Journal des penchants du roseau

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Atelier

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mardi 6 septembre 2011

Du choix d’un texte à sa métamorphose en livre

Depuis longtemps déjà figure dans l’agenda cette entrée :

« En retard : une page présentant, pas à pas, la fabrication d'un petits penchants, afin de pouvoir réaliser les vôtres. »

Ce retard risque de se prolonger, j’ai décidé de procéder autrement : rédiger un petit ouvrage dont le titre pourrait être « Du choix d’un texte à sa métamorphose en livre », son contenu contiendrait tous les « secrets » de sa fabrication. Bref, transmettre un savoir-faire en cours d’apprentissage, que d’autres s’en emparent pour en faire ce que bon leur semble. Une date de parution ? Le printemps 2012 serait bien.

Ma courte expérience des penchants du roseau, me rappelle un lieu commun qu’il est bon parfois de répéter : avec très peu de moyens, une once de ténacité, un zeste d’audace, un brin de folie, tout ou presque est possible – à portée de main ; il ne sert à rien d’attendre « que toutes les conditions soient réunies » ou « une bonne étoile » ou « la sébile tendue » ou « une chance grattée » pour faire et le vivre.

Foin de gnagnagna, voici un sommaire possible (hors introduction) :

°°°

  • Quel texte choisir ? Pourquoi le publier ?
  • Éditer c’est rencontrer
  • Converser à propos d’un texte
  • Une bonne correction s’impose
  • Du flacon dépend l’ivresse
  • Papiers, encres, colles et crustacés
  • Oyez, oyez !

°°°

Je ne détaille pas plus avant.

À partir de cet automne – pour me sentir moins seul dans sa rédaction et pour, en quelque sorte, pratiquer un travail éditorial avec vous –, je publierai des extraits de chaque chapitre - sans toujours respecter l’ordre - pour entendre vos questions, vos suggestions, vos remarques, vos critiques & retourner à l’ouvrage.

Le texte sera, bien sûr, librement consultable au format numérique, de son brouillon (les billets sur ce journal) à l’ouvrage achevé.

À cet automne, donc.

lundi 18 avril 2011

Atelier ouvert

Un texte, son livre... sont... un auteur, ses lecteurs. L'apprenti libraire... est... un passeur.

Ouvrir l'atelier c'est en sortir, humer l'air, observer ce roseau et voir qu'une demoiselle vient s'y suspendre un instant, le saisir, s'éloigner un peu, impression sur étang. Un rêve électrique, une ligne nouée, un lieu dit et lire, relire. Découvrir de nouveaux textes, des enfouis, des inédits : choisir, se laisser choisir. Converser longuement et corriger, extraire les arapèdes engluées dans les recoins du style, observer celles qui rehaussent ses replis. Maquette faite, imprimer, couper, insérer, presser. Râper le dos pour que le coulis de colle pénètre profond. Pellicule sur couverture, rainure et encartage, presse encore : les livres naissent des livres. Un léger dépôt reste & cote. Premières lectures, critiques, commandes, un pli et le dire.

(ajout du 18 avril 2011 : dans ces photos de l'atelier j'y vois la trace de ce qui allait advenir... Ce billet fut publié le 6 novembre 2010, juste avant la sortie publique du Souvenir de personne de Cécile Fargue, les photos sont bien sûr antérieures à cette date. )

roseau

demoiselle

étang

rêve

fil noeux

lieu dit

lectures

découverte

découverte autre

édition

correction

correction 2

correction 3

impression

massicot

presse

insert

grecquage

colle

pellicule

rainure

encartage

presse 2

dépôt

critique

commande

pli

rendre compte

(photos sans légendes, libres de droit)

lundi 12 juillet 2010

Le crapaud, la queue et le triporteur

triporteur

Une anecdote voudrait que le chanteur Silly, monsieur 100 000 volts, ait décidé de bâtir sa maison autour de la grande queue de son piano de concert. Je ne sais si elle est vraie, mais la mare ne s'adapte-t-elle pas à la feuille du nénuphar où vibre le coassement du crapaud ?

