Journal des penchants du roseau

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vendredi 25 novembre 2011

Brèves sans comptoir d'un apprenti libraire

Sans comptoir, j'en doute un peu.

Si l'accalmie sur les commandes persiste, je vais pouvoir tranquillement faire le point sur la diffusion des livres des penchants du roseau ce week-end, je pourrai ainsi informer chaque auteur - y compris ceux d'Infinis paysages - de la diffusion réelle de leur livre en la détaillant. J'écrirai ensuite un billet plus synthétique sur les penchants. Il est bon, au delà des mots, de savoir leur réel envol.

Si l'accalmie persiste je vais sans doute geler toute publication autre que celles sur lesquelles je me suis engagé avec un auteur. Ce qui sera déjà beaucoup pour l'année à venir : trois nouvelles collections (« côté cour », textes utra-courts ; « côté jardin », textes intimistes ; « scènes étranges d'une enfance de garçon », pour regrouper les récits venant d'Ostwand), Staccato de Michel Gros Dumaine en janvier 2012, les deux « petits penchants » de Paulette Chevrin et Laurence Olsson Moinot, un recueil de nouvelles en lisière du printemps, et quelques manuscrits à (re)lire. Bref, un gel qui n'engourdit pas les doigts.

Si l'accalmie persiste ça m'embête un peu, non pas pour moi, j'ai finalement tout à y gagner que de moins faire, non, surtout pour les dernières parutions, le nombre de lecteurs ne se compte ni en centaines (il ne faut pas rêver) ni en dizaines (comme les autres), mais en unités. Et ça, ça m'ennuie énormément, parce que lorsque vous lisez - pour de vrai, c'est à dire sur papier - Dangereuse expédition ou Instants tannés, vous comprenez immédiatement que vous n'êtes pas en face d’œuvres de seconde zone ou de circonstance, de vite écrites, vite publiées, vite achetées, vite oubliées, mais d'écrits dont la singularité vous poursuivra.

Décembre de ce point vue s'annonce, comme chaque année, calamiteux ; l'avidité de marchandises s'accompagne mal de découvertes : celle de se cogner à un texte, d'en être giflé, cinglé, tuméfié. Je vais - parce que j'aime ça - prendre le contrepied. Je vais, parce que j'apprécie ces lieux pour l'à venir qu'ils entrouvrent, contacter une à une chaque bibliothèque publique des départements et villes françaises. Je rendrai compte dans un billet de chaque démarche et de la réponse éventuelle qu'elle recevra.

L'aventure se poursuit donc là.

À bientôt.

dimanche 26 septembre 2010

Calame & parchemin

Nos penchants ont un an environ. Je voulais vous dresser un petit bilan de calame et de parchemin. Parler d'embrasser trop, de camembert coulant & de projets aussi. Mais préférant me concentrer sur la sortie du Souvenir de personne de Cécile Fargue, continuer à colorier Bleu Terre de Jean-François Joubert, n'oublier ni la Chèvre jaune ni les Conards, je vous reproduis l'entretien qu'à bien voulu m'accorder Savina de Jamblinne, l'essentiel y est dit. L'original - il est mieux de toujours y revenir - est dans 20 000 lieues sous les livres....

«Ce jour, un roseau se penchait pour la première fois. Des mains malhabiles répétant les mêmes gestes l'assouplirent encore. Il était prêt. »

La Toile regorge d’informations sur les éditeurs en place, mais peu, vraiment trop peu, sur certains qui, travaillant à l’ombre des média, à l’ombre de ces géants sur les feux de la rampe, s’attèlent avec courage et détermination, passion et folie, à la confection artisanale, à l’édition pour dire les choses simplement, de mots et de textes qui entrent en résonance avec leurs goûts littéraires.

Christian Domec, éditeur des Penchants du roseau, dresse aujourd’hui le bilan de sa première année éditoriale.

