
Nos propos n'ont jamais été aussi sûrement tracés qu'aujourd'hui. Les
masques — notre personne — que nous pouvons arborer n'anomysent rien, ils
expriment. Ils offrent aussi l'avantage de protéger notre épiderme de fâcheux
postillons.
Un certain Masson, illustre inconnu — enfin pour moi, je ne sais pas ce
qu'il en est pour vous, je mets sa photo officielle au cas où —, sénateur de
surcroît, tente notoriété trouver en proposant que tout blog soit
accompagné du patronyme et de l'adresse électronique de celui qui l'anime.
Ajouter à la trace sa soumission et sa manifestation.
Rien de neuf sous le soleil de ceux qui veulent à tout moment guetter,
surveiller, punir (1).
Dans un tiroir j'ai retrouvé cette lettre envoyée à la représentation
nationale en juin 2000, la collecte des noms était déjà un souci majeur !
Ce mot n'a malheureusement pas pris poussière et me fait sourire, alors je vous
le recopie :
Le 27 et 28 juin, il est encore temps de faire amende honorable
Madame, Monsieur,
C'est en relisant « le » poème d'Eugène Grindel, qui n'a pas
perdu de sa verdeur, malgré son instrumentalisation académique, qu'un songe m'a
habité :
Il me semblait qu'une cohorte de personnages aux noms communs
m'accompagnait pour vous exhorter à repousser les amendements liberticides
(46-3) de la loi sur la communication audiovisuelle que vous veniez à
quelques-uns, au nom de tous, de voter dans la nuit du 15 au 16 juin.
J'y retrouvais, pour ne citer qu'eux, Jean Clopinel et Pierre Carlet,
l'étrange Michel de Nostre-Dame se gaussant des facéties de Jean-Baptiste
Poquelin. Pierre de la Ramée cultivait le jardin de François-Marie Arouet.
Florent Carton était échauffé par les saillies de Nicolas-Sébastien Roch.
Pierre Dumarchey dansait avec Elsa Kagan sous l'œil suspicieux de Louis
Andrieux. Gérard Labrunie enchantait Marie Rouget ; elle resta confuse.
Paul Bernard dont l'originalité du nom passa à la postérité égayait Émile
Chartier à la mine si grave. Louis-Ferdinand Destouches haïssait toujours la
campagne ainsi que la compagnie D'Isidore Ducasse. Roger Cretin goûtait le
parfum exotique d'Alexis Saint-Léger. Wilhem de Kostrowizky jouait un impromptu
à Aurore Dupin qui regardait dans la direction de Marie de Flavigny. François
de Salignac de la Mothe proposait une chartreuse à son voisin Marie-Henri
Bayle. Georges Colomb et Georges Moineaux riaient comme larrons en foire. Mais
quel malaise atteint Anatole-François Thibault lorsqu'il s'entretint avec Louis
Farigoule ?
Un peu confus, près de la commode aux tiroirs marbrés (escamotés ?),
Émile Ajar regardait cette procession.
Le 27 et 28 juin prochain, songez-y !
Christian Domec, juin 2000.
(1) c'est un peu faiblard, dire que j'appris par cœur cet extrait de
Idée générale de la révolution au XIXe siècle de Proudhon, extrait qui
n'a ni queue ni tête, mais qu'il me plaisait de clamer :
Ô personnalité humaine ! se peut-il que pendant soixante siècles tu
aies croupi dans cette abjection ! Tu te dis sainte et sacrée, et tu n'es
que la prostituée, infatigable, gratuite, de tes valets, de tes moines et de
tes soudards. Tu le sais, et tu le souffres ! Être gouverné, c'est être
gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué,
endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des
êtres qui n'ont ni le titre, ni la science, ni la vertu.
Être gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à
chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, cotisé,
patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé,
corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt
général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé,
concussionné, pressuré, mystifié, volé; puis, à la moindre résistance, au
premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé,
assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné,
déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé,
déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !