Journal des penchants du roseau

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Les Conards de Rouen

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vendredi 4 juin 2010

Conards, les délier, les relire, les relier

Je vous en parlais dans un billet précédent : Brèves de Conards : une occasion, Valérie Fourneyron, une reliure, je viens d'en recevoir les photos... et, figurez-vous, que j'en suis réjoui ! Je m'offre donc juste le plaisir de vous les faire partager.

conards reliés

conards reliés 2

conards reliés 3

PS : l'auteur de cette reliure et de ces photos préfère par modestie l'anonymat garder.

mardi 1 juin 2010

Brèves de Conards : une occasion, Valérie Fourneyron, une reliure

Une occasion

Au moment où je vais clore la première édition des Conards de Rouen, il m’arrive de fanfaronner lorsque je parle des quelques exemplaires qu’il me reste. Je vais les proposer plus cher que les neufs ! Ceux qui me connaissent se doutent que je le ferai verbalement ou par écrit, mais les offrirai plus volontiers comme cadeau : il aura juste une plus grande valeur symbolique… voire. Par curiosité, avant que le statut de cette édition change, je suis passé par Amazon et quelle ne fut pas ma surprise de voir qu’un certain TM 76 le proposait à la vente à 20 € - hors frais d’envoi. Un visionnaire, un !

Clore cette édition veut dire lancer une nouvelle, certainement cet automne. Elle sera légèrement augmentée : je pense proposer à des poètes blogueurs l’envoi de quatrains ou dizains sur les Conards ; qu’un comité de lecture choisisse celui qui ornera l’incipit de l’ouvrage… Je vous en dirai plus. J’y ajouterai bien sûr la magnifique et limpide réponse de Valérie Fourneyron, maire de Rouen, à mon Adresse : deux belles pages vierges. Il est vrai que notre maire est fort bien occupée par ses nombreux mandats.

Valérie Fourneyron

Un soudain afflux de visites vers nos penchants m’a intrigué, les mots clefs approchaient de « Valérie » « Fourneyron » « Journal ». Par curiosité, j’ai lancé cette requête et compris que non loin de la vidéo qui fit l’honneur de notre maire – ici députée – figurait un billet des penchants. Un clic malencontreux égarait nos visiteurs dans la prose plus que l’image. Oh ! j’ai quand même regardé la vidéo. Rien de neuf sous le soleil. La Française et leurs jeux arrosent. Je suis stupide, j’aurais dû penser à inviter notre maire à un serrement de main : un jeu de paume dans une halle aux toiles. Nouer et relier.

Reliure

Un Rouennais d’adoption m’a commandé un Conard. Il vient de m’apprendre – par mail, je ne l’ai encore rencontré – que son père, relieur professionnel, avait réalisé une belle reliure de son ouvrage. J’ai hâte de voir ça ! avant de me diriger vers les marches de la Conardie de l’autre côté du Couesnon.

Les cloches sonnent, les merles s'envolent.

vendredi 19 février 2010

Bienvenue en Conardie (& à Rouen aussi)

La carte, ci-dessous, va s'enrichir peu à peu des hauts-lieux de Conardie. En vous rapprochant de Rouen, alors capitale, vous pourrez découvrir le tracé de la future rue de la Conardie. J'attends avec impatience le relevé de décision du conseil municipal que Madame le Maire aura, je n'en doute pas, l'obligeance de me faire parvenir par pneumatique.


Afficher rue de la Conardie sur une carte plus grande

lundi 8 février 2010

Les Conards de Rouen - Blanque

BLANQUE

de plusieurs pièces excellentes et rares
trouvez dedans les vieilles aumoires de l’abbaye,

Et addirez depuis le tems de Noé jusques à present qu’ils ont esté recouvertes.

Premierement.

Le corselet, dont estoit vestu le dieu Mars, lorsqu’il fust surprins par Vulcain avec Venus, auquel sont gravez toutes les batailles que les Pigméens ont eu contre les gruës, estimé par les heaumiers de Paris à la somme de unze mil medicaux d’or.

Le voulge ou javelot dont Cephalle tua Pocris, où sont gravez les batailles de Baccus contre les Indois, estimé par les four­bisseurs haut et bas à quinze mil portugaises.

La targe d’Ajax, de telle estoffe qu’on ne sçait que c’est, où sont par semblables gravez les faits d’armes de Caillette et Triboulet, estimée par lesdits fourbisseurs à quatre mil trois sterces d’or.

La massuë d’Herculles dont il tua le serpent lernean, estimée par les dessusdits à huit millions d’or. L’espée ou bracquemart de feu frere Jean des Entoumeures, garnie d’or, estimée par deffunt Guernotte à vingt deux mil moutons à la grand laine.

La dague dont Lucresse se tua pour un coup de fesse, estimée par feu Rizou à douze mil saluts d’or. Les botines du feu sieur de Saint Germain, jadis thresorier de la maison abbatiale, estant fourrez de martres telles que les espa­gnolles portent à Rouen autour de leur col, et les esperons de mesmes, estimez par le deffunt La Regnardiere à neuf mil reaux d’or.

L’asne sur laquelle montoit ordinairement Silene, grand amy de Baccus, enharnaché du harnois de Bucephal, cheval d’Alexandre le Grand, estimé par les courtiers de chair humaine à cinquante mil huit cens saize croisades.

La cheville du cheval de Pacollet, qui avoit esté adirée par l’espace de traize cens ans, et à present recouverte, estimée par les charpentiers et menuisiers à soixante trois mil quatorze doubles Henris. Une roüelle de dent de ciron, enchassée en or, aussi grande que la tour du Colombier, estimée par deffunt Cajollet à quatre vingt six mil double ducats à deux testes d’or.

L’os couronnal d’une pulce noire, aussi enchassé en or, ouvragé de tauchie, estimé par deffunt Gratian à cinquante six mil douillons d’or.

Les lunettes d’Argus qui avoit cent yeux, estimez par les lunetiers à deux cens quatre vingts millions de ducats.

