Journal des penchants du roseau

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Coucous de théâtre

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jeudi 9 octobre 2014

Bienvenue aux lectrices et lecteurs de Coucous de théâtre

Coucous de théâtre, Georgie de Saint-Maur, première de couverture

Chers lecteurs de Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur, les commentaires, ci-dessous, vous sont ouverts. N'hésitez pas à vous exprimer.

°°°

samedi 7 décembre 2013

Un manque de tact impardonnable à propos de Coucous de théâtre

Imaginez un seul instant qu'en présentant la publication d'une anthologie du Théâtre du Marais ou de l'Hôtel de Bourgogne, j'oublie de vous présenter Marie Desmares « la Champmeslé » alors qu'à peine trente ans après sa naissance à Rouen elle s'y mit au service de Claude Boyer ou de Jean Racine pour mettre en valeur d'obscures personnages tel Vénus dans La Fête de Vénus, Bérénice dans... Bérénice, Iphigénie dans... Iphigénie ou même Phèdre dans... Phèdre, vous me traiteriez de mufle. Si j'oubliais de citer ces auteurs et Jeannot son amant, vous me traiteriez d'ignare. Si enfin quoi qu'en dise Boileau qui répliquant à cet odieux quatrain :

« À la plus tendre amour elle était destinée,
Qui prit assez longtemps Racine dans son cœur ;
Mais par un insigne malheur
Un Tonnerre est venu, qui l’a déRacinée. »

lui gracieusa celui-ci :

« Jamais Iphigénie en Aulide immolée,
Ne coûta tant de pleurs à la Grèce assemblée
Que, dans l’heureux spectacle à mes yeux étalé,
En a fait sous son nom verser la Champmeslé. »

je feignais d'ignorer qu'elle fut pionnière de la Comédie française, alors qu'il est dans mes desseins que les saltimbanques qui la composent aujourd'hui jouent enfin les fameuses pièces du Théâtre de l'Égoût sorties de l'oubli et mises en valeur par Georgie de Saint-Maur, vous me traiteriez de crétin.

Mufle, ignare, crétin, n'en jetez plus. J'ai juste manqué de tact... certes, c'est impardonnable...

Pour corriger : sous cette admirable photographie de la Champmeslé, je vous présente - en les citant - la distribution des pièces du Théâtre de l'Égout ainsi que leur auteur.

Avec l'aide du célèbre critique Jules Cuit la distribution de Coucous de théâtre est dressée :

