Journal des penchants du roseau

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dimanche 18 septembre 2011

Bienvenue aux lectrices et lecteurs de Bleu Terre

Bleu Terre

Vous avez feuilleté ou lu Bleu Terre ? Les commentaires, ci-dessous, vous sont ouverts. N'hésitez pas à formuler vos critiques du flacon ou de l'ivresse. Je suis aussi vivement intéressé par les célèbres question : où ? quand ? qui ? quoi ? comment ? Concernant la lecture de ce livre.

Merci.

[je réactualise ce billet-accueil des lecteurs(1) de Bleu Terre en y glissant au fur et à mesure que j'en prends connaissance des avis glanés ici ou là, n'hésitez pas à me faire parvenir les vôtres]

(1) étrange langue françaises, le féminin s'imposerait pourtant vraiment ici.


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Venez découvrir Bleu Terre

Demain, il y aura une quinzaine que j’ai terminé « Bleu Terre » de Jean-François Joubert.
Pourtant, j’ai l’impression de n’avoir pas fini ce livre où tout est fort, brillant et magique. Mais dire que j’ai aimé est insuffisant.
De ce recueil de textes courts, je retiens une poésie vivante tantôt nostalgique, tantôt onirique. Si « l’albatros » de Baudelaire avait dû écrire le récit de ses voyages et ses Mémoires, certains textes pourraient être de sa plume.
Car, ne nous méprenons pas : ce « Bleu Terre » parle de la mer et de ses côtes, de ce qu’elle inspire, de ceux qu’elle fait vivre ou mourir ; mais aussi des animaux qu’elle abrite, de ses paysages et différents aspects, des légendes et rêveries qui lui sont rattachées…

On peut sentir dans chaque mot, l’amour que l’auteur lui porte et à quel point elle est intimement liée à de nombreux aspects de sa vie actuelle. Peut-être même de ses vies antérieures vu le respect face à la source de toute chose qu’est l’océan, et la sagesse qui émane de certains textes.

Quant à moi, j’ai adoré ceux puisés directement à l’âme et au cœur de Jean-François Joubert, ceux qui mettent la larme à l’œil ou font pleurer avec bonheur tellement ils font écho à des sentiments ressentis par chacun à un moment ou un autre de sa propre vie. Preuve, s’il en faut, que les meilleures choses sont écrites à l’encre de la souffrance voire du désespoir.

Dans le texte – Suspension divine -, on nous interroge : « Que donner de plus quand on n’a rien d’autre qu’une vie à donner ? ». Ses sentiments les plus intimes, une parcelle d’âme, ses joies et ses larmes, ce qu’on aime et qui nous inspire…

Merci Jean-François.

Céline C. M. (je me suis permis de vous emprunter ce texte, dites-moi si j'ai eu tort)


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Mon avis concerne le livre de Jean-François Joubert « BLEU TERRE ». J'aime les textes de Jeff, même (ou peut-être à cause ?) s'ils ne sont pas totalement aboutis, pas "pro" : il a vraiment un monde à lui, des côtés absolument touchants, une vraie veine poétique.

Je ne connais pas les autres auteurs que vous avez publiés.

Pour ce qui concerne le livre, j'ai aimé le choix du papier et la typographie, la mise en page aérée et le dos solide. J'ai regretté que les illustrations ne soient pas toutes en pleine page, quitte à en mettre moins. Je trouve la couverture un peu mince et surtout, le défaut qui m'a paru le plus flagrant est son aspect gondolé, dû, je pense, au passage sous presse.

J'ai énormément apprécié le côté humain des échanges, le suivi de la commande ( j'imagine que vous devez y passer un temps fou !) : je n'ai jamais eu l'impression d'être une cliente anonyme, mais une amie potentielle !

Au total, j'ai l'impression en ayant acheté ce livre d'être dans le registre (précieux car il disparait !) des véritables amateurs : des gens qui partagent un amour de la chose bien faite, avec soin et personnalité et je vous en suis reconnaissante.

Nicole Delvallée (repris de ce billet-ci)


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Bleu Terre de Jean François Joubert :

Avis sur le texte : j'ai connu Jean François sur un site de correction où j'ai pu lire plusieurs de ses textes. J'ai été fasciné par cet auteur, sa personnalité à la fois fragile et attachante et sa capacité à écrire dans plusieurs genres. Il s'agit ici d'un recueil de poèmes où plutôt d'une balade poétique magnifiquement illustré par Georges Briot. Je n'ai pas encore fini de lire ce livre mais, bien que n'étant pas très passionné par la poésie, je pense en faire un commentaire prochainement sur Babelio.

