[je recopie tel quel – hors sous-titres et photos – l'article de Y. A. paru dans la Chronique Républicaine du 30 septembre 2010. Y., s'il y a le moindre problème de droit de reproduction, faites-le moi savoir]
Christian Domec n'est pas un libraire ordinaire. Il partage sa vie entre sa famille, son travail dans les télécoms et une passion immodérée pour les livres qui l'a conduit à se lancer dans l'édition.
Originaire de Touraine et récemment installé à St-Aubin-du-Cormier, il n'est pas écrit sur le visage de cet homme de 54 ans qu'il est un peu fou. Fou de livres pour être plus précis. Et fondamentalement amoureux de la langue française. « Des langues puisque chaque auteur utilise la sienne », précise-t-il.
Le mot éditeur ne lui plaît guère, à l'heure où un quart de la production qui couvre les tables des rentrées littéraires est détruit au pilon. Il préfère se qualifier d'apprenti libraire. « Parce qu'apprenti je le serai toute ma vie et que le mot libraire, à l'origine, désignait celui qui fabriquait les livres jusqu'à leur vente. Ce mot s'est réduit peu à peu à marchand de livre... » Christian Domec se consacre à cette activité peu lucrative comme un « amateur passionné ». Son ordinateur, une imprimante, une scie, une râpe, un massicot et de la colle lui suffisent à fabriquer ses livres. « Au départ, je consacrais deux heures à chaque exemplaire, maintenant je m'en sors avec trois quarts d'heure ! » Tout le contraire d'une production industrielle.
Sa petite entreprise baptisée « Les penchants du roseau » a déjà sorti depuis l'an dernier trois livres tirés entre 100 et 300 exemplaires. Les « Conards de Rouen », dont les textes datent du XVIe siècles et qu'il a recopiés à la main il y a 30 ans, « Bleu Terre » du poète breton Jean-François Joubert, et « La Chèvre jaune » de Paul de Musset (le frère d'Alfred), texte de 1848.
Son prochain coup de cœur est pour une jeune femme de 31 ans, Cécile Fargue, « Le Souvenir de personne ». Christian Domec discute ainsi « avec les vivants comme avec les morts. Mais je préfère discuter avec les vivants ! L'essentiel, quand on apporte des corrections, est le respect de la langue... »
On peut aimer les livres à la mode artisanale et vivre avec son temps. « Mon projet existe depuis une dizaine d'années mais c'est sur internet, en échangeant sur les forums, que l'idée a pris corps. C'est aussi en surfant sur internet qu'il a rencontré Cécile Fargue et tous les textes des « penchants du roseau » sont disponibles gratuitement en ligne.
À croire que Christian Domec ne cherche pas à gagner d'argent. « Pour le moment je fonctionne à perte. Je ne demande pas de contrat d'exclusivité aux auteurs car je considère qu'un texte appartient à celui qui l'a écrit et à celui qui le lit. Je vais a contrario de tout ce qui se fait, surtout en matière de gros sous. »
Grand lecteur lui-même, à raison d'un ou deux ouvrages par semaine, il demeure avide de découvertes. Ses publications sont en vente dans plusieurs enseignes de St-Aubin-du-Cormier et tout libraire intéressé peu le contacter.
Y. A.