Le carcan qu’avoit l’Engingnarde quand elle espousa mere Jeanne, estimé par deffunt Jean Viard à vingt un mil unze ducats à potence.

Le teurs de mariage d’Urgaude la descognuë avec le sage Alquiff, estimé par les biblotiers à trois cens vingt six mil escus.

La fueille du figuier dont Ève couvroit sa nudité, estimée à neuf cens mil trois pistollets.

Le premier brin de la v..... apporté de Naples en France, enchassé en naque de perles pour avoir meilleure couleur, estimé à quatre vingt un mil angelots et demy.

L’anneau de Hans Carruel, propre pour garder les cocus de porter besicles, estimé à quatorze cens mil dix nobles à la roze.

Trois livres d’entendement feustré, estans dans une boüette de coral de la grandeur des halles du vieil marché, pour guarir du flux de bourse, estimées à trois cens quatre vingts mil fleurins d’or.

Une harcelée de cornes de cocus, dont le nombre est tel que l’on ne le sçauroit nombrer, estimée à six vingt deux cens neuf mil charetées de pieces de long vestus.

Les esperons que Heurtally avoit pour piquer l’arche de Noë sur les ondes, estimez à traize mil charetez de francs.

L’escuelle où Adam et Ève mangeoyent leurs pois au commen­cement de leur mariage, faite de riche estoffe, estimée à huit vingt mil charetez de quarts d’escus.

La callebasse de Maugis d’Aigrement, aussi grande que la tonne de Sainte Barbe en Auge, estimée à neuf cens mil traize brouetez de testons de Navarre.

Le grand messel de Sainte Geneviesve de Paris, où l’on chante a furore Normennorum, estimée par l’hermite d’Orival à trente neuf pennerées de badaux.

La branche de l’arbre où Absalon demeura pendu par les cheveux, estimée à traize cens demis escus. La maschoire d’asne dont Sanson tua mille Philistins, estimée à quatre cens millions de ceraphs.

L’escarboucle que maistre Guillaume de Louviers portoit au doigt medical, de prix inestimable, estimée au prix de la valeur de la vigne d’or présentée à Cyrus, roy des Perses.

Le flajollet dont Mercure endormit Arguë, quand il gardoit Yomuée en vache, estimé par les cornemuseurs à trente deux mil angelots de thorren.

Le bec de l’aigle qui mangea le polmon de Promethée, estimé par les poullailliers à dix huit mil tallens d’or. Le cadenas dont étoit fermé le cheval de Troye, estimé par les serruriers vingt six mil pieces de vingt huit sols.

Les mitaines de la reine de Sabba, et une de ses pantoufles, estimez par les guantiers et cordonniers à traize mil six cens philippins d’or.

La corbeille où Virgile demeura pendu à Rome, estimée par les pennetiers à six mil sept cens quatre douzains au moulin.

Le bonnet doctoral de Colas à quatre heures fait de la toison d’Or conquise par Jason, estimé par les bonnetiers, à saize cens mil traizains.

Le collet de Gare le heurt, avec trois boutons d’or de la grosseur et façon de la fontaine du marché aux Veaux, estimé par les carreleurs à trente mil millions de malvedis.

La perle que Cléopâtre mangea en son banquet, quand elle gagea contre Anthoine le triunvir, estimée par les joyalliers à deux cens dix sept mil nobles Henris.

Le trenche-plume de Bredallin avec le dellot, estimé par les gardes du mestier à mil livres de rente annuelle, tout bien conduit et mené s’il n’y a reprinse.

L’aureille de Grimouïn, grande comme un vent à vanner du bled, estimée par les essorilleurs, à deux charretez de liards au barbeau.

L’estingue de quoy David tua Gollias, avec la pierre, estimée par Chrestien Pierrier à traize mil brouetez de doubles neufs.

Le cornet de Roullant, qui mourut à la bataile de Roncevaux, estimé par gens à ce recognoissans et faiseurs de brindolles à neuf mil pieces de Nefle.

Les griffes du griffon de Huon de Bordeaux, estimez par le greffier de Lorris à dix huit mil de quarts de ducats d’or.

La rondache de Mills et amis, estimée par Catherine la petote à dix huit mil huit sols aux vaches. Une des dents du grand maillotins d’Orival, estimée par Cajollet à trois mil traize carollus.

L’œil de l’elephant du grand Hannibal de Carthage, estimé par les bouchers à quatre mil millions de sacs de quinzains.

Le sappin de Semiramis, estimé par deffunt maistre Robert Becquet à quatre sacs de testons de Berne. La grand serpe de Noë, estimée par les fouarciers de Lerne à six panniers de trippes.

La truelle de maistre Thomas, estimée par les plastriers à deux penniers plains de gros jaques cœur.

Le landier de maistre Pierre le cloutier, estimé par les serruriers à vingt sept cens trois mil deniers au cat.

Le grand almanach de Mauduit, estimé par le crossu du palais à semblable somme de prix si dessus.

Les prix s’adjugèrent le mardi gras, en la halle aux mercier, en la Vieille tour, où fut fait le banquet solemnel, à dix sols pour homme, à tous venans.

in Les Conards de Rouen, 2009.

Les Conards de Rouen - Le Sujet

LE SUJET

de la magnifique blanque.

