Journal des penchants du roseau

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 25 décembre 2011

Et merde ! une nouvelle Alexandrie pulvérisée

Drôle d'idée : m'offrir une « liseuse » électronique... C'est pour tes manuscrits mon chéri... Tu parles, je les ai mis au sommeil quelques jours. La geste compte, dit-on, feindre un sourire.

Je sors le plastique de son emballage papier, j'appuie sur le bouton, rien ne se passe. Que faire ? Ah oui, brancher le cordon à la fée alternative (pédalez, pédalez !). Attendre trois heures... Le temps du coq et du vin.

Je m'essuie les mains, le plastique est chaud, c'est bon, ça croustille. Bouton. Bibliothèque : des centaines de livres dans 200 grammes de circuits imprimés. effleurement d'index. Écran clignotant. Mouarf. Prise United States of Brittany. Manuscrit chargé. Lecturhone.

« J'ai longtemps écorché mon bonheur & m'assoupir »... Plagiat ! Il m'en tombe des mains. Sol dur. Pulvérisée la « liseuse ».

SAV. - Allo ! Comment le bris n'est pas garanti ? Une bibliothèque s'éclate et vous n'intervenez pas ? Incultes, iconoclastes !

M'en suis retourné la calame pendante entre les jambes, vers mon étang, ses massettes et ses quenouilles.

Chute.

vendredi 23 décembre 2011

Mœurs provinciales, faits divers et mauvais Pinard

En fumant une cigarette nous nous demandions, A.-C. et moi, quels étaient les romans issus de faits divers, je pensais immédiatement aux Mœurs provinciales de Flaubert, A.-C. m'en cita d'autres, et vous ? À quels romans pensez-vous ? Cette question est l'occasion d'écrire rapidement le billet ci-dessous.

« Madame Bovary est une pure invention » écrit Flaubert à un lecteur en 1857. Celui qui s'écriait « Madame Bovary c'est moi » écouta son ami Louis Bouilhet lorsqu'il lui proposa de s'inspirer de ce drame qui défraya la chronique en Caux, celui de cette jeune femme, Delphine Couturier, ép. Delamare, qui sut s'étourdir avec frénésie avant d'épouser la mort à Ry avec l'immuable fidélité des gisants.

L'inspiration et l'invention – pure ou impure – ont toujours fait bon ménage, il n'y a aucune contradiction à ce qu'elles s'accolent, se frictionnent et soupirent.

Madame Bovary, mœurs provinciales est pour moi « le » roman, celui où « l'infini perdu du monde extérieur est remplacé par l'infini de l'âme » (Milan Kundera). Ce roman écrit avec acharnement pendant cinq ans (cf. manuscrit) eut une aventure éditoriale mouvementée dès que sa publication fut envisagée :

  • en feuilleton – partiellement censuré – dans La Revue de Paris fin 1856 « Des considérations que je n’ai pas à apprécier ont contraint la Revue de Paris à faire une suppression dans le numéro du 1er décembre. Ses scrupules s’étant renouvelés à l’occasion du présent numéro, elle a jugé convenable d’enlever encore plusieurs passages. En conséquence, je déclare dénier la responsabilité des lignes qui suivent ; le lecteur est prié de n’y voir que des fragments et non pas un ensemble. Gustave Flaubert. »
  • plusieurs éditions chez Michel Lévy à partir de 1857 (avant même la fin du procès et le réquisitoire du fameux Pinard ; oui, le même qui s'en pris avec succès aux Fleurs du mal) et durant une vingtaine d'années,
  • une édition « pirate » chez L. Garcke en 1857 (cf. catalogue BNF),
  • celle de Cornillac en 1869,
  • celle de Lemerre, 1874,
  • celle de Charpentier en 1876.
  • etc.

Durant la vie de l'auteur, mort en 1880, des dizaines d'éditions différentes de ces Mœurs diffusèrent Madame Bovary ; confidentielles, parfois ; moins, souvent ; mais la vie de ce roman s'épanouit pleinement au XXe siècle.

