1. Le mercredi 22 décembre 2010, 14:25 par
Pomponette =^:^=
(…) Oui, une première question : C'est "grâce" aux Penchants que j'ai appris
- croix de bois si je mens - le sens double et leste d'un roseau. Ma question
donc est, pour entrer dans le vif du sujet : l'avez-vous fait exprès ? En
effet, le lien de la position a disparu de vos pages. Vous aviez promis des
livres licencieux. Ou je me trompe ? http://billets.domec.net/post/2009/...
Pomponette =^:^=, votre première question en comporte donc trois. Elle
nécessite aussi une précision. Je ne suis pas incliné conservateur, mais
lorsqu’il s’agit de ce que je publie, un billet, une note, un
commentaire ou de ce que je recueille, des textes et commentaires, j’ai
l’habitude de ne jamais jeter même lorsque j’en suis horripilé. Le lien vers la
posture du roseau est toujours
là, il pointe vers ce site.
Il
est toujours difficile de savoir ce qui vous fait choisir un nom plutôt qu’un
autre, mais pour le roseau c’est bien sa fragilité & sa ténacité, sa
singularité discrète dans la multitude, et ses penchants qui ne se réduisent à
l’inclinaison aux vents dominants (la tige s’y courbe toujours à l’opposé de
l’origine). Le double clin d’œil « littéraire » est évident, il est
là pour en sourire. Le livre papier, sous la forme d’un codex, me fait
étrangement penser à ce roseau, surtout s’il est façonné artisanalement. Alors
non, cette posture ne fut pas dans ses fondements. Je suis d’ailleurs assez
réfractaire à tous ces catalogues qui tentent d’ordonner, de distinguer et de
circonscrire nos folles étreintes, nos tendres galipettes et nos furtives
caresses.
Je
n’ai jamais promis de livres licencieux (il s’agissait ici de la question d’un
agent du fisc). Je me permettrai toute licence concernant les textes publiés,
mais licence ne veut pas nécessairement dire sexes brandis ou offerts ; il
est certainement aujourd’hui plus osé de publier un roman ne contenant pas
l’inévitable et nécessaire séance de baise et sa description à faire bâiller de
plaisir un entomologiste que celui qui la suggère ou s’en moque. Cela dit, j’ai
prévu un livre dans la collection « Côte à cote », il pourrait être
considéré comme sulfureux, il sera – sous toute réserve – publié cette
année.
Vous
vous trompez donc à demi, mais sans faux col, s’il vous plaît.
2. Le mercredi 22 décembre 2010, 15:01 par Question
Oui, tiens, à combien êtes-vous aux Penchants pour abattre un tel boulot au
jour le jour ? Ou alors ce n'était non pas en gestation mais en construction
depuis belle lurette, non ?
Question, je réponds à la première et tente de traduire la seconde (le
« ou alors » et la série de négations me laissent un peu
perplexe).
Aux
penchants, nous sommes un, ce qui est déjà pas mal. Mais cet « un »
tente de garder les yeux ouverts, il ne se sent donc pas toujours seul,
il demande conseil
parfois et tâchera à l’avenir de le
systématiser un peu. Un, donc, pour parcourir ce chemin qui va de
l’auteur au lecteur, et ce, pour chaque exemplaire. Il y a un brin de folie à
cela, j’en conviens. Une forme coopérative avec des lieux d’impression éclatés,
géographiquement au plus proche du lecteur m’aurait vivement intéressé sans
dilution de responsabilité : un lecteur où qu’il soit doit pouvoir
contacter une personne clairement identifiée au sujet du livre qu’il lit. Cette
coopérative, je l’ai construite intellectuellement, j’en ai imagé les contours,
elle semblait viable à deux conditions : qu’elle ne soit pas le cache-sexe
collectif des décisions d’un ou d’une poignée, qu’elle trouve sont expression
par une volonté commune. Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour me rendre
compte que ceux qui ont intérêt à l’édition sont particulièrement
individualistes, non pour exprimer leur singularité, mais pour participer à
cette lutte de tous contre tous, un des canons de notre modernité. Alors oui,
là aussi, il fallait aller à contre-courant, trouver des alliés et faire. Cette
tâche me paraissait trop gigantesque pour l’amorcer réellement, j’ai donc
préféré regrouper seul ce que l’on sépare (et sourire de cette guerre de
chiffonniers entre auteurs, éditeurs, libraires, imprimeurs, etc. ; basée
sur des certitudes fermes comme des châteaux de sable à marée montante), faire
et, à partir de ça, envisager des alliances.
Cette
construction penchée ne m’a pas pris beaucoup de temps – quelques mois – parce
que j’ai décidé de vérifier par la pratique et non pas attendre d’être prêt.
Mais il est sûr que mes balades et l’observation du mouvement des marées ou de
l’ondulation d’un marigot lorsque le vent prend force m’ont beaucoup servi.