On ne sçauroit de fortune mieux faindre
Le grand pouvoir, ne son image paindre,
Qu’en descrivant le hazard plein de ris
Qui, de present, est joué dans Paris,
Nommé la blanque ; auquels lieux plusieurs hommes
Y ont gaigné d’or et d’argent grands sommes,
Pour petit prix qu’ils avoyent au jeu mis ;
Et sans faveur d’amis ou ennemis,
Autres y ont du leur mis grand’partie,
Et dessus eux toute perte est sortie,
N’en rapportant que courroux seullement.
Ce jeu se fait à tous egallement :
Car, d’un costé, sont les noms et devises
De ceux qui font d’argent les grosses mises.
De l’autre part sont les escriteaux blancs,
Qui, aux premiers, sont du tout ressemblants,
Parmy lesquels sont mis les benefices
Aux rencontrans gracieux et propices.
Ce sont joyaux, bagues, chaisnes doreures,
Carquans, anneaux, couppes, tasses, ceintures,
Et autres biens dont les poix et les prix
Sont dans aucuns de ces billets escrits.
Un aveugle est entre les deux vaisseaux,
A ses deux mains tirant les escriteaux
Des deux costez, desquels il fait la monstre ;
Dont il advient que, s’il y a rencontre
De la devise et benefice aussi,
C’est à celuy dont la devise ainsi
Est rencontrée et des autres le reste
Se trouve blanc, sans que rien s’y acqueste.
Je ne sçaurois pour fortune prouver,
Pource que maints par luy se trouvent riches,
Les autres nuds, et demeurez en friches.

in Les Conards de Rouen, 2009.

dimanche 7 février 2010

Les Conards de Rouen - Semonce

SEMONCE

a la magnifique blanque.

L’abbé, estant en son pontificat,
Après avoir chanté Magnificat,
Fait à sçavoir à ses joyeux supposts,
Autres aussi aimans vuider les pots,
Que dans ce jour il veut sans nul caquet
Dans la viétour faire son grand banquet,
Où l’on voirra tous ses gros orfessiers
Estre assemblez dans la halle aux merciers,
Qui avec luy jugeront de voix ranque,
Les gaillards prix de sa gentille blanque.
Parquoy, Conards, pour avoir mill’ plaisirs,
Qui seront là ensuivant vos desirs,
Venez soudain, car l’abbé qui tout peut,
Vous traittera, et ainsi il le veut,
De bons morceaux et friandes poulailles,
De bons levraux, de canards et de cailles,
Et de cent mil millions d’autres mets
Que n’avez veus et ne voirrez jamais,
Et avec ce, de ses gros poix cauchois,
Dont maillotins aiment avoir le choix.
Vous asseurant qu’il ne vous coustera
Que dix beaux sols, et si chacun aura
Bien à disner avec force risée ;
Et, sur le soir, la petite brisée.
Parquoy venez et veus serez contens,
Ayant receu cent mille passetemps.

Ainsi signé : par deux nez embrenez
Payant dix sols vous serez bien disnez.

in Les Conards de Rouen, 2009.

samedi 6 février 2010

Les Conards de Rouen - Les Asniers remplis d'asnerie

LES ASNIERS REMPLIS D’ASNERIE

NOUVEAUX VENUS EN L’ABBAYE.

L’Asne de l’escolle.

Mon pere m’a bien sept ans et demy,
Par son labeur, entretins à l’escolle,
Et si ne puis chanter ne fa ne my
Sinon hin, hen, qui est chose frivolle.

L’Asne, plus dur que n’est un jars,
qui est le roy des corrigears.

Souvent je m’entremets de correction faire
D’un qui est plus correct que moy cent mille fois,
Pensant luy faire peur par mon asniere voix.
Mais l’homme bien vivant d’un asne n’a que faire.

L’Asne muny de plusieurs dons,
et si ne paist que des chardons.

Prés bon pain et bon vin, souvent fais ma demeure,
Et, si je me repais de chardons seullement,
Pource que discerner, je ne puis nullement
Le mal d’avec le bien, chose pire ou meilleure.

L’Asne a vice trop adonné,
ou ne craint point d’estre damné.

Je suis si adonné en mon peché damnable,
Que Dieu feroit plustost tout un monde nouveau
Que me faire quitter ma vieille salle peau,
Peau endurcie au fais quoy qu’il soit dommageable.

L’Asne sage

Comme l’asne à Balaam, conduite du prophete,
Luy remonstra, disant : Ne marche plus avant,
Ainsi à mon pouvoir souvent je vois disant,
Evite ton malheur n’estant comme moy beste.

L’Asne brutalle du moulin,
qui boit l’eau pour laisser le vin.

Chargée à double fais, au moulin me transporte
Des sacs remplis du grain qui sont à bonnes gens.
Mon maistre, prevoyant les dangers eminens,
Fait que bien plus legers souvent je les rapporte.

L’Asne tombée a nonchaloir,
le plus souvent par trop sçavoir.

Presumant en mon sens sçavoir quelque grand chose,
J’ay fait comparaison à maint homme d’esprit ;
Mais par mon trop cuider maintenant j’ay respit,
Et comme asne incensé faut que je me repose.

L’Asne qui n’aperçoit son vice,
mangeant toujours le benefice.

Maint asne comme moy mangent le benefice
Sans prevoir qu’il font tort à maint homme sçavant,
N’ayant soucy sinon ce qui leur est propice,
Et puis du demeurant tout va avant le vent.

Conclusion. Une pure asnerie
Est aujourd’huy, il est cler et appert ;
Tel est un asne qui pense estre un grand clerc,
Et si ne veut que de luy on se rie.

in Les Conards de Rouen, 2009.

vendredi 5 février 2010

Les Conards de Rouen - Ensuit les criées faites

ENSUIT LES CRIÉES FAITES

soubs le regne de Fagot,

en l’an 1586,

Et premierement les deffences de l’abbé de ne porter masque sans son congé.

De par l’abbé aimant mieux sur sa terre
Boire bon vin que biere en Angleterre.

Chacun ne peut ignorer que la court
N’ait deffendu par arrest magnifique,
A toutes gens ayant long nez ou court,
De ne troubler son regne pacifique,
Ny de porter sans sa grace autentique
Masque de jour ny de nuict nullement,
Sur peine à tous que leurs biens on confisque,
Comme infracteurs de son commandement.

Et neanmoins un tas de pignollets,
Godelureaux et nobles faits en haste,
Contrefaisans les petits sotelets,
Portans chacun au costé une latte
Pour eschauffer la froideur de leur ratte,
S’en vont masquez de maison en maison,
Ainsi que gueux dansans devant la jatte,
Tant qu’il n’y a ny ordre ny raison.