Avis sur son enveloppe : les illustrations couleurs donnent à ce livre un cachet certain.

Bernard Fauren. (repris de ce billet-là)


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Bleu Terre

Suffit d'ouvrir les pages de Bleu Terre de Jean-François Joubert et la vague mangeuse vous avale dans un flot de salive qu'aurait un goût d'embruns, d'algues et de varech ...

Engloutis nous sommes, avec délices et presque volupté par ce souffle marin qui parle, nous parle, leur parle, lui parle, du crépuscule à l'aube, de cette langue d'eau qui charrie tant d'images, de sons, d'odeurs qu'on en finit par être sa balade à lui ...

Cécile Delalandre


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J'en suis à la troisième lecture de BLEU TERRE ... et toujours sous hypnose !

Je ne peux donc pas dire ce que j'en pense ... mais simplement que je ne peux pas m'empêcher d'en REPRENDRE une page chaque fois que je vois le livre !
C'est grave, Docteur ?
Bin tant pis : il tiendra une place de choix dans ma vie !
Merci à l'auteur, à l'éditeur et qu'il fende les eaux, ce bookin :-)

Simone Milhé.
(repris du commentaire ci-dessous)


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(...) Balade se réclamant poétique, laissant aux mots la liberté de choisir, et leur place, et leur force ; une façon, nonchalante, de laisser couler une écriture fantasque, mais sans doute, travaillée habilement, qu'on peut lire à voix haute : « pas un chat ne passait par là, aucun chien non plus ; le temps avait mis sa pause et le jardin gardait ses secrets » (...)

Martine Lamouché Petauton in Reflets du temps


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« (...) Ce sont de petits textes de longueurs diverses, dans une sorte de prose poétique, un recueil d’émotions sur fond de tempête, de brume, d’éclaircies soudaines, et de tout ce qui fait le charme de cette région. L’auteur semble imprégné de cette nature sauvage et c’est avec un certain talent qu’il nous livre le fruit de ses impressions. (...) »

Lire l'article de Noann en entier.


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Un recueil poétique en forme de balades où l'auteur joue avec les mots jusqu'à l'enivrement... on pense à cette « quête de l'inconnu par le dérèglement de tous les sens » de Rimbaud. Il y a effectivement du « Voyant » chez Jean-François Joubert qui évoque des ailleurs à partir des couleurs qu'il associe avec bonheur :

« ...il voyageait dans un monde féerique, son âme aimait les étincelles de couleurs de ces poissons étranges qui offraient des ondes rouge vert phosphorescent, de l'artifice à implosions électriques… »

Bleu-Terre c'est aussi une ode au monde marin, les bateaux, les poissons... et puis une nostalgie d'un passé qui ne sera plus « Fantôme de nos mémoires » :

"Mon grenier, je t'aime comme une dépendance, une drogue alitée, toi, qui conservais, sans le savoir, toute la mémoire, tout ce passé. Toute cette sensibilité étalée sur le sol, ce désir de livrer sa conscience, de se livrer, de se donner, m'ont aspiré."

C'est au fond ce qui m'aura le plus marqué au cours de ma lecture : cette « sensibilité » qui engendre aussi la souffrance... et puis cette évocation d'Elle qui sourd de page en page.

J'ai eu l'occasion d'écouter une lecture mp3 de Bleu Terre que je recommande car la « mise en bouche » de Cécile Delalandre met bien en valeur la musicalité des textes.

Enfin, mention spéciale à Georges Briot pour ses aquarelles qui entrent très justement en harmonie avec les textes de Jean-François Joubert.

Becdanlo (recopié de Babelio)


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(...) Certaines balades sont tout simplement magnifiques, et les mots utilisés par l’auteur sont d’une grande force. Je pense notamment à La Sorcière, La femme horizon ou encore L’’Ours. Ce sont les trois écrits qui m’ont le plus marqué. Avec eux, j’ai rêvé et voyagé. Diverses émotions sont ressorties de ces lectures. Avec La Sorcière, on retombe dans l’enfance et nous nous remettons à penser à toutes ces histoires farfelues qu’on pouvait imaginer lorsqu’on était enfants. La femme horizon nous fait sentir toute la puissance de l’amour. L’Ours nous plonge dans les méandres de l’être humain, et ce qu’il peut causer à la terre. Comme l’ours, on est confus et révolté.