1. Savina : Les Penchants du roseau fêtent leur première année éditoriale.  Tout un symbole.  Comment cette aventure a-t-elle démarrée ?

Christian : Oh ! C'est une longue histoire. La publication de textes ne m'était pas étrangère il y a de ça longtemps. Mais à cette époque, nous – je donc – ne nous soucions ni de dépôt légal, ni de propriété intellectuelle, ni de droit d'auteur, ni de tous ces petits signes qui encombrent les premières et dernières pages d'un livre. Non, nous avions à lire, à écrire, à colporter et nous le faisions comme ça, à la criée, sous le manteau, dans des assemblées ou leurs couloirs, anonymes ou fantaisistes, avec des traces d'encre sur les mains. Ensuite, j'ai eu une longue période d'absence, pris par d'autres activités et, en particulier, la lecture, celle silencieuse qui toujours a accompagné mes pas.  Curieusement c'est une fenêtre nouvelle, celle s'ouvrant sur Internet, qui m'a replongé dans la publication et ses débats vers le milieu des années 90.  J'y passais beaucoup de temps en conversations, conseils, autour de textes littéraires ou de leur publication. Ce temps, je l'avais donc, et cette aventure maturait.  Il fallut un déclencheur, ce fut La Route de Cormac McCarthy : texte d'une force extraordinaire derrière une écriture très épurée ; l'étincelle ne fut pas le texte, mais la façon négligée de sa traduction en poche, celui que je m'étais acheté.  Des dizaines de phrases tronquées par un vieux mastic qui – vu le procédé de fabrication de ces poches – ornait des milliers d'exemplaires de ce livre.  Regardez l'éditeur L'Olivier, du groupe La Martinière mis en poche sous marque Le Points : de si grandes pointures qu'il était vain de m'adresser à elles pour réajuster l'ensemble, celui de mon unique exemplaire.  Il n'était qu'un élément d'un stock qu'un flux avait échoué entre mes mains. Oui, ce jour là, au printemps 2009, je me suis décidé à faire tout le contraire. Ce jour, un roseau se penchait pour la première fois. Des mains malhabiles répétant les mêmes gestes l'assouplirent encore. Il était prêt.

2. Savina : Ces livres ne ressemblent pas aux autres :  leur confection relèverait-elle de l’artisanat ?

Christian : J'aime bien le mot artisan : l'artiste qui prend tout son temps. Si vous regardez bien un livre, du texte à votre main de lecteur, vous voyez qu'il concentre un labeur extraordinaire.  Un labeur lent.  Et s'il est bien fait, celui d'un artisan. L'écriture d'un auteur peut être traversée de fulgurances, mais hormis quelques poèmes, il ne peut œuvrer sur l'heure. Ce sont des semaines, des mois, des années de coupes et de découpes. Lorsque le texte rencontre son premier lecteur, l'autre, celui qui pourrait – soyons fou – l'éditer, une longue conversation s'engage. Au heurt de la lecture l'auteur devra répondre : heurter un peu plus ou fondre.  Le façonnage du livre peut mieux s'industrialiser, le procédé est assez simple, il a cinq siècles d'apprentissages accumulés.  Pourtant, demandez au premier correcteur ou maquettiste venu, les technologies les plus fines ne peuvent négliger l'œil. Oui, le livre relève de l'artisanat, même s'il est aujourd'hui manufacturé – l'écriture elle-même peut être produite par des logiciels, elle ferait pâlir d'envie des auteurs en herbes sauf leur fêlure.  Non, ce qui m'a décidé à façonner un livre de bout en bout, c'est ma défiance de cette chaîne, devenue « incontournable », celle qui divise le travail en compartiments étanches, hyper-spécialisés, et ne parlent plus – sauf pour la communication marketing qui crée des rentrées littéraires comme Boucicaut créa la semaine du blanc – que de produits, de stocks et de prix... réservant la part belle au pilon.  Alors oui, en artisan, je choisis le texte et son auteur, le papier, la police de caractères, la colle et le lieu où le livre pourra cheminer.

