Journal des penchants du roseau

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Tribulations

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mercredi 3 octobre 2012

Réponse du tricheur avec les mains toujours plongées dans la glaise gallèse et de la mousse aux lèvres

(entre deux mousses prises au bar d'à côté, j'ai relu ce billet datant du 2 janvier 2011. Eh bien ! Rien n'a vraiment changé de ce côté-ci et ça me fait bien plaisir)

1. Le mercredi 22 décembre 2010, 14:25 par Pomponette =^:^=

(…) Oui, une première question : C'est "grâce" aux Penchants que j'ai appris - croix de bois si je mens - le sens double et leste d'un roseau. Ma question donc est, pour entrer dans le vif du sujet : l'avez-vous fait exprès ? En effet, le lien de la position a disparu de vos pages. Vous aviez promis des livres licencieux. Ou je me trompe ? http://billets.domec.net/post/2009/...

Pomponette =^:^=, votre première question en comporte donc trois. Elle nécessite aussi une précision. Je ne suis pas incliné conservateur, mais lorsqu’il s’agit de ce que je publie, un billet, une note, un commentaire ou de ce que je recueille, des textes et commentaires, j’ai l’habitude de ne jamais jeter même lorsque j’en suis horripilé. Le lien vers la posture du roseau est toujours , il pointe vers ce site.

Il est toujours difficile de savoir ce qui vous fait choisir un nom plutôt qu’un autre, mais pour le roseau c’est bien sa fragilité & sa ténacité, sa singularité discrète dans la multitude, et ses penchants qui ne se réduisent à l’inclinaison aux vents dominants (la tige s’y courbe toujours à l’opposé de l’origine). Le double clin d’œil « littéraire » est évident, il est là pour en sourire. Le livre papier, sous la forme d’un codex, me fait étrangement penser à ce roseau, surtout s’il est façonné artisanalement. Alors non, cette posture ne fut pas dans ses fondements. Je suis d’ailleurs assez réfractaire à tous ces catalogues qui tentent d’ordonner, de distinguer et de circonscrire nos folles étreintes, nos tendres galipettes et nos furtives caresses.

Je n’ai jamais promis de livres licencieux (il s’agissait ici de la question d’un agent du fisc). Je me permettrai toute licence concernant les textes publiés, mais licence ne veut pas nécessairement dire sexes brandis ou offerts ; il est certainement aujourd’hui plus osé de publier un roman ne contenant pas l’inévitable et nécessaire séance de baise et sa description à faire bâiller de plaisir un entomologiste que celui qui la suggère ou s’en moque. Cela dit, j’ai prévu un livre dans la collection « Côte à cote », il pourrait être considéré comme sulfureux, il sera – sous toute réserve – publié cette année.

Vous vous trompez donc à demi, mais sans faux col, s’il vous plaît.

2. Le mercredi 22 décembre 2010, 15:01 par Question

Oui, tiens, à combien êtes-vous aux Penchants pour abattre un tel boulot au jour le jour ? Ou alors ce n'était non pas en gestation mais en construction depuis belle lurette, non ?

Question, je réponds à la première et tente de traduire la seconde (le « ou alors » et la série de négations me laissent un peu perplexe).

Aux penchants, nous sommes un, ce qui est déjà pas mal. Mais cet « un » tente de garder les yeux ouverts, il ne se sent donc pas toujours seul, il demande conseil parfois et tâchera à l’avenir de le systématiser un peu. Un, donc, pour parcourir ce chemin qui va de l’auteur au lecteur, et ce, pour chaque exemplaire. Il y a un brin de folie à cela, j’en conviens. Une forme coopérative avec des lieux d’impression éclatés, géographiquement au plus proche du lecteur m’aurait vivement intéressé sans dilution de responsabilité : un lecteur où qu’il soit doit pouvoir contacter une personne clairement identifiée au sujet du livre qu’il lit. Cette coopérative, je l’ai construite intellectuellement, j’en ai imagé les contours, elle semblait viable à deux conditions : qu’elle ne soit pas le cache-sexe collectif des décisions d’un ou d’une poignée, qu’elle trouve sont expression par une volonté commune. Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour me rendre compte que ceux qui ont intérêt à l’édition sont particulièrement individualistes, non pour exprimer leur singularité, mais pour participer à cette lutte de tous contre tous, un des canons de notre modernité. Alors oui, là aussi, il fallait aller à contre-courant, trouver des alliés et faire. Cette tâche me paraissait trop gigantesque pour l’amorcer réellement, j’ai donc préféré regrouper seul ce que l’on sépare (et sourire de cette guerre de chiffonniers entre auteurs, éditeurs, libraires, imprimeurs, etc. ; basée sur des certitudes fermes comme des châteaux de sable à marée montante), faire et, à partir de ça, envisager des alliances.

Cette construction penchée ne m’a pas pris beaucoup de temps – quelques mois – parce que j’ai décidé de vérifier par la pratique et non pas attendre d’être prêt. Mais il est sûr que mes balades et l’observation du mouvement des marées ou de l’ondulation d’un marigot lorsque le vent prend force m’ont beaucoup servi. Elles m’aident encore à fabriquer du temps, celui de la contemplation. Mon secret, s’il y en a un, doit être glissé dans ce pli.

3. Le mercredi 22 décembre 2010, 21:16 par Dourak-Dourakine

1) Que s'est-il passé lors de votre récent voyage à Paris qui puisse justifier votre courroux, s'il en est ? Dont le lien que voici : http://billets.domec.net/post/2010/...

Doudak-Dourakine, le lien ? J’aime beaucoup, depuis mon adolescence, ce poème et son terrible – parce que permanent – « tout est rétabli ». Le lien c’est aussi cette orgie contemporaine : trois images et mes « petits penchants » : ceux-ci sont quelques feuillets reliés contenant des petites merveilles encrées de noir, celles-là furent : des amoncellements épars de cartons sur un carré de glace avec une main ou un nez les dépassant sans que le flux piétonnier ou carrossé ne cesse de courir à ses affaires où l’« acheter, à jeter » battait son plein ; des milliers de feuilles imprimées, jonchant le sol, aux couleurs écœurantes vantant le mérite de tel ou tel article hi-tec jetable ; et parmi celles-ci deux pleines pages de publicité pour cette dame patronnesse de 25 ans sous l’effigie de Saint Colucci, avec ce slogan au cynisme tapageur : « Sans lui, ça n’existerait pas. Sans vous, ça n’existerait plus ». Belle gerbe pour son anniversaire. Le bilan – partiel ? – d’une génération, la mienne.

2) Nul n'ignore plus que votre présence active sur le blog des Editions Léo Scheer fut toujours très appréciée, en particulier par Léo Scheer en personne. Quels sont devenus vos rapports, non depuis la mise en ligne du Journal d'Eric Blair, mais depuis la naissance des Penchants du Roseau ? http://www.leoscheer.com/blog/2008/...

L’ignorance n’est pas nécessairement nulle. Léo Scheer est, avec Bernard Fauren de Brumerge, l’éditeur qui a marqué le plus d’attention à la naissance des penchants du roseau. Je ne fréquente plus que très superficiellement le blog de ses éditions pour plusieurs raisons, dont celles-ci : je n’aime pas trop un blog modéré a priori, les quelques commentaires que je peux y lire – écrits par une toute petite poignée de personnes (ou parfois une seule qui se répond à elle-même ad nauseam) – m’ennuient.

3) Avez-vous reçu des nouvelles de lui récemment ? Je me permets de poser la question, car dans Les Emiles de Gab la Rafale il fut question que Léo Scheer aurait eu des soucis de santé. Bref, Les Penchants du Roseau font-ils partie oui ou non, de près ou de loin, de la clique qui lui est hostile ? Si oui, pourquoi ? Et inversement.

J’ai reçu assez récemment des nouvelles de Léo Scheer, mais nous n’y parlons pas de problèmes de santé. Je suis, comme lui, je crois, très réservé sur toute information réelle à ce sujet. Elle relève de l’intime.

J’ignore s’il existe une clique hostile à Léo Scheer, j’en doute. Qu’il y ait de l’hostilité à son égard, cela ne fait aucun doute, mais elle n’est pas coordonnée : allier des personnes qui souvent se jalousent me paraît une gageure. Personnellement, je m’entends plutôt bien avec Léo, nous avons des désaccords, je ne me suis jamais privé de les lui dire de vive voix lorsqu’il me paraissait important de le faire. Ça va peut-être vous faire rire, mais je le trouve, à sa manière, généreux – ce qui est pour moi une qualité essentielle – et il m’étonne parfois – ce qui est plaisant –. Sa « dernière » idée : M@n, est intéressante, le seul point sur lequel j’achoppe réellement est l’édition d’un livre qu’ils n’auraient pas choisi… Mais bon, les maisons d’édition y sont habituées (je reviendrai certainement là-dessus plus loin).

4. Le jeudi 23 décembre 2010, 00:08 par Cécile Delalandre

J'aime l'eau.
j'aime, j'adore la mer
mais elle m'affole
trop inaccessible
trop forte
trop entière
trop mère
trop volupté
trop placentaire
trop brutalement trop nous
trop sans fin
néant
peur qu'on s'y noie...
qu'on s'y perde
ne peux que la confier à Jean-François Joubert ...
J'aime l'eau.
mais les lacs...
les eaux fermées
avec des bords
où s'agripper
les eaux fermées

où j'ai le temps,l'espace, le repère,
d'y voir la vie
Un roseau...
lui demander:
est-ce qu'un apprenti-libraire y est heureux?

Oui, Cécile, avec un petit « h » et merci. J’aime aussi la mer et les océans bien entendu, mais un étang, petit, te pousse à l’altérité, parce qu’il n’est guère peuplé. Tu as peu de chance d’y trouver quelqu’un immédiatement de connivence. Et, parce que j’aime bien me frotter, alors je vais vers l’étranger, là, juste à côté. La mer, c’est autre chose, il y a des bancs, ils peuvent te suffire, ils assoient ta position ; l’échange sera plus long, certes, plus profond, peut-être, mais moins remuant. C’est le banc qui ondule et non toi. Curieux comme certains, parlant d’internet, trouvent ça formidable parce qu’ils y retrouvent des communautés d’intérêts. Peur d’être étonnés ? sans doute.

En surplomb de l’étang, un cormier, il n’y a pas de banc dessous ; lorsque tu viendras, c’est sur l’herbe que tu vivras l’ombre de son rameau.

5. Le jeudi 23 décembre 2010, 02:05 par Poisson des brumes

(…) Des poissons ne sachant nager, Alice ne dirait-elle que c'est la chose la plus curieuse qu'elle ait contemplée de sa vie ? Mais qui es-tu donc Cécile pour à ce point devancer mes ? Mes quoi ? Je ne sais...

Mais quoi, Poisson des brumes ? Non plus je ne sais…

6. Le jeudi 23 décembre 2010, 03:42 par Question...

Au fait, je me permets de vous prendre au mot : qu'est-ce donc pour vous qu'être un tricheur ? Mais aussi : qu'entendez-vous par voir un film "dans des conditions exceptionnelles" ? Mais serez-vous enfin surpris pas la question ?

Question…, je ne suis ni surpris par la question ni qu’elle devienne trois.

Pour tricheur, je n’ai pas de réponse propre autre que celle commune, son sens courant, mais j’y reviendrai certainement plus bas.

« Conditions exceptionnelles » se résumaient à trois choses : une belle petite salle – je ne sais si elle existe encore – non loin de Beaubourg, un public attentif, une compagne plaisante.

7. Le jeudi 23 décembre 2010, 11:37 par Thierry Benquey

(…)
Quelle est la ligne éditoriale des penchants et de l'apprenti libraire ?

Thierry, lorsque j’entends ligne éditoriale, je pense à celle du « parti », une orthodoxie ne supportant nulle dissidence. Les dissonances me plaisent, il n’y a donc pas de ligne éditoriale des penchants si ce n’est une diagonale ondulante. Ce que je cherche à publier ce sont des livres d’auteurs – je veux dire par là qu’ils ont le premier et le dernier mot. Alors oui, il faut que ceux-ci me plaisent et, si possible, me bousculent. Le choix, parce qu’il y a un choix serré, se fait en fonction de mes possibilités, de mon cheminement et de mes rencontres. Une correspondance ici, un souvenir là et la singularité du texte que je découvre ou revisite. Je publie un texte lorsque je suis fier de le publier et ému par la confiance que son auteur m’accorde. Lisez les textes, des extraits, publiés par les penchants (nul besoin de les commander, ils sont en libre consultation) et vous comprendrez rapidement, je crois, ce que j’entends par singularité. Quant à mon cheminement, c’est autre chose, moi-même j’ignore où il me mène.

8. Le jeudi 23 décembre 2010, 12:08 par Savina

(…) Pour ma part, cela faisait depuis un certain temps que je me demandais comment s'organisait une maison d'édition : qui fait quoi ? Surtout la vôtre en occurrence.

« La science est faite suivant les données fournies par un coin de l’étendue. Peut-être ne convient-elle pas à tout le reste qu’on ignore, qui est beaucoup plus grand et qu’on ne peut découvrir. »

Cette citation de Bouvard & Pécuchet me plaît vraiment, elle s’applique très bien au « monde » de l’édition, tellement il est vaste, bigarré, mouvant et ne peut se résumer à des schémas prédéfinis.

L’alpha et l'oméga actuels seraient – en ce qui concerne la libraire dans son sens traditionnel et plein – d’utiliser l’image d’une chaîne, celle qui va du manuscrit à sa lecture au chevet d’un lit dans le mitan duquel coule une rivière. Chaque maillon de cette chaîne représenterait une activité précise dans la division du travail avec son ouvrier spécialisé (vision fordiste du monde). Une représentation simplifiée donne à peu près ceci : le maillon écriture – l’auteur, le maillon choix – l’éditeur, le maillon fabrication – l’imprimeur, le maillon diffusion – le diffuseur, le maillon distribution – le distributeur, le maillon vente – la surface de librairie ou la bibliothèque, le maillon lecture – le lecteur ; cette chaîne pour ne pas se gripper a besoin de certaines huiles essentielles : le nègre, le correcteur, le maquettiste, le chroniqueur, l’animateur, le prix « littéraire », le salon, etc. Tout produit mal conçu ou démodé enrichit une industrie florissante : le pilon.

Cette organisation est dominante, mais ne résume pas du tout le monde de l’édition. Vous comprendrez aisément que le fonctionnement d’une maison comme – prise au pif – les éditions Mazarine d’Hachette livre branche du groupe Lagardère, deuxième éditeur mondial ne sera pas la même que celle des éditions MLD petit éditeur indépendant. L’une fait partie d’un consortium qui contrôle une grande partie de la distribution, des télévisions et radios, de la presse, de l’accès à internet ; l’autre vit son indépendance avec ténacité.

Mais revenons à ma librairie et mon apprentissage. Je suis plus « bordélique » qu’organisé, cela a un grand avantage, j’évite les tâches qui pourraient être répétitives. Mais il y a pourtant un sens, en quelque sorte obligé, à mon activité, la direction que prend cette chaîne. Il y a donc la découverte des textes, ceux qui me parviennent, ceux que je déniche ; le choix ; l’approche de l’auteur ; l’accord de principe ; l’échange sur le texte lui-même ; sa correction avec l’auteur ; sa mise en page et la maquette du livre ; les premières épreuves, puis l’impression ; le façonnage de chaque exemplaire ; la déclaration du livre et sa publication ; sa diffusion et sa distribution. Ce sont les moments essentiels, mais vu que je jongle avec plusieurs livres, je passe d’une activité à l’autre sans penser ni à la queue ni à la tête. Le moment certainement le plus passionnant de l’activité de libraire est celui où l’on édite, c'est-à-dire celui où après l’avoir choisi, on lit, relit et relit encore un texte pour s’en imprégner, savoir qu’il deviendra livre et en parler avec l’auteur. Ces heures sont pour moi très intenses, elles valent que l’édition survive : deux regards intenses et croisés sur un même texte ; même si l’édition en question ne mène pas nécessairement à une publication. Les autres moments le sont moins (l’impression, le façonnage) et parfois je m’en passerais bien (la vente, les papiers, les démarches), mais réunir ce qui devrait être morcelé fait un bien fou ; dommage que je ne sache fabriquer de manière pratique le papier et l’encre.


Ah oui, le temps… Un livre comme Le Souvenir de personne représente environ quatre-vingts heures de préparation et une heure par exemplaire fabriqué et distribué.