  • LA PIÈCE D’OR comédie de d’Arthur Luttu : « Berthe Planche nous joue ici une tortue impeccable et Marcel Epoive campe un Godet inquiétant à souhait. »
  • LA PIÈCE MAÎTRESSE adaptée par Joseph Rodez-Limpeau : « Saluons (...) l’interprétation de Simon Persavet, l’acteur fétiche de la troupe du Théâtre de l’Égout, qui nous campe ici un Bourresifflet plus vrai que nature. Quant au Gamay d’Anjou, c’est un vin généreux, qui a du retour. »
  • LA PIÈCE DE MONET d’Olaf Angoulot : « On y retrouve(...), dans le rôle de Monet, un Marcel Epoive au meilleur de sa forme, excellemment secondé d’ailleurs par Berthe Planche qui, une fois de plus, et pour le plus grand plaisir de tous ses admirateurs, ne fait pas mystère de ses charmes. »
  • LA PIÈCE À CONVICTION de Miguel Poufetuppe : « ... » (merci Jules, ça aide beaucoup)
  • LA PETITE PIÈCE de René Tourdi : « Une comédie bien enlevée par Berthe Planche et Marcel Epoive qui ont une façon de se renvoyer la réplique, digne d’une finale de tennis. »
  • LE FOND DE LA PIÈCE de Arthur Luttu : « D’aucuns pensent d’ailleurs qu’elle fut sauvée des feux de la critique, lors de la Première, grâce au talent exceptionnel de Berthe Planche l’actrice phare de la troupe du Théâtre de l’Égout qui, dès le premier acte, eut l’idée d’offrir aux regards, le spectacle de son postérieur. »
  • IL Y A UN HOMME DANS CETTE PIÈCE de Jean Beuplu : « cette comédie légère (...), somme toute assez banale, malgré le jeu tout en grâce et en distinction de Simon Persavet, (...), doit plus que probablement sa célébrité au simple fait d’avoir servi de tremplin notoire à la carrière de la grande actrice Berthe Planche… Son costume de hareng de striptease fera le tour du monde ! »
  • BELLE PIÈCE, AMIRAL ! d'Olaf Angoulot : « (censuré par l'éditeur » (c'est malin)
  • LA PIÈCE D’EAU d'Olaf Angoulot : « Applaudir Simon Persavet pour sa magistrale interprétation… »
  • LA PIÈCE DE RECHANGE de Prosper Sesbois : « la Société Protectrice des Animaux qui ne supportait pas le traitement infligé au chien, ce dernier fut remplacé, dans les représentations qui suivirent, par Prosper Sesbois lui-même. Cet auteur, en plus de l’écriture, du choix des éclairages, des décors et de la mise en scène, jouait donc ainsi trois rôles simultanés dans la même pièce. Quatre même, si on compte celui de Linda, incarné au départ par Berthe Planche, mais qu’il interprétera durant toute la période où elle fut hospitalisée et même longtemps encore après sa démission. »
  • UNE PIÈCE SUR LE TROU d'Edmond Tréssonq : « Berthe Planche nous imite ici l’accent belge à la perfection, (...) Simon Persavet incarne quant à lui, une girafe à piles plus vraie que nature, et il faut bien avouer que chacun de ses bégaiements secoue le parterre. Cependant, en ce qui concerne le Cadenas qui rit interprété par Marcel Epoive, quelques problèmes de mise en scène bien compréhensibles, desservent un peu l’action. »
  • MISE EN PIÈCES de Léon Croissa : « ... » (eh bien, Jules)
  • ON N’EST PAS AUX PIÈCES de Léon Croissa : « (censuré par l'éditeur) » (très malin !)
  • LA PIÈCE D’ÉCHECS de Joseph Rodez-Limpeau : « Simon Persavet nous campe ici, une fois de plus, un Bourresifflet magistral. »

That's all folks !

Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur est publié

La chorale des veaux marins, Georges, le griffon, Monty, Godet, le monte-en-l’air, Madame Cornu, Monsieur Cornu, Le majordome, Le commissaire Bourresifflet, L’inspecteur Lecas, L’inspecteur Février, Claude Monet, Édouard Manet, La demi-mondaine, Le gros bonnet, Le gros genou, Le genou cagneux, La vieille aubergiste, Le président du tribunal, La foule, Un homme, Elle, Lui, L’homme de la salle, Le vilain morse, Fanfante, Le public choqué, La chaise percée, Le Mexicain tout poilu, La mère supérieure, Sœur Désirée, La metteuse en scène, L’amiral Pompon, Chourfette, Monsieur Taucou, Madame Taucou, Mademoiselle Mitemarre, Dufour, Madame Cumoire, Les frères Tatasse, Le type louche, Les trois mousquetaires et d’Artagnan,L’équipe de football de l’Olympique, Hercule Poivrot, Mosstinckx, Lady Grumble, Prosper Sesbois, Le 1er concepteur adjoint, Le 2e concepteur adjoint, Linda Fricadelle, Pépé Prosper, Martin la brouette pliable, Le capitaine Sproncques, Wendy, Julien Julot dit « Juju le juteux », La toute grande girafe bègue à piles, Le cadenas qui rit, Jim le diable, Augosto Moroli, Hochet, Concarnet, Le professeur Sourire, Le professeur Anglais, Joséphine, Soucoupe, Madame Cucuffe, Le docteur Sancé, Henri Tournelle, Mam’zelle Nasson, Le commissaire Bourresifflet (bis), L’inspecteur Février (bis), L’inspecteur Lecas (bis) ont
par ordre d'entrée en scène
et en rang d'oignons
la joie de vous annoncer la publication de Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur,

Sifflez, sifflez, chahutez et sonnez cuculus !

Coucous de théâtre, Georgie de Saint-Maur, première de couverture

Coucous de théâtre, Georgie de Saint-Maur, quatrième de couverture

Vous avez lu ce livre ? N'hésitez surtout pas à intervenir, commenter, critiquer sur la page de bienvenue.