Elles m’aident encore à fabriquer du temps, celui de la contemplation. Mon
secret, s’il y en a un, doit être glissé dans ce pli.
3. Le mercredi 22 décembre 2010, 21:16 par
Dourak-Dourakine
1)
Que s'est-il passé lors de votre récent voyage à Paris qui puisse justifier
votre courroux, s'il en est ? Dont le lien que voici :
http://billets.domec.net/post/2010/...
Doudak-Dourakine, le lien ? J’aime beaucoup, depuis mon adolescence, ce
poème et son terrible – parce que permanent – « tout est rétabli ».
Le lien c’est aussi cette orgie contemporaine : trois images et mes
« petits penchants » : ceux-ci sont quelques feuillets reliés
contenant des petites merveilles encrées de noir, celles-là furent : des
amoncellements épars de cartons sur un carré de glace avec une main ou un nez
les dépassant sans que le flux piétonnier ou carrossé ne cesse de courir à ses
affaires où l’« acheter, à jeter » battait son plein ; des
milliers de feuilles imprimées, jonchant le sol, aux couleurs écœurantes
vantant le mérite de tel ou tel article hi-tec jetable ; et parmi
celles-ci deux pleines pages de publicité pour cette dame patronnesse de 25 ans
sous l’effigie de Saint Colucci, avec ce slogan au cynisme tapageur :
« Sans lui, ça n’existerait pas. Sans vous, ça n’existerait plus ».
Belle gerbe pour son anniversaire. Le bilan – partiel ? – d’une
génération, la mienne.
2)
Nul n'ignore plus que votre présence active sur le blog des Editions Léo Scheer
fut toujours très appréciée, en particulier par Léo Scheer en personne. Quels
sont devenus vos rapports, non depuis la mise en ligne du Journal d'Eric Blair,
mais depuis la naissance des Penchants du Roseau ? http://www.leoscheer.com/blog/2008/...
L’ignorance n’est pas nécessairement nulle. Léo Scheer est, avec Bernard Fauren
de Brumerge, l’éditeur qui a marqué le plus d’attention à la naissance des
penchants du roseau. Je ne fréquente plus que très superficiellement le blog de
ses éditions pour plusieurs raisons, dont celles-ci : je n’aime pas trop
un blog modéré a priori, les quelques commentaires que je peux y lire – écrits
par une toute petite poignée de personnes (ou parfois une seule qui se répond à
elle-même ad nauseam) – m’ennuient.
3) Avez-vous reçu des nouvelles de lui récemment ? Je me permets de poser la
question, car dans Les Emiles de Gab la Rafale il fut question que Léo Scheer
aurait eu des soucis de santé. Bref, Les Penchants du Roseau font-ils partie
oui ou non, de près ou de loin, de la clique qui lui est hostile ? Si oui,
pourquoi ? Et inversement.
J’ai
reçu assez récemment des nouvelles de Léo Scheer, mais nous n’y parlons pas de
problèmes de santé. Je suis, comme lui, je crois, très réservé sur toute
information réelle à ce sujet. Elle relève de l’intime.
J’ignore s’il existe une clique hostile à Léo Scheer, j’en doute. Qu’il y ait
de l’hostilité à son égard, cela ne fait aucun doute, mais elle n’est pas
coordonnée : allier des personnes qui souvent se jalousent me paraît une
gageure. Personnellement, je m’entends plutôt bien avec Léo, nous avons des
désaccords, je ne me suis jamais privé de les lui dire de vive voix lorsqu’il
me paraissait important de le faire. Ça va peut-être vous faire rire, mais je
le trouve, à sa manière, généreux – ce qui est pour moi une qualité essentielle
– et il m’étonne parfois – ce qui est plaisant –. Sa « dernière »
idée : M@n, est intéressante, le seul point sur lequel j’achoppe
réellement est l’édition d’un livre qu’ils n’auraient pas choisi… Mais bon, les
maisons d’édition y sont habituées (je reviendrai certainement là-dessus plus
loin).
4. Le jeudi 23 décembre 2010, 00:08 par Cécile Delalandre
J'aime l'eau.
j'aime, j'adore la mer
mais elle m'affole
trop inaccessible
trop forte
trop entière
trop mère
trop volupté
trop placentaire
trop brutalement trop nous
trop sans fin
néant
peur qu'on s'y noie...
qu'on s'y perde
ne peux que la confier à Jean-François Joubert ...
J'aime l'eau.
mais les lacs...
les eaux fermées
avec des bords
où s'agripper
les eaux fermées
où j'ai le temps,l'espace, le repère,
d'y voir la vie
Un roseau...
lui demander:
est-ce qu'un apprenti-libraire y est heureux?