10. Le jeudi 23 décembre 2010, 13:20 par Marie

(…)
Question 1: quand vous êtes dans un jour "normal" (sans évènement exceptionnel) êtes-vous plutôt serein ou tourmenté ?
Question 2: quels sont les écrivains qui vous ont marqué dans votre prime jeunesse (entre 15 et 25 ans à peu près).



Marie, à cette première question ma réponse serait : les deux. Si je rapporte ça à mon activité d’apprenti libraire, je doute tout le temps : du texte, d’une correction, d’une éventuelle panne d’imprimante… Vous voyez, de choses graves ou légères et mécaniques, elles me renvoient, sans doute, à un tourment plus profond : celui du sens, de sa quête et de son bout. Mais je sais aussi m’en distraire, en cherchant plus profond et là, c’est la contemplation qui m’y aide : regarder au-delà. Bref, je ne suis pas du tout un flegmatique (tant pis pour Saint Just et l’empire), mais un tourmenté souriant.

Et là je souris, pensez-vous vraiment que lorsque j’avais quinze ans j’aie entendu cette « prime jeunesse » d’une oreille tendre ? Quinze ans c’est l’âge où j’ai opéré ce tournant d’une lecture enfantine à une lecture adulte, vouloir me frotter à ce que lisaient mes aînés. Quinze à vingt-cinq ans, c’est long, très long. Donc des lectures très diverses et une toile de fond – les années soixante-dix, pour moi – celle d’un millénarisme social où tout semblait possible, où le monde basculerait avec nous. Non, je ne pourrais pas citer un écrivain, ni même deux. De mes quinze, ce serait plutôt une époque, le XIXe, qui me rendait fébrile avec Verlaine plus qu’Hugo, Dostoïevski plus que Tolstoï, Maupassant plus que Stendhal, Baudelaire plus que Lamartine. Oui, j’étais assez collé au XIXe en accompagnement des utopies socialistes : Fourier, Bakounine, Proudhon et Marx aussi. Puis j’ai diversifié mes lectures avec un attrait pour tout ce qui venait de l’étranger : Lu Xun de Chine, Ousmane Sembene du Sénégal, Doris Lessing de Rhodésie, Mongo Beti du Cameroun (mais vivant en Conardie), Istrati de Roumanie, Dos Passos des USA et, bien sûr, Caroll, Swift, Orwell… Quelques noms donc, ils n’épuisent rien ni Boris Vian.



11. Le jeudi 23 décembre 2010, 15:38 par Edouard.k.Dive

Pour un jeu de la vérité, toutes ces questions me semblent bien...euh...complaisantes
(…)
- est-ce que vous en vivez de ce boulot ou avez-vous des rentes par ailleurs ?
- quels sont vos rapports avec Léo Scheer ? Il se trouve que plusieurs de vos auteurs ont participé de près ou de loin au blog de léo scheer.

Édouard, si vos questions vous apparaissent moins complaisantes, êtes-vous vraiment en mesure de le juger ? Elles ne me gênent en rien ; bien moins qu’une plus bas, devinerez-vous laquelle ?

Je ne suis pas dans cette alternative vivre de mon apprentissage ou de rentes. Une des caractéristiques d’un apprenti est de ne pas être payé (il existe bien des enveloppes, mais je n’en connais pas la couleur), non c’est bien un apprentissage que je m’offre avec une partie de mon salaire d’employé quelconque dans une entreprise quelconque à un poste quelconque. Il faudrait être fou pour croire que les penchants du roseau peuvent être un jour source de revenus – je détaillerai ça un peu plus bas –, parce que la vente des livres que je fabrique en est la seule : zéro subvention, zéro « compte d’auteur »… pourtant il y a de la demande, je vous prie de me croire, zéro pour les « animations » auxquelles je participe. Non, c’est bien un luxe que je m’offre et je le partage avec délectation.

Il n’y a pas de réelle corrélation entre mes rapports avec Léo Scheer et le choix des textes d’auteurs que je publie. Si vous regardez bien, actuellement, un seul texte Bleu Terre de Jean-François Joubert pourrait faire la liaison, parce que cet auteur l’avait déposé dans l’espace M@nuscrits et c’est ainsi que j’en pris connaissance avant de décider des penchants. Les Conards de Rouen, La Chèvre Jaune, Le Souvenir de personne de Cécile Fargue et aujourd’hui les petits penchants : Bankster de Robert Bruce, Un jour de grosse lune de Cécile Delalandre et Peaux de papier de Yasmina Teterel, n’ont rien à voir avec Léo Scheer, ses éditions et son blog, ni de près ni de loin. Que vous ayez trouvé des textes de Cécile & Cécile dans M@nuscrits n’implique ni cause ni effet. D’autant, et c’est une des caractéristiques des penchants, qu’il n’y a nulle cession de droit de la part de l’auteur autre que celle de m’autoriser à publier. Avec Léo, je n’ai pas de rapports particuliers hors ceux brièvement évoqués plus haut. C’est un éditeur qui ne me laisse pas indifférent et qui suit – certainement de très loin – l’évolution des penchants du roseau.

12. Le jeudi 23 décembre 2010, 16:12 par Cousine Mac Miche

Je ne voudrais être la pinailleuse de service, mais il me semble que pas mal de questions - et celle de Thierry, notamment - trouvent déjà réponse à qui se donneraient la peine de mieux se pencher... En tout cas, pour ce qui concerne votre ligne et ses subtilités, je ne pourrais mieux faire que de conseiller à Thierry de pousser un clic sur le lien de "20.000 lieues sous les livres..." de Savina de Jamblinne : http://billets.domec.net/post/2010/...

Cousine Mac Miche, si c’était une question, la réponse est oui, mais heureusement pour Thierry, il ne lit pas tout ce que je peux écrire et dire ici ou là, moi-même parfois… Sinon, oui, l’entretien avec Savina disait beaucoup de choses et je l’en remercie.

13. Le jeudi 23 décembre 2010, 16:14 par Cousine Mac Miche

donnerait.

Cousine Mac Miche, ce que vous voulez.

14. Le jeudi 23 décembre 2010, 20:44 par Cécile Delalandre

Bon je reviens sur terre...
Est-ce que sucer c'est tricher ?

Cécile, une première image peut-être : celle d’une belle sucette à l’anis, et me poser cette question : est-elle d’anis vert, étoilé ou bien de synthèse ? Dans ce second cas, oui, il y a tricherie caractérisée, mais qui se rend compte aujourd’hui d’un goût édulcoré ? Cela me rappelle ce libraire qui intéressé par mes livres « faits à la main » me suggéra de leur donner une apparence plus rustique et, pour me préciser son propos, me montra un livre à l’apparence rustique, mais manufacturé en grande quantité sur des machines ultra-modernes.

Ta question me suggère d’autres images. Celle de la copie du voisin que l’on pompe ou la roue que l’on suce pour in extremis jaillir et le dépasser d’une cocotte. Dans les deux cas, s’il y a tricherie, elle est réelle lorsque son aboutissement ne fait nullement apparaître une touche particulière, une manière propre. Mozart était certainement le plus lumineux pompeur de l’histoire de la musique, mais tout ce qu’il touchait se transformait en or, dit-on. Les idées, les phrasés, les rythmes sont dans l’air d’un temps, croire qu’on puisse nous les sucer, nous les pomper est croire que nous sommes étrangers à lui. C’est rare, finalement très rare de sortir de l’ordinaire sauf notre petite musique particulière, celle que souvent nous n’entendons pas et qu’une oreille aiguisée découvre, comme ça, au moment où l’on ne s’y attendait pas. Parce que c’est souvent notre banalité qui est singulière et non notre quête si grégaire d’originalité.

Mais, bien sûr, sucer, c’est le corps qui se courbe, les lèvres entrouvertes pour happer une vulve frémissante, un chibre tendu. Cette courbure épouse assez bien les contours des rapports sociaux, ceux qui inclinent une nécessaire domination, ceux qui s’en défient ; ceux qui jouissent de la soumission, ceux qui ne la supportent. La hiérarchie et les échelons à gravir ne sont-ils pas l’apprentissage de la soumission ? La fin s’estompe avec la succion, elle ne peut être au bout. En cela, si tricherie il y a, elle est bien maladroite, hors nourrir un fantasme éculé. Tout ceci peut se monnayer, mais ne fait pas aimer. Les caractères seuls transfigurent un texte, avec leurs pleins et leurs déliés. Maintenant, suçons-nous les uns les autres pourrait être un chouette programme, mais encore faudrait-il de l’inspiration.

En aparté, lorsque j’ai vu cette question, je relisais les Quatrains d’Omar Khayyam, ceux traduits par Grolleau, la lecture de celui-ci prit un tour savoureux :

« Lève-toi, donne-moi du vin, est-ce le moment des vaines paroles ?
Ce soir, ta petite bouche suffit à tous mes désirs.
Donne-moi du vin, rose comme tes joues...
Mes vœux de repentir sont aussi compliqués que tes boucles. »

16. Le vendredi 24 décembre 2010, 02:33 par ariane

Sans tomber dans le paroxisme de Cécile, je souhaiterais des questions moins sages... un éditeur lit-il vraiment ses livres , y prend-il du plaisir..sachant que certains textes sont souvent assez crus ou suggestifs pensez-vous que tout peut être dit et imprimé ? et quel est l'auteur qui vous serait le plus insupportable à éditer ?
C'était un jeu de la vérité, je m'y suis pliée.. (…)



Ariane, après la question de Cécile, votre dernière phrase est troublante…

Un éditeur lit-il vraiment ses livres, me demandez-vous ? Si la question est générique, ma réponse sera : tout dépend de l’éditeur, tout dépend des livres qu’il publie. Entendons-nous déjà sur les mots. Les personnes que nous appelons, bien souvent, les éditeurs – les connues, genre Antoine Gallimard, sont celles qui de ce rôle ne remplissent que celui de la décision de publication, et encore. Ont-elles le temps de lire ? Non ou si peu. Elles délèguent. Les éditeurs réels lisent-ils toujours ce qu’ils publient ? La réponse sera parfois non, ils délèguent aussi. D’autant que dans leur catalogue, ils ont des titres alimentaires, sous forme de compte d’auteur déguisé. Ils ne vont tout de même pas lire un livre écrit par quelqu’un d’autre que l’auteur proclamé, chroniqué par une personne qui ne l’a pas lue, mis en vitrine de librairie suite à l’argumentaire du VRP de service, etc. Ou alors, ils sont complètement masochistes – ce qui demeure possible tant ils doivent avaler de couleuvres parfois. Les faux nouveaux éditeurs, ceux du net, lisent-ils ce qu’ils publient, certainement non, ils font du chiffre, ils vont bientôt avoir un catalogue aussi important que Gallimard, ils publient, c’est tout, leurs premiers clients sont les auteurs et leur famille, plus leur catalogue est grand plus ils ont une chance de survivre. Il est pourtant des centaines d’éditeurs qui lisent soigneusement ce qu’ils éditent, parce que c’est leur rôle premier, l’éviter est ne plus être. Alors moi, tout bêtement, comme apprenti libraire je le fais. Un texte publié par les penchants est lu au moins une dizaine de fois, en intérieur, en extérieur, discrètement ou à haute voix et, souvent, j’y prends du plaisir…, ce n’est pas tout à fait le mot : je vibre. Est-ce une lecture plus profonde que celle d’un lecteur habituel, non, je ne le crois pas, elle est différente et déforme parfois, il me plaît beaucoup de lire de bons textes, juste comme ça, je vibre peut-être moins, je savoure mieux, je crois. C’est assez difficile à exprimer en quelques mots.

L’écriture est certainement le dernier moyen d’expression créé par l’homme, on dit parfois qu’elle découlerait d’une volonté de garder des traces comptables, celle de l’époque néolithique, de la naissance des villes et de leurs marchés ; je n’en suis pas persuadé, mais peu importe, elle a vite été le support d’histoires orales, mais a créé à son tour des formes nouvelles d’expression à mesure que son support changeait et transformé la langue et son oralité. L’imprimerie et la diffusion des textes imprimés ont fait surgir le roman – dans son sens moderne -, la rupture avec la versification – la mémoire étant devenue moins nécessaire, etc. Refuser l’expression à un homme y compris par l’écriture et son impression, c’est le nier. Ne pouvant défendre cette négation, je pense que toute expression doit être possible quels que soient son contenu et la qualité de son auteur. Pour aggraver mon cas, je dirais que la littérature porte pleinement son nom lorsqu’elle va fouiller dans les tréfonds de nos ressorts, nos entrailles, elle dérange donc forcément. Donc oui, il est important de publier et de diffuser ces textes qui nous secouent. Maintenant, tomber dans l’anti-politiquement correct, dans le port du sexe à la bouche en se plaignant d’une montée du puritanisme est du dernier des conformismes, il commence à prendre quelques rides à être ahané avec la même ardeur depuis une quinzaine d’années sur tous les plateaux. C’est, comme souvent pour les maîtres du marketing, une hypocrisie et une imposture. Comme le sont les censures imaginaires pour faire une et manchette. Il est très difficile pour un auteur de talent ayant un peu d’allant de ne pas trouver un éditeur prêt à le publier, après un temps de recherche parfois assez long.

L’auteur qui me serait le plus insupportable à publier ? Certainement celui qui n’a pas écrit son livre ; autant dire que je place la barre bien plus haut qu’une bonne partie des éditeurs. Et sans doute aussi, celui dont je ne comprendrais par le texte (à ce sujet, je viens de recevoir une proposition à propos d’une affaire qui a fait et fera encore couler beaucoup d’encre. Ne m’y étant jamais vraiment intéressé, ne pouvant donc comprendre les propos tenus, je vais certainement décliner l’offre sauf à m’y pencher sérieusement. Sûr qu’elle ferait du « bruit », mais je ne suis pas dans ce genre de démarche, je laisse ça aux grosses caisses et timbales).

17. Le vendredi 24 décembre 2010, 13:08 par becdanlo

Puisque l'occasion se présente, voici une question qui me taraude depuis un bon moment:
Est-ce que tu t'en sors ?

Becdanlo, si je m’en sors. Bah, le fait d’être là et de répondre semble indiquer que oui… Veux-tu dire dans le temps que j’y consacre ; en fait, pas trop mal, mais c’est assez usant ; heureusement, je n’ai pas trop de commandes, mais ce n’est pas bon signe non plus. Financièrement ? Ce que j’aimerais bien, dans un premier temps, c’est que la vente me rembourse les consommables (papier, encre, colle), les frais postaux et les droits d’auteur. Je n’en suis pas loin, ce serait bon, je crois, si ce que l’on me doit rentrait. Après il y a les machines, il ne faudrait pas une casse cette année, mais bon, je saurais assumer. En fait, j’ai fait récemment un petit calcul digne d’un comptable. Un livre comme Le Souvenir de personne, je devrais le vendre 30 € environ pour rentrer vraiment dans mes frais (sans compter la main-d'œuvre, parce que là ça frise les 50 €), c’est un prix qui n’est pas tenable, personne ne comprendrait. Alors je m’offre ce plaisir et y passe du temps, ça vaut bien le visionnage des programmes télé et l’achat du dernier écran 95 D. J’ai cette liberté de ne pas faire les deux.

Reste, bien sûr, d’autres sources de financement :

le compte d’auteur, je m’y refuse – je ne peux travailler sur un texte que je ne puis porter, et je n’aime pas le rapport de suggestion qu’il induit ;

des subventions, je déteste les papelards et ne suis pas bon suceur – comme dirait Cécile Delalandre ; autant j’aime être courtois autant la posture de quémander m’horripile (celle du roseau me laisse sceptique)… et puis, pas trop d’illusions, les subventions vont principalement aux poches pleines et à ceux qui se moulent dans la production industrielle, celle de la fameuse chaîne ;

vendre des fichiers numériques pour les bidules ? Non, c’est vendre leur protection, j’aime les formats ouverts ;

les droits dérivés, je m’y refuse, je tiens à ce que les auteurs aient toute jouissance de ces éventuels droits ;

des petits travaux de conseil, de correction, d’animation ; bah je suis plutôt séduit lorsque je le fais volontairement et bénévolement et puis, là, je n’ai pas trop le temps.

Enfin, il y a cette possibilité de réduire mon activité au seul aspect éditorial. Être apprenti éditeur ne me déplairait pas, mais c’est se priver du rapport charnel avec la création du livre & amputer l’activité, l’amoindrir, l’appauvrir. Apprenti libraire ça a une autre gueule !

Bref, nous verrons bien, mais je peux tenir, à ma mesure, encore longtemps. Rien ne presse.