Ah oui, j'oubliais Pinard, le voici dans toute sa splendeur (c'est la fin de son réquisitoire, vous pouvez lire l'ensemble du côté de Lisieux) :

« (...) Cette morale stigmatise la littérature réaliste, non pas parce qu'elle peint les passions : la haine, la vengeance, l'amour ; le monde ne vit que là-dessus, et l'art doit les peindre ; mais quand elle les peint sans frein, sans mesure. L'art sans règle n'est plus l'art ; c'est comme une femme qui quitterait tout vêtement. Imposer à l'art l'unique règle de la décence publique, ce n'est pas l'asservir, mais l'honorer. On ne grandit qu'avec une règle. Voilà, messieurs, les principes que nous professons, voilà une doctrine que nous défendons avec conscience. »

dimanche 31 juillet 2011

Et vous trouvez ça drôle ?

Je viens de recevoir un mail du Cercle Régional d’Étude des Tendances de l'Information Numérique me félicitant pour le nombre de personnes commentant les différents billets du journal des penchants du roseau. En pièce jointe figurait une médaille, je l'ai goûtée, c'était du mauvais chocolat, mais l'ai pourtant avalée gosier sec avant de lire le contenu de ce mail... 740 commentateurs, il a compté ce fichu cercle. Pris d'un doute, je viens de vérifier : ces crétins outre ne pas savoir ce qu'est du bon chocolat ont confondu personnes et sobriquets. Il y a bien 740 sobriquets, mais seulement 116 personnes ayant écrit un commentaire. Chacune d'entre elles en porterait donc 6 ou 7 ? Que nenni - les moyennes vous savez... Il s'en trouve une qui réussit l'exploit de s'en être affublé de 604 différents pour 1472 commentaires ! Et ma boule, mon cristal et le marc qui le coupelle me prédisent que ce n'est qu'un début ; le débit n'est tari.

Encore un effort, camarade.

mardi 21 juin 2011

Chose, à mon âge, sotte et folle, j’en conviens !

Ah ! C’est un coup de foudre ! ... — oui, mon règne est passé,
Gudiel ! — renvoyé, disgracié, chassé ! —
Ah ! Tout perdre en un jour ! — L’aventure est secrète
Encor, n’en parle pas. — Oui, pour une amourette,
— chose, à mon âge, sotte et folle, j’en conviens ! —
Avec une suivante, une fille de rien !
Séduite, beau malheur ! parce que la donzelle
Est à la reine, et vient de Neubourg avec elle,
Que cette créature a pleuré contre moi,
Et traîné son enfant dans les chambres du roi ;
Ordre de l’épouser. Je refuse. On m’exile !
On m’exile ! Et vingt ans d’un labeur difficile,
Vingt ans d’ambition, de travaux nuit et jour ;
Le président haï des alcades de cour,
Dont nul ne prononçait le nom sans épouvante ;
Le chef de la maison de Bazan, qui s’en vante ;
Mon crédit, mon pouvoir; tout ce que je rêvais,
Tout ce que je faisais et tout ce que j’avais,
Charge, emplois, honneurs, tout en un instant s’écroule
Au milieu des éclats de rire de la foule !

Ruy Blas, Acte I, scène 1, Victor Hugo

vendredi 12 novembre 2010

Non ! Luciline n'est pas un ru

Mon apprentissage se poursuit.

Cet après-midi, coup de fil (1) de Conardie, un homme (2) passionné, chaleureux et outré me fait part d'un article dans la feuille locale. La Luciline, projet immobilier ambitieux, tirerait (3) son nom d'un ruisseau se jetant dans la Seine à l'ouest de Rouen ! Mes lointains souvenirs de la toponymie conardienne où le bec n'est pas loin n'avaient retenu un tel nom, mais plutôt des Cailly, Robec, Aubette ou Clairette. Mon interlocuteur me raconta toute l'histoire Luciline ; elle aurait plu à l'auteur de L'Allumeur de réverbères, puisque de son huile, pétrole lampant, le couvre-feu pouvait être retardé pour les bourgeois égarés entre théâtre, grisettes et ruisseau. Luciline , comme Lucie, doit son nom au luxe de la lumière ; tel l'a voulu le créateur de cette raffinerie Alfred Guérard en 1868. Malheureusement, n'ayant pris de notes, je n'ai retenu le reste de l'histoire. Tant pis. Mais j'ai promis à mon informateur d'écrire une brève ici. Dont acte.