Vous souvenez-vous de notre abeille ? Sa taille fine & légère ne supporterait la comparaison d'un crapaud quart de queue de Gaveau ou d'Erard, pourtant il fallait bien qu'elle accompagne notre transhumance de Conardie intérieure en Gallésie. Se piquant d'être demoiselle d'intérieur, c'est un comble, au faîte d'une maison de bourg – au loup – qui l'a gîte : la jointure du vieux plancher est approximative et le temps lui dessine un air penché.

Pour calmer son émoi, nous avons décidé de lui offrir ce qu'elle rêvait depuis longtemps : un fabuleux caisson où elle pourra faire son miel... ou du moins sa colle. Elle ne supportait plus de voir la couture de ses bas dessinée lentement, laborieusement, à chaque sortie ; le tremblement de la main de l'apprenti accompagnant son geste des mollets à la cuisse l'agaçait lorsque les caresses devenaient chatouilles.

Lui faire plaisir, certes, mais nous gausser un peu. Notre fière et belle guêpe aura, dès que notre commande de Laponie arrivera en Gallésie un petit air de triporteur et notre bourse celui d'une limande ou d'un carrelet. Rire n'empêche pas de rire à nouveau.

Le gîte de notre guêpe triporteur est dorénavant au 9 rue du Bourg au Loup, 35140 Saint-Aubin-du-Cormier, comme indiqué dans notre page contact.

(photo de dzoing, triporteur, 2007, licence creative common)

jeudi 10 juin 2010

Où ?

Un cormier

(photo de d'Yves Tennevin, Un cormier, licence creative common)

vendredi 18 décembre 2009

Je t’aime un peu... passionnément...

pétales

Ramasser des pétales jonchant le sol ; traces de murmures anciens, d’un petit cri encore audible. Les percer du regard. Retenir l’une pour la lier à celle toute fripée, en écarter d’autres, mais précieusement en garnir une boîte comme un collectionneur d’allumettes. Ajouter discrètement, au brin torsadé, une feuille artificielle.

La recherche de textes et de documents peut ressembler à ça : allier, délier, ajouter, conserver. Les Conards offrent à n’en pas douter un prisme déformant. Les textes de Nicolas Dugord et de Marc de Montifaud étaient là, choisis depuis longtemps, restait pourtant à proposer une introduction à Hervé Bréchet, précieux complice, écrire quelques mots en préface, choisir une image... mais aussi avoir proche des yeux des dizaines d’autres documents ; coffret invisible — épaisseur du livre et de ses auteurs.

En serait-il autrement d’un recueil de poèmes ou d’un roman ? Oui. Mais un apprenti libraire ne pourrait se contenter du texte seul. Il est question d’un albatros ? Il aimera apercevoir son vol, entendre ses légendes, se rappeler Baudelaire, sentir l’iode.

Le choix c’est inciser l’enveloppe, recueillir la pulpe, mais qui a dit que le zeste n’était ni odorant ni goûteux ?

samedi 12 décembre 2009

♪ ♫ Pour faire un livre ♪ ♫ Que c'est long ♪ ♫

engrenages

Je vous parlais de la guêpe hier, mais avant d’entrebâiller la porte de mon atelier, je vais présenter succinctement les étapes de la fabrication d’un livre ; du moins celles que Les Conards de Rouen m’ont désignées. Nous les suivrons ensuite pas à pas, le plus précisément possible afin que, s’il vous plaît, vous vous en inspiriez ou en fassiez la critique.