3. Savina : Sur votre blog Les penchants du roseau, vous mettez en lumière l’édition numérique.  Quel regard portez-vous sur cette forme d’édition, et pourquoi, dans la foulée de la création de votre maison d’édition, en tenez-vous compte ?

Christian : Ah ! le numérique, c'est le grand débat actuel.  Il coïncide avec l'arrivée de tablettes électroniques qui font comme si elles étaient des livres, alors qu'elles sont des bibliothèques éphémères de fichiers numériques.  Dans les années qui viennent, la rotation de ces machines, de leurs nouveaux modèles toujours plus puissants et adaptés vont créer un amoncellement de déchets considérable. Ceci dit, je ne rentre pas trop dans ce débat : livre papier versus fichier numérique. J'ai juste remarqué deux choses :

- la lecture ouverte, publique et presque gratuite (les bibliothèques municipales par exemple) favorise l'acquisition de livres ; il en va de même pour la lecture sur écran ou tablette, parce que cet objet, le livre, n'est pas simplement fétiche, il incorpore le texte comme nul autre objet, il lui donne chair et cette chair, nous aimons l'effleurer, l'écorner, même parfois la posséder et souvent la partager. L'offrir.

- Comparé au travail d'édition d'un texte, de composition et de publication, le temps passé pour transformer ce texte en fichier numérique est celui d'une virgule, les moyens, ceux d'un point, l'énergie d'une esperluette. Le fichier numérique, en temps que tel, a une valeur proche de zéro (contrairement à ce que peut dire le SNE – syndicat national de l'édition - dont le nez vient à l'instant de traverser ma fenêtre entrouverte).

Fort de ces deux observations, j'ai décidé de mettre en ligne tout ce que je publie. Il y aurait quelque chose à cacher ?

4. Savina : Votre passé (ou présent) professionnel vous est-il utile dans cette folle entreprise que vous menez aujourd’hui ?

Christian : Non, pas directement. Mais, vous avez dû l'observer, tous les lieux où l'on se frotte à d'autres, même les plus éloignés d'un objet nous le font voir d'une autre manière.  Sans doute, il y a un peu de folie dans ce que j'entreprends.

5. Savina : Quels sont les auteurs que Les Penchants du roseau ont l’honneur d’accueillir ?

Christian : Ah ! J'aime bien l' « honneur d'accueillir » parce qu'il y a de ça, en effet. Les auteurs ? Je cherche le côtoiement d'anciens et de modernes ou plus directement de morts et de vivants.  Les auteurs des trois premiers livres publiés sont Nicolas Dugord, libraire du XVIe siècle, Marc de Montifaud, femme sulfureuse, XIX e siècle, Paul de Musset, le frère d'Alfred, Jean Domec, amoureux des chèvres, Hervé Bréchet, amoureux des Conards et Jean-François Joubert à la sensibilité à fleur de mots.  J'aime retrouver la modernité et l'audace des anciens, la sensibilité profonde des nouveaux.

6. Savina : En tant qu’éditeur débutant dans le métier, à quelles principales difficultés êtes-vous confronté ?

Christian : Toutes, mais la première est lorsque je me présente : « apprenti libraire ». Pourquoi ?   Parce que lors de mes contacts, dès que j'annonce mon titre – on n'a que celui que l'on veut bien s'octroyer -, il y a confusion, méprise, sourire gêné ...  Pourtant, les mots ont bien un sens : un libraire est bien celui qui fabrique des livres et les publie. Ce n'est pas parce qu'il lui arrive de les vendre que ce dernier acte doit effacer tout le reste à tel point qu'il se sente obligé de ne faire plus que ça et d'exiger le code barre pour rendre sa tâche moins épuisante. Et apprenti... ah ça ! Je tiens à le rester toute ma vie.