D’autres textes ne m’ont pas vraiment touché. Je les ai lus sans être porté par les mots et sans vraiment voyager. (...)

Extrait de l'article de Gaëtan « Bleu Terre, balade poétique et insulaire », de Jean-François Joubert


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samedi 30 avril 2011

Premier mai, Bleu Terre à Melon : Chapeau !

Dans une Mélopée onde Bleu Terre, je vous avais parlé de l'impression azur, celle d'une voix vibrant l'estran.

Le 1er mai 2011, j'irai à la rencontre de la voix de Cécile Delalandre, la guitare de David Briot, la contre-basse de Thierry Mathé et de Bleu Terre de Jean-François Joubert. Où ? De nulle part ce n'est loin puisque ce spectacle aura lieu dans une ancienne chapelle guettant l'Iroise, devenue salle Herri Léon (nom d'un fameux sonneur de cornemuse) à Melon.

Eh bien, je vais vous le dire, vous qui me lisez - oui, à l'instant - je serai content de vous y rencontrer et d'y partager ce plaisir annoncé.

À bientôt donc.

PS : Cécile me rappelle la présence de Ludovic Hamard qui fera des peintures vivantes et éphémères le temps du spectacle.

Spectacle Bleu Terre - Premier Mai

(voir brève Ouest-France)

jeudi 27 janvier 2011

Une mélopée onde Bleu Terre

« (…)
Écrivez ce que dit, le soir, en se levant,
La lune, dont l'image à la mer brille et tremble,
Reflet qu'on aime à suivre à la plage en rêvant,
Lorsqu'on va deux ensemble.

Écrivez ce que dit au rivage attentif
Cette voix, de la mer, si bien entrecoupée,
De la brise et du flot murmure alternatif,
Immense mélopée ;

Concert vague et profond, qui n'est jamais si doux,
Si suave à l'oreille et pénétrant à l'âme,
Que le soir, vers minuit, quand c'est auprès de vous
Qu'on l'écoute, Madame ! » (1)

Lorsque j’appris la nouvelle, je faillis tomber dans un des travers les plus usuels des chroniqueurs : écrire un billet sur quelque chose que l’on ne connait pas, dont on a juste une idée : celle que peut donner la lecture de l’incipit d’un livre, de sa quatrième de couverture et surtout du nom de l’auteur présumé titré en gras.

Bien me pris de ne pas le faire.

Quelle nouvelle ?

La rencontre de Cécile Delalandre auteur d’Un jour de grosse lune & de Jean-François Joubert auteur de Bleu Terre, celle qui décide de peupler l’estran d’une voix et ses intonations. Je savais que la poétique de Bleu Terre avait ému Cécile, je connaissais aussi sa sensibilité à transfigurer une lecture par sa voix, lui donner une chair nouvelle. Mais je n’avais écouté ni la maquette ni l’enregistrement définitif.

Jean-François m’a permis de l’entendre il y a quelques jours.

Je peux vous dire que lorsque cette voix a empli la pièce où je me trouvais, j’ai vibré à en ourler une larme au bord de la paupière. Ce Bleu Terre n’est plus tout à fait Bleu Terre, il en azure profondément son ocre amer. Je vous invite donc à en goûter les premières strophes et à poursuivre demain par les suivantes.

Cécile, Jean-François (mais aussi Olivier Raymond et Valéry Bulles), Bravo !

(1) La Plage de Mont Redon (extrait), Les Poëmes de la mer, Joseph Autran, éd. Michel Levy frères, 1859.

jeudi 11 novembre 2010

Bleu Terre vu par Noann

« (...) Ce sont de petits textes de longueurs diverses, dans une sorte de prose poétique, un recueil d’émotions sur fond de tempête, de brume, d’éclaircies soudaines, et de tout ce qui fait le charme de cette région. L’auteur semble imprégné de cette nature sauvage et c’est avec un certain talent qu’il nous livre le fruit de ses impressions. (...) »

Lire l'article de Noann en entier.

lundi 25 octobre 2010

Bleu Terre vu par Martine Lamouché Petauton

« Balade se réclamant poétique, laissant aux mots la liberté de choisir, et leur place, et leur force ; une façon, nonchalante, de laisser couler une écriture fantasque, mais sans doute, travaillée habilement, qu'on peut lire à voix haute : « pas un chat ne passait par là, aucun chien non plus ; le temps avait mis sa pause et le jardin gardait ses secrets » »

Martine Lamouché Petauton in Reflets du temps.

