Journal des penchants du roseau

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Dangereuse expédition

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dimanche 1 janvier 2012

Bienvenue aux lectrices et lecteurs de Dangereuse expédition

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Chers lecteurs de Dangereuse expédition des Scènes étranges d'une enfance de garçon, les commentaires, ci-dessous, vous sont ouverts. N'hésitez pas à vous exprimer.


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Je viens de lire "Dangereuse expédition" et j'avoue que ce récit, comme le précédent, m'a beaucoup troublée !

A l'époque de mon enfance, la sévérité de mes parents sans être identique à celle des parents du livre était impressionnante par rapport aux méthodes d'éducation actuelles. Ceci dit, cela n'enlève rien aux qualités de mes procréateurs à qui je dois tout.

Toutefois, je me suis rendu compte que, enfant, ce qui m'a manqué c'était le fait que nos parents ne nous disaient jamais qu'ils nous aimaient. Cela ne se faisaient pas. De nos jours, on le dit parfois sans compter et à tort et à raison, ce qui, à mon avis, n'est pas forcément très bien non plus. Pourtant, secrètement, et, peut-être, bêtement, j'attendais qu'ils me le disent.

En refermant le livre et en repensant à la phrase qu'elle avait dite à son fils aîné, "...maman t'aime, je t'aime très fort aussi...", je ne pus empêcher mes larmes de couler...Effet de catharsis ? Probablement.

Emouvant et inquiétant récit !

Maïa (appréciation reçue par mail)


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Il est des récits dont la lecture, tout juste achevée, nous laisse dans un état qu’on ne peut définir tant le bonheur et le malaise sont présents. Ces scènes étranges en font partie.

Dans cette dangereuse expédition, l’auteur nous ramène une fois de plus à notre enfance et aux jeux auxquels nous nous livrions. Des jeux, dont le genre respectait le sexe, où nous nous identifions aux adultes. Avec un style qui lui est propre, la plume, à l’instar d’une caméra, nous visionne deux petits garçons, des frères, s’adonnant à un jeu de guerre. Le danger est présent, la mort n’est pas loin.

Le style de l’auteur simple et si singulier, non seulement nous rappelle notre propre enfance mais nous transpose dans le corps de ces deux protagonistes. Nous ressentons l’angoisse du petit Serg, nous haletons devant le danger qui arrive à son point culminant devant cette porte, celle de la chambre des parents. Territoire si convoité par l’enfant et si terrifiant, la vision de la scène tuant l’idéalisation de ces êtres que sont les parents.

« Ils font de l’amour » et les pensées de mort submergent Wems. La vengeance sera implacable et Serg en fera les frais.
Cette mise en italiques de Il et Elle, cette manière si étrange de nommer les parents nous laisse supposer qu’il y a autant de haine que d’amour dans le cœur de Wems pour eux.

Un récit très fort, très humain. Tout au long de la lecture, j’ai ressenti une obsession chez l’auteur, celle de se délester.

Merci à lui et aux Penchants de ce partage.

Yasmina Teterel (recopié d'un commentaire ci-dessous)


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C'est-à-dire, qu'à mon corps défendant, ce qui me charme aussi dans ce récit-ci, c'est son irrésistible drôlerie tendre. Si j'ose dire.

Mais non dénuée de cette cruauté souvent propre à l'enfance que le monde dit des adultes semble souvent ignorer en vieillissant.

Citer des exemples seraient trop réducteur, mais je pense que la prouesse - le génie - du narrateur est d'avoir su transmettre un univers de l'enfance, ses émois, ses tourments, en parvenant, par sa justesse de ton, à créer de véritables archétypes.

Personnellement, je ne pense pas que le style soit "naïf", mais, au contraire, il dénote une faculté singulière d'introspection avec la mémoire à l'enfance qui me laisse franchement baba.

Si, un exemple quand même ! L'expression de l'ombrageux Wems « Ils font de l’amour », résume à merveille - par son petit "de" - la petite voix secrète du récit. Drôle à souhait, j'insiste !

Véra-Rèva (recopié d'un commentaire ci-dessous)


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vendredi 7 octobre 2011

Dangereuse expédition est publié

[ici, à l'est d’Éden, à l'instant où nous publions ce billet, nous sommes bien le 7 octobre. Serg vous le confirmera]

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Dangereuse expédition appartient à un ensemble plus vaste intitulé Scènes étranges d’une enfance de garçon. Les courts récits parfois naïfs et tendres, d’autres fois cruels ou choquants, qui le composent peuvent se lire sans ordre particulier.

Les personnages principaux en sont Jens Erwaal, architecte naval et ancien officier, son épouse Winka ainsi que leurs deux jeunes garçons Wems et Serg. La famille Erwaal vit dans l’état du Skeerwan – Confédération d’Ostwand – vers le milieu du 20e siècle. Les récits se déroulent dans la presqu’île d’Enghs, lieu de résidence de la famille, et dans le collège fédéral de Woorlegh où l’aîné des deux enfants, plus tard rejoint par son jeune frère, est élève interne.

La Confédération d’Ostwand est un état totalitaire, une société violente et raciste à laquelle ses citoyens adhèrent de toute leur âme et sans aucun recul critique.

