Journal des penchants du roseau

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lundi 12 juillet 2010

Le crapaud, la queue et le triporteur

triporteur

Une anecdote voudrait que le chanteur Silly, monsieur 100 000 volts, ait décidé de bâtir sa maison autour de la grande queue de son piano de concert. Je ne sais si elle est vraie, mais la mare ne s'adapte-t-elle pas à la feuille du nénuphar où vibre le coassement du crapaud ?

Vous souvenez-vous de notre abeille ? Sa taille fine & légère ne supporterait la comparaison d'un crapaud quart de queue de Gaveau ou d'Erard, pourtant il fallait bien qu'elle accompagne notre transhumance de Conardie intérieure en Gallésie. Se piquant d'être demoiselle d'intérieur, c'est un comble, au faîte d'une maison de bourg – au loup – qui l'a gîte : la jointure du vieux plancher est approximative et le temps lui dessine un air penché.

Pour calmer son émoi, nous avons décidé de lui offrir ce qu'elle rêvait depuis longtemps : un fabuleux caisson où elle pourra faire son miel... ou du moins sa colle. Elle ne supportait plus de voir la couture de ses bas dessinée lentement, laborieusement, à chaque sortie ; le tremblement de la main de l'apprenti accompagnant son geste des mollets à la cuisse l'agaçait lorsque les caresses devenaient chatouilles.

Lui faire plaisir, certes, mais nous gausser un peu. Notre fière et belle guêpe aura, dès que notre commande de Laponie arrivera en Gallésie un petit air de triporteur et notre bourse celui d'une limande ou d'un carrelet. Rire n'empêche pas de rire à nouveau.

Le gîte de notre guêpe triporteur est dorénavant au 9 rue du Bourg au Loup, 35140 Saint-Aubin-du-Cormier, comme indiqué dans notre page contact.

(photo de dzoing, triporteur, 2007, licence creative common)

jeudi 10 juin 2010

Où ?

Un cormier

(photo de d'Yves Tennevin, Un cormier, licence creative common)

vendredi 18 décembre 2009

Je t’aime un peu... passionnément...

pétales

Ramasser des pétales jonchant le sol ; traces de murmures anciens, d’un petit cri encore audible. Les percer du regard. Retenir l’une pour la lier à celle toute fripée, en écarter d’autres, mais précieusement en garnir une boîte comme un collectionneur d’allumettes. Ajouter discrètement, au brin torsadé, une feuille artificielle.

La recherche de textes et de documents peut ressembler à ça : allier, délier, ajouter, conserver. Les Conards offrent à n’en pas douter un prisme déformant. Les textes de Nicolas Dugord et de Marc de Montifaud étaient là, choisis depuis longtemps, restait pourtant à proposer une introduction à Hervé Bréchet, précieux complice, écrire quelques mots en préface, choisir une image... mais aussi avoir proche des yeux des dizaines d’autres documents ; coffret invisible — épaisseur du livre et de ses auteurs.

En serait-il autrement d’un recueil de poèmes ou d’un roman ? Oui. Mais un apprenti libraire ne pourrait se contenter du texte seul. Il est question d’un albatros ? Il aimera apercevoir son vol, entendre ses légendes, se rappeler Baudelaire, sentir l’iode.

Le choix c’est inciser l’enveloppe, recueillir la pulpe, mais qui a dit que le zeste n’était ni odorant ni goûteux ?

samedi 12 décembre 2009

♪ ♫ Pour faire un livre ♪ ♫ Que c'est long ♪ ♫

engrenages

Je vous parlais de la guêpe hier, mais avant d’entrebâiller la porte de mon atelier, je vais présenter succinctement les étapes de la fabrication d’un livre ; du moins celles que Les Conards de Rouen m’ont désignées. Nous les suivrons ensuite pas à pas, le plus précisément possible afin que, s’il vous plaît, vous vous en inspiriez ou en fassiez la critique.