Bref, il n’est pas jusques aux savetiers,
Ayant cinq sols vallant par leur pratique,
Ny mesmement tous ces petits courtiers
D’humaine chair et varlets de boutique
Qui, desdaignant sa grandeur mirifique,
Ne vont masquez comme les gens d’honneur,
Sans avoir prins de l’abbé scientifique
Permission honorant sa grandeur.

Pour ce, l’abbé, qui ne craint point les frais,
S’est tellement fasché de telle chose,
Qu’il a cuidé lascher dedans ses brais
Une senteur plus douce qu’une rose.
Il a juré par le texte et la glose
De ses flaccons, tous pleins de vin vermeil,
Ch... par tout s’aucun entreprendre oze
Mascarader sans congé du conseil.

Accourez donc, Espagnols et Anglois,
Et vous aussi de la basse Bretaigne,
Italliens, flamens et Navarrois,
Guepins aussi que l’amour accompagne,
Et venez tost, sur peine de la taigne,
Rendre jubé à ce pontife grand,
A celle fin que la v..... on gaigne,
Comme à trois dez on fait argent comptant.

Signé de par l’abbé, où null’ chose ne manque :
Ces Suisses ont mis les raistres à la blanque.

Ceste deffence faite et criée, les maquereaux n’oserent plus entreprendre de porter masques, sans le congé de l’abbé. Ains venans à la foulle au marché aux Veaux, apporter force deniers au cat, et liards à la marionnette, pour avoir privilege d’aller masquez les soirs, furent receus dudit abbé trésinhonorablement avec caresses singulieres, comme pets à l’allemande bien assaisonnés de douces vesses. Et là, fut commandé par ledit abbé, à tous ses ords fessiers et porte falots, aller publier la semonce de Saint Julien, dont la teneur ensuit.

CRIÉE POUR SAINT JULIEN

de par l’abbé.

L’abbé, qui sait comme le tems prospere,
Croit et decroit comme les champignons,
Voyant que l’an que la bonne Rogere
fist mettre aux champs ses vaillans champions,
Luy fut ravy par ses petis mignons
Dix jours sus l’an, entreprend ceste année
D’un jour tout seul, pour voir ses biberons,
A saint Julien faire leur destinée.

Car en ce lieu il veut trouver la blanque
De ses joyaux de nouveau retrouvez,
Dont vous voirrez le pourtrait qui ne manque,
Que d’apporter vos escus coullorez ;
Et puis après ses prix seront jugez
A ceux qui mieux auront mis leur devise,
Et fussent-ils fols, badins, estimez,
Ils les auront s’ils ne laschent la prise.

Et pour autant, d’un cœur devotieux,
Le gros et gras conseil se delibere
D’aller demain en arroy somptueux,
A ce bon saint, comme les autres faire,
En ensuivant sa coustume ordinaire,
Et puis dessus le mont saint Avertin,
Ayant ouy toutes ses asnes braire,
Il sacrera ses gens de bon matin.

Premierement, quatre grands cardinaux,
Deux bons huissiers et quatre gros Suisses,
Qui sont venus par delà les monts hauts
Faire à l’abbé honneur et services.
Autres aussi, grands mangeurs de saucisses,
Que l’on voirra sacrer honnestement :
Car l’abbé sait que luy seront propices,
Et se tiendra entr’eux asseurement.

Sus donc, Conards de nostre vieille escrime !
Accourez-y comme gens advisez,
Et amenez vers nous, sans aucun crime,
Ceux-là qui sont du convent divisez,
A celle fin que tels, mal advisez,
Soyent reformez avecques discipline,
Telle pour vray que donner veuë avez,
Par la Plichere et la Rousse et Queline.

Vous, cardinaux, qui puis trente bons ans
Avez jetté vostre froc aux orties,
Accourez-y comme ses vrais enfans,
L’accompagnans gaillards comme des pies.
Là, vous aurez un nombre de roupies
Dont nostre abbé vous recompensera,
Et à chacun un couple de toupies
Pour vous garder du grand chaut qu’il fera.

Petits poupins qui jour et nuict cerchez
D’avoir ce bien de gaigner la verolle,
Il ne faut pas qu’en ce jour relaschez
D’y accourir si l’amour vous affolle.
Là, vous verrez de nostre abbé l’escolle
Où l’on apprend mouver le croupion,
Et comme aussi les dames on bricolle,
Lesquelles sont de sa subjection.

Petites sœurs de Tordre saint Fessin,
Faillirez-vous de visiter la place ?
Sçavez-vous pas que ce jour est sans fin,
Fait et creé pour vostre bonne grace ?
Avez-vous peur que l’abbé vous dechasse
D’auprès de luy, ny tout homme cocu ?
N’en croyez rien, car gens de telle race
II aime mieux que le trou de son cul.

Vous mesmement qui l’amour demenez
Secrettement sans qu’on s’en donne garde,
Accourez-y, mais gardez vostre nez
Du mal commun plus fin que la moustarde :
Car quelquefois un courtaut se hazarde
En divers lieux pour avoir appetit,
Qui, estant pris d’une façon hargarde,
Baisse le nez de rage et de despit.

Là vous voirrez mille joyeusetez
Qui vous feront tant esgueuller de rire,
Que vous tiendrez vos deux poings aux costez
Pour vous garder que plus ne vous empire ;
Et puis aprés, l’abbé, qui n’a que frire,
Viendra soupper avec ses suscepots
Dedans l’Escu où il tient son empire,
Riant, dansant, vuidant pintes et pots.

Ainsi signé, au mont Saint Avertin :
Les vieils huissiers n’ont plus part au butin.

Estant revenus de Saint Julien et les ceremonies accomplies, fut deliberé par l’abbé et son conseil, faire semondre tous les habitants de la ville, et mesmes les estrangers, pour venir prendre le jubé. Ce qui fut fait avec grand compagnie de chevaux, falots, fleutes, phiffres et tabourins, de saucisses et autres instruments non encore veus. La teneur de la dite criée est telle :

SEMONCE

aux estrangers et aux bourgeois de Rouen

de par l’abbé.

