie, suer, déchirer, bleuir, saigner me donnait l'illusion d'abattre tous les murs. Je ne pleurais jamais. Chaque coup reçu détruisait une frontière et chaque coup donné m'ouvrait un horizon. Mais c'était peine perdue. Châtiments et sanctions qui concluaient nos joutes armaient bien plus encore le ciment de ma bastille.
Après un mois de lutte dans le bac à sable, vint le résultat de la toute première rédaction de ma vie. Je crois que j'avais écrit un poème sur la mer avec des mots qui tanguaient sur des pieds incertains mais où la rime voguait paisiblement. Mademoiselle Deloffre, la prof de français l'avait lu à toute la classe. J'étais fière mais sans plus. Ce qui me réjouissait surtout c'était de me laisser porter par mes mots qu'elle clamait en oubliant étonnamment qu'ils étaient miens. Je réalisais le pouvoir de leur musique et la liberté qu'ils procuraient à s'évader. Écrire n'était pas que se battre ou vomir son aigreur, écrire c'était partir aussi. Ce fut ma première révélation. La seconde fut quand à la fin de sa lecture elle m'offrit en récompense un livre, mon premier vrai livre. Je le pris avec délicatesse et retournais rougissante de plaisir à mon pupitre. Je me souviens de la douceur du papier beige sous mes petits doigts et de l'illustration de la couverture. C'était un magnifique dessin où une jolie princesse regardait avec amour un homme vêtu comme un prince mais avec une tête velue de lion. Il s'agissait de La Belle et la Bête de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont et dès cet instant je sus que ce livre m'accompagnerait toujours. Je le lus et le relus mille fois comme les Contes des mille et une nuits blottie sous les draps de ma petite prison qui n'en était plus une. Je me sentais légère et libre, libre de fuir sans que personne ne s'en aperçoive. Je crois même que je devins plus sage. Chaque nuit j'étais la belle : je jouais du clavecin ou chantais en filant et j'étais amoureuse de ce monstre au grand cœur dans son palais doré. Je n'éprouvais plus le besoin de me battre pour détruire la muraille de ma solitude et ma colère sourde s'était muée en une soif de lire. Je venais de découvrir que la littérature brisait les frontières et me permettait d'aller à l'assaut de contrées et d'idées inconnues sans même que je me cogne. Longtemps après pourtant, en lisant toutes sortes de livres, j'ai su qu'en définitive et depuis la nuit des temps, la littérature ne me parlait que de l'homme ... Avec elle je n'ai plus jamais été seule et ça m'a enchantée.
Cécile Delalandre
___
Retrouvez Cécile sur La Lunule de Chios, en lisant Le Petit Porche aux éditions de L'Abat-Jour, en écoutant Bleu Terre (je n'ai pas le lien) de préférence Un Jour de grosse lune.
(photo extraite de La Belle et la Bête de Jean Cocteau, 1946)
jeudi 2 février 2012
Par Christian le jeudi 2 février 2012, 22:55

« Sur le visage de la femme – la mère ? – se lit une détermination intacte. Quoiqu’il arrive, elle ne cédera rien. Photographie obsédante. Qui étaient ces quatre là ? Car ils formaient une famille, c’est l’évidence. Je ne le saurai jamais mais ils sont entrés en moi désormais, et leurs visages ne me quitteront plus. Pouvoir tuer, tuer de mes mains et avec une infinie colère, ceux qui ont fait cela. Compassion pour tous les autres, mais nulle colère car ils sont un moment de l’Histoire. Mais colère, même si absurde, déplacée, pour ces quatre, qui semblent égarés dans un espace-temps qui n’est pas le leur ; ils sont si présents. »
jeudi 19 janvier 2012
Par Christian le jeudi 19 janvier 2012, 11:44
En ouvrant son courrier on éprouve parfois un vif plaisir à le lire. Celui d'Anne, reçu en début d'année, concerne les penchants du roseau ; avec son accord, je vous le fais partager & le plaisir aussi.