Informations pratiques :

Titre : Coucous de théâtre
Auteur : Georgie de Saint-Maur
ISBN : 978-2-916965-22-2
Format : 14 cm x 20,5 cm
nb pages : 180
prix de vente public : 18,00 €
date de publication : 6 décembre 2013

Ce livre est fabriqué par votre apprenti libraire à l’unité.

Au préalable, vous pouvez le feuilleter (lien à venir), lire les billets à son propos, lire les réactions des lecteurs.

Georgie de Saint-Maur,

auteur prolixe, il vit à Liège. Touchant à la poésie, la littérature, le théâtre... Il est amoureux des florilèges et dénicheur d'archives improbables. S'il faut le lire, c'est avec sérieux, celui qui le guide dans ses découvertes et leur expression.

Dernier ouvrage paru : C’est assez dire, éd. Rue des promenades – illustré par Julien Couty.

– Cher Georgie de Saint-Maur, votre livre a obtenu le prix de Saint-Maur 2013, avez-vous un commentaire à ce sujet ?
– Rue des Promenades est un éditeur exceptionnel !

___

« (…) La scène représente la Place du Tertre à Montmartre, aux terrasses gaies et animées. Une chorale de veaux marins chante gravement en frappant rythmiquement et alternativement leurs fesses et leur tête.

LA CHORALE DES VEAUX MARINS, chantant

― ♪ Plaise-t-au Bon Dieu,
Nous sommes dévots.
Nous frappons notre croupe. (...)♫ »

Coucous de théâtre

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jeudi 5 décembre 2013

Troisième coup pour Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur

Ah ! le décor, ses cordes, ses cordons et rosettes, rappelez-vous ce dourak de Bwoff et l'ailée napolitaine Francesca Cerrito (s'envolant, ci-dessous, au sanglot long du Violon du diable en 1849).

« C'était à Saint-Pétersbourg, à une représentation de La Fille de martre.

Une corde mal attachée à un décor était tombée sur la tête de Fanny Cerrito et l'avait légèrement blessée. Le général Bwoff, qui exerçait une grande influence sur les théâtres impériaux, va la visiter le lendemain de l'accident. Ce général appartenait alors au parti des mécontents ; l'empereur avait oublié, le jour de son couronnement, de lui envoyer le grand cordon.

— Eh bien, ma charmante, nous avons donc été blessée par une vilaine corde ?

— C'est de votre faute, général, car vous répondez de la négligence des machinistes.

— Bah ! bah ! avouez-le, vous faites beaucoup de bruit pour rien.

— Comment ! si un cordon qui ne vous arrive pas vous fait tant de mal, pourquoi voulez-vous qu'une corde qui m'arrive ne m'en fasse pas ? »

Émile Colombey in L'Esprit du théâtre, éd. Hetzel, 1860.

°°°

Pour Coucous de théâtre, Georgie de Saint-Maur a déniché dans la fabuleuse collection de J.J. Grandville des illustrations qui donnent vie au décor de cette anthologie discrètement érudite. Je vous propose donc cette exposition temporaire sans tambours, trompettes ni légendes :

J.J. Granville

J.J. Granville

J.J. Granville

J.J. Granville

J.J. Granville

À demain !

mercredi 4 décembre 2013

Deuxième coup pour Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur

Au deuxième coup, deux craintes nous dit-on, le costume vert et les sifflets. Voici ce qui arriva à Louis Minet de Rosambeau :

« Mademoiselle Flore, arrivant à Lisieux avec une troupe nomade, demanda si la ville était privée de spectacle.

— Nous avons l'Homme Vert qui fait fureur, dit l'aubergiste.

— Qu'est-ce que l'Homme Vert ?

— Un très-bel homme qui arrive du cap Vert.

— Pourrions-nous le voir ?

— Oui, en payant; il joue la comédie tous les soirs... Tenez, le voilà qui descend pour dîner.

C'était, en effet, un homme parfaitement vert et d'un vert scintillant, qui s'écria :

— Eh quoi! Volange et Flore !

L'Homme Vert n'était autre que Rosambeau.

Rosambeau s'enrôla dans la troupe qui débarquait et qui débuta par le Déserteur. Il remplit le rôle aviné de Montauciel, et les habitants de Lisieux, s'étonnant devoir qu'il n'était plus vert :

— Messieurs, dit-il, un acteur pour plaire au public doit savoir prendre la couleur de son rôle. Il y a quelques jours, j'étais vert ; aujourd'hui, je suis gris.

°°°

Rosambeau avait une garde-robe peu fournie. Un jour qu'il devait jouer Oreste, le directeur le vit se promenant sur la scène en habit de général. Il n'en possédait point d'autre.

— Allez donc vite vous habiller, lui dit le directeur, on va frapper les trois coups.

— M'habiller ! répond Rosambeau : est-ce que je ne le suis pas, habillé ?

— Comment, vous aller jouer Oreste en uniforme ?

— J'en ai le droit.

— Vous êtes fou !

— Monsieur, ménagez vos termes.

Il entre en scène et est accueilli par une bordée de sifflets.

— Messieurs, dit-il en saluant le public, je suis stupéfait de la manière dont vous me recevez.

— Votre costume ! lui crie-t-on de toutes parts. Les sifflets redoublent.

— Messieurs, veuillez m'écouter. Si ce costume ne convient pas, c'est la faute du directeur. Permettez-moi de vous lire mon engagement.

Il le tire de sa poche, et lit avec un grand sérieux :

« M. Rosambeau jouera en chef et sans partage, dans la tragédie, la comédie et l'opéra, les rois, les grands amoureux, et tous les premiers rôles en général. »

À cette boutade, les éclats de rire succédèrent aux sifflets, et Rosambeau se vanta d'avoir plu en général. »

Émile Colombey in L'Esprit du théâtre, éd. Hetzel, 1860.

°°°

Pour marquer ce deuxième coup avant la sortie de Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur, je vous propose de siffler, à défaut d'une fillette de Vinho verde, l'air qui vous plaira avec ce magnifique coucou de théâtre :

Coucou de théâtre usagé

mardi 3 décembre 2013

Premier coup pour Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur

« ta ta ta ta ta ta ta ta ta tââââ tââââ tââââ », c'est comme ça non ? Avant que le rideau se lève. Neuf petits coups qui comptent pour du beurre, suivis des trois percutants et sonores. Andouille comme je suis, j'ai - vaguement - cru la personne qui m'a dit que c'était pour faire fuir les rats qui tenaient conseil sous les tréteaux, les planches ou la scène. Pas les petits en tutu, mais les dodus, saisis sur le vif par Gustave Doré qui accrédite cette idée, foin de brigadier ! Non, il y a bien d'autres explications dont celles transmises par Caroline Raynaud qui considère ces trois coups bien ringards comme l'est le théâtre de boulevard. Malicieuse, elle nous informe que le rite nouveau est de prononcer ces solennelles paroles : « Mesdames et messieurs, veillez à éteindre vos téléphones portables. »

Eh bien, soyons résolument ringards ! (pardon, Arthur R.)

Ce tââââ annonce que Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur sera publié dans trois jours. Sous Doré, vous pouvez en lire un extrait.

« Acte I

Scène 1

Le décor représente la chambre à coucher de l’hôtel où sont descendus Monsieur et Madame Cornu. Cette dernière se repose sur le lit défait. Monsieur Cornu, armé d’un revolver, entre brutalement dans la pièce.

MONSIEUR CORNU, impérieux
― Haut les mains ! Le premier qui bouge, je l’abats comme un rien.

MADAME CORNU, s’adressant au public
― Ciel, mon conjoint ! Lui qui est si jaloux, que va-t-il encore s’imaginer ?

MONSIEUR CORNU
― Les mains en l’air, je vous dis !… Ou je vous troue de balles…

MADAME CORNU
― Oh écoute Louis, ça fera six fois cette semaine que tu me fais le coup d’entrer à l’improviste avec ton revolver. Ça devient lassant tu sais ?

MONSIEUR CORNU
― Alors mes agneaux ? Surpris de me voir, pas vrai ?

MADAME CORNU, d’une voix lasse
― Oh allez chou, tu sais bien qu’il y a longtemps que tu ne me surprends plus.

MONSIEUR CORNU, éteignant la lumière et se dirigeant vers la porte
― Ah oui, eh bien c’est ce qu’on va voir, sortez de là vous ! Et les mains en l’air…

LE MAJORDOME
― Ne tirez pas ! Je… J’obéis ! Mais heu… je ne sors pas, en fait… J’entre !

PAN !

