Journal des penchants du roseau

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Le Souvenir de personne

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lundi 2 janvier 2012

Le Souvenir de personne : se réjouir

(j'écris ce court billet ce dimanche 1er janvier 2012. Court, j'ai hésité, mais la lecture des presque 700 billets et pages de ce journal devraient suffire pour bien comprendre pourquoi être réjoui, en particulier cette Réponse du tricheur avec les mains plongées dans la glaise gallèse. Ce dimanche, parce qu'il est mieux d'écrire à froid sur un possible à venir. Ce billet est programmé pour paraître très tôt demain, lundi).

Le Souvenir de personne, Cécile Fargue, première de couverture

Oui je me réjouis de la possible quatrième publication du Souvenir de personne de Cécile Fargue Schouler.

Rappelez-vous...

La première le fut sous forme de lettres sur un blog, elles sont - pour la plupart - visibles aujourd'hui sur Le Cahier à plumes de Cécile Fargue.

La seconde fut éditée par nos soins - les penchants, Cécile et moi - pour une publication papier le 8 novembre 2010. Livre que je continue à fabriquer et distribuer en petites quantités.

La troisième est son image numérique, elle permet son libre feuilletage (l'image déforme un peu le réel, en particulier sa typographie, et de vieilles coquilles y sont encore engluées).

La quatrième serait sous la forme d'une nouvelle publication papier signée m@n dont la couverture pourrait être celle-ci :

Le Souvenir de personne - m@n

Et son corps celui présenté pour lecture tel que vous le voyez ici.

Ce possible et les à venir qu'il propose me réjouissent. Je souhaiterais que vous vous en réjouissiez aussi.

Christian Domec, apprenti libraire.

dimanche 1 janvier 2012

Bienvenue aux lectrices et lecteurs du Souvenir de personne

Le Souvenir de personne, Cécile Fargue, première de couverture

Le 5 octobre 2010, Le Souvenir de personne de Cécile Fargue est déjà parvenu en Marne et de là, il poursuivra sont parcours de mains en mains, accrocher l'œil de l'un, compagnon d'une soirée de l'autre. Nul ne saurait prédire ses itinéraires et les cheminements intérieurs qu'il suscitera.

Ce jour donc, j'ouvre ce lieu de bienvenue à ses lecteurs. Les commentaires, ci-dessous, vous sont ouverts. N'hésitez pas à formuler vos critiques du flacon ou de l'ivresse ; ou gardez le silence si vous le préférez.

[je réactualise ce billet-accueil des lecteurs du Souvenir de personne en y glissant au fur et à mesure que j'en prends connaissance des avis glanés ici ou là, n'hésitez pas à me faire parvenir les vôtres]


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Chaque fois que je passe devant un de ces bouquets qu’on voit parfois plantés en bord de route, j’accélère malgré moi, et pendant quelque temps, je ne peux m’empêcher de songer à cette personne qui a disparu, à ces gens qui l’ont aimée et qui sont peut-être seuls à se souvenir. Le pincement au cœur que j’éprouve dans ces moments-là, je ne sais s’il provient du drame qui s’est joué un jour à cet endroit ou de l’état du bouquet. Car certains sont tellement rabougris, tellement noircis par les voitures – sans parler des fleurs en plastique – qu’ils me foutent le cafard comme lorsque je traverse une zone industrielle. Je n’ai qu’une envie : être déjà loin. Ne me parlez pas de votre disparu.

Puis un beau jour, il pleut des cordes, la route est boueuse et triste. Et sur le bas-côté, je vois un autre ce ces bouquets. Mais ses fleurs sont tellement belles, et s’emploient si bien à cacher leur beauté, que je lève le pied, que je m’arrête.

Et en redémarrant, je me dis qu’elle a de la chance la personne à qui on a rendu un si bel hommage. Autant de chance que Nancy dans cette belle chanson de Leonard Cohen.

Pour moi, Sébastien, Nancy, c’est la même musique. Merci.

Sindbad le marin (recopié d'un commentaire ci-dessous)


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Ayant la chance d'avoir obtenu une prévente du "Souvenir de personne", je tenais à encourager tout curieux à se procurer cet ouvrage. Pour moi, l'émotion a été forte à la lecture de ce livre. Du sourire aux larmes, il nous transporte dans les tendres souvenirs de Cécile et laisse une morsure indélébile.... Si vous espérez trouver un livre cru et froid, détournez vous... Par contre, si vous voulez ouvrir vos yeux comme l'auteur l'a fait et tenter de vous imprégnez de ces souvenirs, de cette réalité, procurez vous "Le Souvenir de Personne".

Alexia (lu à cette adresse)


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Gamine, souvent, en rentrant de l'école, je faisais un crochet par le petit cimetière de campagne qui longeait la route surplombée d'un joli sous-bois où j'aimais m'attarder, au risque de me faire gronder.

Comme vous, Sinbad, j'ai eu maintes fois le coeur serré malgré mon bas âge - celui de l'insouciance - en observant les pierres tombales dénudées. Celles des enfants étaient toujours fleuries, je m'en souviens. En ce temps-là, les Sébastien n'existaient sans doute pas encore, sauf dans les livres évoquant des poètes dits maudits.

Aujourd'hui, je ressens qu'un livre tel que celui consacré à la mémoire de Sébastien peut placer un lecteur dans une position proche de la torture par tout ce qu'il renvoie en miroir. Par exemple, un frère perdu il y a peu, disparu sans collier, et retrouvé dans un bas fossé. Dès lors, je ne peux non plus "parler du disparu" !

Iris (recopié d'un commentaire ci-dessous)


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Ce qui est bouleversant, troublant aussi dans le "Souvenir de Personne" de Cécile Fargue, c'est qu'au-delà d'une lettre magnifiquement écrite sur le caveau d'une promesse tenue, elle nous crie à tripes ouvertes, son combat contre l'oubli et l'indifférence.

Ses mots justes, retenus, admirablement poétiques, sont bien pl...us forts qu'une Pâques, pour ressusciter Sébastien, son ami de rue mort comme un chien à l'âge de quatorze ans. Cécile Fargue nous parle deux mais c'est d'un, d'elle dont on entend encore le cri quand on referme ses pages.

Il est essentiel de lire ce petit bijou de talent et d'émotion brute.

Cécile Delalandre (lu à cette adresse)


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« L'amour, forme suprême de reconnaissance, permet à la narratrice de conférer une dimension supplémentaire à l'anonyme, de lui donner un supplément d'existence. "Personne" devient ainsi "une personne". Et le fait de mettre en scène un instant d'intimité entre la narratrice et le garçon, dans une chambre miteuse ("Novembre"), recrée pour le couple (où chacun se donne, alors que d'ordinaire le jeune homme se vend) la profondeur dramatique d'un rituel qui n'a rien de mécanique. »

Daniel Fattore, Lire l'article sur le site Fattorius.


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« (...) on évolue dans un monde où l'on ne dit pas "merci", le mot étant truqué par les menaces de la condescendance ou devenu "trop lourd". Un monde qui voit les enfances disparaître au contact de réalités grimaçantes. Pourtant le rêve enfantin n'est jamais loin, presque à portée de main. Perchés sur un arbre sans cabane où "on fait semblant d'être les Indiens de notre histoire", ou buvant une "grande rasade de cet alcool qui rend propre" (l'eau de Cologne) comme un élixir du pauvre, ou passant aux yeux d'un "clodo" un peu fou pour "le passeur de nuit" maître de rassurantes clés imaginaires, ou comment transformer un geste de mépris et de défense _ la copine qui s'essuie la manche _ en comptine urbaine, "un deux trois", ou Sébastien mimant avec dérision et sérieux le geste du jardinier: autant de moments où le quotidien le plus désespérant semble prêt à céder aux jeunes élans de vie, où par la magie du jeu l'existence semble soudain pouvoir être autre. »

Marc Sefaris, Lire le billet : Un poids, une place, ici.


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« (...) ce cri dans la nuit n’est ni empreint de rage ou de colère, d’angoisse ou de solitude. Il est une voix qui s’unit à celle de Sébastien ; il est une âme qui rejoint l’âme sœur ; un amour qui a trouvé.

(...) un long souffle retenu qui peu à peu se défait, et le lecteur, dans ce silence, écoute ; face à ce texte, se tait. »

Savina de Jamblinne Lire l'article sur le site Vingt mille lieues sous les livres...


********************************************** « (...) Je voudrais que cet objet-évènement se recopie, se fragmente, se répète, se simule, se dédouble, sans que quiconque n'impose ce qu'il voulait dire, ni de dire ce qu'il voulait être.

Le souvenir de personne, c'est du Mozart. Après sa lecture, même le silence est grand.

Merci à toi, Cécile de nous chuchoter tant d'émotions,de nous procurer cette sensation indéfinissable qui nous fait percevoir que nous sommes vivants... simplement vivants. (...) »

Robert Bruce [Lire le texte ici]


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« (...)Le souvenir de personne surprend par la maîtrise de son écriture et par la force du récit. On pense à L'attrape-cœurs de Salinger, à L'herbe bleue témoignage anonyme devenu culte, ces œuvres marquantes par leur universalité : parler des marginaux (dans le sens de ceux qui vivent dans la marge) est beaucoup plus efficace pour décrire une époque que de délayer le quotidien des gens dit normaux. Et ce livre a la grâce des œuvres écrites avec l'émotion de la jeunesse, cette grâce qu'on finit par perdre avec le temps. (...) »

Marie Lebrun Lire l'article sur le site Post scriptum...


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Parfois, il est bon de ne rien dire tant un texte se suffit à lui-même.
Lorsque j'ai lu « le Souvenir de personne » j'ai tout de suite ressenti ce besoin d'être discret, pudique, tant on est au cœur d'une histoire secrète... celle de deux adolescents... dont le destin sera tragique pour l'un d'eux.

Je garde en mémoire, tout ce passage où Sébastien tentera de se désintoxiquer... dans cette cabane prêtée... au bord d'un monde qui se réveille chaque jour... et qui n'est pas forcément le nôtre. « Le Souvenir de personne » c'est une tentative de faire revivre quelque chose, quelqu'un... mais c'est comme visiter un camp de la mort : on voit les décors, les paysages... ce qui reste... mais qu'en est-il vraiment des êtres humains qui ont vécu là ?

En un « Voyage au bout de la nuit »... le livre refermé, on garde le silence... c'est ce qu'il convient le mieux au souvenir de Sébastien... car le silence est profond, vaste et sans limite...

Il faut tout de même dire que j'ai été heureux de lire ce livre, d'être un "témoin" de ce qu'a été la vie de Sébastien.

Becdanlo


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Je repense à ce qu'en évoque Cécile et c'est vraiment cela, un cri , que pour ma part j'entends encore résonner en moi deux mois presque après sa lecture... et j'y repense souvent, cette angoisse qui noue le ventre, comment retenir un soupçon de ce qui a été, ne pas le laisser disparaître à jamais...Cécile Fargue a su si bien nous interpeller, nous accrocher...

le "Souvenir de Personne" restera le mien..

Ariane Grammaticopoulos (recopié d'un commentaire ci-dessous).


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On aura tous croisé dans les rues des grandes villes le regard si adulte, et enfantin, de très jeunes toxicomanes, sans faire rien d'autre que de s'éloigner en pressant le pas, et en cela le récit de Cécile Fargue prend toute sa dimension, dans ce sens qu'elle s'arrête, elle marque le pas, et le récit poétique qu'elle livre – même s'il aurait gagné à être resserré, épuré, acéré – sonne bizarrement juste.

Vincent Wackenheim (Lire l'article)


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Pour résumer, c'est pour moi un bien beau livre dans son style et son dessein, mais l'absence de soutien et de révolte donne un étrange sentiment de complaisance.

Stanislas Fleury (Lire le texte)


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Le Souvenir de personne s'est refermé tout doucement hier soir et il est devenu mien à présent. Sans difficulté, il a su trouver une place dans ma mémoire. Comment rester indifférent à cette indifférence dont souffre Sébastien ? L'indifférence tue ses victimes, dans un terrible anonymat. Il n'y a pas d'autre issue, l'indifférence ne choisit pas, elle ne veut pas choisir.

L'écriture à fleur de peau de Cécile Fargue, sa poésie et ses mots crus, aussi crus que les maux de Sébastien, magnifient cet adolescent dont l'héroïsme est plus puissant et plus morbide que son héroïne, fidèle compagne de ce voyage si court.

Bouleversée, retournée comme ce pauvre corps, j'ai pris, le temps de cette lecture, la place de Cécile et je l'en remercie. D'ailleurs, je me souviens de ce papi libidineux et de son regard lubrique. J'ai la nausée, j'aimerais le tuer.

Cependant, mon intrusion dans cette histoire a été parfois quelque peu perturbée. L'usage récurrent des points de suspension m'ont frustrée, à certains moments. J'aurais aimé que Cécile en dise plus, se laisse aller. Cette sensation de "retenue", même si elle est justifiée par l'émotion, exclut le lecteur de ce souvenir de personne, au risque de demeurer justement personne.

Et cette retenue, par instant, tombe dans son inverse, là où justement il ne faudrait pas trop en dire pour laisser le lecteur à sa propre interprétation qui ne sera jamais éloignée de la vérité. Un mot de trop, un adjectif inutile suffisent à contrarier, agacer même. Mais ces petites faiblesses nous rappellent que l'auteur est humain et que le talent doit rester humain.

Yasmina Teterel, (reçu par mail avec autorisation de le publier).


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« (...)Ce jeune garçon se prénommait Sébastien. En quelques dizaines de pages, Cécile Fargue l’a extrait de la fosse commune où on l’avait jeté. Elle lui a offert une sépulture – notre lecture – d’où il pourra poursuivre sa route. Latcho drom, Sébastien ! »

Lire l'article sur le blog de Gilles Monplaisir...


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Le Souvenir de personne : c'est pour moi une lecture bouleversante, très difficile, une expérience véritablement charnelle. Ce récit est un don qui traduit l'immense générosité et l'amour que porte en elle Cécile Fargue. Quelle grâce.

Anne-Laure Brun Buisson (avis reproduit avec son autorisation)


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C’est poignant, on ne sort pas intact d’une telle lecture, les mots manquent. Certaines scènes sont bouleversantes et terribles. Elles poursuivront longtemps le lecteur. Le pire est l’indifférence, la lâcheté des personnes ayant croisé Sébastien.

Parmi les personnes ayant profité de Sébastien, les personnes les plus humaines paraissent les plus coupables, car elles se rendent compte de la détresse de l’adolescent. Ces personnes en se montrant « amicales », , « bienveillantes », essaient de se déculpabiliser, tout en profitant de Sébastien.

Sébastien, transpercé d’aiguilles, nouveau Saint Sébastien, transpercé également comme une poupée vaudou, sur laquelle la société entière déverserait ses frustrations tout en le transperçant de toute part, en lui volant sa fraicheur, sa jeunesse, son étrangeté, son côté libre et sauvage contre de l’argent ou de la drogue.

Cette drogue détruit Sébastien, les clients le savaient pertinemment. Ils profitaient de Sébastien car il était seul isolé, ils pouvaient agir en toute impunité face à quelqu’un de démuni.

L’auteur, Cécile Fargue, en écrivant Le Souvenir de personne, rend hommage à cette vie perdue, à son amour perdu, en édifiant à la mémoire de Sébastien, un véritable monument de mots, j’ai bien aimé l’expression : « une cathédrale de mots ».

Rémy (copié d'un commentaire, ci-dessous)


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Un livre où l'on course la mort entraîné par ces deux-là. La voix de Cécile, l'innommable de Sébastien. Le tout dans l'indifférence de ceux qui passent où le viol de ceux qui paient. Rude, dur, couleur de muraille, d'urine, de shit.

Bourré de tendresse et de désespoir. ça fait du froid dans le coeur quand on referme le livre et c'est bien. La chaleur on la garde, regard épargné, pour le prochain môme aux veines bleuies que l'on croisera, tapi, au coin d'un porche.

Merci cécile.

Christiane (copie d'un commentaire déposé ici)


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Elle aussi avait, niché au creux de son vide, un rat. Je ne l’ai pas croisée dans les rues de mon adolescence, celles où Cécile a caressé la vie de Sébastien, mais dans le lieu où, loin de là, j’avais construit un accueil pour l’errance. Elle est venue sur la pointe de sa peur briser sans hâte la chape d’indifférence où elle était tenue, cueillir sans précipitation les éclats disséminés de son être-jeté-dans-le-monde. Je l’ai aimée aussi, à la manière admise par ma fonction d’analyste, comme Cécile et Sébastien se sont aimés dans le silence bruissant des douleurs indépassables, là où rien ne s’achève pris dans le flot impétueux de l’ex-sistence, des mots aussi.

J’ai lu Sébastien, comme faire là se peut, dans mon regard tendu vers les mots de Cécile et le texte qu’elle m’oblige à construire. Il n’y a pas d’autre lieu que dans cet entrecroisement où "fabriquer" la littérature et nous en remercier.

Michel Gros-Dumaine (recopié du commentaire ci-dessous)


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« Je garde précieusement ce livre pour le faire lire dans quelques années à ma fille, il est important. »

(fragment d'un courrier reçu par Cécile Fargue)


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Un récit plein de justesse et sans pathos, en hommage à un jeune garçon disparu bien trop tôt et qui fait partie de la longue liste des morts de la rue. Grâce à Cécile Fargue, ce corps enterré anonymement, retrouve une dignité, une âme, une histoire, un nom. Il s’appelait Sébastien. Il vendait son corps pour quelques dizaines de francs. C’était les années 1990. Cécile y était aussi. Elle avait 13 ans et elle a connu ce jeune adolescent à la dérive qui malgré la prostitution, la drogue et la rue avait réussi à garder sa grâce et sa délicatesse. C'est l'histoire d'un amour perdu d'avance mais pas vraiment puisqu'ils se sont accompagnés l'un vers la mort, l'autre vers la vie à un moment où ils en avaient le plus besoin.

Un livre nécessaire dont la lecture bouscule.

Marianne Desroziers (recopié du pandémonium littéraire)


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jeudi 18 août 2011

Le Souvenir de personne vu par Gilles Monplaisir

« (...)Ce jeune garçon se prénommait Sébastien. En quelques dizaines de pages, Cécile Fargue l’a extrait de la fosse commune où on l’avait jeté. Elle lui a offert une sépulture – notre lecture – d’où il pourra poursuivre sa route. Latcho drom, Sébastien ! »

Lire l'article sur le blog de Gilles Monplaisir...

Lire l'article sur le site de Gilles Monplaisir...

je mets à jour ce billet pour signaler que Gilles Monplaisir a métamorphosé son blog en site, il peut être consulté à cette adresse :
http://www.gillesmonplaisir.fr/

lundi 1 août 2011

Le Souvenir de personne de Cécile Fargue chez M@n

Christian : « (... en parlant de M@n ...) Je n'ai bien sûr pas de manuscrit à présenter et ne voterai pas : c'est plus pour voir.

D'un autre côté, tu sais que je cherche à développer l'idée qu'un texte appartient à son auteur et à ses lecteurs ; qu'un éditeur ne devrait être qu'un premier lecteur attentif puis un passeur : il ne devrait jamais "s'approprier" un texte. Et, j'aimerais donc à terme que les textes que je publie soient publiés par un ou plusieurs éditeurs (avec l'accord de l'auteur, bien évidement).

C'est là où, vis à vis de M@n, l'idée m'est venue : je pourrais y déposer Le Souvenir de personne dans son entièreté, comme une personne qui présente le texte d'une autre, même s'il est déjà publié. L'intérêt est de faire circuler un peu plus ce texte et de voir les effets que peut créer cette proposition peu orthodoxe (je suis toujours un peu joueur). Je ne ferai rien pour qu'il y ait vote pour ce texte, donc une seconde publication via M@n est fort improbable, mais sait-on jamais : ce pourrait être cocasse. »

Cécile : « il s'y trouve des lecteurs et, l'essence même d'un livre étant d'aller à leur rencontre, je dis pourquoi pas à ton idée. »

C'est suite à cette courte correspondance – coquilles comprises – entre Cécile Fargue et moi-même que nous avons décidé de présenter Le Souvenir de personne sur la plateforme M@n. En quelques mots nous disons, tous deux, ce que nous en pensons. Il s'agit donc bien de ça : donner à lire, même sous une forme « non achevée » parce que numérique, un texte déjà édité et publié, laisser les portes ouvertes, être friands des commentaires suscités. Bref ne pas se satisfaire de l'enclosure et de son confort captif.

Le Souvenir de personne peut aussi être librement feuilleté ici.

Quelques avis de lecteurs sont regroupés là.

À découvrir : Les cahiers à plumes de Cécile Fargue.

Le Souvenir de personne, Cécile Fargue, première de couverture

samedi 18 juin 2011

Le Souvenir de personne - Fragments - Avril

(un appel, comme celui d'un 8 novembre le 18 juin : bravo Cécile, bravo Boris)

Le Souvenir de personne, Cécile Fargue, première de couverture

Avril

…Compagnons des mauvais jours, je vous souhaite une bonne nuit. Dormez. Rêvez. Moi je m’en vais…
Fragment du Concert n’a pas été réussi.

Ce n’est pas qu’un salaud noir le papi-client du mercredi. Il arrive que quelque chose en lui se fende et se répande comme un baume blanc enveloppant sa part sombre. Un trop-plein de dégoût peut-être qui, se perçant comme un abcès, vient ronger le fer de ses perversités. Il peut alors nous surprendre d’humanité, s’offrant dans le même temps, sans doute, de quoi se pardonner.

Aujourd’hui, c’est son anniversaire, il ne peut pas rester, mais veut que pour nous aussi il soit spécial ce jour de l’année. Alors, sans rien nous demander en retour, il nous laisse la clef pour passer la nuit tous les deux à la cabane, on aura juste à la glisser sous la pierre plate à côté du grillage de l’entrée. En partant, il pose sur la table une grosse brioche et du café, des sachets d’héro, sur nos fronts un baiser chaste et, bien sûr, nous répète les dernières recommandations d’usage pourtant cent fois rabâchées. Il le sait, mais aime à radoter un peu, c’est l’âge dit-il, heureux et coquet de se faire brocarder… « Soyez discrets mes petits agneaux, et puis ne traînez pas trop quand même, ce serait bien que vous partiez tôt dans la matinée… »

Levé bien avant moi, tu as tout préparé. Tu as tiré la petite table de camping hors de la cabane, juste devant les framboisiers encore endormis. Sur le petit réchaud à gaz, tu as fait chauffer les cafés, coupé quelques tranches de brioche posées bien parallèles juste à côté. Tu t’es débarbouillé vite fait au robinet qui sert à arroser le potager et, lorsque tu viens me réveiller, tes joues glacées me font rosir à mon tour comme un baiser. Tout fier de toi, tu m’accompagnes jusqu’à la table où nous déjeunons.

Nos brioches finies, on tire nos chaises, juste dans l’axe du soleil. Il est un peu timide, un peu d’avril. Derrière nos paupières orangées, il réussit quand même à doucement nous réchauffer. J’ai dans la tête une vieille chanson, entendue mille fois chez moi enfant, que je me mets à fredonner, comme ça, tout bas, juste pour moi. « Apprends-la-moi »… Côte à côte, sans ouvrir les yeux, on l’ânonne, son texte est gentiment désuet et léger. Il se marie à merveille avec la faïence ébréchée de nos bols, faïence blanche au liseré vert pâle et à la farandole de fleurs un peu fanées. Dans l’arbre juste à côté, les oiseaux piaillent fort, les plus téméraires venant se disputer sur la table nos miettes éparpillées. Ça ressemble à une matinée de vacances, on pourrait passer la journée sous ce soleil à ne rien faire que se sourire et s’aimer…

Nos cafés terminés, on se regarde… tôt dans la matinée, certes… mais… une petite heure de plus… qui le lui dirait ?…

« C’est dangereux, non, d’être là… bien…? »… Autour de nous le petit jardin est en train de s’éveiller. Bien sûr que c’est dangereux d’être heureux, d’apprendre à regretter, mais je ne le dirai pas. Ta chaise en équilibre sur deux pieds, tu t’étires longuement, souriant à mon silence : « on va rester encore »…

Dans la petite pièce du fond, tu prends la couverture et la déplies par terre, juste sous le pommier pour que je m’y installe. L’herbe mouillée enlèvera peut-être les vieilles traces. Puis tu rentres à nouveau. De l’intérieur je t’entends crier « tu vas voir quel bon jardinier je fais ! » Tu ressors, pelle sur l’épaule, manches relevées. Elle est trop lourde pour toi, ou peut-être est-ce ton corps qui n’arrive plus à avancer… je ne veux pas le dire non plus ça.

Notre hôte absent nous a parlé la veille de ces belles-de-jour à semer le long du grillage. Face au soleil, tes yeux clignent plusieurs fois, et la petite fossette droite de ta joue se plisse elle aussi. Parce que je te regarde, tu joues les petits mâles, bombant ton torse pâle, roulant de tes biceps inexistants, crachant dans tes mains comme un petit diable… On a l’air bête vraiment, un peu niais, un peu enfant… mais quel luxe ne sommes-nous pas en train de nous payer ! Celui de tous les gestes inutiles, les pas comptés, les pas urgents… On en jouit comme deux voleurs tout excités.

Consciencieusement, tu creuses la petite tranchée, sèmes, rebouches, arroses, pendant qu’allongée je bouquine je ne sais quel poche tout corné. Tu es si sérieux toi, pas une fois tu ne lèves le nez de ton travail qui te fatigue plus qu’il ne devrait… mais je ne le dis pas, je n’y pense pas.

Je vais nous préparer deux autres cafés. Sur le pas de la porte, les bols fumants dans les mains, longtemps je te regarde. Ça paraît si simple. Vraiment. Il faut juste ne pas penser à tout à l’heure, à demain, à après… En passant une main sur ton visage, tu laisses une grande balafre de terre mouillée sur ton front. Je te le fais remarquer, tu ris fort en essayant de l’enlever. On entrechoque nos bols avant de les avaler, regards baissés sur ta terre fraîchement retournée. Tu respires fort, comme après une course, exténué… Pas dire, pas penser…

Puis nos rires doucement se retirent, sur la pointe de nos sourires, un peu nostalgiques déjà, un peu au passé. Il est l’heure de partir, dans un coin de la mémoire, de déjà remiser. Elle est étrange cette vie en accéléré, en à peine quelques heures il faut vivre le bonheur et vite s’en aller. Cette petite matinée a pourtant en elle tout le poids des années qui ne seront sans doute jamais traversées.

En remettant la clef sous la pierre, on parie sur la couleur des fleurs : pour toi bleu, pour moi rose. Je calcule rapidement qu’il nous faudra patienter au moins huit semaines avant qu’elles ne fleurissent.

in Le Souvenir de personne, Cécile Fargue, 2010.

vendredi 4 février 2011

Le souvenir de personne vu par Rémy

C’est poignant, on ne sort pas intact d’une telle lecture, les mots manquent. Certaines scènes sont bouleversantes et terribles. Elles poursuivront longtemps le lecteur. Le pire est l’indifférence, la lâcheté des personnes ayant croisé Sébastien.

Parmi les personnes ayant profité de Sébastien, les personnes les plus humaines paraissent les plus coupables, car elles se rendent compte de la détresse de l’adolescent. Ces personnes en se montrant « amicales », , « bienveillantes », essaient de se déculpabiliser, tout en profitant de Sébastien.

Sébastien, transpercé d’aiguilles, nouveau Saint Sébastien, transpercé également comme une poupée vaudou, sur laquelle la société entière déverserait ses frustrations tout en le transperçant de toute part, en lui volant sa fraicheur, sa jeunesse, son étrangeté, son côté libre et sauvage contre de l’argent ou de la drogue.

Cette drogue détruit Sébastien, les clients le savaient pertinemment. Ils profitaient de Sébastien car il était seul isolé, ils pouvaient agir en toute impunité face à quelqu’un de démuni.

L’auteur, Cécile Fargue, en écrivant Le Souvenir de personne, rend hommage à cette vie perdue, à son amour perdu, en édifiant à la mémoire de Sébastien, un véritable monument de mots, j’ai bien aimé l’expression : « une cathédrale de mots ».

Rémy

dimanche 19 décembre 2010

Le Souvenir de personne – (les à suivre… de Cécile Delalandre)

[depuis la mise en ligne jour après jour du Souvenir de personne de Cécile Fargue, je lis avec délectation les « à suivre » de Cécile Delalandre, comme un écho discret au texte, je les regroupe ici, en espérant par leur exposition n’en pas tarir la source]

lectrice

Prévert a tout dit... et Cécile dans ce préambule prouve.

On sait déjà en lisant ces premières pages qu'elle va nous ouvrir son dedans.

Sauf qu'on sait aussi que l'exercice est difficile souvent même impossible... Est-ce que les mots suffisent ?

Quoiqu'il en soit, on sait d'emblée qu'on a forcément envie de continuer à l'accompagner dans la promesse qu'elle s'est faite à l'orée de ses quatorze ans: non pas réparer mais redonner vie et dignité à un être que la société a nié jusque dans la mort.

Est-ce à lui, à elle, à notre monde qu'elle va s'adresser? Qu'importe on devine qu'elle va nous livrer son dedans et ce "Personne" en fait aussi partie.

... et Prévert le sait.

Et voilà, déjà, elle nous entraîne...

Par le truchement d'un effet qui se révèle très cinématographique, la narration du flash back est si prégnante que ce retour dans le passé en devient présent.

Nous suivons cette petite fille courant, affolée, essoufflée, désespérée, impuissante et perdue au milieu de ces allées de graviers blancs. La rage, la colère et cette vague impression de néant qui l'envahit nous contamine. Nous sommes cette petite fille...

"Il y a des conversations souterraines qui n’en finissent jamais."... dedans, encore.

Sur l'allée de graviers blancs, sous les cyprès, l'hier et l'air de lui lui reviennent comme pour mieux combler ce vide trop soudain, trop brutal, trop insoutenable.

Et, toujours dans son dedans, Cécile fait habilement intervenir le troisième personnage, peut-être le plus essentiel : le mot !

Un mot, des mots, ses mots, ceux qui prennent chair dans la voix de Sébastien.

"J’ai toujours été sensible aux voix, à ce membre de plus qui nous pousse lorsque l’Autre se fait soudain trop éloigné. Et bien plus que les écouter, j’aime les regarder."... comme une personne Magnifique !

Le "mot" est là, sera là tout au long, tout au dedans de leurs cathédrales où les ailes du désir fou d'un amour sublimé sur l'auréole de deux âmes encore pures, continuent de battre...

... et la petite fille se fait femme le temps d'emprunter à Brecht, une ombre de distanciation pour lui avouer, nous avouer, qu'aujourd'hui encore elle reste pleine de ces miracles...

"La mort n’a pas fait de moi ta veuve. Je ne le serai jamais. Je suis notre descendance."

Il a fait ce qu'elle était, ce qu'elle est devenue... ce qu'elle demeure toujours...

... et en le faisant être, elle devient à son tour.

Et puis, zoom avant sur un miroir encore flou. A cet âge là, on le traque, on le cherche, même si comme dans un Versailles, on a devant soi une galerie des glaces toujours offerte.

...Une quête de soi sur un étang de narcisses, quand bien même le narcisse a pétales de chrysanthème.

Et c'est d'abord dans la réverbération sonore que sa quête trouvera la clef : Le mot, la voix encore !

Alors Cécile , la petite fille, se fait renard devant son petit Prince et décide ainsi de l'apprivoiser...

A demi-mot, pour commencer, son petit prince va lui confier ses "gare au loup !" ...

Un loup qui a des dents comme une bête humaine qui chaque jour, avale des gens qui vont et reviennent... Lui, ne peut que regarder, impuissant, car la grosse machine l'a laissé sur le bord de son rail comme une épluchure d'âme abîmée.

... "tu pouvais alors à ton tour t’en aller, même si tes voyages à toi désormais ne se résumaient plus qu’à marcher jusqu’au bout de la voie et, dans les toilettes, piquer ton bras. C’était ça, rentrer chez toi."

est-ce cette désespérance qui a piqué le miroir de la petite fille ? quoiqu'il en soit, elle a, on a, déjà compris qu'elle l'accompagnera sur le quai de sa gare, quitte à le suivre jusqu'au bout de son abîme à lui.

Encore une fois, les mots de Cécile Fargue , au-delà des images fortes qu'ils suscitent, transcendent nos âmes.

"L'artiste romantique doit se transcender. Il lui faut être plus qu'un créateur. Il lui faut être la conscience de la nation, un prophète, une institution sociale."
Andrzej Wajda

La petite fille Cécile a déjà cette conscience là.

Travelling latéral des quais à la petite place sur une prise de conscience qu'aurait trouver sa flamme dans un banal "époussotage" de manche... ou comment allumer la lumière sur un frère, des frères.

L'auteur a-t-elle pensé son roman comme des plans séquences, ou ces derniers se sont-ils imposés à elle naturellement, inconsciemment? Quoiqu'il en soit, Cécile nous plonge visuellement très habilement dans le cheminement de son dedans d'enfant qui s'ouvre à cette rencontre sans qu'il apparaisse "souvenir".

En cela aussi, l'on reconnait le talent de Cécile Fargue : la construction de son récit a ainsi le pouvoir d'octroyer à son histoire, l'adhésion, l'identification, voire la communion avec le lecteur.

Entre le vernis amical et ce regard si plein de vagues, la petite fille reconnait brusquement ce qui depuis toujours bat dans ses entrailles, dans son dedans bien qu'elle l'ait ignoré jusqu'à ce jour de fin de vacances.

Rien d'étonnant alors à ce qu'elle se penche vers ses yeux, "des yeux comme je n’en avais jamais vu et où brusquement, violemment, je voulais être vue."

.. et de vacance, en elle, il n'y en aura désormais plus.

(à suivre…)

(photo de Patrick Subotkiewiez, licence creative common)

jeudi 16 décembre 2010

Le Souvenir de personne - L'être ouverte IX

Combien de temps avons-nous joué ainsi, à faire comme si rien n’allait se passer ? Je ne m’en souviens plus. Plusieurs jours c’est certain, plusieurs semaines peut-être. Au début, nous nous manquions souvent, j’arrivais lorsque tu partais, ou inversement. Puis nos faux hasards devinrent de faux rendez-vous. À la même heure, toujours, je venais m’asseoir sur ce banc et toi, venant de l’autre bout de la rue venais t’asseoir juste en face. Nous prenions tant de soin à éviter nos re­gards… Je prenais pour alibi un livre que j’ouvrais à peine arrivée. Je l’ai encore ce vieux poche d’ailleurs, que tu allais apprendre à aimer, c’était Paroles de Prévert. Par-dessus les pages, je t’attendais, j’apprenais à te regarder sans avoir peur. Peur de tes bras trop maigres, peur de ces heures de silence où tu restais prostré et replié, peur de ces colères folles qui te pre­naient pour un rien parfois et te faisaient frapper le mur à coups de pieds… Mais j’apprenais à entrevoir tes sourires aussi, ceux que tu avais à jouer d’un rayon de soleil entre tes doigts, à deviner l’envie qui était tienne de poser ta tête quelque part…

J’apprenais l’Autre. Le premier.

Chaque jour, à l’heure de notre rendez-vous je me promettais de tout te dire… Je ne savais pas par où commencer… C’était un sac de nœuds, et tout me ramenait à toi. Je voulais te dire que je n’avais jamais aimé qu’on me prenne la main… mais que la tienne qui m’enserre… tu pouvais… jusqu’à en faire rougir mes phalanges… Te dire que si tout me frôlait depuis toujours, que si rien ne me retenait, il te suffisait, toi, de te taire pour que soudain tout m’interpelle, tout prenne densité… Te dire encore que j’avais peur, qu’il y avait quelque chose de lourd en moi, quelque chose de vivant, comme une vérité remontant soudain à la surface et que je n’avais pas une seule embarcation qui tienne la route… Mais te dire que le pire, ce n’était pas la noyade, non, le pire c’était de penser que le calme puisse revenir, le reflet lisse…

Mais il n’est pas revenu et un jour tu as traversé la rue.

La suite, elle est là. C’est ma mémoire, ce sont tes mots, ces jours, ces mois passés ensemble et que je vais dire. Que je vais dire pour que rien ne soit plus ignoré, pour que tu n’aies pas traversé cette rue pour rien…

in Le Souvenir de personne, Cécile Fargue, 2010.

précédent - à suivre... par les fragments... courant janvier 2011.

mercredi 15 décembre 2010

Le Souvenir de personne - L'être ouverte VIII

C’est ainsi que nous nous sommes rencontrés toi et moi. Les jours ont passé, mais comme une épine fichée sous l’ongle, une image est restée : la main de la bonne copine essuyant le revers de sa manche. Les doigts sont restés là, à courir dans ma tête, comme un rébus dont on ne trouve pas l’issue. Et cette place où je t’avais croisé pour la première fois, je me mis à y passer chaque jour. Elle et les rues voisines. Il y avait non loin un grand magasin où, je le compris vite, tu passais une bonne partie de tes journées et, quasiment face à l’entrée, un arrêt de bus. Je n’ai jamais autant pris les transports en commun que ces jours-là, guettant la moindre excuse, la moindre course à faire. Je n’ai jamais autant manqué de correspondances aussi, laissant passer souvent deux ou trois bus avant de me résigner à monter.

Les premiers jours, je crois vraiment que tu ne m’as pas vue. Dans la foule des sans visage, j’en étais un de plus. Je n’avais même pas de monnaie dans mes poches… Enfin si, j’en avais, mais jamais je n’aurais osé. Assise sur le banc de mon abri-bus, je commen­çais à l’apprendre moi aussi, à l’entendre, le bruit de la ruche. Il faut en passer de longues heures sur le trottoir pour l’entendre ronronner… Et ça s’active, ça va à la tâche, ça grommelle, ça remâche dans sa moustache… Ça n’en finit pas de faire semblant de vivre… Et, si on se tait, on peut l’entendre : et qu’est-ce que je vais faire à manger ce soir ? et si j’achetais la dernière Laguna ? et que devient la cousine Clara ? et si je pensais un peu à moi ?… Je ne voulais pas leur ressembler, pas que tu me voies aussi mal qu’ils ne te regardaient pas.

Je ne voulais pas être comme cet homme qui était passé un peu plus tôt dans l’après-midi et t’avait refilé un peu de monnaie. Il s’était penché sans te regarder, sans même esquisser un sourire. Froid, dans son bon droit, tendant juste ce qu’il faut d’oreille pour en­tendre le merci que tu ne lui dirais pourtant pas. Non, à la place, tu t’étais levé, tu avais fait le poirier et, face à lui, avais répondu « quitte »… Rien à répli­quer, il était parti fâché… Le merci c’est moi qui ne l’ai pas prononcé. Un homme qui fait le poirier devant un homme qui ne fait que se pencher… Je n’avais pas vu que tu avais la tête à l’envers, je n’avais vu que tes empreintes. Plus hautes.

in Le Souvenir de personne, Cécile Fargue, 2010.

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mardi 14 décembre 2010

Le Souvenir de personne - L'être ouverte VII

J’ai eu envie alors que quelque chose se passe. De fort, de démesuré. Que quelque chose se passe pour que ça ne passe pas justement. Ce sentiment soudain du vivant. C’était dans cette main, ce regard sur cette main. Ce n’était plus l’extérieur qui s’impose et vient, c’était le dedans qui se déverse… Tu étais en train de fendre ma rétine.

…Un, deux, trois… les doigts au joli vernis effleurent le tissu de la veste, on ne s’encombre pas des restes… Un, deux, trois, ton œil s’agrandit, ces restes c’est juste le frôlement de ta vie sur la sienne…

Je savais que dès qu’elle aurait lissé une dernière fois sa manche, ce serait fini. On allait passer la fontaine, et à l’autre bout de la place tourner dans la rue… Je le savais et pourtant je n’esquissais pas un geste. Au contraire, je ne bougeais pas d’un millimètre, pas même d’une pensée. J’avais peur à trop vouloir de tout casser. Parce que je voulais, oui. Et lorsque ton œil s’est enfin complètement ouvert, que tu t’es rele­vé, d’un coup le vernis a craqué et je me suis remise à respirer. Je n’ai pas vraiment écouté ce que tu t’es mis à hurler, mais j’ai écouté la tempête que le si discret crissement d’un ongle sur une veste avait pu créer. Et de tous les bruits à cet instant possible, c’était le seul en qui je puisse vraiment croire. Parce qu’il était là, dans ma tête, avant même d’éclater.

Sur son sac, les doigts de la copine se fermaient et se pressaient, s’accrochaient à ce qu’elle avait, ce qu’elle était. Les tiens n’avaient rien à serrer, alors ils fen­daient l’air, montraient… prenaient. Moi, je regardais et c’était sans appel : je savais. Je savais que sur cette place, il n’y avait qu’un seul vivant et que je commen­çais à l’être en le reconnaissant.

in Le Souvenir de personne, Cécile Fargue, 2010.

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