19. Le vendredi 24 décembre 2010, 13:16 par becdanlo

Et puis, pendant que j'y suis, une autre question concernant les coquilles qui apparaissent une fois le livre imprimé... parce qu'avant, ces coquilles n'étaient pas là : forcément plusieurs lecteurs ont lu et relu et tout était nickel. Ces coquilles apparaissent souvent en plein milieu de la première page ou sur la quatrième de couverture. Est-ce que tu bois un coup ? Balance le pot de colle contre le mur ? Ou bien tu te dis :
"L'origine de la douleur, c'est la soif de plaisir, la soif d'existence, la soif d'impermanence."

Becdanlo, oh là ça m’énerve un peu, mais je peux vite corriger. Ça me tourmente sereinement comme dirait Marie. Les coquilles sont inévitables, mais tu as raison, celles de dernières minutes sont les plus courantes et les plus voyantes. On doit se relâcher un peu, juste avant de boucler. Il y eut mon « achevé d’imprimé » des Conards, le « veut » du Souvenir, et les autres viendront. Non, pour moi, ce qui est important, c’est : si un lecteur la voit, il me le dit, mais cela ne semble pas si simple.

21. Le vendredi 24 décembre 2010, 23:26 par Cécile Delalandre

En ce 24 décembre 2010, je voulais savoir si tu croyais au Père Noël ?

(…)

Anecdote:
"Les gargans de Rouen, étaient des biscuits de 2 à 3 cm de haut, à figure d'homme grotesque et 2 paires d'yeux, en état de priapisme, vendus à la Saint Romain (sa représentation fut interdite par censure de la Police en 1855), les filles mettaient le biscuit dans leur corsage, pour trouver un mari qui serait bon amant."

Cécile, j’aime bien l’anecdote, tu t’en doutes, dommage, depuis les maris ne sont plus bons amants. Mais ces gargans survivaient encore lorsque j’étais enfant, moins coquins sans doute. Si j’y crois ? Oui et non. Enfant on ne m’a pas appris à y croire, mais, par ma mère, au petit Jésus, et pour les cadeaux cela venait des parents, mais il y avait l’attente et la surprise. Je n’aime d’ailleurs pas trop ce père Noël... il n’a pas son pendant le père Fouettard. Mais oui, peu importe son nom, il existe bien entendu. Sinon comment expliquer que dans toutes les civilisations a lieu – peu importe les habits qu’il revêt – ce rite, ce moment où va se concentrer l’échange de cadeaux ?

22. Le samedi 25 décembre 2010, 02:14 par Colombe

Je voudrai savoir combien ça coûte d'éditer un livre ? (des chiffres par rapport au nombre de pages et d'exemplaire)
Merci :-)

Colombe, ça me fait vraiment plaisir de vous voir virevolter jusqu’ici, d’avoir franchi cette mer, la nôtre.

Combien ça coûte d’éditer un livre ? Je répondrais bien zéro sou, mais beaucoup de temps. L’édition, dans son sens le plus précis, consiste à préparer un texte pour qu’il devienne livre. Alors oui, il faut quelques outils qui aujourd’hui sont à la portée de tous ceux qui viennent poser question ici ; ces sous déjà dépensés nul besoin réel de mettre au bout. Non, c’est le temps et l’attention qui sont les conditions essentielles. La publication, elle, va avoir un prix : il faut fabriquer le livre avec des matériaux que l’on peut difficilement créer soi-même : du papier, de l’encre... et avoir à disposition des machines qui aident un peu. C’est difficile à quantifier. En France, un poche à grand tirage revient à environ 30 centimes l’exemplaire, un Goncourt à 1 €, un petit tirage de qualité moyenne à 2 €, un petit tirage de grande qualité à 7 €, le même à l’unité peut monter à plus de 100 €. Il faut ensuite le distribuer...

Maintenant si votre question est : j’ai un beau manuscrit, combien cela peut-il me coûter de le faire éditer ? Ma réponse est bien entendu zéro, puisque vous devriez au contraire en recevoir un revenu aussi infime soit-il. Reste : oser, rencontrer et ne pas hésiter à remettre la main à l’ouvrage.

23. Le samedi 25 décembre 2010, 14:19 par Passante 1

Bonjour, J'aimerais bien savoir : qui est Hervé Bréchet ? D'autres questions suivront. Après la trêve de Noël...

Passante 1, Hervé Bréchet a participé à la publication des Conards de Rouen; il a visiblement trois particularités notables : il porte souvent un col vert en accord avec son prénom, il fréquenta assidûment les bistrots et auberges de Conardie, son nom rappelle un os. N’ayant pas pris ses mensurations, je ne puis vous les transmettre.

24. Le samedi 25 décembre 2010, 14:52 par Uzume...

Cher Christian,

De-ci de-là, j'ai aussi vu que vous seriez Arthur Morneplaine. Mais savez-vous qui est Diogène ? (de la Toile) http://www.leoscheer.com/blog/2010/...
(...)

Uzume..., Arthur Morneplaine est le pseudonyme parlant d’un traducteur d’un temps, il n’a jamais masqué le nom civil qu’il pouvait porter.

Diogène ? (de la Toile), non et je m’en contrefiche, mais je ne connais pas non plus la superficie de la lune ou la racine carré d’un if centenaire.

25. Le samedi 25 décembre 2010, 17:06 par Cadichon

Oui, qui est ce mystérieux apprenti que vous malmenez souvent de bien dure manière ? Vous avez aussi évoqué un nouvel et jeune stagiaire. Poète à ses heures et qui émerveille. Depuis, plus de nouvelle...(...)

Cadichon, vous faites vraiment l’âne (c’est une métaphore usée, je respecte beaucoup cet animal). J’ai répondu à la première question – l’apprenti – sous le 2. Le jeune homme, oui, je devrais le revoir cette année.

26. Le dimanche 26 décembre 2010, 06:45 par Hervé

(…) Ma question est la suivante : avez-vous un quelconque lien avec le "Chirstian" du blog dont références ci-dessous ? http://www.expressio.fr/edj.phpDans l'affirmative, je me permettrais de vous contacter par MP. (...)

Hervé, non. Vous n’aurez donc pas à contacter la police militaire.



27. Le dimanche 26 décembre 2010, 07:14 par Serpentin coloré

Bonjour Christian, dans la foulée, voici ma première question du jour : l'affaire Eric Blair (*) fut-elle en partie déterminante dans votre décision ? Tant il est qu'elle me rappelle ce vieil adage disant que "l'on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même" ? Chanter dans sa langue n'est-ce une forme de résistance, au même titre que la spiritualité quand elle vise à barrer la route au matérialisme ?
(*)
http://billets.domec.net/tag/Eric%2...

Serpentin coloré, l’affaire Eric Blair n’a pas encore eu lieu. Mais non, son journal n’a pas grand rapport avec cette décision de créer les penchants – j’y reviendrai plus bas. Pour l’adage non plus, je ne suis pas partisan, me concernant, de l’auto-édition, pour le journal d’Eric Blair, oui, les penchants pourront être utilisés, nous verrons bien, je n’y pense pas trop en ce moment. Enfin, je ne suis pas sûr que le « matérialisme » ne puisse être spirituel, tout dépend en fait du sens que l’on donne à ce mot. Dire : « en premier fut la matière » ne manque pas d’esprit...

28. Le dimanche 26 décembre 2010, 11:19 par Cécile Delalandre

(...)
j'aimerais connaître la "génèse"..
Quand ? Qui ? Quoi ? Comment est née cette merveilleuse idée de devenir Apprenti-Libraire ? Germait-elle depuis longtemps en toi ?
et puis quel fut le dé"Clic" qui te fit tourner la clef du démarreur ?

Cécile, en fait, c’est une très vieille histoire. Pour la résumer : je publiais déjà il y a trente ans, mais d’une autre manière. J’ai complètement arrêté des années. Je pense que c’est la maladie et mort de mon père qui me décidèrent. L’inanité de tout ce que l’on pouvait garder, dans un premier temps, puis revoir ses livres – il lisait tant – et décider de regrouper ses derniers écrits, ceux autour de la chèvre, pour en faire cadeau à ses amis et les faire lire au-delà. Créer le site de la sente de la chèvre qui bâille et ensuite faire fabriquer le livre à la demande. J’ai pu ainsi envoyer ce livre facilement à une petite centaine de personnes. J’ai donc, à ce moment, renoué avec une partie de ce qui est devenu mon apprentissage. D’un autre côté, il me passait entre les mains de nombreux textes, parfois pour avis, parfois pour correction, parfois juste comme ça, pour voir. Certains étaient merveilleux et je trouvais étrange qu’ils ne trouvent éditeur*. C’est très certainement cette conjonction qui me décida, il manquait l’étincelle, ce fut La Route.

* il y a au moins deux idées fausses à ce sujet et, oh combien !, répétées en boucle : qu’un bon texte ne puisse trouver éditeur, que les éditeurs publient tous les bons textes.

29. Le dimanche 26 décembre 2010, 14:05 par Marie-Agnès Michel

Cécile, en réponse à ton 14, je dirais que sans les mains ce n'est pas tricher.

Marie-Agnès, ça me donne matière à réflexion et... vous venez de me donner l’idée du titre des réponses : réponse du tricheur avec les mains plongées dans la glaise gallèse.



32. Le lundi 27 décembre 2010, 08:49 par robert bruce

(…) Sur ton site (je n'ai pas comptabilisé)j'ai remarqué qu'il est majoritairement tenu par la gente féminine, tant pour les auteurs que pour les lecteurs. Alors, une question me vient à l'esprit : es-tu un séducteur naturel ou seulement un obsédé textuel ?

Je pense, j'espère que c'est une vraie question.

Robert, oui, c’est une vraie question qui m’a plus d’une fois traversé l’esprit, mais je ne suis pas arrivé à ton alternative en guise de conclusion. Cette séduction naturelle, je n’y crois pas, et quand bien même elle existerait pourquoi les personnes d’un sexe y seraient plus sensible que celles d’un autre ? L’obsession textuelle, je ne pense pas en être arrivé là : il m’arrive d’aimer ne pas lire. Non, je crois que c’est bien plus simple que ça, il y a un mouvement de fond qui est aujourd’hui bien perceptible – ce sont un peu des généralités : les femmes lisent plus que les hommes et elles écrivent souvent mieux. Cela ne date pas d’aujourd’hui, il y a depuis longtemps plus d’Emma que de Don Quichotte, mais cela se voit mieux. Regarde, les auteurs que je cite dans ma réponse à Marie sont presque tous des hommes. Crois-tu vraiment que les femmes n’écrivaient pas ou manquaient de style (comme s’exclame Maupassant) au XIX e ? Non (il n’y a qu’à fouiller dans les courriers pour s’en rendre compte), leurs textes restaient dans les tiroirs, parce que l’édition leur était refusée le plus souvent. Les George Sand ou Marc de Montifaud sont exceptionnelles, leur prénom le souligne. Aujourd’hui, ce n’est plus vrai – les dernières résistances tombent. Je ne suis donc nullement étonné et, en cela, ce journal et les choix de publication sont bien ordinaires et cela me plaît.


38. Le lundi 27 décembre 2010, 13:07 par Véra

(…) voici ma première question du jour : quels liens ont Les Penchants avec Nautile, par exemple ? Je m'y perds un peu, je le confesse, car tout va dans tous les sens sur FB et j'ai l'impression de me noyer. http://www.nautileditions.com/bleu_...

Véra, aucun lien particulier. Bleu Terre est publié par les penchants avec nul contrat d’exclusivité. Jean-François Joubert fait donc ce qui lui plaît. Le lien correspond à son projet de créer une maison d’édition, j’ai vu qu’il avait copié des éléments présents sur les penchants, je n’y vois aucun inconvénient. Il m’en a même fait part par la suite pour connaître mon sentiment, je lui ai confirmé ce que je viens de vous dire.

Ah oui, c’est curieux que l’éditeur d’un texte ne le capte pas jalousement, eh bien, ici c’est ainsi et c’est bien une des particularités des penchants à laquelle je tiens vraiment : l’enclosure et cette notion bourgeoise que la liberté de l’un s’arrête au fil barbelé protégeant celle de l’autre sont deux horreurs humaines contemporaines.

39. Le lundi 27 décembre 2010, 15:59 par Cécile Delalandre

(...)

Christian, le choix de ce film "les Tricheurs" pour illustrer cet article t'est-il venu en écho à la comédie Humaine ?

Car comme le disait Balzac, en fait "tout est vrai", même la tricherie, le mensonge, et tout signifie et révèle... par delà le "package"! ... même si nous ne sommes pas tous des Enfants du Paradis!

Non, Cécile, c’est un simple correspondance à peine réfléchie. Mais je suis d’accord – bien évidemment – avec ce « tout est vrai », la tricherie et sa manière révèle beaucoup. Le simple courrier accompagnant un manuscrit est riche d’enseignement sur le manuscrit lui-même.

Et puis, nous savons tous qu’un bon acteur - un comédien - joue les sentiments pour mieux nous faire vibrer ; s’il ne sait les jouer, le théâtre se dérobe à lui... le cinéma pas forcément, l’objectif peut remplir ce rôle. Ce que nous percevons moins, c’est lorsque ce talent est utilisé à d’autres fins que le jeu ; pour vendre un produit, pour faire pleurer dans les chaumières, pour accompagner des bruits de botte. Il y a urgence, toujours, à savoir le débusquer, parce que toujours cela peut déraper vite et toujours nous en serons responsables.

40. Le lundi 27 décembre 2010, 16:26 par Ange & Démon

(…) J'aimerais savoir les 3 personnes que tu détestes le plus dans tes relations ... ? je te demande pas les trois que tu préfères le plus étant un ange de nature, je ne voudrais pas froisser ceux que tu aimes en les classant , les "oubliés" pourraient en souffrir...!, pour ceux que tu n'aimes pas , moins d'importance puisque tu ne les aimes pas .....:-)))

Ange & Démon, ta question ne manque pas d’élégance, mais elle tombe – pour moi – un peu à plat. Il se fait que je n’arrive pas à détester quelqu’un. J’ai essayé pourtant de nombreuses années (cf. ma réponse 10), mais rien à faire ce n’est pas dans ce que je suis devenu très tôt déjà. Je ne me défile pas, hein ! C’est comme ça. Mais je ne vais pas te laisser penaud. Je vais te dire trois situations que j’ai détestées depuis que les penchants existent. La première, la plus odieuse sans doute, et rien que la citer ne peut qu’alimenter les croyances des imbéciles en une fumée qui nécessiterait feu : c’est lorsque fut publiquement, en petit comité, affirmé que j’aurais réécrit le texte d’un des auteurs que je publie. La seconde, c’est la morgue de l’organisatrice des rencontres avec des auteurs d’une très grande librairie, lorsque je lui ai présenté deux livres (un d’Actes Sud, un autre de le Manuscrit). La troisième c’est le froissement d’une brochure que j’avais patiemment fabriqué à la main par celles d’un responsable d’un grand salon littéraire habitué, sans doute, aux flyers à grand tirage et immédiatement jetables. Mais ces trois personnes pouvaient-elles imaginer à quel point je détesterais leur attitude – qu’elle était détestable ? Je ne le crois pas, ni toi non plus peut-être, ni sans doute ceux qui me lisent ici. Alors, pas de quoi fouetter un chat.



45. Le mardi 28 décembre 2010, 07:03 par Sonia

Ma question à Christian Domec : quel est le lien entre Cécile Fargue et ceci : http://lavenuslitteraire.com/PointD...S'agit-il d'un homonyme ?

Sonia, la question s’adressait à Cécile plus qu’à moi, mais je vois qu’elle y a répondu.

48. Le mercredi 29 décembre 2010, 14:07 par Cécile

(pour répondre à Sonia, le petit texte sur la Vénus littéraire est de moi oui, pas d'homonyme en vue)

Christian...allez ! je sacrifie au jeu de la question... A quand un livre de toi véritablement ?

Cécile, si Édouard vient jusqu’ici, il saura que c’est cette question qui me dérange le plus. Je ne vais pas me défausser, mais ne parler que d’à-venir. Une chose est certaine, sauf pour un petit bidule mineur, il n’est pas question que les penchants du roseau soient mon éditeur. Pourquoi ? Parce que l’altérité me paraît essentielle. Si j’écris quelque chose, je veux cette lecture attentive et exigeante avant toute publication. Pour l’écriture elle-même, oui, j’ai plusieurs textes en route, mais j’ai quand même deux lourds handicaps : je ne sais pas bien écrire et j’ai beaucoup lu. Le second, il est trop tard pour le lever, le premier... eh bien... il va bien falloir l’alléger un peu, mais je n’y travaille pas trop en ce moment (je préfère lire, te lire, vous lire).