7. Savina : Les auteurs qui souhaiteraient être publiés chez vous, doivent-ils remplir des conditions ?

Christian : Oui, que le texte qu'ils me présentent me plaise presque instantanément quitte à en reparler très longuement ensuite.  Qu'ils ne soient pas en quête d'une grande ni d'une moyenne diffusion, il y a d'autres portes pour ça.  Qu'ils ne craignent pas que leur texte soit rendu public... après publication... sur d'autres supports que le livre.  Mais tout ça je l'explique très clairement dans le contrat que je leur propose.  Il a de plus une particularité rare, très rare : l'auteur m'autorise à publier mais garde tous les droits sur son texte, il peut s'il le souhaite le proposer ailleurs ou le diffuser directement.

8. Savina : Comment pourriez-vous nous présenter votre ligne éditoriale, le style, l’atmosphère qui se dégage de vos livres ?

Christian : Je n'ai pas à proprement parler de ligne éditoriale, je procède plutôt par correspondance (« A, noir corset velu des mouches éclatantes ») et par « souvenance » (« Je me souviens des coups de règle en fer sur les doigts. »). Mais je penche vers la littérature qui se défie des genres.  Il n'y a pas d'unité de style ni d'atmosphère sauf dans leur fabrication : je cherche une ligne épurée, une sobriété, une discrétion, je n'y suis pas encore tout à fait arrivé, mais je m'en rapproche : l'éclat doit surgir du texte.

9. Savina :  Les penchants du roseau ont un an.  Par la force des choses, vous prenez le pouls de votre bébé.  Comment se porte-t-il ?

Christian : Je souris, je ris presque. Il va à ma mesure donc bien, pourtant, lorsque je vois le camembert – celui du prix du livre – bien ferme, un beau cercle sans aspérités dont la somme des portions fait 100, je me dis que celui sur lequel lorgne ce bébé est bien coulant, ça dégouline de partout et qu'à découper des portions nous pourrions en faire quatre au moins. Mais le camembert coulant quel délice ! si on le goûte avant que les asticots s'en mêlent. J'en suis exactement là.

10. Savina : Bientôt, un auteur verra le jour aux Penchants du roseau.  Pouvez-vous nous lever un pan de voile sur cette publication (et sur l’auteur) ?

Christian : Cet auteur, c'est  Cécile Fargue.  Elle n'a pas besoin des penchants du roseau pour écrire et publier.  Pourtant, oui, c'est une rencontre importante, en tout cas pour moi, pour les penchants. Importante parce que ce texte qui fera livre, celui qui s'appellera Le Souvenir de personne est certainement un des textes les plus forts, les plus troublants que j'ai pu lire ces dernières années.  Je pense – sans aucune forfanterie, je ne suis qu'un passeur dans l'histoire – que c'est un des livres de l'année.  Dommage, peut-être, qu'il ne bénéficie que de la petite brise qui font se pencher mon roseau.  Mais l'aventure est belle et me donne de sacrées responsabilités.

En dire deux mots ? Non pas tout de suite, mais peut-être citer cet extrait du brouillon de la quatrième de couverture : « Troublante, émouvante, poétique et grinçante à la fois, la langue de ce Souvenir fait vivre toutes les nuances du gris.  Cette palette sensible où le noir n’existe que parce que le blanc n’est jamais totalement absent. »

11. Savina : Vous n’ignorez point la difficulté pour les auteurs de trouver un éditeur, dont certains baissent les bras et abandonnent l’écriture.  Que leur diriez-vous ?

Christian : L'écriture ne doit pas être soumise à la recherche d'un éditeur. L'irrépressible besoin de publier, lui, peut trouver d'autre voies.  Mais cette rencontre se fera si l'auteur, tel un artisan, découvre et redécouvre son texte.  Il trouvera alors l'élan pour frapper à quelques portes, elles ne sont pas toutes fermées, loin de là.  Il suffit juste d'oublier celles aux couleurs criardes, aux accès encombrés.  Mais bon, tout auteur, je crois, le sait.