Dont vient, Conards, que par vostre follie
Vous ne venez à l’abbé faire honneur ?
Attendez-vous que de vous on se rie,
Si ne venez auprès de Sa Grandeur.
Il semble à voir que vous cerchez malheur
Et luy voulez denier son domaine ;
Mais soyez seur que s’il monte en fureur,
Qu’il vous mettra dans son pontharitaine.

Sçavez-vous pas sa grandeur et puissance,
Et qu’il n’y a nul qui ne soit tenu
Le venir voir en son Escu de France,
Où chacun est toujours le bien venu ?
Apportez-luy donc tost le revenu
Que luy devez, et vous voirrez la chere
Qu’il vous fera, quand il aura cogneu
Que vous aimez mieux le vin que la biere.

Ne faillez donc, vous qui tenez fournies
Plusieurs maisons pour loger des Anglois,
Et vous aussi, messieurs d’hostelleries,
Qui les tenez chez vous en tapinois,
Nous apporter dedans l’Escu de Poix
Les braves noms et surnoms de vos hostes,
Afin que tous viennent garder les loix
Que l’abbé fist en revenant de tostes.

Et vous aussi, messieurs les Espagnols
Qui, de l’abbé, ne tenez aucun compte,
En caquetant ainsi que rossignols,
Ou gens venus tout nouveaux de la fonte.
Je m’esbahis que vous n’avez grand honte
De tant tarder : venez vous acquitter
Vers ce pater, qui d’allegresse prompte
Vous traitteroit, le venant visiter.

Vous mesmement, bourgeois de nostre ville,
Que chacun jour vous faites tenailler
Pour visiter ce saint pater utille,
Et ne voullez aussi luy rien bailler,
Penseriez-vous tant des braves tailler
Que d’eschapper luy venir faire hommage ?
Non, pour certain. Gardez donc de broüiller
Les cartes, tant qu’en receviez dommage.

En general, vous qui masques portez
Sans avoir prins de l’abbé la licence,
II semble à voir que vous vous esbatez
A l’irriter, nonobstant sa deffence :
Car vous feriez, ce semble, conscience
De venir prendre en sa maison congé.
Mais gardez bien qu’après sa patience
Vous ne sentiez ce qu’il aura songé.

Ainsi signé haut : Venez vistement,
Pour de l’abbé baiser le fondement.

REITERATION

Des deffences de porter masques sans son congé, sur les peines aux cas appartenans.

de par l’abbé.

Ne vous tenez plus tant, pour gaigner des roupies,
Auprès du port Morant, caquetant comme pies,
Et n’allez plus aussi, Conards, ni vous, garçons,
Courir aprés un tas de chanteurs de chansons,
Qui ne font qu’espier le moyen, par leur course,
Secrettement, pour faire attraper vostre bourse ;
Mais venez voir l’abbé, en son haut throsne assis,
Qui vuide le godet et boit à plus de six.

Il a fait voirement sçavoir par cry publique,
Ce qu’estre, il entendoit, bon pour sa republique,
Et, par especial, de ne porter de soir
Le masque aucunement, ny de nuict, sans avoir,
Soubs le seing et cachet de sa conarde altesse,
Pour ce fait le congé et la licence expresse.
Mais, d’autant que dimenche est le jour solennel
Auquel il veut monstrer son honneur annuel,
Comme il a de coustume à faire de tout aage,
II veut à tous Conards enjoindre d’avantage :
C’est qu’aucun ne soit tant de soy presomptueux,
Temeraire, hardy, sot ny audacieux,
D’aller soit jour ou nuict durant ces jours en masque,
Et, fust-il aussi prompt et leger qu’est un Basque,
Sans avoir, par effet de bonne affection,
Accompagné l’abbé à sa procession,
Et que dans le viétour il ne soit à une heure
Pour voir marcher son train en une ordre meilleure :
Car à tous il le fait à sçavoir ce jourd’huy,
Afin que nul ne se pusse excuser envers luy,
Sur paine d’arracher la masque de la face
Et rigoureusement punir qu’on ne le face ;
Ou bon gré, mal gré, qu’il soit au grand sergent
Permis luy emporter sa bourse et son argent.
Voilà ce que l’abbé vous enjoint et commande
Pour rendre dans Rouen, noble ville normande,
L’excellence et grandeur, et du pater santé
La feste magnifique et la solemnité.

Ainsi signé par l’abbé bon compere :
Levez la cuisse afin que le c.. pere.

SEMONCE A TOUS LES ESTATS

pour venir leur acquiter en l’abbaye.

De par l’Abbé, monarque haut,
Qui boit en tirelarigaut.

L’abbé sans queuë, à qui rien n’est caché,
Ayant cerché toutes ses vieilles debtes,
S’est tellement en son cerveau fasché,
Voyant à luy tant de bancrouttes faites,
Par ses vassaux qui, comme grosses bestes,
Ne sont venus devers luy s’acquiter.
Et c’est pourquoy, au son de ses trompettes
Il leur promet leur maison cacheter.

Non pas de cire ou d’un gros cadenas,
Mais d’un parfum d’odeur aromatique,
Dont cachetoit deffunt maistre Thomas,
Concierge seur de la chambre aubetique ;
Car nostre abbé, qui cognoist la pratique
De ceux qui n’ont vers luy leur devoir fait,
A resolu en son conseil qui picque,
Les envoyer trestous au hariplet.

Doncques, Conards, qui la paix demandez
Avec l’abbé, le souverain pontife ;
II ne faut pas que de luy vous gabez,
Comme avez fait de quelque grand joriste ;
Car vous pourriez avoir telle momifle
De son gros cul au droit de vostre nez,
Qui vous rendroit comme un pourceau qui sifle,
Dont vous seriez enfin bien embrenez.

Accourez donc, drappiers, marchands de soye ;
Vous, chappeliers, orfebvres, taverniers,
Merciers grossiers, tanneurs, venez en joye,
Et vous aussi, nos braves tainturiers ;
En general, estaimiers, bonnetiers,
Qui dans Rouen en faites l’exercice ;
Et ne faillez de laisser vos quartiers,
Pour saluer l’abbé, avant qu’il pisse.

Ou, autrement, tenez-vous asseurez
Que dans demain il fera despaver
Devant vos huis, et si vous obstinez,
Il vous fera encores plus braver,
Et nul de vous ne se pourra sauver,
Que ne sentiez sa rigueur et furie ;
Et eussiez-vous mis les poulles couver,
Vous baiserez le trou par où il chie.

Et vous aussi qui, nos prix, detenez
En vos maisons, pour estre magnifiques,
Je m’esbahis que tant vous retardez
Leur rapporter et nos vieilles antiques.
Craignez-vous point que de l’abbé les tiques
N’aillent un jour vous ronger jusqu’aux os,
Faute d’avoir rapporté nos reliques,
Et de l’abbé avoir prins le campos ?

Sus donc, Conards, que dans ceste semaine
Chacun de vous revienne s’esgayer,
Dedans l’escu où l’abbé prendra peine
Joyeusement vous faire festoyer.
Mais gardez bien surtout de rien payer
En blanc argent, car l’abbé point ne l’aime ;
Mais si de l’or luy voulez envoyer,
II hait cela comme un chat fait la craime.

Ainsi signé, l’abbé faisant son tour :
Ne faillez pas trestous à la viétour.

Ceste criée faite, les plus hardis furent aucunement intimidez, voyant que l’on ne promettoit pas poires blecques ; lors vindrent voir le pater, luy apportant partie de son deu escheu et celuy mesme qui n’escherra jamais ; quoy voyant, ledit abbé les fist tous semondre, grands, gros et menus, pour leur trouver à la chevauchée, par ses herauts et curseurs, ainsi qu’il ensuit :

SEMONCE POUR LA CHEVAUCHÉE.

de par l’abbé.

L’abbé Fagot, monarque universel
De tous Conards residans soubs le ciel,
Qui, correcteur, est de toute follie,
Vivant joyeux et sans melancolie,
Prelat regent et grand reformateur,
Des fols parfaits maistre et dominateur,
Et vray seigneur sur vieils fols affollez,
Nouveaux ponnus, et petits avollez,
Fait à sçavoir à tous, joyeux, follastres,
Sots, obstinéz, mutins, aquariastres,
Humeurs de vent, sotouards, mitouards,
Escornifleurs, menteurs, et grands bavards,
Fols déceptifs faisant des chattemites,
Qui ont le néz et v.... mangez de mittes,
Petits peuguets, mariolets, pignolets,
Eperlucats, gallurets, nivelets,
D’estre demain legers comme une plume,
A la viétour, ainsi que de coustume,
Pour, luy faisant honneur, l’accompagner,
Et comme luy en joye se baigner.
Mais, dessus tous, il veut que dés midi,
Un chacun soit de sa maison party ;
Pourtant, vueillez, comme servants loyaux,
Estre montez sur asnes et chevaux,
Vous trouvans tous à ceste chevauchée,
Que ne vous soit paresse reprochée ;
Car c’est le jour où ce monarque grand
Se veut monstrer en honneur triomphant,
Et faire voir sa maison reflorir,
Que plusieurs fols vouloyent faire perir ;
Vous asseurant que depuis la laissive
On n’a point veu chose si excessive.

Ainsi signé : croyez se vous faillez
Que de l’abbé serez sallariez.

in Les Conards de Rouen, 2009.

jeudi 4 février 2010

Les Conards de Rouen - Coppie des lettres patentes

COPPIE DES LETTRES PATENTES

Que le grand escallier Benest envoye, selon son arrest, à toutes personnes plaisantes.

Le Testament d’Ouynet.