51. Le mercredi 29 décembre 2010, 20:44 par Pomponette

Et pour vous, cher Roseau, écrire sous un pseudonyme, ou même écrire tout court, est-ce tricher ? (...)

(…) Les droits d'auteur, en auriez-vous cure ?

N'empêche que, lorsque je découvre ceci : http://www.docteur-watson.com/10121...je me demande s'il est vraiment raisonnable que pour une louable hostilité envers l'affreux pilon, l'idéaliste qui vit ou sommeille en vous se mette en perte de trésorerie en vendant ses livrets rien qu'à 2 écus la cinquantaine de pages ? N'est-ce pure folie, dans la mesure où vos tirages ne visent d'aucune manière à pointer des zéros vers l'infini ?

Questions encore : j'ignore si l'homme que voici - j'en doute un tantinet - fait partie de votre panthéon ? http://www.youtube.com/watch?v=oxuS...et parvenez-vous à mener de front une vie familiale sans heurts ?

Pomponette, pour la tricherie et le pseudonyme : non, pourquoi diable Voltaire serait-il à rouer.

Les droits d’auteur ? S’il y a quelqu’un de très scrupuleux pour les respecter c’est bien moi, y compris sur le web. Je cite ? je mets la référence ; j’utilise une image ? je vérifie – en général – sa licence et la respecte ; je veux utiliser le commentaire de quelqu'un ? je lui envoie un mail pour savoir s’il en convient ; je veux présenter un billet d’un autre blog ? je mets un court extrait avec un lien pour lire la suite, etc. Non, concernant les droits d’auteur ce qui me gêne c’est ce qui les environne : leur captation par les autres : les « majors compagnies », les maisons d’édition et les petits-enfants aussi. C’est à partir de ça que je réfléchis, raisonne un peu et agis. Mais cette question est vaste, je ne peux y répondre en quelques phrases.

Deux écus ? J’ai réévalué ce prix en le convertissant en euros ; oui il y a un grain de folie à ne pas rentrer dans une logique de rentabilité à tout prix, elle évite juste de toujours présenter des vessies comme des lanternes. Du pilon qui a pris très récemment des proportions considérables, je n’en fais pas une fixation, il est juste le symptôme éclatant de comment est aujourd’hui considéré le livre par ceux qui le nomment bien culturel ; ceux qui encensent la littérature le matin et le soir vont déchirer méticuleusement tout ce qui grève leurs marges commerciales. Savez-vous que lorsque vous déclarez un livre dans la chaîne qui ira de l’éditeur jusqu’au libraire, les principales données obligatoires sont, outre le titre et le nom supposé de l’auteur, son numéro de matricule, ses dimensions précises au millimètre près et son poids. Pour toute cette chaîne, le livre est devenu un élément de stock ; si le flux n’amène pas en retour un flux monétaire, il est à éliminer. Voilà très exactement où nous en sommes : un quart à un tiers de ce qui est publié est pilonné très rapidement. Est-ce si idéaliste que ça de dire en acte : vivons-le autrement ?

Je n’ai pas de panthéon et ne consulte guère les liens vidéo qui sont présents dans des commentaires, mais s’il s’agit de Sacha Guitry, il n'est pas anodin.

Une vie familiale sans heurts ? Vous plaisantez... Attendez, vous n’allez pas me croire, je viens d’entendre le rire, oui, celui d’Abel.

52. Le jeudi 30 décembre 2010, 20:55 par Serpentin coloré



(…) mais serait-ce être très éloigné de la "vérité" que de penser que pour ce qui concerne le regard que vous portez sur l'art - au sens artisanal du mot, j'entends - le votre serait, finalement, pas très éloigné de ce qu'en suggèrent LF et, à la rigueur, Ph.S ?

Serpentin coloré, cette manie des sigles et des abréviations, je ne m'y ferai jamais. Ni Luc Ferry ni Philippe Sollers ne sont des références pour moi.



53. Le vendredi 31 décembre 2010, 10:41 par Syvestre

Voici ma question (indiscrète): quelle est ou était votre profession "alimentaire" avant, et quel est votre âge ?

Syvestre, j'y ai déjà répondu plus haut aux deux questions



54. Le vendredi 31 décembre 2010, 18:18 par Jacques

(…) In fine, ne pourriez-vous en dire plus sur vos divers cheminements d'antan ? En effet, j'ai surpris de-ci de-là, cahin-caha, que vous grattiez quelquefois la corde et même la vocale. PS : Lors d'un périple à Plurien, je n'ai pu élucider ce que signifiait la liste des mots énumérés à gauche du lien. Pourriez-vous m'éclairer, même sans allumettes ? http://www.lulu.com/christian_domec



Jacques, après la police militaire, j'ai l'impression de me retrouver à la préfecture de police. Je ne sais pas combien j'ai de dents, voulez-vous que je les compte ? La liste de gauche ? Mais ce sont le nom des jours d'une année, voyons.



55. Le vendredi 31 décembre 2010, 22:43 par Dimitra

Une question: N'êtes vous pas agacé par les personnes qui utilisent un pseudo, quand ce n'est pas deux, trois ou quatre différents, pour venir vous poser des questions ici et ailleurs?
Question subsidiaire: Ne trouvez-vous pas ma question idiote , dans la mesure où vous-même utilisez un voire deux pseudos? (…)

Dimitra, votre question est subtile, ça ne m'étonne pas de vous. Elle est donc loin d'être idiote.

Je n'ai rien contre l'utilisation des pseudonymes foi de Destouches ni de diminutif foi d'Aznavourian, personnellement je les utilise assez peu, du moins sur internet, parce qu'il ne me gêne pas que l'on sache mon patronyme. Il y avait eu un débat assez intéressant, sous ce billet, à l'époque où le blog de Léo Scheer était visité et animé. J'y écrivais entre autres ceci : « La description d'une rambla à Barcelone n'aura pas le même piquant si elle est écrite par un coutumier du lieu, un baladeur de passage ou un lecteur de Mendoza ou de Genet. Il n'est guère utile de poser la question : d'où vois-tu cette rambla ; mais, pour en converser, il est agréable d'y repérer une musique particulière qui allègrement peut traverser les Pyrénées, transiter par Lhassa et mettre une sourdine au seuil d'une chambre - de l'apprivoiser un peu. C'est là où la cascade, cache-cache des pseudo, peut empêcher toute conversation : obliger à la juxtaposition de commentaires, peut-être pertinents mais sans chair, sans faiblesses. » Je le pense toujours, la multiplication des pseudonymes par un seul ou leur valse tuent toute possibilité de débat, d'égards, de sensibilité réelle dans l'échange. C'est une technique qui fut volontairement utilisée sur internet avant le web, à l'époque d'usenet (les « newsgroup ») pour les vider de leur contenu en les étouffant et, presque toujours, cela marche.

Alors, pour un billet comme celui-ci cela ne me dérange pas, mais pour d'autres oui, beaucoup, je l'ai dit en public et en privé à cette personne, mais elle ne veut pas le comprendre. La question est que faire ? Je déteste censurer, je n'aime pas trop me répéter, mais il est sûr qu'il faudra que je prenne une décision, parce qu'il serait dommage que la partie web des penchants ne soit plus ni vivante ni accueillante.

Quatre ? Vous comptez mal, c'est une vingtaine de différents rien que sur cette page sans compter ceux qui suivront, tiens en voilà un...

56. Le vendredi 31 décembre 2010, 22:50 par Iris

(…) Ce qui vous a pu vous décider à offrir à votre fille adolescente, un prénom à ce point légendaire ? En bref, ce qui, en temps voulu, vous l'a inspiré ?



Iris, où avez-vous appris que le choix d'un prénom se faisait par un seul et à l'adolescence. Vous avez décidément de drôles de fréquentations.



58. Le samedi 1 janvier 2011, 10:34 par Gilles Monplaisir

(…) Etre éditeur, c'est finalement décider de confronter le "poétique" (pour faire court) au "prosaïque" de l'économie. Echouer dans ce projet (ne pas être "viable" économiquement, à plus ou moins long terme), c'est admettre que le premier perd la face devant le second (d'où la nécessité de réussir). Cette position intermédiaire (et d'intermédiaire), comment l'envisages-tu dans les années à venir ?



Gilles, je ne suis pas sûr d'être vraiment d'accord avec ce résumé – pour moi c'est avant tout une rencontre, je dirais nécessaire, autour d'un texte (celle de Montaigne avec Marie de Gournay, même s'il n'est pas question d'éditeur, autour des Essais est de même nature) – il pose pourtant la question de la viabilité de la structure qui édite pour porter au loin ce texte. J'ai donné quelques éléments de réponse plus haut, mais sur cet aspect économique je vais ajouter quelques points :

- être dispensé d'une obligation de rentabilité est plus viable que le contraire (les absorptions, concentrations, éclatements, liquidations actuelles le montrent bien), elle demande juste de la volonté. Je n'en suis pas dépourvu.

- je tente de suppléer à ma fragilité de deux manières : une déjà très active, c'est de transmettre ce que je sais faire et dire ce que j'ignore, je serai donc serein de ce côté-là lorsque je casserai ma pipe ; l'autre c'est de créer des alliances, des coopérations basées sur l'échange réciproque, exemple : un livre édité et imprimé ici ne soit pas envoyé là-bas, mais édité et imprimé là-bas, c'est un des points sur lesquels je compte avancer de manière décisive cette année,

- l'auteur ne m'ayant pas cédé ses droits à publier où il le veut, peut à tout instant faire vivre ailleurs et autrement son texte,

- enfin (très provisoirement), les penchants n'épuisent rien (je viens de me casser le nez sur une référence qui n'a pourtant que deux ou trois ans d'âge)

C'est économiquement assez vertueux, si l'on n'est pas obsédé par le résultat et son rapport à l'investissement.

Hier, on m'a parlé d'un homme, il habite là non loin, un homme de près de 90 ans, il plante encore des arbres et apprend à de plus jeunes la vannerie à partir de l'osier qu'il cultive. Il est fou ? C'est un homme.

mercredi 27 juin 2012

Réponse du tricheur avec les mains plongées dans la glaise gallèse

(à une personne - ce soir - qui voulait un peu savoir ce que je faisais, du moins du côté des penchants, je lui ai donné l'adresse de ce billet datant du 2 janvier 2011... par curiosité j'ai relu ce jeu de questions/réponses, celles-ci sont toujours très proches de ce que je pense poursuivre)

1. Le mercredi 22 décembre 2010, 14:25 par Pomponette =^:^=

(…) Oui, une première question : C'est "grâce" aux Penchants que j'ai appris - croix de bois si je mens - le sens double et leste d'un roseau. Ma question donc est, pour entrer dans le vif du sujet : l'avez-vous fait exprès ? En effet, le lien de la position a disparu de vos pages. Vous aviez promis des livres licencieux. Ou je me trompe ? http://billets.domec.net/post/2009/...

Pomponette =^:^=, votre première question en comporte donc trois. Elle nécessite aussi une précision. Je ne suis pas incliné conservateur, mais lorsqu’il s’agit de ce que je publie, un billet, une note, un commentaire ou de ce que je recueille, des textes et commentaires, j’ai l’habitude de ne jamais jeter même lorsque j’en suis horripilé. Le lien vers la posture du roseau est toujours , il pointe vers ce site.

Il est toujours difficile de savoir ce qui vous fait choisir un nom plutôt qu’un autre, mais pour le roseau c’est bien sa fragilité & sa ténacité, sa singularité discrète dans la multitude, et ses penchants qui ne se réduisent à l’inclinaison aux vents dominants (la tige s’y courbe toujours à l’opposé de l’origine). Le double clin d’œil « littéraire » est évident, il est là pour en sourire. Le livre papier, sous la forme d’un codex, me fait étrangement penser à ce roseau, surtout s’il est façonné artisanalement. Alors non, cette posture ne fut pas dans ses fondements. Je suis d’ailleurs assez réfractaire à tous ces catalogues qui tentent d’ordonner, de distinguer et de circonscrire nos folles étreintes, nos tendres galipettes et nos furtives caresses.

Je n’ai jamais promis de livres licencieux (il s’agissait ici de la question d’un agent du fisc). Je me permettrai toute licence concernant les textes publiés, mais licence ne veut pas nécessairement dire sexes brandis ou offerts ; il est certainement aujourd’hui plus osé de publier un roman ne contenant pas l’inévitable et nécessaire séance de baise et sa description à faire bâiller de plaisir un entomologiste que celui qui la suggère ou s’en moque. Cela dit, j’ai prévu un livre dans la collection « Côte à cote », il pourrait être considéré comme sulfureux, il sera – sous toute réserve – publié cette année.

Vous vous trompez donc à demi, mais sans faux col, s’il vous plaît.

2. Le mercredi 22 décembre 2010, 15:01 par Question

Oui, tiens, à combien êtes-vous aux Penchants pour abattre un tel boulot au jour le jour ? Ou alors ce n'était non pas en gestation mais en construction depuis belle lurette, non ?

Question, je réponds à la première et tente de traduire la seconde (le « ou alors » et la série de négations me laissent un peu perplexe).

Aux penchants, nous sommes un, ce qui est déjà pas mal. Mais cet « un » tente de garder les yeux ouverts, il ne se sent donc pas toujours seul, il demande conseil parfois et tâchera à l’avenir de le systématiser un peu. Un, donc, pour parcourir ce chemin qui va de l’auteur au lecteur, et ce, pour chaque exemplaire. Il y a un brin de folie à cela, j’en conviens. Une forme coopérative avec des lieux d’impression éclatés, géographiquement au plus proche du lecteur m’aurait vivement intéressé sans dilution de responsabilité : un lecteur où qu’il soit doit pouvoir contacter une personne clairement identifiée au sujet du livre qu’il lit. Cette coopérative, je l’ai construite intellectuellement, j’en ai imagé les contours, elle semblait viable à deux conditions : qu’elle ne soit pas le cache-sexe collectif des décisions d’un ou d’une poignée, qu’elle trouve sont expression par une volonté commune. Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour me rendre compte que ceux qui ont intérêt à l’édition sont particulièrement individualistes, non pour exprimer leur singularité, mais pour participer à cette lutte de tous contre tous, un des canons de notre modernité. Alors oui, là aussi, il fallait aller à contre-courant, trouver des alliés et faire. Cette tâche me paraissait trop gigantesque pour l’amorcer réellement, j’ai donc préféré regrouper seul ce que l’on sépare (et sourire de cette guerre de chiffonniers entre auteurs, éditeurs, libraires, imprimeurs, etc. ; basée sur des certitudes fermes comme des châteaux de sable à marée montante), faire et, à partir de ça, envisager des alliances.

Cette construction penchée ne m’a pas pris beaucoup de temps – quelques mois – parce que j’ai décidé de vérifier par la pratique et non pas attendre d’être prêt. Mais il est sûr que mes balades et l’observation du mouvement des marées ou de l’ondulation d’un marigot lorsque le vent prend force m’ont beaucoup servi. Elles m’aident encore à fabriquer du temps, celui de la contemplation. Mon secret, s’il y en a un, doit être glissé dans ce pli.

3. Le mercredi 22 décembre 2010, 21:16 par Dourak-Dourakine

1) Que s'est-il passé lors de votre récent voyage à Paris qui puisse justifier votre courroux, s'il en est ? Dont le lien que voici : http://billets.domec.net/post/2010/...

Doudak-Dourakine, le lien ? J’aime beaucoup, depuis mon adolescence, ce poème et son terrible – parce que permanent – « tout est rétabli ». Le lien c’est aussi cette orgie contemporaine : trois images et mes « petits penchants » : ceux-ci sont quelques feuillets reliés contenant des petites merveilles encrées de noir, celles-là furent : des amoncellements épars de cartons sur un carré de glace avec une main ou un nez les dépassant sans que le flux piétonnier ou carrossé ne cesse de courir à ses affaires où l’« acheter, à jeter » battait son plein ; des milliers de feuilles imprimées, jonchant le sol, aux couleurs écœurantes vantant le mérite de tel ou tel article hi-tec jetable ; et parmi celles-ci deux pleines pages de publicité pour cette dame patronnesse de 25 ans sous l’effigie de Saint Colucci, avec ce slogan au cynisme tapageur : « Sans lui, ça n’existerait pas. Sans vous, ça n’existerait plus ». Belle gerbe pour son anniversaire. Le bilan – partiel ? – d’une génération, la mienne.

2) Nul n'ignore plus que votre présence active sur le blog des Editions Léo Scheer fut toujours très appréciée, en particulier par Léo Scheer en personne. Quels sont devenus vos rapports, non depuis la mise en ligne du Journal d'Eric Blair, mais depuis la naissance des Penchants du Roseau ? http://www.leoscheer.com/blog/2008/...

L’ignorance n’est pas nécessairement nulle. Léo Scheer est, avec Bernard Fauren de Brumerge, l’éditeur qui a marqué le plus d’attention à la naissance des penchants du roseau. Je ne fréquente plus que très superficiellement le blog de ses éditions pour plusieurs raisons, dont celles-ci : je n’aime pas trop un blog modéré a priori, les quelques commentaires que je peux y lire – écrits par une toute petite poignée de personnes (ou parfois une seule qui se répond à elle-même ad nauseam) – m’ennuient.

3) Avez-vous reçu des nouvelles de lui récemment ? Je me permets de poser la question, car dans Les Emiles de Gab la Rafale il fut question que Léo Scheer aurait eu des soucis de santé. Bref, Les Penchants du Roseau font-ils partie oui ou non, de près ou de loin, de la clique qui lui est hostile ? Si oui, pourquoi ? Et inversement.

J’ai reçu assez récemment des nouvelles de Léo Scheer, mais nous n’y parlons pas de problèmes de santé. Je suis, comme lui, je crois, très réservé sur toute information réelle à ce sujet. Elle relève de l’intime.

J’ignore s’il existe une clique hostile à Léo Scheer, j’en doute. Qu’il y ait de l’hostilité à son égard, cela ne fait aucun doute, mais elle n’est pas coordonnée : allier des personnes qui souvent se jalousent me paraît une gageure. Personnellement, je m’entends plutôt bien avec Léo, nous avons des désaccords, je ne me suis jamais privé de les lui dire de vive voix lorsqu’il me paraissait important de le faire. Ça va peut-être vous faire rire, mais je le trouve, à sa manière, généreux – ce qui est pour moi une qualité essentielle – et il m’étonne parfois – ce qui est plaisant –. Sa « dernière » idée : M@n, est intéressante, le seul point sur lequel j’achoppe réellement est l’édition d’un livre qu’ils n’auraient pas choisi… Mais bon, les maisons d’édition y sont habituées (je reviendrai certainement là-dessus plus loin).

4. Le jeudi 23 décembre 2010, 00:08 par Cécile Delalandre

J'aime l'eau.
j'aime, j'adore la mer
mais elle m'affole
trop inaccessible
trop forte
trop entière
trop mère
trop volupté
trop placentaire
trop brutalement trop nous
trop sans fin
néant
peur qu'on s'y noie...
qu'on s'y perde
ne peux que la confier à Jean-François Joubert ...
J'aime l'eau.
mais les lacs...
les eaux fermées
avec des bords
où s'agripper
les eaux fermées

où j'ai le temps,l'espace, le repère,
d'y voir la vie
Un roseau...
lui demander:
est-ce qu'un apprenti-libraire y est heureux?

Oui, Cécile, avec un petit « h » et merci. J’aime aussi la mer et les océans bien entendu, mais un étang, petit, te pousse à l’altérité, parce qu’il n’est guère peuplé. Tu as peu de chance d’y trouver quelqu’un immédiatement de connivence. Et, parce que j’aime bien me frotter, alors je vais vers l’étranger, là, juste à côté. La mer, c’est autre chose, il y a des bancs, ils peuvent te suffire, ils assoient ta position ; l’échange sera plus long, certes, plus profond, peut-être, mais moins remuant. C’est le banc qui ondule et non toi. Curieux comme certains, parlant d’internet, trouvent ça formidable parce qu’ils y retrouvent des communautés d’intérêts. Peur d’être étonnés ? sans doute.

En surplomb de l’étang, un cormier, il n’y a pas de banc dessous ; lorsque tu viendras, c’est sur l’herbe que tu vivras l’ombre de son rameau.

5. Le jeudi 23 décembre 2010, 02:05 par Poisson des brumes

(…) Des poissons ne sachant nager, Alice ne dirait-elle que c'est la chose la plus curieuse qu'elle ait contemplée de sa vie ? Mais qui es-tu donc Cécile pour à ce point devancer mes ? Mes quoi ? Je ne sais...

Mais quoi, Poisson des brumes ? Non plus je ne sais…

6. Le jeudi 23 décembre 2010, 03:42 par Question...

Au fait, je me permets de vous prendre au mot : qu'est-ce donc pour vous qu'être un tricheur ? Mais aussi : qu'entendez-vous par voir un film "dans des conditions exceptionnelles" ? Mais serez-vous enfin surpris pas la question ?

Question…, je ne suis ni surpris par la question ni qu’elle devienne trois.

Pour tricheur, je n’ai pas de réponse propre autre que celle commune, son sens courant, mais j’y reviendrai certainement plus bas.

« Conditions exceptionnelles » se résumaient à trois choses : une belle petite salle – je ne sais si elle existe encore – non loin de Beaubourg, un public attentif, une compagne plaisante.

7. Le jeudi 23 décembre 2010, 11:37 par Thierry Benquey

(…)
Quelle est la ligne éditoriale des penchants et de l'apprenti libraire ?

Thierry, lorsque j’entends ligne éditoriale, je pense à celle du « parti », une orthodoxie ne supportant nulle dissidence. Les dissonances me plaisent, il n’y a donc pas de ligne éditoriale des penchants si ce n’est une diagonale ondulante. Ce que je cherche à publier ce sont des livres d’auteurs – je veux dire par là qu’ils ont le premier et le dernier mot. Alors oui, il faut que ceux-ci me plaisent et, si possible, me bousculent. Le choix, parce qu’il y a un choix serré, se fait en fonction de mes possibilités, de mon cheminement et de mes rencontres. Une correspondance ici, un souvenir là et la singularité du texte que je découvre ou revisite. Je publie un texte lorsque je suis fier de le publier et ému par la confiance que son auteur m’accorde. Lisez les textes, des extraits, publiés par les penchants (nul besoin de les commander, ils sont en libre consultation) et vous comprendrez rapidement, je crois, ce que j’entends par singularité. Quant à mon cheminement, c’est autre chose, moi-même j’ignore où il me mène.

8. Le jeudi 23 décembre 2010, 12:08 par Savina

(…) Pour ma part, cela faisait depuis un certain temps que je me demandais comment s'organisait une maison d'édition : qui fait quoi ? Surtout la vôtre en occurrence.

« La science est faite suivant les données fournies par un coin de l’étendue. Peut-être ne convient-elle pas à tout le reste qu’on ignore, qui est beaucoup plus grand et qu’on ne peut découvrir. »

Cette citation de Bouvard & Pécuchet me plaît vraiment, elle s’applique très bien au « monde » de l’édition, tellement il est vaste, bigarré, mouvant et ne peut se résumer à des schémas prédéfinis.

L’alpha et l'oméga actuels seraient – en ce qui concerne la libraire dans son sens traditionnel et plein – d’utiliser l’image d’une chaîne, celle qui va du manuscrit à sa lecture au chevet d’un lit dans le mitan duquel coule une rivière. Chaque maillon de cette chaîne représenterait une activité précise dans la division du travail avec son ouvrier spécialisé (vision fordiste du monde). Une représentation simplifiée donne à peu près ceci : le maillon écriture – l’auteur, le maillon choix – l’éditeur, le maillon fabrication – l’imprimeur, le maillon diffusion – le diffuseur, le maillon distribution – le distributeur, le maillon vente – la surface de librairie ou la bibliothèque, le maillon lecture – le lecteur ; cette chaîne pour ne pas se gripper a besoin de certaines huiles essentielles : le nègre, le correcteur, le maquettiste, le chroniqueur, l’animateur, le prix « littéraire », le salon, etc. Tout produit mal conçu ou démodé enrichit une industrie florissante : le pilon.

Cette organisation est dominante, mais ne résume pas du tout le monde de l’édition. Vous comprendrez aisément que le fonctionnement d’une maison comme – prise au pif – les éditions Mazarine d’Hachette livre branche du groupe Lagardère, deuxième éditeur mondial ne sera pas la même que celle des éditions MLD petit éditeur indépendant. L’une fait partie d’un consortium qui contrôle une grande partie de la distribution, des télévisions et radios, de la presse, de l’accès à internet ; l’autre vit son indépendance avec ténacité.

Mais revenons à ma librairie et mon apprentissage. Je suis plus « bordélique » qu’organisé, cela a un grand avantage, j’évite les tâches qui pourraient être répétitives. Mais il y a pourtant un sens, en quelque sorte obligé, à mon activité, la direction que prend cette chaîne. Il y a donc la découverte des textes, ceux qui me parviennent, ceux que je déniche ; le choix ; l’approche de l’auteur ; l’accord de principe ; l’échange sur le texte lui-même ; sa correction avec l’auteur ; sa mise en page et la maquette du livre ; les premières épreuves, puis l’impression ; le façonnage de chaque exemplaire ; la déclaration du livre et sa publication ; sa diffusion et sa distribution. Ce sont les moments essentiels, mais vu que je jongle avec plusieurs livres, je passe d’une activité à l’autre sans penser ni à la queue ni à la tête. Le moment certainement le plus passionnant de l’activité de libraire est celui où l’on édite, c'est-à-dire celui où après l’avoir choisi, on lit, relit et relit encore un texte pour s’en imprégner, savoir qu’il deviendra livre et en parler avec l’auteur. Ces heures sont pour moi très intenses, elles valent que l’édition survive : deux regards intenses et croisés sur un même texte ; même si l’édition en question ne mène pas nécessairement à une publication. Les autres moments le sont moins (l’impression, le façonnage) et parfois je m’en passerais bien (la vente, les papiers, les démarches), mais réunir ce qui devrait être morcelé fait un bien fou ; dommage que je ne sache fabriquer de manière pratique le papier et l’encre.


Ah oui, le temps… Un livre comme Le Souvenir de personne représente environ quatre-vingts heures de préparation et une heure par exemplaire fabriqué et distribué.


10. Le jeudi 23 décembre 2010, 13:20 par Marie

(…)
Question 1: quand vous êtes dans un jour "normal" (sans évènement exceptionnel) êtes-vous plutôt serein ou tourmenté ?
Question 2: quels sont les écrivains qui vous ont marqué dans votre prime jeunesse (entre 15 et 25 ans à peu près).



Marie, à cette première question ma réponse serait : les deux. Si je rapporte ça à mon activité d’apprenti libraire, je doute tout le temps : du texte, d’une correction, d’une éventuelle panne d’imprimante… Vous voyez, de choses graves ou légères et mécaniques, elles me renvoient, sans doute, à un tourment plus profond : celui du sens, de sa quête et de son bout. Mais je sais aussi m’en distraire, en cherchant plus profond et là, c’est la contemplation qui m’y aide : regarder au-delà. Bref, je ne suis pas du tout un flegmatique (tant pis pour Saint Just et l’empire), mais un tourmenté souriant.

Et là je souris, pensez-vous vraiment que lorsque j’avais quinze ans j’aie entendu cette « prime jeunesse » d’une oreille tendre ? Quinze ans c’est l’âge où j’ai opéré ce tournant d’une lecture enfantine à une lecture adulte, vouloir me frotter à ce que lisaient mes aînés. Quinze à vingt-cinq ans, c’est long, très long. Donc des lectures très diverses et une toile de fond – les années soixante-dix, pour moi – celle d’un millénarisme social où tout semblait possible, où le monde basculerait avec nous. Non, je ne pourrais pas citer un écrivain, ni même deux. De mes quinze, ce serait plutôt une époque, le XIXe, qui me rendait fébrile avec Verlaine plus qu’Hugo, Dostoïevski plus que Tolstoï, Maupassant plus que Stendhal, Baudelaire plus que Lamartine. Oui, j’étais assez collé au XIXe en accompagnement des utopies socialistes : Fourier, Bakounine, Proudhon et Marx aussi. Puis j’ai diversifié mes lectures avec un attrait pour tout ce qui venait de l’étranger : Lu Xun de Chine, Ousmane Sembene du Sénégal, Doris Lessing de Rhodésie, Mongo Beti du Cameroun (mais vivant en Conardie), Istrati de Roumanie, Dos Passos des USA et, bien sûr, Caroll, Swift, Orwell… Quelques noms donc, ils n’épuisent rien ni Boris Vian.



11. Le jeudi 23 décembre 2010, 15:38 par Edouard.k.Dive

Pour un jeu de la vérité, toutes ces questions me semblent bien...euh...complaisantes
(…)
- est-ce que vous en vivez de ce boulot ou avez-vous des rentes par ailleurs ?
- quels sont vos rapports avec Léo Scheer ? Il se trouve que plusieurs de vos auteurs ont participé de près ou de loin au blog de léo scheer.

Édouard, si vos questions vous apparaissent moins complaisantes, êtes-vous vraiment en mesure de le juger ? Elles ne me gênent en rien ; bien moins qu’une plus bas, devinerez-vous laquelle ?

Je ne suis pas dans cette alternative vivre de mon apprentissage ou de rentes. Une des caractéristiques d’un apprenti est de ne pas être payé (il existe bien des enveloppes, mais je n’en connais pas la couleur), non c’est bien un apprentissage que je m’offre avec une partie de mon salaire d’employé quelconque dans une entreprise quelconque à un poste quelconque. Il faudrait être fou pour croire que les penchants du roseau peuvent être un jour source de revenus – je détaillerai ça un peu plus bas –, parce que la vente des livres que je fabrique en est la seule : zéro subvention, zéro « compte d’auteur »… pourtant il y a de la demande, je vous prie de me croire, zéro pour les « animations » auxquelles je participe. Non, c’est bien un luxe que je m’offre et je le partage avec délectation.

Il n’y a pas de réelle corrélation entre mes rapports avec Léo Scheer et le choix des textes d’auteurs que je publie. Si vous regardez bien, actuellement, un seul texte Bleu Terre de Jean-François Joubert pourrait faire la liaison, parce que cet auteur l’avait déposé dans l’espace M@nuscrits et c’est ainsi que j’en pris connaissance avant de décider des penchants. Les Conards de Rouen, La Chèvre Jaune, Le Souvenir de personne de Cécile Fargue et aujourd’hui les petits penchants : Bankster de Robert Bruce, Un jour de grosse lune de Cécile Delalandre et Peaux de papier de Yasmina Teterel, n’ont rien à voir avec Léo Scheer, ses éditions et son blog, ni de près ni de loin. Que vous ayez trouvé des textes de Cécile & Cécile dans M@nuscrits n’implique ni cause ni effet. D’autant, et c’est une des caractéristiques des penchants, qu’il n’y a nulle cession de droit de la part de l’auteur autre que celle de m’autoriser à publier. Avec Léo, je n’ai pas de rapports particuliers hors ceux brièvement évoqués plus haut. C’est un éditeur qui ne me laisse pas indifférent et qui suit – certainement de très loin – l’évolution des penchants du roseau.

12. Le jeudi 23 décembre 2010, 16:12 par Cousine Mac Miche

Je ne voudrais être la pinailleuse de service, mais il me semble que pas mal de questions - et celle de Thierry, notamment - trouvent déjà réponse à qui se donneraient la peine de mieux se pencher... En tout cas, pour ce qui concerne votre ligne et ses subtilités, je ne pourrais mieux faire que de conseiller à Thierry de pousser un clic sur le lien de "20.000 lieues sous les livres..." de Savina de Jamblinne : http://billets.domec.net/post/2010/...

Cousine Mac Miche, si c’était une question, la réponse est oui, mais heureusement pour Thierry, il ne lit pas tout ce que je peux écrire et dire ici ou là, moi-même parfois… Sinon, oui, l’entretien avec Savina disait beaucoup de choses et je l’en remercie.

13. Le jeudi 23 décembre 2010, 16:14 par Cousine Mac Miche

donnerait.

Cousine Mac Miche, ce que vous voulez.

14. Le jeudi 23 décembre 2010, 20:44 par Cécile Delalandre

Bon je reviens sur terre...
Est-ce que sucer c'est tricher ?

Cécile, une première image peut-être : celle d’une belle sucette à l’anis, et me poser cette question : est-elle d’anis vert, étoilé ou bien de synthèse ? Dans ce second cas, oui, il y a tricherie caractérisée, mais qui se rend compte aujourd’hui d’un goût édulcoré ? Cela me rappelle ce libraire qui intéressé par mes livres « faits à la main » me suggéra de leur donner une apparence plus rustique et, pour me préciser son propos, me montra un livre à l’apparence rustique, mais manufacturé en grande quantité sur des machines ultra-modernes.

Ta question me suggère d’autres images. Celle de la copie du voisin que l’on pompe ou la roue que l’on suce pour in extremis jaillir et le dépasser d’une cocotte. Dans les deux cas, s’il y a tricherie, elle est réelle lorsque son aboutissement ne fait nullement apparaître une touche particulière, une manière propre. Mozart était certainement le plus lumineux pompeur de l’histoire de la musique, mais tout ce qu’il touchait se transformait en or, dit-on. Les idées, les phrasés, les rythmes sont dans l’air d’un temps, croire qu’on puisse nous les sucer, nous les pomper est croire que nous sommes étrangers à lui. C’est rare, finalement très rare de sortir de l’ordinaire sauf notre petite musique particulière, celle que souvent nous n’entendons pas et qu’une oreille aiguisée découvre, comme ça, au moment où l’on ne s’y attendait pas. Parce que c’est souvent notre banalité qui est singulière et non notre quête si grégaire d’originalité.

Mais, bien sûr, sucer, c’est le corps qui se courbe, les lèvres entrouvertes pour happer une vulve frémissante, un chibre tendu. Cette courbure épouse assez bien les contours des rapports sociaux, ceux qui inclinent une nécessaire domination, ceux qui s’en défient ; ceux qui jouissent de la soumission, ceux qui ne la supportent. La hiérarchie et les échelons à gravir ne sont-ils pas l’apprentissage de la soumission ? La fin s’estompe avec la succion, elle ne peut être au bout. En cela, si tricherie il y a, elle est bien maladroite, hors nourrir un fantasme éculé. Tout ceci peut se monnayer, mais ne fait pas aimer. Les caractères seuls transfigurent un texte, avec leurs pleins et leurs déliés. Maintenant, suçons-nous les uns les autres pourrait être un chouette programme, mais encore faudrait-il de l’inspiration.

En aparté, lorsque j’ai vu cette question, je relisais les Quatrains d’Omar Khayyam, ceux traduits par Grolleau, la lecture de celui-ci prit un tour savoureux :

« Lève-toi, donne-moi du vin, est-ce le moment des vaines paroles ?
Ce soir, ta petite bouche suffit à tous mes désirs.
Donne-moi du vin, rose comme tes joues...
Mes vœux de repentir sont aussi compliqués que tes boucles. »

16. Le vendredi 24 décembre 2010, 02:33 par ariane

Sans tomber dans le paroxisme de Cécile, je souhaiterais des questions moins sages... un éditeur lit-il vraiment ses livres , y prend-il du plaisir..sachant que certains textes sont souvent assez crus ou suggestifs pensez-vous que tout peut être dit et imprimé ? et quel est l'auteur qui vous serait le plus insupportable à éditer ?
C'était un jeu de la vérité, je m'y suis pliée.. (…)



Ariane, après la question de Cécile, votre dernière phrase est troublante…

Un éditeur lit-il vraiment ses livres, me demandez-vous ? Si la question est générique, ma réponse sera : tout dépend de l’éditeur, tout dépend des livres qu’il publie. Entendons-nous déjà sur les mots. Les personnes que nous appelons, bien souvent, les éditeurs – les connues, genre Antoine Gallimard, sont celles qui de ce rôle ne remplissent que celui de la décision de publication, et encore. Ont-elles le temps de lire ? Non ou si peu. Elles délèguent. Les éditeurs réels lisent-ils toujours ce qu’ils publient ? La réponse sera parfois non, ils délèguent aussi. D’autant que dans leur catalogue, ils ont des titres alimentaires, sous forme de compte d’auteur déguisé. Ils ne vont tout de même pas lire un livre écrit par quelqu’un d’autre que l’auteur proclamé, chroniqué par une personne qui ne l’a pas lue, mis en vitrine de librairie suite à l’argumentaire du VRP de service, etc. Ou alors, ils sont complètement masochistes – ce qui demeure possible tant ils doivent avaler de couleuvres parfois. Les faux nouveaux éditeurs, ceux du net, lisent-ils ce qu’ils publient, certainement non, ils font du chiffre, ils vont bientôt avoir un catalogue aussi important que Gallimard, ils publient, c’est tout, leurs premiers clients sont les auteurs et leur famille, plus leur catalogue est grand plus ils ont une chance de survivre. Il est pourtant des centaines d’éditeurs qui lisent soigneusement ce qu’ils éditent, parce que c’est leur rôle premier, l’éviter est ne plus être. Alors moi, tout bêtement, comme apprenti libraire je le fais. Un texte publié par les penchants est lu au moins une dizaine de fois, en intérieur, en extérieur, discrètement ou à haute voix et, souvent, j’y prends du plaisir…, ce n’est pas tout à fait le mot : je vibre. Est-ce une lecture plus profonde que celle d’un lecteur habituel, non, je ne le crois pas, elle est différente et déforme parfois, il me plaît beaucoup de lire de bons textes, juste comme ça, je vibre peut-être moins, je savoure mieux, je crois. C’est assez difficile à exprimer en quelques mots.

L’écriture est certainement le dernier moyen d’expression créé par l’homme, on dit parfois qu’elle découlerait d’une volonté de garder des traces comptables, celle de l’époque néolithique, de la naissance des villes et de leurs marchés ; je n’en suis pas persuadé, mais peu importe, elle a vite été le support d’histoires orales, mais a créé à son tour des formes nouvelles d’expression à mesure que son support changeait et transformé la langue et son oralité. L’imprimerie et la diffusion des textes imprimés ont fait surgir le roman – dans son sens moderne -, la rupture avec la versification – la mémoire étant devenue moins nécessaire, etc. Refuser l’expression à un homme y compris par l’écriture et son impression, c’est le nier. Ne pouvant défendre cette négation, je pense que toute expression doit être possible quels que soient son contenu et la qualité de son auteur. Pour aggraver mon cas, je dirais que la littérature porte pleinement son nom lorsqu’elle va fouiller dans les tréfonds de nos ressorts, nos entrailles, elle dérange donc forcément. Donc oui, il est important de publier et de diffuser ces textes qui nous secouent. Maintenant, tomber dans l’anti-politiquement correct, dans le port du sexe à la bouche en se plaignant d’une montée du puritanisme est du dernier des conformismes, il commence à prendre quelques rides à être ahané avec la même ardeur depuis une quinzaine d’années sur tous les plateaux. C’est, comme souvent pour les maîtres du marketing, une hypocrisie et une imposture. Comme le sont les censures imaginaires pour faire une et manchette. Il est très difficile pour un auteur de talent ayant un peu d’allant de ne pas trouver un éditeur prêt à le publier, après un temps de recherche parfois assez long.

L’auteur qui me serait le plus insupportable à publier ? Certainement celui qui n’a pas écrit son livre ; autant dire que je place la barre bien plus haut qu’une bonne partie des éditeurs. Et sans doute aussi, celui dont je ne comprendrais par le texte (à ce sujet, je viens de recevoir une proposition à propos d’une affaire qui a fait et fera encore couler beaucoup d’encre. Ne m’y étant jamais vraiment intéressé, ne pouvant donc comprendre les propos tenus, je vais certainement décliner l’offre sauf à m’y pencher sérieusement. Sûr qu’elle ferait du « bruit », mais je ne suis pas dans ce genre de démarche, je laisse ça aux grosses caisses et timbales).

17. Le vendredi 24 décembre 2010, 13:08 par becdanlo

Puisque l'occasion se présente, voici une question qui me taraude depuis un bon moment:
Est-ce que tu t'en sors ?

Becdanlo, si je m’en sors. Bah, le fait d’être là et de répondre semble indiquer que oui… Veux-tu dire dans le temps que j’y consacre ; en fait, pas trop mal, mais c’est assez usant ; heureusement, je n’ai pas trop de commandes, mais ce n’est pas bon signe non plus. Financièrement ? Ce que j’aimerais bien, dans un premier temps, c’est que la vente me rembourse les consommables (papier, encre, colle), les frais postaux et les droits d’auteur. Je n’en suis pas loin, ce serait bon, je crois, si ce que l’on me doit rentrait. Après il y a les machines, il ne faudrait pas une casse cette année, mais bon, je saurais assumer. En fait, j’ai fait récemment un petit calcul digne d’un comptable. Un livre comme Le Souvenir de personne, je devrais le vendre 30 € environ pour rentrer vraiment dans mes frais (sans compter la main-d'œuvre, parce que là ça frise les 50 €), c’est un prix qui n’est pas tenable, personne ne comprendrait. Alors je m’offre ce plaisir et y passe du temps, ça vaut bien le visionnage des programmes télé et l’achat du dernier écran 95 D. J’ai cette liberté de ne pas faire les deux.

Reste, bien sûr, d’autres sources de financement :

le compte d’auteur, je m’y refuse – je ne peux travailler sur un texte que je ne puis porter, et je n’aime pas le rapport de suggestion qu’il induit ;

des subventions, je déteste les papelards et ne suis pas bon suceur – comme dirait Cécile Delalandre ; autant j’aime être courtois autant la posture de quémander m’horripile (celle du roseau me laisse sceptique)… et puis, pas trop d’illusions, les subventions vont principalement aux poches pleines et à ceux qui se moulent dans la production industrielle, celle de la fameuse chaîne ;

vendre des fichiers numériques pour les bidules ? Non, c’est vendre leur protection, j’aime les formats ouverts ;

les droits dérivés, je m’y refuse, je tiens à ce que les auteurs aient toute jouissance de ces éventuels droits ;

des petits travaux de conseil, de correction, d’animation ; bah je suis plutôt séduit lorsque je le fais volontairement et bénévolement et puis, là, je n’ai pas trop le temps.

Enfin, il y a cette possibilité de réduire mon activité au seul aspect éditorial. Être apprenti éditeur ne me déplairait pas, mais c’est se priver du rapport charnel avec la création du livre & amputer l’activité, l’amoindrir, l’appauvrir. Apprenti libraire ça a une autre gueule !

Bref, nous verrons bien, mais je peux tenir, à ma mesure, encore longtemps. Rien ne presse.



19. Le vendredi 24 décembre 2010, 13:16 par becdanlo

Et puis, pendant que j'y suis, une autre question concernant les coquilles qui apparaissent une fois le livre imprimé... parce qu'avant, ces coquilles n'étaient pas là : forcément plusieurs lecteurs ont lu et relu et tout était nickel. Ces coquilles apparaissent souvent en plein milieu de la première page ou sur la quatrième de couverture. Est-ce que tu bois un coup ? Balance le pot de colle contre le mur ? Ou bien tu te dis :
"L'origine de la douleur, c'est la soif de plaisir, la soif d'existence, la soif d'impermanence."

Becdanlo, oh là ça m’énerve un peu, mais je peux vite corriger. Ça me tourmente sereinement comme dirait Marie. Les coquilles sont inévitables, mais tu as raison, celles de dernières minutes sont les plus courantes et les plus voyantes. On doit se relâcher un peu, juste avant de boucler. Il y eut mon « achevé d’imprimé » des Conards, le « veut » du Souvenir, et les autres viendront. Non, pour moi, ce qui est important, c’est : si un lecteur la voit, il me le dit, mais cela ne semble pas si simple.

21. Le vendredi 24 décembre 2010, 23:26 par Cécile Delalandre

En ce 24 décembre 2010, je voulais savoir si tu croyais au Père Noël ?

(…)

Anecdote:
"Les gargans de Rouen, étaient des biscuits de 2 à 3 cm de haut, à figure d'homme grotesque et 2 paires d'yeux, en état de priapisme, vendus à la Saint Romain (sa représentation fut interdite par censure de la Police en 1855), les filles mettaient le biscuit dans leur corsage, pour trouver un mari qui serait bon amant."

Cécile, j’aime bien l’anecdote, tu t’en doutes, dommage, depuis les maris ne sont plus bons amants. Mais ces gargans survivaient encore lorsque j’étais enfant, moins coquins sans doute. Si j’y crois ? Oui et non. Enfant on ne m’a pas appris à y croire, mais, par ma mère, au petit Jésus, et pour les cadeaux cela venait des parents, mais il y avait l’attente et la surprise. Je n’aime d’ailleurs pas trop ce père Noël... il n’a pas son pendant le père Fouettard. Mais oui, peu importe son nom, il existe bien entendu. Sinon comment expliquer que dans toutes les civilisations a lieu – peu importe les habits qu’il revêt – ce rite, ce moment où va se concentrer l’échange de cadeaux ?

22. Le samedi 25 décembre 2010, 02:14 par Colombe

Je voudrai savoir combien ça coûte d'éditer un livre ? (des chiffres par rapport au nombre de pages et d'exemplaire)
Merci :-)

Colombe, ça me fait vraiment plaisir de vous voir virevolter jusqu’ici, d’avoir franchi cette mer, la nôtre.

Combien ça coûte d’éditer un livre ? Je répondrais bien zéro sou, mais beaucoup de temps. L’édition, dans son sens le plus précis, consiste à préparer un texte pour qu’il devienne livre. Alors oui, il faut quelques outils qui aujourd’hui sont à la portée de tous ceux qui viennent poser question ici ; ces sous déjà dépensés nul besoin réel de mettre au bout. Non, c’est le temps et l’attention qui sont les conditions essentielles. La publication, elle, va avoir un prix : il faut fabriquer le livre avec des matériaux que l’on peut difficilement créer soi-même : du papier, de l’encre... et avoir à disposition des machines qui aident un peu. C’est difficile à quantifier. En France, un poche à grand tirage revient à environ 30 centimes l’exemplaire, un Goncourt à 1 €, un petit tirage de qualité moyenne à 2 €, un petit tirage de grande qualité à 7 €, le même à l’unité peut monter à plus de 100 €. Il faut ensuite le distribuer...

Maintenant si votre question est : j’ai un beau manuscrit, combien cela peut-il me coûter de le faire éditer ? Ma réponse est bien entendu zéro, puisque vous devriez au contraire en recevoir un revenu aussi infime soit-il. Reste : oser, rencontrer et ne pas hésiter à remettre la main à l’ouvrage.

23. Le samedi 25 décembre 2010, 14:19 par Passante 1

Bonjour, J'aimerais bien savoir : qui est Hervé Bréchet ? D'autres questions suivront. Après la trêve de Noël...

Passante 1, Hervé Bréchet a participé à la publication des Conards de Rouen; il a visiblement trois particularités notables : il porte souvent un col vert en accord avec son prénom, il fréquenta assidûment les bistrots et auberges de Conardie, son nom rappelle un os. N’ayant pas pris ses mensurations, je ne puis vous les transmettre.

24. Le samedi 25 décembre 2010, 14:52 par Uzume...

Cher Christian,

De-ci de-là, j'ai aussi vu que vous seriez Arthur Morneplaine. Mais savez-vous qui est Diogène ? (de la Toile) http://www.leoscheer.com/blog/2010/...
(...)

Uzume..., Arthur Morneplaine est le pseudonyme parlant d’un traducteur d’un temps, il n’a jamais masqué le nom civil qu’il pouvait porter.

Diogène ? (de la Toile), non et je m’en contrefiche, mais je ne connais pas non plus la superficie de la lune ou la racine carré d’un if centenaire.

25. Le samedi 25 décembre 2010, 17:06 par Cadichon

Oui, qui est ce mystérieux apprenti que vous malmenez souvent de bien dure manière ? Vous avez aussi évoqué un nouvel et jeune stagiaire. Poète à ses heures et qui émerveille. Depuis, plus de nouvelle...(...)

Cadichon, vous faites vraiment l’âne (c’est une métaphore usée, je respecte beaucoup cet animal). J’ai répondu à la première question – l’apprenti – sous le 2. Le jeune homme, oui, je devrais le revoir cette année.

26. Le dimanche 26 décembre 2010, 06:45 par Hervé

(…) Ma question est la suivante : avez-vous un quelconque lien avec le "Chirstian" du blog dont références ci-dessous ? http://www.expressio.fr/edj.phpDans l'affirmative, je me permettrais de vous contacter par MP. (...)

Hervé, non. Vous n’aurez donc pas à contacter la police militaire.



27. Le dimanche 26 décembre 2010, 07:14 par Serpentin coloré

Bonjour Christian, dans la foulée, voici ma première question du jour : l'affaire Eric Blair (*) fut-elle en partie déterminante dans votre décision ? Tant il est qu'elle me rappelle ce vieil adage disant que "l'on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même" ? Chanter dans sa langue n'est-ce une forme de résistance, au même titre que la spiritualité quand elle vise à barrer la route au matérialisme ?
(*)
http://billets.domec.net/tag/Eric%2...

Serpentin coloré, l’affaire Eric Blair n’a pas encore eu lieu. Mais non, son journal n’a pas grand rapport avec cette décision de créer les penchants – j’y reviendrai plus bas. Pour l’adage non plus, je ne suis pas partisan, me concernant, de l’auto-édition, pour le journal d’Eric Blair, oui, les penchants pourront être utilisés, nous verrons bien, je n’y pense pas trop en ce moment. Enfin, je ne suis pas sûr que le « matérialisme » ne puisse être spirituel, tout dépend en fait du sens que l’on donne à ce mot. Dire : « en premier fut la matière » ne manque pas d’esprit...

