
Je ne regarde pas trop ce qu'un auteur a pu déjà publier ou s'il n'a jamais publié. Il y a quatre choses, je crois, qui vont être essentielles dans mon désir de publier, d'en envisager le temps, la possibilité et d'oser l'accepter ou le proposer : la singularité de l'écriture, une correspondance avec mes rêveries, sa coïncidence avec mes réminiscences et, bien sûr, une rencontre ; celle-ci, je ne l'explique pas autrement que par le « parce que c'était lui, parce que c'était moi" ; même si ici il ne s'agit nullement d'amitié dans le sens plein du terme - si elle existe, elle sera bien indépendante de tout ceci -, il y a toujours un pincement vif au moment où j'exprime et perçois le « d'accord ». Je ne sais pas ce qu'il en est pour « les autres », mais à converser ici et là, je sais qu'il sont animés par des intentions multiples difficilement cernables et qu'à vouloir les décrire à grands traits on risque la caricature. Même les grosses machines qui s'ajustent parfaitement à la circulation des flux de marchandises réservent des surprises, parce qu'elles sont peuplées d'hommes avec leurs accidents.
Je ne crois pas du tout à cette histoire de « wannabe » ou, si elle existe je la retoquerais « wannahave », et ce « wannahave » traverse toute la société - y compris donc celle des « lettres » quelle que soit sa noblesse apparente et trompeuse. Je viens de lire les mots de deux recalés des prix « prestigieux » de ce mois. Ils sont tristes à en mourir, même s'ils le font avec style, dans leur adoration du hochet. Ils me rappellent ces deux phrases, celle attribuée à Bonaparte à propos de la légion d'honneur : « On appelle cela des hochets, eh bien, c'est avec des hochets qu'on mène le monde ! » et cette autre du Bouvart & Pécuchet inachevé « Légion d'honneur : la blaguer mais la convoiter. Quand on l'obtient, toujours dire qu'on ne l'a pas demandée. » Ce « wannahave » est une course sans fin, même la mort ne semble l'achever parfois.
Le système de l'édition en France est plus que critiquable, de son sot-l'y-laisse jusqu'à son pilon, comme partie du capitalisme triomphant, absorbant sa critique et ménageant ses féodalités. Mais ce qui se profile avec le développement technologique c'est la « main invisible » pour décider de ce qui sera publié avec l'automatisation de la publication en se débarrassant de tout ce qui l'humanise (dans son sens plein y compris son (ho)erreur). Cette automatisation ne s'arrêtera pas là, elle produira l'écriture et même, oui, oui, la lecture programmée.
Pour cela, il me paraît urgent et, oh combien !, plaisant de cheminer le long des sentes qui ne sont encore asphaltées. Leur réseau est infini...