Tous les récits sont liés entre eux et se font écho pour retracer cet univers global et cohérent, où l’enfance et l’adolescence, le sexe, la beauté, les châtiments corporels familiaux ou scolaires, la culpabilité, la vie en internat, l’amour et la famille forment un réseau d’obsessions qui constitue peu à peu une réalité à part entière, autonome, que l’on pourra juger fascinante ou dérangeante.

Chaque texte évoque des moments précis de cette réalité globale, séparés par plusieurs années, plusieurs mois, parfois quelques jours, voire quelques heures seulement.

Le style des récits se veut simple, direct, quasi cinématographique : il s’agit avant tout de raconter un univers parallèle, de le rendre concret, vivant et palpable.

Scènes étranges d’une enfance de garçon est accessible gratuitement sur le web.

http://ostwand.blog4ever.com/

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Les penchants du roseau vont dans les mois, les années et les lustres qui viennent publier ces Scènes étranges ; les figer sur le papier alors qu'elles continueront sans doute à se modifier dans leur version numérique. Celles correspondant à leur métamorphose papier pourront être feuilletées dans notre bibliothèque numérique, mais aussi téléchargées sur la page dédiée aux Scènes étranges d'une enfance de garçon.

mardi 4 octobre 2011

Le 7 octobre 2011 vous êtes invités à une Dangereuse expédition

.La Nefs des fous - Jerôme Bosch

« Malaise »

C'est ce mot, je crois, qui ourlait tes lèvres, ce soir où nous étions attablés en terrasse et tintions nos verres & nos vins.

Tu me parlais de Retours difficiles de ces Scènes étranges d'une enfance de garçon. Je t'ai dis le partager et que la Dangereuse expédition qui s'annonce pour le 7 octobre ne pourrait que l'approfondir.

Ces Scènes étranges, nous pourrions les vivre loin de nous – autre lieu, autre temps, habillés d'imaginaire – et pourtant, nous sentons, nous savons presque, qu'elles sont là, insidieuses, comme le reflet de nos reflets. Celui où la tendresse enveloppe la cruauté, où nous pourrions nous satisfaire d'un bonheur organisé et nous nier.

Malaise, parce qu'elles nous dérangent, comme souvent la littérature ou, plus généralement, l'expression artistique sait le faire.

Toi et moi entendons ce qu'exprime Yasmina : « J’ai été fascinée et dans le même temps perturbée par cette lecture et je crois que ces sensations sont normales même si elles surprennent. Je crois que c’est le but recherché de ces récits. Ils touchent à nos sentiments les plus profonds, à ceux que nous avons enfouis. »

Toi c'est vous, celui d'être invité à une Dangereuse expédition.

« (...)

— Peut-être qu’ils sont morts, dit-il très bas.

Il avait murmuré ces mots avec une lenteur calculée, aussi lugubrement qu’il le pouvait. Il savait très bien s’y prendre, il était à peu près sûr de son effet.

Il sentit Serg frissonner contre lui.

— Qui ça ?

La voix déjà un peu blanche. Ce genre de voix que prennent les petits garçons quand l’inquiétude les gagne.

— Ben, papa et maman…

(...) »

(image : La Nef des fous de Jérôme Bosch)

dimanche 4 septembre 2011

« Ben non... »

« — Bien sûr. Je les ai écoutés l’autre jour, ils en parlaient. Maman disait à papa qu’elle en voulait un, de bébé. Elle a dit aussi : « Wems et Serg sont assez grands maintenant, il est temps qu’ils s’en aillent. »

— T’es sûr ? fit Serg faiblement.

— Certain, je les ai bien entendus. Maman, elle disait aussi à papa : « Je veux un autre enfant de toi. »

— Et nous, pourquoi elle a dit qu’on était assez grands et qu’on devait s’en aller ?

— Ben, parce qu’on est de trop, maintenant. Alors ils vont plus vouloir de nous, c’est comme ça.

Serg accusa le coup ; il se mit à gratter le sol du bout de l’ongle. Il agissait toujours ainsi lorsque quelque chose le préoccupait.

— Mais pourquoi ? C’est méchant…

— C’est comme ça : quand un nouveau bébé arrive dans une famille, il faut que les autres enfants s’en aillent parce qu’il y a plus de place pour tout le monde.

Serg fronça le sourcil.

— Mais la maison, elle est assez grande ! Et puis toi, t’es pas parti quand moi je suis né…

— Oui, mais c’était juste parce qu’ils croyaient que tu allais mourir : t’étais tout petit et pas maturé, alors ils m’ont gardé quand même au cas où, par précaution. Juste parce qu’ils avaient peur que tu meures.

— Ça veut dire quoi, pas maturé ?

— Un bébé pas maturé, c’est un bébé qui vient au monde avant le moment normal. Quand on l’attend pas, quoi… Et en plus, il est tellement fragile qu’il risque de mourir au dernier moment !

Serg plissait le front, comme pendant les dictées difficiles à l’école.

— Ils m’attendaient pas, papa et maman ?

— Ben non... »

Extrait de Dangereuse expédition, Scènes étranges d'une enfance de garçon, petits penchants n°9, à paraître prochainement.