28. Le dimanche 26 décembre 2010, 11:19 par Cécile Delalandre

(...)
j'aimerais connaître la "génèse"..
Quand ? Qui ? Quoi ? Comment est née cette merveilleuse idée de devenir Apprenti-Libraire ? Germait-elle depuis longtemps en toi ?
et puis quel fut le dé"Clic" qui te fit tourner la clef du démarreur ?

Cécile, en fait, c’est une très vieille histoire. Pour la résumer : je publiais déjà il y a trente ans, mais d’une autre manière. J’ai complètement arrêté des années. Je pense que c’est la maladie et mort de mon père qui me décidèrent. L’inanité de tout ce que l’on pouvait garder, dans un premier temps, puis revoir ses livres – il lisait tant – et décider de regrouper ses derniers écrits, ceux autour de la chèvre, pour en faire cadeau à ses amis et les faire lire au-delà. Créer le site de la sente de la chèvre qui bâille et ensuite faire fabriquer le livre à la demande. J’ai pu ainsi envoyer ce livre facilement à une petite centaine de personnes. J’ai donc, à ce moment, renoué avec une partie de ce qui est devenu mon apprentissage. D’un autre côté, il me passait entre les mains de nombreux textes, parfois pour avis, parfois pour correction, parfois juste comme ça, pour voir. Certains étaient merveilleux et je trouvais étrange qu’ils ne trouvent éditeur*. C’est très certainement cette conjonction qui me décida, il manquait l’étincelle, ce fut La Route.

* il y a au moins deux idées fausses à ce sujet et, oh combien !, répétées en boucle : qu’un bon texte ne puisse trouver éditeur, que les éditeurs publient tous les bons textes.

29. Le dimanche 26 décembre 2010, 14:05 par Marie-Agnès Michel

Cécile, en réponse à ton 14, je dirais que sans les mains ce n'est pas tricher.

Marie-Agnès, ça me donne matière à réflexion et... vous venez de me donner l’idée du titre des réponses : réponse du tricheur avec les mains plongées dans la glaise gallèse.



32. Le lundi 27 décembre 2010, 08:49 par robert bruce

(…) Sur ton site (je n'ai pas comptabilisé)j'ai remarqué qu'il est majoritairement tenu par la gente féminine, tant pour les auteurs que pour les lecteurs. Alors, une question me vient à l'esprit : es-tu un séducteur naturel ou seulement un obsédé textuel ?

Je pense, j'espère que c'est une vraie question.

Robert, oui, c’est une vraie question qui m’a plus d’une fois traversé l’esprit, mais je ne suis pas arrivé à ton alternative en guise de conclusion. Cette séduction naturelle, je n’y crois pas, et quand bien même elle existerait pourquoi les personnes d’un sexe y seraient plus sensible que celles d’un autre ? L’obsession textuelle, je ne pense pas en être arrivé là : il m’arrive d’aimer ne pas lire. Non, je crois que c’est bien plus simple que ça, il y a un mouvement de fond qui est aujourd’hui bien perceptible – ce sont un peu des généralités : les femmes lisent plus que les hommes et elles écrivent souvent mieux. Cela ne date pas d’aujourd’hui, il y a depuis longtemps plus d’Emma que de Don Quichotte, mais cela se voit mieux. Regarde, les auteurs que je cite dans ma réponse à Marie sont presque tous des hommes. Crois-tu vraiment que les femmes n’écrivaient pas ou manquaient de style (comme s’exclame Maupassant) au XIX e ? Non (il n’y a qu’à fouiller dans les courriers pour s’en rendre compte), leurs textes restaient dans les tiroirs, parce que l’édition leur était refusée le plus souvent. Les George Sand ou Marc de Montifaud sont exceptionnelles, leur prénom le souligne. Aujourd’hui, ce n’est plus vrai – les dernières résistances tombent. Je ne suis donc nullement étonné et, en cela, ce journal et les choix de publication sont bien ordinaires et cela me plaît.


38. Le lundi 27 décembre 2010, 13:07 par Véra

(…) voici ma première question du jour : quels liens ont Les Penchants avec Nautile, par exemple ? Je m'y perds un peu, je le confesse, car tout va dans tous les sens sur FB et j'ai l'impression de me noyer. http://www.nautileditions.com/bleu_...

Véra, aucun lien particulier. Bleu Terre est publié par les penchants avec nul contrat d’exclusivité. Jean-François Joubert fait donc ce qui lui plaît. Le lien correspond à son projet de créer une maison d’édition, j’ai vu qu’il avait copié des éléments présents sur les penchants, je n’y vois aucun inconvénient. Il m’en a même fait part par la suite pour connaître mon sentiment, je lui ai confirmé ce que je viens de vous dire.

Ah oui, c’est curieux que l’éditeur d’un texte ne le capte pas jalousement, eh bien, ici c’est ainsi et c’est bien une des particularités des penchants à laquelle je tiens vraiment : l’enclosure et cette notion bourgeoise que la liberté de l’un s’arrête au fil barbelé protégeant celle de l’autre sont deux horreurs humaines contemporaines.

39. Le lundi 27 décembre 2010, 15:59 par Cécile Delalandre

(...)

Christian, le choix de ce film "les Tricheurs" pour illustrer cet article t'est-il venu en écho à la comédie Humaine ?

Car comme le disait Balzac, en fait "tout est vrai", même la tricherie, le mensonge, et tout signifie et révèle... par delà le "package"! ... même si nous ne sommes pas tous des Enfants du Paradis!

Non, Cécile, c’est un simple correspondance à peine réfléchie. Mais je suis d’accord – bien évidemment – avec ce « tout est vrai », la tricherie et sa manière révèle beaucoup. Le simple courrier accompagnant un manuscrit est riche d’enseignement sur le manuscrit lui-même.

Et puis, nous savons tous qu’un bon acteur - un comédien - joue les sentiments pour mieux nous faire vibrer ; s’il ne sait les jouer, le théâtre se dérobe à lui... le cinéma pas forcément, l’objectif peut remplir ce rôle. Ce que nous percevons moins, c’est lorsque ce talent est utilisé à d’autres fins que le jeu ; pour vendre un produit, pour faire pleurer dans les chaumières, pour accompagner des bruits de botte. Il y a urgence, toujours, à savoir le débusquer, parce que toujours cela peut déraper vite et toujours nous en serons responsables.

40. Le lundi 27 décembre 2010, 16:26 par Ange & Démon

(…) J'aimerais savoir les 3 personnes que tu détestes le plus dans tes relations ... ? je te demande pas les trois que tu préfères le plus étant un ange de nature, je ne voudrais pas froisser ceux que tu aimes en les classant , les "oubliés" pourraient en souffrir...!, pour ceux que tu n'aimes pas , moins d'importance puisque tu ne les aimes pas .....:-)))

Ange & Démon, ta question ne manque pas d’élégance, mais elle tombe – pour moi – un peu à plat. Il se fait que je n’arrive pas à détester quelqu’un. J’ai essayé pourtant de nombreuses années (cf. ma réponse 10), mais rien à faire ce n’est pas dans ce que je suis devenu très tôt déjà. Je ne me défile pas, hein ! C’est comme ça. Mais je ne vais pas te laisser penaud. Je vais te dire trois situations que j’ai détestées depuis que les penchants existent. La première, la plus odieuse sans doute, et rien que la citer ne peut qu’alimenter les croyances des imbéciles en une fumée qui nécessiterait feu : c’est lorsque fut publiquement, en petit comité, affirmé que j’aurais réécrit le texte d’un des auteurs que je publie. La seconde, c’est la morgue de l’organisatrice des rencontres avec des auteurs d’une très grande librairie, lorsque je lui ai présenté deux livres (un d’Actes Sud, un autre de le Manuscrit). La troisième c’est le froissement d’une brochure que j’avais patiemment fabriqué à la main par celles d’un responsable d’un grand salon littéraire habitué, sans doute, aux flyers à grand tirage et immédiatement jetables. Mais ces trois personnes pouvaient-elles imaginer à quel point je détesterais leur attitude – qu’elle était détestable ? Je ne le crois pas, ni toi non plus peut-être, ni sans doute ceux qui me lisent ici. Alors, pas de quoi fouetter un chat.



45. Le mardi 28 décembre 2010, 07:03 par Sonia

Ma question à Christian Domec : quel est le lien entre Cécile Fargue et ceci : http://lavenuslitteraire.com/PointD...S'agit-il d'un homonyme ?

Sonia, la question s’adressait à Cécile plus qu’à moi, mais je vois qu’elle y a répondu.

48. Le mercredi 29 décembre 2010, 14:07 par Cécile

(pour répondre à Sonia, le petit texte sur la Vénus littéraire est de moi oui, pas d'homonyme en vue)

Christian...allez ! je sacrifie au jeu de la question... A quand un livre de toi véritablement ?

Cécile, si Édouard vient jusqu’ici, il saura que c’est cette question qui me dérange le plus. Je ne vais pas me défausser, mais ne parler que d’à-venir. Une chose est certaine, sauf pour un petit bidule mineur, il n’est pas question que les penchants du roseau soient mon éditeur. Pourquoi ? Parce que l’altérité me paraît essentielle. Si j’écris quelque chose, je veux cette lecture attentive et exigeante avant toute publication. Pour l’écriture elle-même, oui, j’ai plusieurs textes en route, mais j’ai quand même deux lourds handicaps : je ne sais pas bien écrire et j’ai beaucoup lu. Le second, il est trop tard pour le lever, le premier... eh bien... il va bien falloir l’alléger un peu, mais je n’y travaille pas trop en ce moment (je préfère lire, te lire, vous lire).


51. Le mercredi 29 décembre 2010, 20:44 par Pomponette

Et pour vous, cher Roseau, écrire sous un pseudonyme, ou même écrire tout court, est-ce tricher ? (...)

(…) Les droits d'auteur, en auriez-vous cure ?

N'empêche que, lorsque je découvre ceci : http://www.docteur-watson.com/10121...je me demande s'il est vraiment raisonnable que pour une louable hostilité envers l'affreux pilon, l'idéaliste qui vit ou sommeille en vous se mette en perte de trésorerie en vendant ses livrets rien qu'à 2 écus la cinquantaine de pages ? N'est-ce pure folie, dans la mesure où vos tirages ne visent d'aucune manière à pointer des zéros vers l'infini ?

Questions encore : j'ignore si l'homme que voici - j'en doute un tantinet - fait partie de votre panthéon ? http://www.youtube.com/watch?v=oxuS...et parvenez-vous à mener de front une vie familiale sans heurts ?

Pomponette, pour la tricherie et le pseudonyme : non, pourquoi diable Voltaire serait-il à rouer.

Les droits d’auteur ? S’il y a quelqu’un de très scrupuleux pour les respecter c’est bien moi, y compris sur le web. Je cite ? je mets la référence ; j’utilise une image ? je vérifie – en général – sa licence et la respecte ; je veux utiliser le commentaire de quelqu'un ? je lui envoie un mail pour savoir s’il en convient ; je veux présenter un billet d’un autre blog ? je mets un court extrait avec un lien pour lire la suite, etc. Non, concernant les droits d’auteur ce qui me gêne c’est ce qui les environne : leur captation par les autres : les « majors compagnies », les maisons d’édition et les petits-enfants aussi. C’est à partir de ça que je réfléchis, raisonne un peu et agis. Mais cette question est vaste, je ne peux y répondre en quelques phrases.

Deux écus ? J’ai réévalué ce prix en le convertissant en euros ; oui il y a un grain de folie à ne pas rentrer dans une logique de rentabilité à tout prix, elle évite juste de toujours présenter des vessies comme des lanternes. Du pilon qui a pris très récemment des proportions considérables, je n’en fais pas une fixation, il est juste le symptôme éclatant de comment est aujourd’hui considéré le livre par ceux qui le nomment bien culturel ; ceux qui encensent la littérature le matin et le soir vont déchirer méticuleusement tout ce qui grève leurs marges commerciales. Savez-vous que lorsque vous déclarez un livre dans la chaîne qui ira de l’éditeur jusqu’au libraire, les principales données obligatoires sont, outre le titre et le nom supposé de l’auteur, son numéro de matricule, ses dimensions précises au millimètre près et son poids. Pour toute cette chaîne, le livre est devenu un élément de stock ; si le flux n’amène pas en retour un flux monétaire, il est à éliminer. Voilà très exactement où nous en sommes : un quart à un tiers de ce qui est publié est pilonné très rapidement. Est-ce si idéaliste que ça de dire en acte : vivons-le autrement ?

Je n’ai pas de panthéon et ne consulte guère les liens vidéo qui sont présents dans des commentaires, mais s’il s’agit de Sacha Guitry, il n'est pas anodin.

Une vie familiale sans heurts ? Vous plaisantez... Attendez, vous n’allez pas me croire, je viens d’entendre le rire, oui, celui d’Abel.

52. Le jeudi 30 décembre 2010, 20:55 par Serpentin coloré



(…) mais serait-ce être très éloigné de la "vérité" que de penser que pour ce qui concerne le regard que vous portez sur l'art - au sens artisanal du mot, j'entends - le votre serait, finalement, pas très éloigné de ce qu'en suggèrent LF et, à la rigueur, Ph.S ?

Serpentin coloré, cette manie des sigles et des abréviations, je ne m'y ferai jamais. Ni Luc Ferry ni Philippe Sollers ne sont des références pour moi.



53. Le vendredi 31 décembre 2010, 10:41 par Syvestre

Voici ma question (indiscrète): quelle est ou était votre profession "alimentaire" avant, et quel est votre âge ?

Syvestre, j'y ai déjà répondu plus haut aux deux questions



54. Le vendredi 31 décembre 2010, 18:18 par Jacques

(…) In fine, ne pourriez-vous en dire plus sur vos divers cheminements d'antan ? En effet, j'ai surpris de-ci de-là, cahin-caha, que vous grattiez quelquefois la corde et même la vocale. PS : Lors d'un périple à Plurien, je n'ai pu élucider ce que signifiait la liste des mots énumérés à gauche du lien. Pourriez-vous m'éclairer, même sans allumettes ? http://www.lulu.com/christian_domec



Jacques, après la police militaire, j'ai l'impression de me retrouver à la préfecture de police. Je ne sais pas combien j'ai de dents, voulez-vous que je les compte ? La liste de gauche ? Mais ce sont le nom des jours d'une année, voyons.



55. Le vendredi 31 décembre 2010, 22:43 par Dimitra

Une question: N'êtes vous pas agacé par les personnes qui utilisent un pseudo, quand ce n'est pas deux, trois ou quatre différents, pour venir vous poser des questions ici et ailleurs?
Question subsidiaire: Ne trouvez-vous pas ma question idiote , dans la mesure où vous-même utilisez un voire deux pseudos? (…)

Dimitra, votre question est subtile, ça ne m'étonne pas de vous. Elle est donc loin d'être idiote.

Je n'ai rien contre l'utilisation des pseudonymes foi de Destouches ni de diminutif foi d'Aznavourian, personnellement je les utilise assez peu, du moins sur internet, parce qu'il ne me gêne pas que l'on sache mon patronyme. Il y avait eu un débat assez intéressant, sous ce billet, à l'époque où le blog de Léo Scheer était visité et animé. J'y écrivais entre autres ceci : « La description d'une rambla à Barcelone n'aura pas le même piquant si elle est écrite par un coutumier du lieu, un baladeur de passage ou un lecteur de Mendoza ou de Genet. Il n'est guère utile de poser la question : d'où vois-tu cette rambla ; mais, pour en converser, il est agréable d'y repérer une musique particulière qui allègrement peut traverser les Pyrénées, transiter par Lhassa et mettre une sourdine au seuil d'une chambre - de l'apprivoiser un peu. C'est là où la cascade, cache-cache des pseudo, peut empêcher toute conversation : obliger à la juxtaposition de commentaires, peut-être pertinents mais sans chair, sans faiblesses. » Je le pense toujours, la multiplication des pseudonymes par un seul ou leur valse tuent toute possibilité de débat, d'égards, de sensibilité réelle dans l'échange. C'est une technique qui fut volontairement utilisée sur internet avant le web, à l'époque d'usenet (les « newsgroup ») pour les vider de leur contenu en les étouffant et, presque toujours, cela marche.