Benest, maistre passé, sans estre oncq’ escollier,
Par la grace de Dieu bon pignerre escallier ;
Estallant en hyver au coin de la grand crosse,
Marqueur joëur de paume, exempt de tout reproche
Au jeu de la Cornière et de Joüenne aussi ;
Marchand de poisson frais et de sallé, qu’icy
On porte au vieil marché, sur les quais et viétour ;
Secretaire ordinaire estably à son tour,
Desplenc gros et menu arrivant pour le bec
Des bourgeois de Rouen du lieu de Caudebec ;
Le prime coustumier de Rouen à Cancalles,
De vendre et d’achepter tous les paniers d’escalles,
Huitres proprement puantes que l’on a
Apportez au bord du fossé de Pula,
Et d’où sort le parfum excellent à merveilles,
Le haut de Bouvereul expose par grands seilles ;
Mesmes du beau persil qu’on jette par panniers
Sans la reuelle, ou bien au trou des Cordeliers.
Second et seur compteur pour en avoir les hances,
A son profit et gain des raffles et des chances,
De trois grisons trottans sur quelque ais ou traiteau,
Du temps bon et mauvais le grand portemanteau,
Soit de pluye ou de vent, soit de neige ou de gresle,
De gelée ou de froid, lors que le tems se mesle,
Sans lever de la table escornifleur certain,
De la crosse, la botte, escurant pot d’estain,
Du coquet, de chrestien, et d’austres lieux qu’on prise,
Quand il void que la nappe y est sur table mise,
Ferme de la baviere et de la moüe autant
Ou plus qu’on en ait peu trouver icy constant,
La vie ou bien après le trespas du bon Pierre,
Surnommé le Cloutier, à present mis en terre ;
De Heuldes, Baudouyn, du sçavant Jean Allais
Et du ferme Tison, qui fust prins au Palais ;
Grand ambassadeur mis à petis frais et gages
Pour faire tous les ans les beaux pellerinages
Saint Vincent, saint Aignen, et de sainte Venice,
Saint Jullian, Boisguillaume avecques sa genisse,
Le capitaine en chef et premier coronal
Des bandes des porteurs, tant d’amont que d’aval,
De lanternes au bout d’un long baston fichées,
Et chacun an par luy bien mirelifiquées,
Des connines, falots, tartevelles et cymballes,
La veille et jour des Rois, jusques dedans les halles ;
Protecteur, producteur, conducteur de Michelle,
Trainée ou attachée au bout d’une ficelle,
De Janot, de Roger, et de la filleresse,
Et du bon Simonnet avecques sa maitresse ;
Le plus parfait qui soit entre tous les insignes,
Enjaulleur, endormeur de müllots et gelines,
A Pitres, Romilly, Sotteville et Yonville,
Bonsecours et Croisset, la Boüille et la Nouville ;
Greffier seur et gardian general du grand seau,
De la belle donnée ordinaire à tout veau,
De treshaut, trespuissant et brave en tout honneur
Tallebot Oüinet, en son vivant seigneur
Du haut clocher, du croc et de la broüillerie,
Du branslecul aussi et de la baverie,
Qui mourust au matin d’un jeudy absolut ;
A tous icy, presens et advenir, salut :
Comme ainsi soit exprès que ledit Oüinet,
Appellé maistre Pierre avec luy du Quignet,
Ait par son testament et volonté derniere
Fait un fort beau delais, par sa main aumosniere,
D’un nombre effrayé d’or, de monnoye d’argent,
Qu’il avoit conquesté sur le grand prest Regent ;
A tous ceux mesmement, à celle qui sans estre
N’ait de pere et de mere en ce monde terrestre,
De franche volonté se presenteroyent nuds,
Le jeudy absolut, pour estime revestus
Honnestement, depuis le pied jusqu’à la teste,
Par un don fait gratis trois jours devant la feste
De Pasques, tous les ans : pourquoy faire il convient
Que quiconques de près ou de loingtains lieux vient
A Rouen pour jouyr d’un si beau benefice,
Se retire devers le clerc siege d’office
Pour estre presenté audit garde du seau
Sans qu’il se soit lavé dans mare ny ruisseau.
L’ordonnance de quoy, en maints endroits congnuë,
Auroit loyallement esté entretenuë,
Toujours de poinct en poinct, du depuis son decez
Jusques à maintenant qu’aucuns fuis en procez,
Malicieusement cuidans par sacrilege
A leur gré faire mettre à bas tel privilege,
Envoyent ceux qui vont en ce jour ordonné
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
A la mare du parc se laver pieds et jambes,
Afin d’aller plus droit et trotter mieux les ambles,
Avecques un petit et certain escriteau,
Ne respectant l’honneur qu’on doit à un tel seau.
Quoy faisant, un chacun des attendans, qui pense
Avoir de son travail joyeuse recompense,
Est deceptivement frustré de recevoir
Les beaux abillemens qu’il s’attendoit d’avoir ;
Pour lesquels grans abus garder que plus n’adviennent,
Plusieurs gens de sçavoir et des grands qui se tiennent,
Considérant tel cas, s’assembler ont voulu
Au chasteau de plaisir que nous aurons esleu,
Pour avoir leurs advis, premier qu’en telle affaire
Ordonnance quelconque a nostre vouloir faire,
Les lieux doncques du gros et du menu babil,
Et les chambres qui sont exemptes du peril :
Des choses que la braye a souvent estrenez,
Entre les plus hastifs, communes et privez,
Jointes au grand conseil du heurt de Bouvereul,
De Fescamp et, du long du vieil pallais tout seul.
Ayant déliberé meurement par ensemble,
Ne nous ont point voulu dire ce qu’il leur semble
Sans prealablement pour le tout deffinir,
Faire autres grands seigneurs avecques eux venir :
Desquels tous et les noms avec leur seigneurie,
Icy mis par estat sans nulle menterie,
Et tout premierement le grand duc de Feraille,
Le noble, trespuissant et haut duc de Mitraille ;
Le plaisant, magnifique et gros duc de Sornettes,
Et le mirelifique et gras duc de Clochettes ;
Les contes de Serie et de la Boucherie,
Les contes de Surie et de la Baverie,
Les contes du Moulin et du Pontharitaine,
Et du Trou Hamelin, et ceux de la Fontaine ;
Les contes signalez du bateau de la Boüille,
Avec l’outrecuidé conte de la Gargoüille ;
Les contes de Toutu, les contes de Perrette,
Qui fait aux morfondus redresser la brayette ;
Les beaux contes du Pray et ceux de la Laissive,
Le vieil conte de l’Ogre, en puissance excessive
Sur tous autres avec les contes de Taverne,
Qui conduit les gentils enfants de Maugouverne,
Le joly gentillet baron du Trou Jumeau,
Joint avec le sçavant baron du Maquereau.
Le baron Sans Souller et des Escornifflages,
Le baron de Souffre et de Cerche-Advantages,
Le fin baron d’Orlieu du Trou de la Fessiere,
D’Orcon, du Landion, Landie et la Tierciere,
L’honorabilissime admiral du Ponnant,
D’Aubette, la Reuelle et du Beau-Trou-Puant,
Du Trou-Pernelle mesme et du Trou de Baugis,
Qui son pouvoir estend jusques à Montargis ;
Le subtil entre tous reformateur Saucisse,
Qui n’a jamais daigné gaigner la ch......... ;
L’habile ingenieux reformateur des c....,
Qui toujours boire veut jusques à voir les fons ;
Le grand reformateur de tous les reformards,
Qui le corps a tout plein de verolle de Mars ;
Tous les vendeurs qui sont de ces bestes à corne,
N’osant oncques marcher sinon que sur la forne ;
Tous les vendeurs aussi de la beste à deux dos
Qui tirent finement la mœlle des os,
Et plusieurs braves gens sans sçavoir et sans sens,
Que mareschaux sans fers, capitaines sans gens,
Que cordonniers sans cuyr, que soldats sans argent,
Que sans sucre espiciers, que sans livre regent,
Et sommairement tous les marchands sans avoir,
Marchandise, ou pecune, et gens sans rien sçavoir ;
Parquoy, après avoir retiré leurs advis,
Sur longs propos tenus ensemble mains devis,
Nous avons trouvé bon, par juste convenance,
De faire pour jamais la presente ordonnance.
C’est dudit Oüinet que, fuyant les delais,
Fait present Jean le noble et Pierrot à sifflets,
Collin à la moruë et autres bons notaires,
Leurs adjoints et comme luy notables secretaires,
Pour l’advenir, tous ceux et celles sans babils
Qui voudront estre ainsi revestus des abits
Et des accoustremens dont on a de coustume
De vestir tous les ans, mieux qu’un oiseau de plume,
Ceux qui veullent aller, pour avoir la donnée,
Audit jour absolut d’Oüinet ordonnée,
Se viennent presenter, soit d’hyver ou d’esté,
A toute heure du jour, pour estre bien traitté,
Droittement au logis où pend une grand botte,
Où lesdits vestemens, sans poussiere ni crotte,
Mais au long estendus, beaux, longs et de plein lay,
A un chacun seront délivrez sans delay,
Ne payant toutefois pour truage prefix,
Pour l’enrichissement, sinon deux soubs et fix.
Et d’autant que besoin est que chacun cognoisse
La presente ordonnancez à chacune paroisse
Et carfours de la ville, et les parvis des champs,
Nous voulons qu’elle soit affichée avec chants
Et plaisantes chansons, pour estre mieux gardée,
Et de tous les passans à profit regardée,
Nonobstant mandemens, modifications
Quelconques du contraire, et les restitutions
Qu’on pourroit sur ce faire, attendu qu’à loisir,
Sans nous en repentir, tel est nostre plaisir.
Donné à Bouvereul sur le Heurt, le huitiéme
D’avril, l’an mil cinq cens quatre vingt et cinquiéme,
Et de nostre bon regne, après jet et calcul,
Bien deuëment (nihil) signé : Du Baise-Cul.
Et plus bas est escrit : Gresillon, Astarot,
Et scellé de la cire au grand abbé Fagot,
En laqs de soye jaune, et de vert et de gris,
Bleu, rouge et orangé ; et dessus les replis
Est escrit : De par nous, Benest, le grand Messerre,
Par la grace de Dieu Escallier et Pignerre.