On entend un coup de feu. »

extrait de La Pièce maîtresse du Théâtre de l'égout, Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur, 2013.

°°°

À demain pour le deuxième coup.

(image : Conseil tenu par les rats, Gustave Doré)

mercredi 6 novembre 2013

Gaspard Tournachon, Oscar Monet, Jules Cuit et le papier peint à l’état embryonnaire

L'anachronisme est une maladie infantile qui dure.

Aujourd'hui nous cédons au conformisme lorsque nous nous écrions Ah ! Gaspard Tournachou Nadar, Ah ! Oscar Claude Monet , Ah ! Jules Cuit. Nous savons qu'après un séjour en coffre fort, un cliché de l'un, une croûte de l'autre, l'autographe du troisième s'arrachent à prix d'or en barre.

Oscar Claude Monet avait de l'humour, lorsqu'il reprit à son compte « impressionniste » lâché dans un article vitriolé de Louis Leroy dans le magazine Charivari en 1874. De l'humour lent puisque ce ne fut que trois ans après.

L'auteur de la pièce mettant en scène Claude Monet, jouée par le Théâtre l'égout, le perçut très bien lorsqu'il y glissa ce dialogue :

« CLAUDE MONET
― Inutile d’essayer ma chère Lisette. Je ne sais pas peindre. Et puis, de toute manière, même si je savais, je ne peindrais jamais des nénuphars !

LA DEMI-MONDAINE
― Écoute, si jamais tu ne me peins pas, je le dirai à Monsieur Bourrelard !

CLAUDE MONET
― Oh celui-là, il ne m’impressionne plus ! »

Pièce antérieure - si nous décryptons bien ce dialogue - à la fameuse exposition sise dans les salons de Nadar, boulevard des Capucines - une connaissance de Jules Cuit. Exposition relatée par Louis Leroy le 25 avril 1874 comme suit :

« L'exposition des Impressionnistes »

“Oh ! Ce fut une rude journée que celle où je me risquai à la première exposition du boulevard des Capucines en compagnie de M. Joseph Vincent, paysagiste, élève de Bertin, médaillé et décoré sous plusieurs gouvernements !

L’imprudent était venu là sans penser à mal ; il croyait voir de la peinture comme en voit partout, bonne et mauvaise, plutôt mauvaise que bonne, mais non pas attentatoire aux bonnes moeurs artistiques.

Je le conduisis devant le champ labouré de M. Pissarro.

A la vue de ce paysage formidable, le bonhomme crut que les verres de ses lunettes s’étaient troublés. Il les essuya avec soin, puis les reposa sur son nez.

- Par Michalon s’écria-t-il, qu’est-ce que c’est que ça ?

- Vous voyez une gelée blanche sur des sillons profondément creusés.

- Ça des sillons, ça de la gelée ?… Mais ce sont des grattures de palette posées uniformément sur une toile salie. Ça n’a ni queue ni tête, ni haut ni bas, ni devant ni derrière.

- Peut-être…mais l’impression y est… ce n’est ni fait ni à faire. Mais voici une vue de Melun de M. Rouart où il y a quelque chose dans les eaux, par exemple, l’ombre du premier plan est bien cocasse.

- C’est la vibration du ton qui vous étonne ?

- Dites le torchonné du ton, et je vous comprendrai mieux….

- Je jetai un coup d’oeil sur l’élève de Bertin : son visage tournait au rouge sombre. Une catastrophe me parut imminente, et il était réservé à M. Monet de lui donner le dernier coup…

- “IMPRESSION, Soleil levant”

- Impression, j’en étais sûr Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans… Et quelle liberté, quelle aisance dans la facture ! Le papier peint à l’état embryonnaire est encore plus fait que cette marine-là…”

Où pouvait bien se dévergonder Jules Cuit à ce moment ? Les exégètes ne nous le disent pas.

(image : Animation d'après l'autoportrait "tournant" de Nadar, 1865)

vendredi 1 novembre 2013

Coucous de théâtre ; nuances !

Vous vous souvenez sans doute de ces motifs de René Dorin :

La Seine déborde...
C'est une crue !
Mon verre déborde...
C'est une cuite !
... Nuances !

Une décoration
Sur le revers d'un brave...
C'est un ruban !
Sur le veston d'un bon à rien...
C'est une faveur !
... Nuances !