Le livre

  • choisir et rassembler les textes et documents,
  • saisir,
  • corriger,
  • choisir le type de livre, son format, sa typographie, son papier, sa mise en page,
  • appliquer le choix typographique, mettre en page,
  • corriger,
  • imprimer une première épreuve,
  • corriger,
  • dessiner la couverture, choisir sa texture,
  • imprimer et corriger,
  • choisir le type de reliure,
  • réaliser un livre prototype,
  • corriger,
  • distinguer le corps commun et l’habillage personnalisé,
  • corriger.

L’exemplaire

  • imprimer les pages communes,
  • imprimer les pages personnalisées,
  • prédécouper,
  • relier,
  • sécher,
  • rogner,
  • façonner la couverture,
  • la relier aux pages,
  • sécher,
  • rogner,
  • presser,
  • livrer l’exemplaire.

Et la tourniquette pour faire la vinaigrette.

(photo de Frédéric Bisson, 2009, licence creative common)

jeudi 10 décembre 2009

Fine taille

Taille de guêpe

La guêpe vibrionne, se faufile. C’est sa taille. Elle ne peut s’encombrer de pollen pour vriller, piquer un fard orangé. Le fil tenu qui lie son thorax à l’abdomen est sa contrainte, la condition de sa liberté. La faucille remplacera la faux.

Il est des lieux communs qu’il est préférable de retourner ; celui de dire qu’un ouvrier a toujours de bons outils. L’outil modèle la main à mesure qu’il s’apprivoise. La main ne reste indemne de son prolongement (1). Sa simplicité rime souvent avec ingéniosité. Il paraît fruste, il offre pourtant des facettes à découvrir, à inventer ; subvertir sa fonction première. Une simple réglette pourra aider à tracer un trait, mesurer, plier, ajuster, dresser une droite, tordre une courbe, impressionner, cingler... Une gaucherie dans son utilisation ouvre des perspectives, elle est féconde. Plus sophistiqué, bourré de technologie, l’outil échappe à celui qui le manipule, il ne laisse peu de prise ; son électronique complexe, intégrée, miniaturisée le spécialise, l’enferme dans une tâche précise. S’il la remplit mal ? Son obsolescence programmée est précipitée.

Pour l’équipement de ma guêpe, mes premières erreurs furent dans le choix des outils sophistiqués, ceux qui ne peuvent être dégauchis – juste désossés et recyclés. Tant pis, un apprenti apprend, c’est sa condition et sa fierté.

(1) Les mains sont précieuses. Elles me rappellent une anecdote. Le certificat d’aptitude professionnelle se terminait par un entretien rapide avec des patrons, des menuisiers, d’anciens ouvriers. Jauger le candidat. Je me souviens de cette main qui serra la mienne tout le temps de l’entretien, avec cette ponctuation : « êtes-vous sûr de vouloir exercer ce métier ? » et un sourire aux lèvres. Quand nos mains se desserrèrent, il me resta un temps les stigmates de cette poignée : celles qu’un moignon prolongé de deux doigts pouvait imprimer.

(Photo de Richard Bartz, Munich aka Makro Freak, licence creative common.)

jeudi 26 novembre 2009

La Guêpe

Un bourdonnement et vite, avec sa forme rebondie, elle connut le succès auprès d’une jeunesse dorée et aventureuse dans les années 1950. Un jeu permettait de la déplacer avec des pions et faire le tour du monde. Je ne l’ai jamais chevauchée : juste lancer les dés et voyager. Depuis quelques années, elle a un regain de succès. On l’appelle plus souvent scoot que guêpe. Elle se vend encore sous ce nom et, avec ses 50 cc, a fière allure. Elle n’est pas donnée pourtant, juste une petite saignée pour sentir le vent par temps doux, se faufiler, se serrer et vivre d’un bzzzzzzz.

Lorsque j’ai décidé de monter mon atelier d’apprenti libraire, c’est à elle que j’ai pensé. Trouver matière et matériaux pour, à ce prix, me griser et si un accident survenait les regretter avec la douceur d’un souvenir.

(photo de la Vespa: LX 50 2t)