Alors, pour un billet comme celui-ci cela ne me dérange pas, mais pour d'autres oui, beaucoup, je l'ai dit en public et en privé à cette personne, mais elle ne veut pas le comprendre. La question est que faire ? Je déteste censurer, je n'aime pas trop me répéter, mais il est sûr qu'il faudra que je prenne une décision, parce qu'il serait dommage que la partie web des penchants ne soit plus ni vivante ni accueillante.

Quatre ? Vous comptez mal, c'est une vingtaine de différents rien que sur cette page sans compter ceux qui suivront, tiens en voilà un...

56. Le vendredi 31 décembre 2010, 22:50 par Iris

(…) Ce qui vous a pu vous décider à offrir à votre fille adolescente, un prénom à ce point légendaire ? En bref, ce qui, en temps voulu, vous l'a inspiré ?



Iris, où avez-vous appris que le choix d'un prénom se faisait par un seul et à l'adolescence. Vous avez décidément de drôles de fréquentations.



58. Le samedi 1 janvier 2011, 10:34 par Gilles Monplaisir

(…) Etre éditeur, c'est finalement décider de confronter le "poétique" (pour faire court) au "prosaïque" de l'économie. Echouer dans ce projet (ne pas être "viable" économiquement, à plus ou moins long terme), c'est admettre que le premier perd la face devant le second (d'où la nécessité de réussir). Cette position intermédiaire (et d'intermédiaire), comment l'envisages-tu dans les années à venir ?



Gilles, je ne suis pas sûr d'être vraiment d'accord avec ce résumé – pour moi c'est avant tout une rencontre, je dirais nécessaire, autour d'un texte (celle de Montaigne avec Marie de Gournay, même s'il n'est pas question d'éditeur, autour des Essais est de même nature) – il pose pourtant la question de la viabilité de la structure qui édite pour porter au loin ce texte. J'ai donné quelques éléments de réponse plus haut, mais sur cet aspect économique je vais ajouter quelques points :

- être dispensé d'une obligation de rentabilité est plus viable que le contraire (les absorptions, concentrations, éclatements, liquidations actuelles le montrent bien), elle demande juste de la volonté. Je n'en suis pas dépourvu.

- je tente de suppléer à ma fragilité de deux manières : une déjà très active, c'est de transmettre ce que je sais faire et dire ce que j'ignore, je serai donc serein de ce côté-là lorsque je casserai ma pipe ; l'autre c'est de créer des alliances, des coopérations basées sur l'échange réciproque, exemple : un livre édité et imprimé ici ne soit pas envoyé là-bas, mais édité et imprimé là-bas, c'est un des points sur lesquels je compte avancer de manière décisive cette année,

- l'auteur ne m'ayant pas cédé ses droits à publier où il le veut, peut à tout instant faire vivre ailleurs et autrement son texte,

- enfin (très provisoirement), les penchants n'épuisent rien (je viens de me casser le nez sur une référence qui n'a pourtant que deux ou trois ans d'âge)

C'est économiquement assez vertueux, si l'on n'est pas obsédé par le résultat et son rapport à l'investissement.

Hier, on m'a parlé d'un homme, il habite là non loin, un homme de près de 90 ans, il plante encore des arbres et apprend à de plus jeunes la vannerie à partir de l'osier qu'il cultive. Il est fou ? C'est un homme.

mardi 15 mai 2012

Le nom de Madame le Maire de Rouen ? Valérie Fourneyron

(ajout du 15 mai 2012 : je réactualise ce billet, il semble attirer le chaland ces derniers jours. Alors comptons... 895 après, Valérie Fourneyron ne m'a toujours pas répondu... Ce n'est pas très sport.)

Oh non ! Ne vous méprenez pas, ce n'est pas parce que je n'ai pas reçu de réponse à mon courrier posté il y a soixante-douze jours à Madame le Maire de Rouen que j'intitule ainsi ce billet. Non, non, croyez-moi ! Il s'avère que depuis ce jour les penchants du roseau reçoivent de nombreuses visites accompagnées de cette requête : « Quel est le nom du Maire de Rouen ? »

Maintenant vous en savez autant que moi, alors poursuivons... par un petit retour en arrière, voici le contenu du courrier posté le 3 décembre dernier :

Madame le Maire,

Il est des noms de rues comme de nos manières, elles furent frustes mais gaies, pieuses mais irrespectueuses. Ces noms évoquaient plutôt un métier, une habitude, un marché, une réputation, un personnage illustré... qu’une personne illustre, sévère, défunte. Aujourd’hui, les épitaphes clouées à l’entrée de nos venelles, ruelles et avenues appesantissent nos pas à tel point qu’une prothèse pneumatique nous est devenue indispensable.

Disparues, celle des Arpenteurs, des Belles-Femmes, des Coquets, du Bon-Espoir, de la Basse-Fesse, de Derrière, Devant-la-Cohue, Dame-Jeanne, du Petit-Enfer, du Chien-qui-rit, du Cochon-rôti, de la Truie, des Ramasses, du Bardel, des Barbiers, des Curandiers, de Vanterie, de la Chèvre, des Crottes, de la Grosse-Bouteille, de la Pompe, des Prêtresses... même celle des Jésuites ; comme partout, elles furent remplacées par des galonnés, des ceinturés, des notables, des académiciens, des artistes... un pont récent, inauguré en grande pompe, fut même affublé du nom de celui qui s’écriait : « Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit ! »

Il est pourtant une rue qui retient plus particulièrement l’attention. Celle qui éventra un quartier tumultueux ; qui trancha et redressa les rues des Tanneurs, de la Renelle-aux-Tanneurs, des Maroquiniers, de Dessus-la-Renelle pour tracer une droite impeccable entre la Seine, l’Hôtel-de-Ville et les boulevards. Celle qui eut toujours une belle maîtresse, l’Impériale, la Royale, la République, l’Impériale (bis), la République (bis)... et demain ?

Demain est ma requête, Madame le Maire, celle de redonner fierté aux riverains de cette artère qu’on traverse sans jamais s’y attarder ; permettre aux passants de sourire, de se rappeler, de revenir. Demain sera changer son nom en rue de la Conardie, en mémoire aux fameux Conards de Rouen(1) qui surent égayer la ville un siècle durant avant d’être étouffés par le Parlement et l’ombre du sinistre homme rouge.

Madame le Maire, je vous en prie, bousculez l’ordre du jour de votre prochain conseil, présentez-lui cette requête et, à n’en pas douter, il l’adoptera à l’unanimité. Pensez à ces jours de liesse lorsqu’au son des « tabourins, fleustes, phiffres, trompes, trompettes, cimbales, cornemuses, vielles, carivary, hautsbois, rebecquets, bourdons, violons, harpes, loures sourdes, orgues, timpans, pippets, cornets » vous inaugurerez cette rue : la clameur s’étendra à toute la cité et... bien au-delà.

À cette inauguration prochaine, bien à vous,

Christian Domec, apprenti libraire.

(1) Les Conards de Rouen, les penchants du roseau, 2009, dans toutes les bonnes librairies de la ville.

Les Conards de Rouen - Couverture

dimanche 6 mars 2011

La calomnie, je ne la tolèrerai pas

[comme convenu, ce rapide billet d’humeur sera antidaté pour ne pas interférer avec l’exposition des poèmes d’Infinis paysages]

Le succès de l’adage qu’ont en commun les imbéciles et les crétins : « il n’y a pas de fumée sans feu » m’oblige à retirer quelques commentaires de ce blog. Non les effacer, mais les garder au chaud dans l’arrière boutique s’ils étaient suivis de poursuites.

Que s’est-il passé hier ?

Une personne « bien intentionnée » habitant le 11 d’une rue portant le nom d’un arbre roide dans une cité des bords de la Méditerranée a saisi le X d’un prénom et le Y d’un nom dans son moteur de recherche préféré (Google) à l’aide de son navigateur internet (Firefox), le 7 mars 2011. Elle a choisi une des pages proposée par ce moteur pour y insérer ce lumineux commentaire : « attention X Y copie ses textes copié collé ». Dès que j’en ai pris connaissance, je lui ai envoyé ce message en privé :

« Z,

Une personne utilisant votre adresse mail a laissé ce message au bas d'un des billets du blog des penchants du roseau dont j'ai la responsabilité : « attention X Y copie ses textes copié collé ».

Je vous y ai répondu :

« Z,

''Pourriez-vous vous exprimer de meilleure manière, je n'entends pas bien vos propos. « attention X Y copie ses textes copié collé » est de la novlangue. Mon initiation, en cette matière, n'est pas encore achevée pour en saisir toute la subtilité. Merci pour vos éclaircissements. »''

''Je ne suis pas vraiment dupe de vos intentions, elles visent certainement à dénigrer une personne, un auteur. Mais votre syntaxe est si approximative que le doute demeure. Je vous demande donc, de venir éclaircir vos propos à la suite de votre commentaire, et, de préférence - parce qu'ils sont potentiellement calomnieux - de les signer. Merci,''

Christian Domec. »

N’ayant pas reçu, ce matin, de prompte réponse, je décide :

- de masquer le commentaire calomnieux et ceux qui ont suivi.

- de ne pas communiquer l’identité de Z à X Y ni à toute autre personne (elle le sera seulement, comme le droit m’y oblige, s’il y a enquête judiciaire).

- d’affirmer, une fois de plus, que toute licence est donnée aux commentateurs hors calomnies (surtout celles en direction des auteurs qui font confiance aux penchants).

- de rappeler qu’il existe des blogs et sites spécialisés qui transforment en or toute médisance & calomnie (inutile de vous donner les adresses, elles sautent aux yeux comme les hôtels borgnes).

Merci.

Christian Domec, apprenti libraire, Saint-Aubin-du-Cormier, le mardi 8 mars 2011 à 6 heures.

samedi 15 janvier 2011

Dépôt-vente enfants...

cochon

… Oui, vous avez bien lu ! Je ne sais si je deviens péquenot (1), mais en parcourant quelques ruelles d'une « métropole » régionale en attendant l'ouverture d'une librairie, j'ai découvert cette enseigne et me suis dit : « ça y est, ils ne cachent plus ce commerce et, Noël passé, il y a bien quelques soldes à faire sur le marmot. » Ah ! Déçu, déçu j'ai été, derrière la vitrine, il n'y avait que de la layette et des jouets, comme si l'étal d'une charcuterie était composé de cochons-tirelires. J'ai souri et pensé : « demain, ce sera le titre du billet pour remercier les libraires qui ont bien voulu accueillir quelques livres des penchants. »

Alors donc, je remercie pour leur accueil, les quatre libraires qui ont eu des petits et grands penchants pour les livres que je leur présentais, ils rejoignent ainsi la petite liste de celles qui ont osé les penchants :

  • Gargan'mots à Betton
  • Page 5 à Bruz
  • Lectures vagabondes à Liffré (toute jeune librairie à particulièrement encourager)
  • Le Failler à Rennes

Si vous passez par là, n'hésitez pas à leur rendre visite, juste comme ça, et faites-leur un grand salut. Vous verrez, ces quatre librairies fort différentes ont chacune leur charme. Et qui sait ? Vous y dénicherez certainement un livre qui vous plaira.

Ah oui, péquenot, mais sérieux (ça me fait penser à ce terrible « pauvre, mais honnête ») : comment cela se passe-t-il avec les libraires ?

Pour les éditeurs/distributeurs Il y a, pour dire vite, cinq manières d'alimenter en livres les libraires :

  • l'office (la grande bataille des multinationales de la distribution pour occuper les tables des librairies : imposer volumes, mais permettre les retours) ;
  • la vente avec possibilité de retour sur catalogue (le VRP présente son catalogue, le libraire choisit les références après avoir écouté le discours commercial et consulté un échantillon) ;
  • la commande ferme (le libraire choisit et commande les titres qui lui plaisent, ils constitue son fonds) ;
  • la commande ferme au coup par coup suite à la demande d'un lecteur (le libraire commande directement les exemplaires qui lui sont demandés, ceux qu'il n'a pas en stock) ;
  • le dépôt (le libraire prend en dépôt des livres sans avance de trésorerie) ;

L'indépendance et la singularité d'un libraire se mesurent à sa résistance à l'office, sa capacité à développer son fonds propre. De notre côté, nous n'avons connu que les deux dernières manières, ce que nous visons c'est la commande ferme même pour des toutes petites quantités : le dépôt ne peut se faire qu'à proximité, la commande au coup par coup est un pis aller. Nous reparlerons de tout ça bientôt.

(1) qu'on ne se méprenne pas, péquenot n'a pour moi aucun sens péjoratif, bien au contraire, mais les fabricants de vernis – cûltûrêl & mêtrôpôlhautain, mon cher – ont toujours de beaux jours devant eux.

(photo de Lilly Darma, licence creative common)

jeudi 13 janvier 2011

Tournée des libraires

Tournicoti, tournicoton... Chut(e) !

(passons à la poste d'abord)

Je remercie les libraires de Gargan'mots à Betton, de Page 5 à Bruz et de Lectures vagabondes à Liffré pour leur accueil et leurs penchants vers les livres.

mercredi 22 décembre 2010

Les Tricheurs

Tout ce que vous avez voulu savoir sur les penchants du roseau

Vingt-cinq ans après sa sortie, j’ai pu voir dans des conditions exceptionnelles, Les Tricheurs de Marcel Carné. De ce très beau film, je me souviens : tricher avec ses sentiments par conformisme social peut provoquer des tragédies.

Un détail du film met en scène un « jeu de la vérité ».

Eh bien ! Parce que

  • je vais me retenir d’alimenter ce journal quelques jours,
  • j’aimerais une fois de plus faire le point, et aborder des questions auxquelles je n’aurais pas pensé.

Je déclare ouvert le « Jeu de la vérité » des penchants du roseau.

Les règles sont simples :

  • vous posez toutes les questions qui vous traversent l’esprit au sujet des penchants et de son roseau dans la zone commentaire ci-dessous,
  • je m’engage à apporter une réponse à chacune début 2011 sans me défiler, seule l’esquive dans la formulation de la réponse me sera permise si celle-ci me paraît trop indiscrète (je parle bien de la réponse),
  • je me réserve le droit de poser des questions à mon tour,
  • si il y a abondance - ce que j'espère -, il y aura un billet séparé, sinon les réponses se feront à la suite des commentaires.

Surtout ni bride ni retenue, licence totale, j’aimerais être surpris.

samedi 3 avril 2010

Une sentinelle est faite pour s'assoupir

Suricate sentinelle

Soyez sage....

(photo de Nicolas Lœuillet, licence creative common)

vendredi 19 mars 2010

Trois chèvres et un pot

sente de la chèvre qui bâille

Dimanche 28 février, en ma malle-poste, j’ai eu le plaisir de découvrir un court message m’invitant à partager bonne chère dans le village de Quévreville-la-poterie ce 21 mars 2010. Vous me connaissez, ça n’a fait qu’un court pli, j’ai accepté, d’autant que ce repas est le mitan d’un dimanche littéraire où je pourrai, à la criée, proposer mes Conards et le Bleu Terre de Jean-François Joubert.

Ce village, sur le plateau qui surplombe par l’est la capitale de la Conardie, je ne le connais pas vraiment – il n’est pas loin pourtant. Alors, en préparant mes petites affaires, je plisse les yeux et imagine trois chèvres et un pot : nos anciennes compagnes méprisées et l’une des plus vieilles réalisations humaines, prémisse de l’art en cuisine et matrice étymologique de notre tête (cf. testa).

Alors, outre – elle ne saurait rester vide – Bleu Terre et Les Conards de Rouen, j’emmènerai cette vraie tête de Conard en terre cuite façonnée par Jocelyne et un petit livret à plier, pour les enfants curieux, contenant l’amorce de l’histoire de Poupie Limpopo de Cécile Delalandre.

Ah oui, c’est ce dimanche de 9 h 30 à 18 h, salle de l’Europe, si d’aventure…

PS : Platon sera-t-il là ?

samedi 6 mars 2010

Eh merde !

nef des fous

Tandis que certains (1) occupent leurs loisirs à s'envoyer des tombereaux d'injures mon imprimante a eu la mauvaise idée de se mettre à fumer, griller une de trop : la fatale.

Ça ne m'arrange ni pour Bleu Terre (2) ni pour les Conards qui reprennent quelque verdeur.

Je file chercher une solution de rechange, mais merde !

Christian Domec, apprenti libraire.

(1) la proue de la nef littéraire transatlantique : Léo Scheer, Juan Asensio, Maurice G. Dantec, Lise-Marie Jaillant...
(2) l'impression des livres pré-commandés est passée, nulle inquiétude de ce côté

(photo : La Nef des fous de Jérôme Bosch, XVe,XVIe siècle, licence domaine public)

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