C'est sans doute du jeune Guérard dont parle Flaubert dans sa correspondance à Louis Bouilhet en 1854 : « Quel voyage d'artistes vous allez faire, vous deux Guérard. Combien peu vous étudierez les monuments ! quelles minces notes vous prendrez ! comme Chéruel serait indigné ! et même Du Camp. Ce sera un voyage oenophile, tout à fait Chapelle et Bachaumont, on ne peut plus dix-septième siècle et dans les traditions. Un financier voyageant dans la société d'un poète et tous deux se soûlant conjointement, à la gauloise, dans les cabarets de la route. Je te recommande, à Poissy, chez le sieur Fient, aubergiste, une cuisine où il y a, peint sur la porte, un gastronome s'empiffrant. Cela réjouit le voyageur. »

(1) Moi qui d'habitude ne décroche jamais.
(2) Désolé de n'avoir retenu votre nom.
(3) notez mon emploi journalistique et jésuitique du conditionnel, je n'ai pu vérifier la teneur de l'article.

mardi 9 novembre 2010

François Belin ou l'apprenti libraire

« L’histoire des éditions Belin a commencé lorsqu’un jeune Champenois, né en 1748, fils de maître d’école, décida de chercher fortune à Paris où il se rendit vers 1770.

Le règlement de la profession de libraire (1723) stipulait que : « Aucun ne pourra être admis à faire apprentissage pour parvenir à la maîtrise de Librairie et d’Imprimerie s’il n’est congru en langue latine, et s’il ne sait lire le grec… ». François Belin est reçu apprenti-libraire en 1773, chez le maître Chardon, d’une vieille famille de la profession. On ignore où il a fait ses humanités, mais le résultat est là.

Le métier d’apprenti n’était pas toujours rose : bien souvent ces jeunes gens étaient traités plus bas que terre et chargés de toutes les corvées par les compagnons plus âgés. Il n’y a aucun document sur l’apprentissage de François, la seule chose connue est sa durée, trois ans et demi.

L’acte de naissance de la Librairie Belin est du 10 mars 1777, jour où « syndic et adjoints de la Librairie et imprimerie de Paris certifions à tous que nous avons reçu libraire le sieur François Belin ».

Ce nom de « Librairie » traditionnel dans l’édition française jusqu’au milieu du XXe siècle (on disait la Librairie Hachette, la Librairie Larousse, etc.), Belin l’a conservé jusqu’au début des années 1970. Le terme d’« éditions » qui l’a remplacé correspond à l’évolution du métier: les libraires au XVIIIe et XIXe siècles – et même au XXe – étaient presque tous imprimeurs (Belin l’est resté jusqu’en 1954), éditeurs, et libraires.

Puis ces métiers se sont séparés les uns des autres après la Seconde Guerre mondiale, les libraires n’imprimaient plus et les éditeurs non plus, cependant que les imprimeurs n’éditaient plus ! Le nom de « Librairie Classique Eugène Belin » n’était plus compris, même des professeurs ; c’est la raison pour laquelle Max Brossollet l’a remplacé par l’actuelle appellation, Éditions Belin. »

Lire la suite ici : http://www.editions-belin.com/ewb_pages/n/notre-histoire.php

vendredi 17 septembre 2010

Lorsqu'un flocon effleura l'horizon d'une bosse

La Semaine du blanc

Le ciel était bas, mais la Seine ne pouvait se perdre. Le relief des fêtes pourrissait dans les venelles ; les récipients de Poubelle n'étaient encore arrêtés ni Napoléon Badinguet. Le froid retenait les remugles du boulevard lorsqu'une silhouette courbe le traversa. Elle s'agitait, marmonnait. Elle ne supportait la longueur du colon qui de ces lendemains opulents retenait le chaland. Le ciel, lui, ne sut se retenir, il lâcha ses lourdeurs intestines. Le froid vivement les saisit. il les cristallisa en une myriade de flocons. Un seul, oui un seul, effleura l'horizon de cette silhouette, la redingote élimée et sombre de sa bosse. Elle s'arrêta, fit un pas de deux, s'agita soudainement, se mit à s'écrier : « Le Blanc ! La semaine du Blanc ! Le Bon marché ! »

Cette histoire on la raconte, on me l'a contée. Est-elle vraie ? Nul ne sait, sauf cette Semaine, le Blanc, Boucicaut et le Bon marché. Ses draps rugueux en lin et ses fines dentelles en coton. Et le chaland ? Que fit-il ? Il se précipita. Il fallait blanchir la rondeur éphémère, combler un creux où la fève ne suffisait.