12. Savina : Un dernier mot pour les lecteurs de ce blog ?

Christian : Oh ! Je le trouve bien courageux de lire cette réponse, sauf s'il a sauté les précédentes. Ce blog est sympathique et y perce une pointe d'audace.  Il est parsemé de réflexions intéressantes.  Mais, comme pour l'auteur, ci-dessus, le lecteur/commentateur de ce blog le sait déjà.

Savina : cher Christian, merci pour ces échanges enrichissants, et …  longue vie aux Penchants du roseau !

Savina de Jamblinne.

jeudi 19 août 2010

Et Demain, je voulais vous dire...

Oui, je voulais vous dire que de ce blog je vais m'écarter un peu ; juste d'une côte. Pourquoi ? C'est un manuscrit, un texte plein et lié : une œuvre, elle demande mon attention. Je pense, je suis persuadé, que si le roseau se penche sur ces mots, il rencontre sa réson d'exister. Ah non ! Ne vous méprenez pas, je suis fier des Conards, sensible à Bleu Terre, réjouis de La Chèvre et de son jaune, mais là, pour moi, il s'agit d'autre chose. Une œuvre, née ailleurs, bourgeonnera ici pour s'épanouir plus loin. Oui, je le sais. Elle sera vagabonde.

Sa publication en nos penchants est déjà prévue pour l'automne, il viendra vite l'automne, novembre serait bien, le mois du neuf.

Il n'est pas possible de tout faire simultanément. Se pencher profondément demande du temps et du silence, des promenades aussi pour lire le texte à haute voix, l'écouter sans s'en distraire.

Alors oui, une pause ici, une pause aussi là où l'actualité de l'instant efface la précédente. Une pause sans oublier de se tourner vers hier. Nous penchons depuis une année bientôt, j'aimerais vous la conter un peu, j'aurai besoin de vous, je vous ferai signe, parce qu'hier c'est demain aussi. Je reprendrai ainsi quelques correspondances négligées. Il y aura donc des « demain les Conards », « demain Bleu Terre », « demain La Chèvre jaune » et cet autre demain qui me fait déjà trembler.

dimanche 15 août 2010

Ave Maria ! La Chèvre jaune est publié(e)

« L’étranger ne manquera pas de s’arrêter, et je me charge du reste. La taillade sera donnée en moins de temps qu’il n’en faut pour prononcer notre mot d’ordre : Ave Maria. »
in La Chèvre jaune.

« la pensée du meurtre de l’ordinateur lui revint à l’esprit »
in La Chèvre jaune.

« Allez voir, c’est proche d’ici
Écoutez le son de la vielle :
Si l’on y danse, dansez-y
Si l’on y baise, qu’on m’appelle. »
in La Chèvre jaune.

Toutes les informations pratiques pour lire La Chèvre jaune sont ici : La Chèvre jaune, Paul de Musset. Roman suivi de Balade caprine à travers la littérature tourangelle, Jean Domec.

La Chèvre jaune

samedi 14 août 2010

Chers lecteurs

les penchants du roseau n° 31 (bulletin public au format pdf, à télécharger, à lire et à diffuser sans modération.

« Les penchants du roseau », librairie artisanale, vous propose un très petit choix de livres fabriqués à l'unité dans son atelier sis au bord de l'étang de Saint-Aubin-du-Cormier en Ille-et-Vilaine. Chaque livre peut bien sûr être commandé directement ou chez votre libraire, mais il vous est loisible de le feuilleter dans sa bi­bliothèque numérique ainsi que dans les feuilles correspondantes du journal des penchants du roseau ou plus charnellement dans votre bibliothèque préférée si vous en demandez l'acquisition.