Ainsi signé en faisant la donnée,
Ce jeudy absolut de Oüinet ordonnée.

in Les Conards de Rouen, 2009.

mercredi 3 février 2010

Les Conards de Rouen - Augmentation des risées

AUGMENTATION DES RISÉES

Nouvellement faites en la maison abbatialle, soubs le resveur en decime A B Fagot.

Premierement.

En l’an mil cinq cens quatre vingts et cinq, fut presentée une requeste au pere abbé, par le venerable Benest, garde du scel de la domaine establie à Rouen, par le delay testamentaire du sage et indiscret personnage, feu Tallebot, dit Ouïnet. Remonstrant que si l’abbé et son conseil ne lui aidoyent de mandemens aux fins de sa requeste, il estoit en voye de perdre son office, qu’il avoit achepté grand nombre de ducats, qui seroit au grand detriment des pretendans à la dite domaine, qui journellement estoyent abusez par gens mal veillans.

La Letanie qui fut faite a l’abbaye conarde

En l’année 1580.

L’abbé, voulant tenir lié
Tout le chagrin dessoubs le pié,
Appelle avec luy ses suppots :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé commande que ses moines
Comme chevaux, soyent souls d’avoyne,
Pour n’estre jamais en repos :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé desire ses novices,
Trotter ainsi comme escrevisses,
Et faire la beste à deux dos :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé, qui a de beaux rubis
Sur son minois et des saphirs,
Veut que l’on paye ses impots :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé, qui a belle bedaine,
Veut, ainsi que la Magdalaine,
Avoir la boëtte en son poing clos :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé, qui a belles pantoufles,
Se fournit en hyver de moufles
Pour nifler le prince des sots :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé, pour courir jusqu’en Beausse,
A fait cacher dedans sa chausse
Un estron de nouveau esclos :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé, pour boire à beaux longs traits
De son bon vin, et du plus frais,
Vous a prié tout à propos :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé permet que dans des mares
Se plongent les raques de nares :
Sans contrefaire icy les sots,
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé veut tous usuriers,
S’il y en a en ses cartiers,
De venir comme les marmots :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé entend que ses mignons,
Ayent le ventre et les roignons
D’une v..... tout enclos :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé commande à ses nonnains
A descouvert monstrer leurs sains
Et chevaucher à cul desclos :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé veut que les maquerelles,
Luy payent dîme des pucelles
Qui se venent à Mussegros :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé veut durant les gesines,
Qu’on revisite ses voisines,
Gardant leur honneur et leur los :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé permet que les guenuches,
Soyent enfermées dedans les huches
Et bruslées ainsi que fagots :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé, avec sa rouge mine,
Fait trembler par où il chemine
Tous les gueux, frippons et magots :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

L’abbé veut que des sots, le prince
Vienne en la normande province
Se noyer dans les marins flots :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

Ou qui s’en aille en Orival
Veoir si trouverra dans le val
De ses grands-peres les viels os :
Beuvez d’autant, vuidez les pots.

ET RELIQUA

Oremus.

Si vous aillez de nuict en quelque coin
Pour de ta fesse aller dauber en coin,
Soit en la chambre ou soit en cabinet,
Prions que Dieu vous garde d’un trou net.

Et s’il advient, passant une rullette,
Vous rencontrez sans voir une broüette,
Quant vous n’aurez torche ne lumignon,
Prions que Dieu vous garde du limon.

Si vous allez soupper en quelque feste,
Au revenir, quant vous venez passer,
Nous prions Dieu qui vous garde la teste
D’un garinort ou d’un pot à pisser.

Si vous mettez au hasart la pecune
Et vous roullez soubs la dame Fortune ;
Si vostre cas va à reculleron,
Per omnia per in pecunorum.

fin de la letanie.

in Les Conards de Rouen, 2009.

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