Un siècle plus tard, je ne sais quel Boucicaut (1) remarqua que la lecture prenait une pause après l'été. Ces satanés congés payés permettaient au péquin de s'en gaver, septembre approchant les bourses étaient plates et l'envie distraite par le turbin retrouvé. Pas de neige à la fin de l'été, restait le chemin des écoliers, celui de la rentrée. Ce « Boucicaut » du XXe eut l'idée de génie d'inventer La Rentrée littéraire et de faire chauffer la troupe des chroniqueurs, critiques, animateurs et bonimenteurs, à la joie des boutiquiers du livre. Ils sortaient d'un chapeau subventionné le chiffre exact des nouveaux romans... à l'unité près. Chiffre aussi fantaisiste que les éclats du margoulin. Mais peu importe, pourvu que ça marche. Et ça marche.

Parfois, les jours où le ciel est bas, où le Couesnon pourtant ne s'y perdra. Oui, parfois, je me pose la question : n'y aurait-il que ça ?

(1) Affranchissez-moi si vous le connaissez.

(photo de Coralie Ferreira, licence creative common)

jeudi 27 mai 2010

Ne voilà-t-il pas qu'un Masson me fait remuer tiroir

Nos propos n'ont jamais été aussi sûrement tracés qu'aujourd'hui. Les masques — notre personne — que nous pouvons arborer n'anomysent rien, ils expriment. Ils offrent aussi l'avantage de protéger notre épiderme de fâcheux postillons.

Un certain Masson, illustre inconnu — enfin pour moi, je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, je mets sa photo officielle au cas où —, sénateur de surcroît, tente notoriété trouver en proposant que tout blog soit accompagné du patronyme et de l'adresse électronique de celui qui l'anime.

Ajouter à la trace sa soumission et sa manifestation.

Rien de neuf sous le soleil de ceux qui veulent à tout moment guetter, surveiller, punir (1).

Dans un tiroir j'ai retrouvé cette lettre envoyée à la représentation nationale en juin 2000, la collecte des noms était déjà un souci majeur ! Ce mot n'a malheureusement pas pris poussière et me fait sourire, alors je vous le recopie :

Le 27 et 28 juin, il est encore temps de faire amende honorable

Madame, Monsieur,

C'est en relisant « le » poème d'Eugène Grindel, qui n'a pas perdu de sa verdeur, malgré son instrumentalisation académique, qu'un songe m'a habité :

Il me semblait qu'une cohorte de personnages aux noms communs m'accompagnait pour vous exhorter à repousser les amendements liberticides (46-3) de la loi sur la communication audiovisuelle que vous veniez à quelques-uns, au nom de tous, de voter dans la nuit du 15 au 16 juin.

J'y retrouvais, pour ne citer qu'eux, Jean Clopinel et Pierre Carlet, l'étrange Michel de Nostre-Dame se gaussant des facéties de Jean-Baptiste Poquelin. Pierre de la Ramée cultivait le jardin de François-Marie Arouet. Florent Carton était échauffé par les saillies de Nicolas-Sébastien Roch. Pierre Dumarchey dansait avec Elsa Kagan sous l'œil suspicieux de Louis Andrieux. Gérard Labrunie enchantait Marie Rouget ; elle resta confuse. Paul Bernard dont l'originalité du nom passa à la postérité égayait Émile Chartier à la mine si grave. Louis-Ferdinand Destouches haïssait toujours la campagne ainsi que la compagnie D'Isidore Ducasse. Roger Cretin goûtait le parfum exotique d'Alexis Saint-Léger. Wilhem de Kostrowizky jouait un impromptu à Aurore Dupin qui regardait dans la direction de Marie de Flavigny. François de Salignac de la Mothe proposait une chartreuse à son voisin Marie-Henri Bayle. Georges Colomb et Georges Moineaux riaient comme larrons en foire. Mais quel malaise atteint Anatole-François Thibault lorsqu'il s'entretint avec Louis Farigoule ?

Un peu confus, près de la commode aux tiroirs marbrés (escamotés ?), Émile Ajar regardait cette procession.

Le 27 et 28 juin prochain, songez-y !

Christian Domec, juin 2000.

(1) c'est un peu faiblard, dire que j'appris par cœur cet extrait de Idée générale de la révolution au XIXe siècle de Proudhon, extrait qui n'a ni queue ni tête, mais qu'il me plaisait de clamer :

Ô personnalité humaine ! se peut-il que pendant soixante siècles tu aies croupi dans cette abjection ! Tu te dis sainte et sacrée, et tu n'es que la prostituée, infatigable, gratuite, de tes valets, de tes moines et de tes soudards. Tu le sais, et tu le souffres ! Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni le titre, ni la science, ni la vertu.