°°°
« (...) Je souhaitais venir vous donner mes impressions, après lecture
des ouvrages, mais je « navigue » entre le Québec et
Saint-Malo.
(...) je tiens à vous dire que j'aime vraiment la texture du papier et le
format. Vous éditez des ouvrages de qualité et c'est très agréable de compulser
vos livres.
Concernant le contenu j'ai beaucoup aimé L'Homme qui plantait des arbres. Magnifique et tellement rafraîchissant que cet homme qui, en toute simplicité, sans « flon-flon » soigne et aide la terre, notre terre des hommes, à vivre et à s'enrichir grâce à des gestes simples mais grandioses en même temps. Merveilleux vraiment.
J'aime le style des poèmes de Padrig Moazon peut-être parce que je suis une fille de la mer, une fille du vent, une voyageuse dans ma jeunesse qui a adoré la Mer Rouge et l'Océan Indien. Ses formules concernant la nuit sont d'une grande poésie. Bleu Terre, le seul titre me plaît déjà. Les textes ont trouvé accord avec mon esprit et ma façon de penser. Je suis heureuse de ce choix qui m'a été imposé par les titres avant les auteurs que j 'ai eu le bonheur, grâce à vous, de rencontrer au fil des pages. J'ai été moins séduite par Infinis paysages, cependant quelques poèmes m'ont été droit au cœur dont Croquis Marin de Stanislas Fleury , Un chat de Dzovinar et Là-bas de Fanie Vincent. J'ai été surprise par La Chèvre Jaune dont j'ai apprécié la lecture au fur et à mesure que ma lecture avançait.
Christian, en conclusion, j'aime profondément Les Penchants du Roseau. Une de mes résolutions de l'an nouveau est d'aller faire un petit tour chez vous pour rencontrer l'éditeur que vous êtes. (...) »
Anne
°°°
À bientôt, Anne, et merci.
dimanche 11 décembre 2011
Par Christian le dimanche 11 décembre 2011, 15:23
dimanche 4 décembre 2011
Par Christian le dimanche 4 décembre 2011, 09:30

Le Collectif les Morts de la Rue, amis, familles, voisins, maraudeurs et travailleurs sociaux ont la peine de vous annoncer les décès de 175 morts de la rue.
Nous vous invitons à leur rendre hommage le mardi 6 décembre 2011 à 19h, place Léon Blum (mairie du 11e), métro Voltaire.
Collectif les Morts de la rue.
°°°
Ce jour là des extraits du Souvenir de personne de Cécile Fargue Schouler devraient être lus.
mardi 15 novembre 2011
Par Christian le mardi 15 novembre 2011, 22:07
Invitation au vernissage de l'exposition
Le 23 novembre 2011 à partir de 18H30
Le Livre comme objet
à la galerie d'art Phénix Serein
Livres-objet de Nourit Masson-Sékiné
Photos et dessin de Nourit Masson-Sékiné
Peintures de Yoshiyuki Kakedo
Avec l’aimable collaboration du poète Jacques Goorma
et de l’artiste Germain Roesz
pour la présentation de leur collection privée de livres d’artistes
Lectures des poèmes de Jacques Goorma, Germain Roesz et Nourit Masson-Sékiné
Les 1er et 15 décembre à partir de 19h.
Ouvert du lundi au jeudi de 15h à 19h ou sur rendez-vous
5, Place Arnold - 67000 Strasbourg
Tél. : 03 67 07 50 24 - courriel : phenixserein@gmail.com
Exposition ouverte jusqu'au 31 décembre 2011
vendredi 19 août 2011
Par Christian le vendredi 19 août 2011, 22:50
C’est toujours la même histoire. La nuit a rangé ses outils, le lointain apprivoise les granits effarouchés.
À la lisière du domaine, une femme malade cueille les herbes du ruisseau, prise dans l’engrenage d’une pluie méthodique et appliquée.
J’hésite un peu par habitude. La solitude a un goût de ciguë.
Je n’ai pas appris à fabriquer des rêves. Simplement déchirer les paupières pour retrouver le cri de la rétine et les images oubliées.