Tino Rossi chante...
C'est un cachet !
Il a le premier prix...
C'est un comprimé !
... Nuances !

in Nuances, René Dorin, 1936.

(une traduction de haute volée pour nos lecteurs anglophones est disponible ici : http://pastiche.roseau.org/pat.php3)

Subtiles nuances, n'est-il pas ?

Depuis que bruisse la sortie prochaine de Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur, de légères confusions - tout à fait compréhensibles sur des réseaux asociaux - apparaissent. Nous tenons à les lever (remarquez, le plus simple serait de se rendre directement sur la page qui décrit brièvement ce livre pour lever tout doute, mais avons-nous encore le temps de lire quand nous avons tant à dire ?)

Nuances donc

  • Coucous de théâtre n'est pas un plat mitonné à partir de semoule de blé et servi sur Cène avec pour dernier acte une trahison.

  • Coucous de théâtre n'est pas une ode aux cuculidés parasites compagnons de nos paranoïas lorsqu'elles ne sont pas remises à l'heure

♪ ♫ En passant auprès d'un p'tit bois,
Où le coucou chantait. (bis)
Dans son joli chant il disait :
« Coucou, coucou, coucou, coucou. »
Et moi je croyais qu'il disait :
« Tords-lui le cou ! Tords-lui le cou ! »
Et moi de m'en cour' cour'
Et moi de m'en courir ! ♪ ♫

  • Coucous de théâtre n'est pas une variété de volaille, nous avons ceux de Rennes pour égailler nos cours, hautes et basses.

Nuances !

Si son titre est certainement inspiré de ce petit instrument (le petit ventru qui accompagne cette flûte et ce galoubet) qui rythmait l'ambiance d'une galerie, d'un balcon, d'une corbeille et même d'une fosse :

Coucous de théâtre est l'anthologie la plus fouillée à ce jour du Théâtre de l'Égout commise par Georgie de Saint-Maur qui - nuance - ne s'appelle pas Sainte-Maure... Mais - sauf son respect - nous n'allons pas en faire un fromage.

(images : accédez à leur source en cliquant dessus)

mardi 29 octobre 2013

« Qu'avez-vous d'amusant ? »

Elle s'avançait décidée, le sourire aux lèvres, vers la table où étaient disposés mes penchants au salon du livre de Liffré. Ce mouvement résolu est rare, je le perçus tout de suite. Elle balaya du regard les couvertures présentée et, l’œil pétillant, me demanda : « qu'avez-vous d'actuel et d'amusant ? »

Mince, une colle.

Je ne pouvais glisser les Conards... je ne le fais jamais. Il faut toujours que je parle de leur écriture, de cet obstacle d'une langue qui s'enroule depuis quatre siècles et demi... bien avant que « les mots pour le dire arrivent aisément. » Et leur actualité ? On en doute parfois depuis qu'il est devenu manie - en ville - d'avaler des parapluies ou de converser - partout - avec un bout de plastique luminescent.

Certes, on peut s'amuser de tout, mais dire que le catalogue des penchants du roseau est propice aux éclats de rire, ce serait tordre le bouchon en oblique.

Pour ne pas la décevoir, je lui ai présenté les livres un à un, en me gardant bien de dire qu'ils étaient désopilants. Je ne me rappelle plus lequel elle a choisi. Je pensais déjà à Coucous de théâtre et le lui dis : un travail d'archive considérable dans l'enfer des pièces oubliées et leur chausse-trape à piquer la curiosité d'un souffleur de vers. Elle est repartie fissa, j'en ai oublié sa silhouette.

La Conjuration des imbéciles de Toole est, peut-être, le dernier livre drôle que j'ai (re)lu - hors théâtre et aphorismes. Ils sont rares (1), finalement, ces livres. S'y frotter - tenter l'humour en littérature, en poésie - est une gageure contemporaine. Je ne parle pas du cynisme ricanant - si présent, si banal - mais de l'humour franc, et subtil. Comme est rare le rire en peinture... J'ai pensé à Rembrandt, bien sûr, des autoportraits. Bizarrement, en tentant d'en choisir un pour illustrer ce billet, j'ai ressenti un certain malaise - celui de l'ambiguïté du rire et de sa représentation. J'ai finalement choisi ce tableau de Kouzma Petrov-Vodkine, Spectateurs d'une farce, plus inoffensif.