Être gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !

mardi 23 mars 2010

À défaut de Platon, un fameux gueuleton (Quévreville-la-poterie)

Au pays des trois chèvres et du pot il y avait donc ce salon. Il faudrait l'œil oblique et la souplesse du poignet de Maupassant pour en faire complète chronique. Portant lorgnons et métacarpe rigide, je ne m'y risquerai pas. Vous ne saurez donc rien sur la brièveté répétitive des discours inauguraux de quelques édiles vite évanouis après les bravos d'usage, ni de ces livres vendus comme des mouchoirs le furent de bourg en bourg dans le Bas-Maine, ni de ces yeux épiant la taille de la pile d'en face et son oscillation. Non, non juste ce qui m'a plu.

À peine arrivé, j'apercevais mon nouvel ami, Robert Bruce, mais fut déçu de ne voir son âne Platon, je comptais sur lui pour évoquer la chose publique lors du banquet de la mi-journée. Robert, percevant mon dépit, me présenta Marie, la délicieuse Marie qui fut presque la seule à s'intéresser à « ma tête de Conards ». Plus avant, je retrouvais une amie d'enfance, Catherine Laboubée qui poursuit son aide-mémoires. J'ai installé sur une petite table mes Conards, des Bleu Terre, « ma tête de Conards » et des Poupie Limpopo avec un mode d'emploi. Ils me sauvèrent – je ne pouvais rester en place choisissant tout prétexte pour quitter cette table, échanger un mot ici, questionner une bibliothécaire, chantonner là, fumer dehors, sourire au regard franc de Sonia Vandoux –, ils me permirent de distraire cette table du pliage aidé des enfants s'en approchant. Il en est un, pris certainement d'une frénésie digne d'un apprenti libraire, qui en plia une petite dizaine.

Je vais vous le dire franchement, le clou de la journée fut pour moi le repas, fameux festin, buffet à l'éphémère esthétique avidement détruite par des papilles émoustillées. Aidé par un bon petit rouge, Marie, Robert et moi-même avons « luronné » une bonne petite heure en oubliant totalement que le livre nous devions servir (servir ? À ce propos je remercie les organisatrices de ce salon particulièrement charmantes).

Bon alors, ai-je vendu un Bleu Terre ? Euh non, je n'y ai pas pensé... Surtout n'en parlez pas à Jean-François Joubert, Platon n'est pas là pour me défendre.

samedi 13 mars 2010

Hyrok lendemains ou la chair du virtuel

S’il est un mot qui fait florès dès que l’usage de la technique numérique d’échange de signaux est invoqué, c’est bien virtuel. Je ne sais où il est apparu – probablement dans l’univers de la communication et des médias : celui qui se plaît à subvertir le sens d’un mot (1) pour, par répétitions saccadées le transformer en marque et, si elle est fréquemment ânonnée, devient plus tangible que son objet –. Je me rappelle mieux lorsqu’il fut baptisé : vers la fin des années 1990. En 1996, alors que j'arpentais pour la première fois les fils de la toile d’araignée, je lus un article intéressant d’un dénommé … – mince, j’ai oublié le pseudonyme qu’il avait choisi, un philosophe grec, sans doute – hébergé par Mygale, adoptant la rhétorique situationniste. Il concluait son article par une formule du genre : « mais tout ceci n’est qu’un amas de pixels... » Je me suis dit : « merde, t’es bien sympathique de me prévenir que ce n’est pas un pâté d’encre de Chine. » Parce qu’enfin (hum), en quoi la matière utilisée pour marquer un signe, transmettre une émotion, donner sens à un discours ferait que celui-ci n’est pas bien réel ? Les plus comiques sont bien ceux qui à longueur de colonnes « virtuelles » cherchent à convaincre de la « virtualité » de leur propos.

Manque pourtant la chair.