La fleur fraîche d’une cicatrice, après quelques jours sans importance.
Peut-être la brûlure d’une écharde sous la peau.
Les miroirs continuent de vieillir quand on leur tourne le dos.
Peu à peu, ils apprennent à mentir.
Il reste la braise fanée d’un feu qui s’éteint. Et puis une odeur de fumée qui traîne sur un vêtement de laine. Un lit défait comme une prairie au printemps. Des miettes de paroles accumulées sur une lettre inachevée.
L’aurore dessine ses aquarelles à la fenêtre. Les branches des arbres s’inventent des étourneaux. Le matin a des gestes perpétuels.
Une vague défaite sur la grève grise. Les coquillages parlent d’océan. Et les galets poursuivent leur suicide atlantique.
La mer à bout portant.
La mer, seul moment de certitude.
Les hommes sont passagers du lieu, sans en connaître l’intimité. Architectes entourés de digitales, ils absorbent les vitamines de l’aube. Ils apprivoisent les graines du vent, avec au creux des mains le ruissellement d’une peur familière.
Petites maisons blanches aux yeux maquillés de bouquets d’hortensias, chaudes et dérisoires, faites pour l’immobile.
Dehors, le chien interroge le temps, la combustion des dahlias contre la joue fraîche de la haie, le magma ouvrier des abeilles et des frelons.
Plus tard, dans la cour, le soleil allume une braise de bouvreuils.
Au retour du puits, la lumière déborde du seau. Un lézard sur le mur brûle parmi les giroflées.
Franchir le seuil de la porte.
Au fond de la maison, une femme coud avec les doigts de sa machine.
Le lait fume à contre-jour ; le parquet sent la cire.
Les légumes épluchés sur les fleurs de la toile cirée.
L’eau du miroir s’évapore. Le bruit du plancher est imprégné de cris d’oiseaux.
Je me rappelle les nuits au goût de café noir. Elle disait : « Il nous reste le temps de s’inventer des souvenirs, nous n’aurons plus jamais la même mémoire. Ce sont les premiers mots qui comptent. »
La lame du cormoran s’aiguise dans la transhumance des nuages.
Ailleurs, le paysage avec ses bruits de vie.
Une journée comme les autres, faite d’histoires étranges ou ordinaires, dans les cités synthétiques.
Là-bas, une terre parfumée qui hésite entre l’algue et la ronce. La musique d’un piano égarée dans une ruelle de Dubrovnik. Un truck rouge et bleu qui trimbale ses chromes dans la poussière épaisse d’une piste du Saskatchewan. Des soldats patrouillent le long d’un mur universel. Le conducteur du tramway 139 à San Francisco fredonne une chanson de Guthry. Une bouteille vide échouée sur une plage entre Komatsu et Mikuni.
Fumées d’usines. Mouettes posées sur la digue du môle.
Un cargo rouillé dans un bassin de Paramaribo. Le docker fatigué avale son verre de mezcal.
De l’autre côté des collines, il y a toujours d’autres visages, d’autres hasards.
Moment où l’histoire doit s’arrêter. Pour faire joli, et parce que c’est mieux ainsi.
Padrig Moazon
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Retrouver Padrig Moazon dans Celte présence ou feuilleter et lire Mémoires du cargo.
Par Christian le vendredi 19 août 2011, 22:45
Ce qui m’enchante c’est de tomber par hasard sur un vers de Racine.
À la radio, au détour d’un changement de station. Le surgissement imprévu de la langue de Racine dans le bruit de la vie - entre « t’as pensé à racheter du café » et « j’ai optimisé mon capital soleil ».
Si je note un vers de Racine ici, cela ne produira pas l’effet dont je parle. Il faut l’entendre, il faut que ce soit par surprise.
Un instant on reçoit dans sa langue une autre possibilité de sa langue. C’est notre langue, mise dans une autre forme. Je me redis le vers. Je vais lire à haute voix une tirade ou deux. Un étendard qui claque. Une force intacte, impeccable.