Parce que...

...il y a manières de rire, comme manières de lire. De celles-ci, nous pouvons suggérer de les choisir : avoir un long temps de respiration tranquille pour entamer et poursuivre La Recherche, quelques trajets en car suffiront pour La Conjuration des imbéciles, tranquille sur un banc au bord d'un étang pour Tisane de thym au jardin d'hiver... Coucous de théâtre, je l'ai abordé comme ça : le lire avec tout le sérieux qu'il mérite, comme nous l'intime son introduction : « (...) Au seuil de ce livre, je voudrais rappeler que l’art du théâtre n’a pas toujours bénéficié de l’engouement du public, ni de subventions officielles (...). Il fut même un temps où, aux abois, il se réfugiait dans bon nombre de lieux inattendus (...). L’endroit le plus marginal restera sans conteste le Théâtre de l’Égout, où se sont produits pendant des années tous les monstres sacrés de la scène française (...). Jules Cuit, une des voix les plus écoutées en matière de critique théâtrale, a suivi leurs performances durant plusieurs saisons, il nous les commente ici sans complaisance. » Décider de le publier. Et le relire, le relire, un crayon à la main. Et là, pour la première fois depuis quatre ans, excusez-m'en Georgie, je fus pris de tremblements tant mes éclats solitaires m'inquiétaient.

Alors, si vous lisez un jour Coucous de théâtre, je vous dévoile un secret : lisez-le avec sérieux.

Un extrait tiens - choisi au pif :

« (...) LA CHAISE PERCÉE
― Si ce n’est pas malheureux pour une actrice de ma valeur.

FANFANTE
― Eh, peuchère !

LA CHAISE PERCÉE
― En être réduite à accepter ce rôle dégradant ! Incarner une chaise percée !

FANFANTE
― Eh oui, M’dame.

LA CHAISE PERCÉE
― Mais, attention, au départ, cette pièce n’était pas comme ça, hein, Fanfante ?

FANFANTE, narquoise
― Ah ça non, M’dame !

LA CHAISE PERCÉE
― C’est seulement maintenant que c’est devenu une pièce vulgaire !

FANFANTE, en gloussant un peu
― Oh oui.

LA CHAISE PERCÉE
― J’en étais sûre. Parce que c’est vraiment devenu malpropre, et… (elle soupire) et tellement dégoûtant.

FANFANTE, finement
― Ah oui alors, M’dame ! Et puis ça fouette en plus !

Entre le morse, d’un pas assez vif. Il tient un œuf en main et se dirige vers la chaise.

LE VILAIN MORSE
― Regardez bien, Fanfante, on estime, sans en référer à un excipient de son caractère exhaustif, cette pièce/anti-pièce, impropre à signifier ex cathedra ce qui est insignifiant. Hahaa ! Alors, à nous deux ma petite chaise, tu vas morfler ! Ça va mouiller sec !

Éclats de rire de Fanfante.
La scène et les acteurs sont couverts de tomates.

(...)

Commentaires & critiques

Exécrable du début à la fin, le Fond de la pièce est une comédie imbuvable dont le sujet, déjà superficiel au départ, est traité avec une légèreté inadmissible.

(...)

Il n’empêche que nous voyons ici le cynisme poussé à un tel sommet, qu’il nous autorise à cracher de longs glaires verdâtres sur sa mise en scène.

Jules Cuit. »

in Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maure, extraits des pages 72, 73 et 75.

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(1) Où on va papa ? de Jean-Louis Fournier est de cette veine, il a rencontré pas mal de lecteurs et c'est tant mieux.
Quelques minutes après avoir ajouté cette note, je lis ceci : « Jusqu'à ce que, le 23 novembre Agnès Brunet reçoive un courrier de mise en demeure émanant du conseil des éditions Stock et de Jean-Louis Fournier... Lui demandant de fermer le site dont le titre constituerait une « contrefaçon » et dont certains passages seraient... attentatoires à « la vie privée de M. Fournier » ! Celui-là même qui nous a fait rire et pleurer à la fois en racontant son quotidien de môme avec un papa, médecin arrageois, bien connu, souvent rond comme un tonneau. Est-ce l'arrosseur arrosé ? Ou l'hôpital qui se fout de la charité ? Quand maman et papa ne sont pas d'accord, allez comprendre ! ». Où le rire au contact de l'argent et du pouvoir se transforme en grimace... Le site « Où on va maman ? » rebaptisé par la contrainte se trouve ici : http://mamanmathieuetthomas.monsite-orange.fr/. Il y aurait de quoi faire un billet cinglant sur tous ces défenseurs de la liberté d'expression qui l'oppriment dès qu'il est question de toucher à leur grisbi.