Après le burlesque et sulfureux Les Conards de Rouen de Nicolas Dugord, Marc de Montifaud et Hervé Bréchet ; le sensible et poé­tique Bleu Terre de l’auteur breton Jean-François Joubert ; nous avons le plaisir d’annoncer la publication le 15 août 2010 de La Chèvre jaune de Paul de Musset accompagnée de Balade caprine à travers la littéra­ture tourangelle de Jean Domec.

Christian Domec, apprenti libraire.

La Chèvre jaune, une conversation se poursuit

Agnès, Jean,

Protégé d’une ondée passagère par un rameau gorgé de fruits du Cormier d’Aubin, je vous écris ce mot. Reprendre une conversation interrompue deux fois par le tranchant d’une larme. Je serai bref, ayant peur qu’afflux de mots bouscule. Juste vous dire que vous l’auriez aimée cette Chèvre Jaune, elle qui symbolise si intensément ce sentiment mêlé, humain, terriblement humain, de l’attirance et de la répulsion. Elle cabriole, danse des saltarelles effrénées ; se montre douce, docile parfois, espiègle toujours ; elle est pourtant insaisissable, elle a avant tout ce goût de liberté qui ne supporte le piquet ; elle accompagne, mais jamais ne se soumet. Comme son mâle, lascive, curieuse, aventureuse et nomade, elle exacerbe les sentiments et, si pour quelque raison l’homme embrasse la peur, plus que pour le baudet, une clameur gonflera : « haro ! ».

Agnès, Jean, s’il est une chose que vous m’avez apprise c’est le goût, le goût de découvrir, le goût de l’étrange, le goût de l’étranger, le goût du passage et des quelques pas qu’ils nous offrent, le goût d’accompagner, le goût de la liberté de l’autre comme expression de la sienne, le goût de ce qui ne peut être saisi. Alors oui, ensemble, dans notre logis, nous en avons vu passer des insaisissables, des Sémites, des Manouches, des Peulhs, des Persans, des Pieds-noirs, des Berbères, des Slaves du sud... et nous nous y sommes frottés et, je vais peut-être vous surprendre, mais des années après, les étincelles je les vois toujours dans leurs prunelles et dans les vôtres.

Ah ! Ces étincelles, j’aime les voir et les susciter encore... surtout cet été où le « haro ! » est à nouveau prononcé par notre chargé d’affaires principal et provisoire. La peur et la haine font décidément trop bon ménage.

Agnès et Jean, j’aurais tant à vous dire encore, mais – vous vous en doutez – je le ferai dans l’intimité.

Christian Domec, votre fils, mécréant et pourtant...

mercredi 4 août 2010

Mois d'août, fi du vent dominant !

les penchants du roseau

Je ne sais pas s'il vous est arrivé d'observer longuement des roseaux bordant un étang. Ces jours derniers, cette humeur me prit, et mon intuition – la féminine – s'en trouva confortée. Lorsque le vent dominant est, violent, versatile ou doux, un premier regard trompe : les roseaux lanceraient leur plumeau d'un seul élan vers la destination brisée. Ils oscillent pourtant, chacun à sa façon, rarement ils se couchent, ils aiment jouer de leur quenouille comme d'un contre balancier. Leurs penchants sont singuliers. Chaque roseau semble aimer se frotter aux autres à sa manière. Il côtoient, s'expriment, mais ne se fondent pas.

Vous dire ça, pour quoi ? Ah ! Oui, une année s'est écoulée depuis cette décision : créer les Penchants. Douze lunes quoi. Alors, je pourrais dresser – comme la novlangue bureaucratique et commerciale aime le claironner – un premier bilan. Eh bien non ! Ce n'est pas le moment, je n'ai pas l'esprit à ça. Je ne dis pas ; une autre fois je le gribouillerai : je vous parlerai de rencontres, de papelards, de chiffres, de déconvenues, de plaisirs... Oui, plus tard.