Il ne s’agit pas de regretter cette langue que personne n’a jamais parlé qu’au théâtre, de dénigrer celle avec laquelle nous parlons. Simplement se réjouir qu’elle soit là aussi, comme un coquelicot plus rouge que les autres le long d’une voie ferrée.
Je suis assise sur les marches en pierre de la petite chapelle près de laquelle nous nous sommes arrêtés pique-niquer. La quatre voie est tout près, on entend les voitures. On entend aussi des oiseaux, l’eau de la fontaine qui coule, des voix dans le jardin derrière, et encore derrière, le haut-parleur d’un magasin de bricolage « UN CONSEILLER TONDEUSE EST ATTENDU AU POINT CONSEIL».
J’ai posé mon gros volume du théâtre de Racine sur la marche. Je l’ouvre au hasard, je laisse la brise en effeuiller les pages :
Quoi vous êtes ici quand Mithridate arrive ?...
…
Que dites vous ? Ah ! ciel ! quel adieu ! quel
langage !
Prince, vous vous troublez et changez de visage ?
Non, non plus de pardon, plus d’amour pour l’ingrate…
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Christine Lapostolle
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Réentendre, revoir Duo pour 13 mots et un paysage, découvrir et lire Descriptions.
Par Christian le vendredi 19 août 2011, 22:40
« Mais c’est ma Mina ! »
Tu m’accueillais toujours ainsi sans oublier de me donner ces petits cailloux de sucre que j’aimais tant. Mon cœur, gauche, ne savait pas comment te dire combien il t’aimait. Alors, camouflé par les rondeurs enfantines, il braillait un tempo que seules les petites douceurs offertes calmaient. Je levais les yeux et tu me souriais. Mon Lucien !
Au fond du jardin, j’ignorais les efforts que le gros noyer, déguisé en balançoire, faisait pour me distraire. Je ne voulais qu’une chose : être avec toi. Je chassais ton ombre et prenais sa place et pas à pas, je te suivais. L’après-midi, tu te réfugiais dans ton appentis et ma joie était à son comble quand tu laissais la porte légèrement entrouverte, m’invitant ainsi à te rejoindre. L’air y était frais et l’été, je venais souvent y déguster mon sirop d’orgeat, assise sur un tabouret que tu avais bricolé. Je regardais tes mains puissantes travailler le bois, le caresser avec tendresse, et je pouvais le sentir respirer par tant d’attentions.
Je savais qu’il me fallait rester tranquille tout le temps de ton travail en attendant le Moment. Mes jours d’impatience, pour le précipiter, je laissais échapper les petits craquements d’un sucre candi sous ma dent. Tu laissais alors ton ouvrage et allais chercher un des livres qui habillaient les murs.
Mes doigts potelés de curiosité tentaient de saisir les lettres couchées sur la chair du papier. Les mots libérés prenaient possession de ta bouche, produisant des sons dont j’ignorais encore tout le sens. Les yeux mi-clos, j’écoutais ce chant, m’enivrais de cette musique dont je savais déjà qu’elle m’habiterait toute ma vie. J’oubliais tout et goûtais notre solitude dans cette petite pièce, où rabots et ciseaux à bois se faisaient discrets le temps de cette pause.
Quand le jour commençait à baisser les bras, usé par l’agitation des hommes, tu allumais la petite lampe suspendue au-dessus de nos têtes. Et, dans un dernier élan de générosité tendre, tu me lisais encore quelques pages avant de refermer le livre.
Main dans la main, nous allions rejoindre ton Élise qui, avec patience, nous attendait.
Mon Lucien, que de souvenirs de ces moments ! Tu vois, les mots sont comme ces petits sucres candi, de petits cailloux que nous semons par ci, par là, pour que l’autre puisse nous retrouver.
C’est à mon tour maintenant de te tendre la main et t’emmener là-bas, vers ces destinations où les mots se dégustent, se laissent fondre sur nos peaux. Viens mon Lucien, donne-moi la main…
Yasmina Teterel
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Retrouvez Yasmina, sa Peau d'encre, son Amnarèse ou son verso Malvina ou écornez Peaux de papier.
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