(grattez la toile ci-dessous pour lire l'article en entier)

mardi 11 mai 2010

Bleu Terre - De un à sept

Le vent de tes caprices dérive vers cette plage, en un souffle le sept se lève, des souhaits se dessinent pour notre terre, unité, fraternité, sans port d’âme bleu séant. Maître du temps, de l’espace, le six tonne et sort de l’enfer, une lettre de misère, un long silence de désarroi, qui laisse parfois amer le cinq couler en mer, dans son cortège de sortilèges.

Vingt, dix vins, secrets de familles, rêve d’un chiffre câlin, identique au quatre et ses arrières pensées sauvages : pleure, rage, nage sous le pli de l’ennui, respire…

Puis le trois, la source, deux frères, une flamme et plus un seul mystère. Une croisière, de la danse sur les flots, lointaine descente vers ce bras de fer, juste un creux, une vague, des étoiles plein la tête, une larme sur l’œil-cœur.

Un visage sur cette plage, le tien, la marée l’efface, un long songe sans menace.

La nuit offre cette distance confuse, celle qui entre dans les pores de ma peau, cette mémoire presque morte où résistent quelques images de sirènes, des fruits de nos vacances disparues au fond de l’eau.

Le sable réfléchit, l’Ô delà s’élève, la douce silhouette de ton esprit, une valse qui rend belle quand elle étonne la nuit et donne ce plaisir de t’apercevoir souriante sans nuage, heureuse, dans cette pluie de miroirs qui sommeillent...

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.

lundi 10 mai 2010

Bleu Terre - Le Parfum

J’aimerais être une fleur que tu caresses du regard, puis devenir ton parfum. Des nuances de seringa qui se colleraient à ton cou, je te suivrais partout sur cette mer de Chine où tu jetterais ton ancre. Ton corps serait mon nid, et sur ta peau je serais cette goutte que tu respires. Une perle du sud qui s’écoule comme le temps sur tes reins. Dans le noir, je t’imagine brûlante. Tu es l’ampoule de ma mémoire refusant de descendre de ce nuage amer. Ensemble, nous croiserions des étoiles filantes qui tireraient leurs derniers traits citron et animeraient le ciel du feu de notre passion. Un sourire éternel masquerait l’abandon du fruit de nos raisons.

Là, et seulement là, dans l’essence du réel, unis.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.

dimanche 9 mai 2010

Bleu Terre - Silex

La rose du désert arrose d’une larme ce sol bleu mer et je m’isole de la nuit, des ennuis. J’ai froid en été et chaud sous le couvert de ce vent d’hiver. De l’est au noroît, j’ai cette indicible peur que l’invincible invisible me torde le cou, si peur que je m’envole vers un autre sentier que celui de tes bras. Tous les jours, je traîne ma peine de cette absence quotidienne. Ton charme reste en moi, tu danses dans un état de transe, la décadence sur tes reins se balance. Je manque parfois de voix, de cadence quand je parle de déroute, d’un signe de la main, d’une lance en plein cœur. J’ai faim et tu ignores ma route de fantôme. Étranger ou solitaire, ce morceau de peau indivisible me supporte depuis que je suis né. Sans tes doigts apprivoisés, mon corps a des doutes. Je suis l’ombre du silence et toi ce diamant silex qui fond sous la chaleur torride des tonneaux de rhum ingurgités. Et mes rides saignent, quand j’attends ce cygne, cible magique d’une glace sans tain. J’ai aussi froid que la Pologne en automne et je rêve de croiser le fer, rouge sang, sur un terrain de jeu, si haut que même les adieux n’ont aucune chance de nous priver de la joie de nous revoir.