Le livre

  • choisir et rassembler les textes et documents,
  • saisir,
  • corriger,
  • choisir le type de livre, son format, sa typographie, son papier, sa mise en page,
  • appliquer le choix typographique, mettre en page,
  • corriger,
  • imprimer une première épreuve,
  • corriger,
  • dessiner la couverture, choisir sa texture,
  • imprimer et corriger,
  • choisir le type de reliure,
  • réaliser un livre prototype,
  • corriger,
  • distinguer le corps commun et l’habillage personnalisé,
  • corriger.

L’exemplaire

  • imprimer les pages communes,
  • imprimer les pages personnalisées,
  • prédécouper,
  • relier,
  • sécher,
  • rogner,
  • façonner la couverture,
  • la relier aux pages,
  • sécher,
  • rogner,
  • presser,
  • livrer l’exemplaire.

Et la tourniquette pour faire la vinaigrette.

(photo de Frédéric Bisson, 2009, licence creative common)

jeudi 10 décembre 2009

Fine taille

Taille de guêpe

La guêpe vibrionne, se faufile. C’est sa taille. Elle ne peut s’encombrer de pollen pour vriller, piquer un fard orangé. Le fil tenu qui lie son thorax à l’abdomen est sa contrainte, la condition de sa liberté. La faucille remplacera la faux.

Il est des lieux communs qu’il est préférable de retourner ; celui de dire qu’un ouvrier a toujours de bons outils. L’outil modèle la main à mesure qu’il s’apprivoise. La main ne reste indemne de son prolongement (1). Sa simplicité rime souvent avec ingéniosité. Il paraît fruste, il offre pourtant des facettes à découvrir, à inventer ; subvertir sa fonction première. Une simple réglette pourra aider à tracer un trait, mesurer, plier, ajuster, dresser une droite, tordre une courbe, impressionner, cingler... Une gaucherie dans son utilisation ouvre des perspectives, elle est féconde. Plus sophistiqué, bourré de technologie, l’outil échappe à celui qui le manipule, il ne laisse peu de prise ; son électronique complexe, intégrée, miniaturisée le spécialise, l’enferme dans une tâche précise. S’il la remplit mal ? Son obsolescence programmée est précipitée.

Pour l’équipement de ma guêpe, mes premières erreurs furent dans le choix des outils sophistiqués, ceux qui ne peuvent être dégauchis – juste désossés et recyclés. Tant pis, un apprenti apprend, c’est sa condition et sa fierté.

(1) Les mains sont précieuses. Elles me rappellent une anecdote. Le certificat d’aptitude professionnelle se terminait par un entretien rapide avec des patrons, des menuisiers, d’anciens ouvriers. Jauger le candidat. Je me souviens de cette main qui serra la mienne tout le temps de l’entretien, avec cette ponctuation : « êtes-vous sûr de vouloir exercer ce métier ? » et un sourire aux lèvres. Quand nos mains se desserrèrent, il me resta un temps les stigmates de cette poignée : celles qu’un moignon prolongé de deux doigts pouvait imprimer.

(Photo de Richard Bartz, Munich aka Makro Freak, licence creative common.)

jeudi 26 novembre 2009

La Guêpe

Un bourdonnement et vite, avec sa forme rebondie, elle connut le succès auprès d’une jeunesse dorée et aventureuse dans les années 1950. Un jeu permettait de la déplacer avec des pions et faire le tour du monde. Je ne l’ai jamais chevauchée : juste lancer les dés et voyager. Depuis quelques années, elle a un regain de succès. On l’appelle plus souvent scoot que guêpe. Elle se vend encore sous ce nom et, avec ses 50 cc, a fière allure. Elle n’est pas donnée pourtant, juste une petite saignée pour sentir le vent par temps doux, se faufiler, se serrer et vivre d’un bzzzzzzz.

Lorsque j’ai décidé de monter mon atelier d’apprenti libraire, c’est à elle que j’ai pensé. Trouver matière et matériaux pour, à ce prix, me griser et si un accident survenait les regretter avec la douceur d’un souvenir.

(photo de la Vespa: LX 50 2t)