Alors, oui, je sais, il y a les masques. Ceux dont on s’affuble pour signer un billet, un commentaire. Certains poussent même le jeu au point de se masquer du nom et du prénom qui figurent sur leur carte d’identité, dûment enregistrés dans le service d’une mairie s’occupant de l’état civil. Ils ne datent pas d’aujourd’hui ni d’hier : je me souviens rangeant les affaires de mon père et apercevoir la dédicace faite par ma mère, signée : « Ton bébé ». Bébé particulièrement précoce pour manier le stylo-plume, les pleins, les déliés, et utiliser une personne autre que la première lorsqu’il s’agit du possessif ! Oui, n’en déplaise aux adeptes de l’identité, une personne est ses masques ; bien la connaître est n’en négliger aucun : une vie.

Mais je ne voulais pas vraiment vous parler de ça. Je voulais brièvement évoquer un blog et une soirée. Le blog est celui des éditions Léo Scheer. Ah ce blog ! Je ne connais qu’une toute petite parcelle du territoire bloguesque francophone et quelques îles de son archipel dit littéraire, mais s’il en est un qui est vivant, surprenant, remuant, tourmentant, c’est bien celui de cette maison d’édition.
Alors oui, cela tient au maître de sa toile, à ses éditeurs, à ses auteurs – peut-être – mais aussi à une troupe éparse, bordélique, attachante de commentateurs bigarrés qui pour multiples raisons y déversent leurs mots, lui donnent une forme qui sans cesse se renouvelle.

De cette maison, il y a peu, je ne connaissais que les gnous. Des commentateurs de son blog, quelques copains – mais ce pain croustillait d’un four virtuel. Parce que subitement, par le toc de Barberine, elle décida de lancer m@nuscrit, je me suis décidé à la connaître mieux. Découvrir des auteurs qui m’étaient étrangers : Christine, Saphia ….., lire régulièrement sa revue. Et... dévorer chair de ce « virtuel » dès qu’elle pourrait se présenter. Ce fut chez Betty, la première fois : fêter Rater mieux. Et, ce jeudi 11 mars, une soirée Hyrok. Soirée pour Nicolaï Lo Russo.

Lorsque je suis monté dans ma calèche pour m’y rendre, j’ai confié à mon cocher : je suis fatigué, mais aussi un peu énervé par la manière dont Léo Scheer a envoyé bouler « Mon Iphone m’a tuer. » Il me répondit : « piano ». « Forte » ?

La chair est faible, oui je sais, rien de neuf sous saturne, mais découvrir le sourire de Cécile D., le point d’interrogation de Marie Lebrun et voir surgir Rip et Knight du trottoir d’en face, m’ont redonné sourire et pêche. Nicolaï a été parfait, il n’est pas si évident de lire devant une petite centaine de personnes – parfois distraites – des extraits de son livre. L’acteur réussit parce qu’il vibre à faire semblant, Nicolaï vibrait sans blancs (oui, facile). Il était empli de son Hyrok et ça faisait plaisir à voir. Lorsque Léo présenta m@nuscrit après avoir introduit à quelques-uns la future maîtresse du monde, je fus soudainement dissipé – petit déjà je devais l’être, vu les coups de règle que mes doigts durent subir – et, la clope aidant, je me mis à deviser avec Juan et son épreuve, Nic et ses deux, Rip, Knight et l’accord ouvert. Cécile et son sourire (*_*) n’étaient pas loin et se moquer un peu.

Séance levée, quelques bons vins nous attendaient. Le verbe se relâchait. Manuel évitait mes postillons, Ève y souriait, Barberine devenait Géraldine, Florent (2) prenait le frais, Isabelle – resplendissante – me parlait de Poe, l’amie de Nicolaï me resservit un verre – je ne pouvais qu’y céder –, Marc était prêt à relâcher ses eaux. Il manquait, oui il manquait, Béatrice, Véra, Marco, Becdanlo, Némo, Alex, Baudemont..., tant d’autres..., et Mon Iphone m’a tuer.

Ça me turlupinait, cette histoire, j’en ai parlé à Léo. Vous le connaissez, enfin non, vous ne le connaissez pas. Il m’a répondu, comme il est, avec le sourire et ses facéties.

Eh bien merde, c’est bien ça la chair.

Un regret, mon corps ne pouvant suivre, j’ai abrégé la soirée. Ma calèche me rendit à « Bleu Terre ».

(1) virtuel, pour faire court, accepte – acceptait ? – deux sens : le potentiel, l’immatériel (voir cet article).
(2) Mince, je voulais lui parler du manuscrit d’une amie... Oh tant pis, ce sera pour une autre fois.

- page 1 de 2