Sur cette croix, tranquille, le regard posé sur la flambée de bois qui brûle ma carte géographique, je t’offre un pique-nique, une montagne de soupirs, et trois étoiles de verre.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.

samedi 8 mai 2010

Bleu Terre - Abysse

Tu es une araignée muette dans l’arène de mars à décembre, un trait d’inconscience dans le silence de la mer, un plongeon dans le noir des phosphorescences, la lumière des abysses et la bise d’une fée. Le dé de la chance coule comme le murmure vague d’une raie. Depuis que, dans sa vie, cet homme a perdu les clefs du secret, le soleil s’absente... Pourtant, à l’est, les jours se lèvent. Dans sa nuit, la lave rouge transpire de cendre, brûle les arbres et transcende. Lui, il nage dans l’oubli, danse en folie, et pense aux chats qui s’amusent sous la pluie. L’île respire l’essence du lendemain, des fleurs mauves au parfum sauvage et l’espoir de croiser un oiseau-dauphin.

Voler vers un nuage de soie, enfin dormir dans ses bras, croire aux baisers de feu du dragon.

Aussi léger que peut l’être une plume, sortir de la misère, d’une solitude assassine.

Rire.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.

vendredi 7 mai 2010

Bleu Terre - Le Vieux

Le crépuscule d’automne étonnait par ses couleurs. Sur la mer adorée se lisait l’arc-en-ciel, et Franck barrait son bateau sur une longue houle d’ouest. Solitaire, il cherchait des couloirs de vent. Deux tours de cadran sans dormir, se nourrissant peu. Il longeait la côte nord de la Bretagne, le passage du Four, entre Porspoder et le Conquet, sous Ouessant, ce lieu où gronde le Fromveur, un courant ultra puissant qui épuise les marins. Quelques fous de Bassan aux longues ailes à la pointe jaune flirtaient avec le soleil. La magie océane opérait, celle que l’homme recherche parfois pour s’éloigner du bruit des villes et croiser quelques îles. La nuit s’annonçait, et le Stiff scintillait déjà. Parti lundi de Dunkerque, l’homme cherchait à rejoindre La Rochelle. Son bateau portait le nom d’une pierre précieuse : l’aigue-marine.

Bientôt, il plongerait dans une nuit d’étoiles et quelques phares l’avertiraient du danger de ces nombreuses roches à fleur d’eau. Franck connaissait les légendes des flots, et la fatigue commençait à lui troubler l’esprit. Il croyait voir des poissons volants alors que l’on n’en trouve pas sous cette latitude. Les dauphins ne suivaient pas son bateau, trop de vagues pour jouer sous l’étrave. Pas de sirène, non, mais cette perception du monde qui troublait son cerveau. Un flux de suroît assez fort lui secouait les tripes, mais l’habitude l’empêchait de rendre son repas à l’eau. Paisible, il admirait la côte et traçait sa route.

Quand une voix céleste commença à le perturber, il ne pensa pas au vieux dans sa voile, il ne le voyait pas encore. Franck entendait des mots mais ne comprenait pas les phrases. Son esprit vagabondait, il pensait à haute voix. Le froid s’infiltrait sous ses laines polaires, et un fantôme habillait sa voile de lumière, tissant cette interrogation :

« Pourquoi les hommes abîment-ils la Terre ? »

Franck fuyait cette réalité et jouait l’aveugle en prenant la mer. Lui refusait de croire que la boule perdait la boussole, que la démographie, la pauvreté et la mondialisation allaient créer des guerres. Il naviguait sur sa passion et évitait les pièges. L’Iroise s’agitait et il discutait :

« Qui es-tu ? »

La lune était claire et ses pensées obscures... Le vieux ne bougeait pas dans sa voile, insensible aux vents, aux courants, à l’air ambiant. Il suivait les mouvements du bateau, et parfois il parlait : « Je me suis trompé de sentier. »

« De quoi parles-tu ? »

Franck n’avait pas peur de l’au-delà. De ses nombreux voyages, il avait appris à se contenir, et il ne laissait pas facilement s’échapper ses émotions. La nuit était belle et il voguait, un compagnon d’infortune à son bord, la solitude du solitaire en éveil. Il pensait à sa famille, à ses amis, à son chien, et des lames de fond le secouaient dans ses certitudes. S’il aimait partir c’était, avant tout, pour mieux revenir. Le cœur si sensible, parfois Franck se sentait aimé par l’horizon et ses moutons. « Où est mon père ? »

Il l’avait perdu dans une de ses nuits blanches, la plage avait pris sa vie.

« Il te regarde, et il danse ! »

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.

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