Là j'aimerais vous confier : le doute – ce compagnon fidèle – m'a assailli. Non celui qui murmure d'arrêter, mais l'autre, celui qui vous questionne sans cesse sur le sens, celui de la sente que vous parcourez. J'ai conscience de la fragilité de ces Penchants, ils ne reposent que sur deux épaules ; elles n'ont plus la fermeté des beaux jours. Ces Penchants, oui, ils rencontrent bien souvent incompréhensions, méprises, silences. Tiens, c'est tout bête : lorsque je signe « apprenti libraire » on m'interroge comme si les mots n'avaient sens (celui-ci d'ailleurs a bien deux « s »). Je ne suis pas un jouvenceau à marier et pourtant on veut me caser quitte à me démembrer si le corps entier ne rentre pas.

Alors, oui, ce déménagement m'oblige à affûter autrement mes outils, rencontrer – lorsque le temps me le permet – ceux qui pourraient être intéressés par ce que j'ai choisi, saisi, corrigé, maquetté, imprimé, relié, collé, emballé. Emballé oui, je le suis. Ne pas me contenter d'une tâche, tenter de les embrasser toutes ; mais souvent elles se dérobent ; elles sont d'une matière qui ne se modèle à la guise du premier apprenti venu. J'ai pensé, bien sûr, rogner le fût. Tenez, par exemple : confier l'impression à des professionnels, il en existe de fameux non loin de chez moi, à Mayenne ou à Condé-sur-Noireau, sûr, ils façonnent mieux et pour le coût du papier vierge en rameaux que je souille. Amaigrir mon champ, de la librairie verser dans l'édition et, surveiller de temps en temps le stock... Et pourtant il me plaît d'être responsable de la racine au plumeau quitte à retourner à la quenouille plus souvent que raison. Ah ! Celle-ci se défausse parfois, elle s'estompe silhouette. Mais cette unité mêlée permet de vivre son dialogue intérieur, éviter l'invention d'un bouc-émissaire hors soi. Ne sommes-nous pas pourtant étranger à nous-mêmes.

Poursuivre donc, choisir, toujours choisir même lorsque cela ampute. Façonner. Proposer et offrir le libre feuilletage dans le monde hyper matériel du numérique.

J'ai, dans mes cartons, de beaux projets, et même s'il n'ont que la taille d'un monticule sablonneux ils mêlent ubac et adret. Merci à celles et ceux qui en acceptent le partage.

Savez-vous ? J'aimerais parfois voir vos yeux pétiller.

Christian Domec, apprenti libraire.

vendredi 30 juillet 2010

Quenouilles

Oh, oh ! du roseau, il n'y a pas que le chanvre, le lin ou la laine ; va filer ta quenouille si tu veux que La Chèvre Jaune cabriole parée à temps.

Quenouilles

(photo de Caroline Gagné, licence creative common)

mercredi 17 février 2010

Une brise sensible : Bleu Terre de Jean-François Joubert

La côte

Après les vents turbulents des Conards de Rouen, une brise sensible penche le roseau, celle de Bleu Terre de Jean-François Joubert.

Cette balade poétique & insulaire est illustrée par la reproduction de pastels et d'aquarelles de Georges Briot, le peintre du bout du monde. Elle sera publiée par nos soins le 17 mars 2010.

Pour les penchants du roseau, Christian Domec, apprenti libraire.

(photo, La côte, reproduction de l'aquarelle de Georges Briot, 1989)

jeudi 3 décembre 2009

Pendons la crémaillère !

Pendre la crémaillère

Ce jeudi 3 décembre 2009, pendons la crémaillère et que penche le roseau ! La sortie des Conards de Rouen en est le prétexte et vite nous sortirons discrètement de nos cartons les publications à venir.

Nous répondrons à toutes vos questions, celles au roseau, celles à ses penchants.

Mais n’oubliez pas ripailles, festoyance et farandoles !

(photo de Égoïté, auteur du tableau : Jos Goemaer, Détail de « Le Christ chez Marthe et Marie », de Jos Goemaer, exposé au Musée de la Gourmandise de Hermalle-sous-Huy, licence creative common)

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