(cet entretien avec Yasmina Hasnaoui Teterel est issu du même lieu que celui de Marianne Desroziers, merci Cécile).

Qu’espériez-vous lorsque vous avez entamé la rédaction de Peaux de papier et pensez-vous, aujourd'hui, être arrivée là où vous désiriez ?
Yasmina Hasnaoui Teterel : Je n’espérais rien et n’envisageais rien. Seule l’écriture de ces peaux m’importait. Je n’ai fait aucune démarche auprès des maisons d’édition, j’ai juste mis les textes en ligne, sur un blog comme beaucoup d’entre nous, c’est tout. Un jour, j’ai reçu un mail de Christian Domec me proposant l’édition du recueil et j’ai dit oui. J’avoue avoir été très touchée par l’intérêt qu’il portait à mes textes. Nous nous connaissions virtuellement avant même la création de sa maison d’édition mais à aucun moment je n’ai songé à lui demander quoi que ce soit. Je ne peux donc affirmer être arrivée là où je désirais aller. Où je suis maintenant me convient bien et j’ai beaucoup de chance d’être éditée.
De manière générale, quel regard portez-vous sur vos propres écrits ?
Dans la vie je ne me suis jamais fait de cadeaux et l’écriture ne fait pas exception. Je porte un regard terrible sur mes écrits et il m’arrive encore d’abîmer et de déchirer.
Partage, introspection, détente, exercice douloureux... quel est votre rapport à l'écriture ?
Un rapport complexe mais je ne dois pas être la seule. Après quelques balbutiements, j’ai fermé les écoutilles durant de nombreuses années – mais ai-je vraiment cessé d’écrire ? – parce que je jugeais préférable de me taire et, il y a 5/6 ans j’ai rouvert le sas. Ecrire pour moi n’est pas une détente. Quand les mots vous hantent et qu’ils ne vous laissent enfin en paix qu’une fois couchés et figés sur le papier, quand vous passez des heures assis, penché - posture loin d’être confortable - et que rien ne vient, où est le plaisir ? J’ai des phases où je ressens comme un trop-plein et tant qu’il n’est pas évacué, je me sens mal, je n’arrive pas à me concentrer sur autre chose, ça devient une obsession. Une fois la chose faite, je suis soulagée, jusqu’à la prochaine crise. Et entre deux phases, je me ressource car je suis épuisée. Le partage vient après ou pas. Il y a des écrits que je ne partagerai pas, du moins pour le moment.
Écrire pour vous, c'est n'importe où, n'importe quand, lorsque le besoin se fait sentir ou, au contraire, une discipline stricte qui demande un certain cérémonial ?
J’ai écrit Peaux de papier sur des coins de table, le cahier sur les genoux, dans le bus, dans mon lit et j’ai ensuite saisi les textes avec l’ordinateur sur une petite table et les feuillets posés sur une chaise à côté car je n’avais pas suffisamment de place pour les mettre près du clavier. A présent, je vis dans un espace plus grand avec une pièce à moi, mais je n’ai toujours pas de bureau. J’écris donc avec les moyens du bord. Ni discipline, ni cérémonial mais une grande table de travail ne me déplairait pas je l’avoue. Mais l’écriture ce n’est pas seulement l’acte d’écrire. Même les moments de silence sont écriture. Ils sont nécessaires à la germination. J’ajouterai que si il y a « rituel », il est le stylo et la feuille. J’aime sentir les mots prendre corps, j’ai le sentiment de mieux en maîtriser le sens que je veux leur accorder. Rares sont les textes nés directement à l’écran de l’ordinateur.
Le fait d'être publiée a-t-il changé votre manière d'aborder l'écriture ?
Non et ce serait très prétentieux de ma part. Un livre, même si c’est une chance, ne prouve rien. Bien entendu si je devais réécrire Peaux de papier je le ferai différemment aujourd’hui. Je suis consciente de ses faiblesses et maladresses. Si il y a changement, ce dernier se fera sur la durée avec moi. L’essentiel étant d’être toujours sincère.
Pour vous le lecteur est-il un éternel étranger ou un compagnon essentiel ?
Les deux. Au moment de l’écrit, je ne vois et n’entends pas le lecteur. Je ne m’en soucie pas, du moins consciemment. J’écris ce que j’ai à dire, c’est tout. Ensuite, lors du partage (en ligne par exemple sur mon blog) je vais à sa rencontre. Libre à lui d’échanger ou pas. Et je respecte son silence.
Si on parle d'avenir, quels thèmes aimeriez-vous aborder dans vos prochains écrits ? Parallèlement, quels sujets vous sentez-vous incapable de traiter ?
Je ne me lève pas le matin en me disant « tiens, sur quoi vais-je écrire aujourd’hui ? » alors l’avenir, les jours loin, très loin, je ne peux rien affirmer…. Je suis très sensible à la difficulté d’être et comment sortir de cette impasse mortelle dans tous les sens du terme. La source d’un texte peut-être une musique, un cliché, un film, une parole entendue… tout ce qui peut faire écho en moi. J’ai expérimenté mes textes sur fond musical, une collaboration avec un artiste-peintre est envisagée, Ce que mes textes peuvent susciter chez un artiste ou vice-versa m’importe beaucoup. On apprend beaucoup de et par l’autre.
Pour conclure, le sempiternel et s'il n'en restait qu'une... Une phrase qui vous a marqué au fer rouge (de vous, d'un autre, d'hier, d'aujourd'hui...)
Aucune. Seule la vie m’a marquée au fer rouge.