jeudi 24 octobre 2013

Censure ? Anastasie mon amour

Ce n'est pas le 6 décembre, jour de la Saint Nicolas et de la sortie publique de Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur pour cette année 2013 ; non, ce ne sont pas ces dates qui m'ont décidé à jouer au père fouettard, mais la gironde Anastasie, ses ciseaux tranchants, et les outrages de Jules Cuit.

Si un certain François, lui sussurait « l'ennui m'anesthésie » dans son Tango de l'ennui, c'est l'air de Pierrot en quête de plume que j'entendis dès que je la vis. Jugez-en par vous même. Y entendez-vous la même chanson ?

Vous vous pâmez aussi ? Dites. Et l'envie de battre le briquet ne vous surprend-elle pas ?

Je m'égare un peu...

C'est Jules Cuit le responsable des premières censures aux penchants du roseau. Je ne puis vous reproduire sur ces pages volatiles les propos qu'il tint suite aux représentations de deux pièces fines et délicates : Belle pièce, Amiral !, drame joyeux en un acte d’Angoulot & On n'est pas aux pièces, comédie en deux actes de Croissa, ils sont de nature à enflammer un corps social déjà pris de coliques néphrétiques, comme le fit naguère cette discussion littéraire à la deuxième Galerie, croquée par Daumier, l'Honoré. Et pis, à me faire tâter du glaive de Themis, la vieille Matronne. Restait à céder aux charmes d'Anastasie et de ces ciseaux émasculer les outrances de Jules. Couardise me direz-vous ? Courage oui. Celui de trancher dans le vif.

Alors oui, je présente mes excuses(1) à Georgie de Saint-Maur qui après quelques décennies de labeur, suite à une recherche harassante dans des archives disparates et éphémères, sut regrouper dans ce recueil les meilleures pièces du Théâtre de l'Égoût, raviver nos mémoires sur « les monstres sacrés de la scène française : Berthe Planche, Prosper Sesbois, Marcel Epoive, Simon Persavet, tous plus éblouissants les uns que les autres. » avec la complicité de J.J. Grandville. Mes excuses d'avoir sabré à deux reprises les propos de l' « une des voix les plus écoutées en matière de critique théâtrale, (qui) a suivi leurs performances durant plusieurs saisons, (qu')il nous les commente (...) sans complaisance. » (pour les jeunes générations : Jules Cuit est au théâtre ce que le personnage de Michel Drucker est à la chanson, en mieux, bien mieux, plus drôle et lunatique, mais aussi obséquieux). Ces deux coups de ciseaux m'étaient imposés et sains (voir facsimilés, ci-dessous), et quand bien même, pour citer un de mes auteurs préférés : « Un esprit sait dans un corset retrouver les siens. »

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Anastasie1

Commentaires & critiques

(…) *

Jules Cuit.

(*) Note de l’éditeur : les critiques de Jules Cuit firent réagir si violemment le public que nous avons préféré exercer une saine censure. Jugez-en par ce croquis pris par Daumier sur le vif.

in Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur, page 103.

Anastasie2

Commentaires & critiques

(…) *

Jules Cuit.

(*) Note de l’éditeur : bis repetitas, hélas !

in Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur, page 161.

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Cette version de Coucous de théâtre de Georgie de Saint-Maur sortira donc ce 6 décembre 2013. Une édition non expurgée apparaîtra bien un jour du côté des grandes maisons d'édition, au courage légendaire et à la position assise ou correctionnelle.

Christian Domec, apprenti amant d'Anastasie.

(1) Dès que je le pourrai, je lui ferai goûter « ce petit traversin de fromage, ce blanc cylindre issu du lait très crémeux de la chèvre », chanté par Maurice Bedel.

(l'image d'Anastasie fut commise par André Gill en 1874, le Tango de l'ennui par François Béranger en 1974)

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