Oui,
Cécile, avec un petit « h » et merci. J’aime aussi la mer et les
océans bien entendu, mais un étang, petit, te pousse à l’altérité, parce qu’il
n’est guère peuplé. Tu as peu de chance d’y trouver quelqu’un immédiatement de
connivence. Et, parce que j’aime bien me frotter, alors je vais vers
l’étranger, là, juste à côté. La mer, c’est autre chose, il y a des bancs, ils
peuvent te suffire, ils assoient ta position ; l’échange sera plus long,
certes, plus profond, peut-être, mais moins remuant. C’est le banc qui ondule
et non toi. Curieux comme certains, parlant d’internet, trouvent ça formidable
parce qu’ils y retrouvent des communautés d’intérêts. Peur d’être
étonnés ? sans doute.
En
surplomb de l’étang, un cormier, il n’y a pas de banc dessous ; lorsque tu
viendras, c’est sur l’herbe que tu vivras l’ombre de son rameau.
5. Le jeudi 23 décembre 2010, 02:05 par
Poisson des brumes
(…) Des poissons ne sachant nager, Alice ne dirait-elle que c'est la chose la
plus curieuse qu'elle ait contemplée de sa vie ? Mais qui es-tu donc Cécile
pour à ce point devancer mes ? Mes quoi ? Je ne sais...
Mais
quoi, Poisson des brumes ? Non plus je ne sais…
6. Le jeudi 23 décembre 2010, 03:42 par
Question...
Au fait, je me permets de vous prendre au mot : qu'est-ce donc pour vous
qu'être un tricheur ? Mais aussi : qu'entendez-vous par voir un film "dans des
conditions exceptionnelles" ? Mais serez-vous enfin surpris pas la question
?
Question…, je ne suis ni surpris par la question ni qu’elle devienne trois.
Pour
tricheur, je n’ai pas de réponse propre autre que celle commune, son sens
courant, mais j’y reviendrai certainement plus bas.
« Conditions exceptionnelles » se résumaient à trois choses :
une belle petite salle – je ne sais si elle existe encore – non loin de
Beaubourg, un public attentif, une compagne plaisante.
7. Le jeudi 23 décembre 2010, 11:37 par Thierry
Benquey
(…)
Quelle est la ligne éditoriale des penchants et de l'apprenti libraire ?
Thierry, lorsque j’entends ligne éditoriale, je pense à celle du
« parti », une orthodoxie ne supportant nulle dissidence. Les
dissonances me plaisent, il n’y a donc pas de ligne éditoriale des penchants si
ce n’est une diagonale ondulante. Ce que je cherche à publier ce sont des
livres d’auteurs – je veux dire par là qu’ils ont le premier et le dernier mot.
Alors oui, il faut que ceux-ci me plaisent et, si possible, me bousculent. Le
choix, parce qu’il y a un choix serré, se fait en fonction de mes possibilités,
de mon cheminement et de mes rencontres. Une correspondance ici, un souvenir là
et la singularité du texte que je découvre ou revisite. Je publie un texte
lorsque je suis fier de le publier et ému par la confiance que son auteur
m’accorde. Lisez les textes, des extraits, publiés par les penchants (nul
besoin de les commander, ils sont en libre consultation) et vous comprendrez
rapidement, je crois, ce que j’entends par singularité. Quant à mon
cheminement, c’est autre chose, moi-même j’ignore où il me mène.
8. Le jeudi 23 décembre 2010, 12:08 par Savina
(…) Pour ma part, cela faisait depuis un certain temps que je me demandais
comment s'organisait une maison d'édition : qui fait quoi ? Surtout la vôtre en
occurrence.
« La science est faite
suivant les données fournies par un coin de l’étendue. Peut-être ne
convient-elle pas à tout le reste qu’on ignore, qui est beaucoup plus grand et
qu’on ne peut découvrir. »
Cette citation de Bouvard
& Pécuchet me plaît vraiment, elle s’applique très bien au
« monde » de l’édition, tellement il est vaste, bigarré, mouvant et
ne peut se résumer à des schémas prédéfinis.
L’alpha et l'oméga actuels
seraient – en ce qui concerne la libraire dans son sens traditionnel et plein –
d’utiliser l’image d’une chaîne, celle qui va du manuscrit à sa lecture au
chevet d’un lit dans le mitan duquel coule une rivière. Chaque maillon de cette
chaîne représenterait une activité précise dans la division du travail avec son
ouvrier spécialisé (vision fordiste du monde). Une représentation simplifiée
donne à peu près ceci : le maillon écriture – l’auteur, le maillon choix –
l’éditeur, le maillon fabrication – l’imprimeur, le maillon diffusion – le
diffuseur, le maillon distribution – le distributeur, le maillon vente – la
surface de librairie ou la bibliothèque, le maillon lecture – le lecteur ;
cette chaîne pour ne pas se gripper a besoin de certaines huiles
essentielles : le nègre, le correcteur, le maquettiste, le chroniqueur,
l’animateur, le prix « littéraire », le salon, etc. Tout produit mal
conçu ou démodé enrichit une industrie florissante : le pilon.
Cette organisation est
dominante, mais ne résume pas du tout le monde de l’édition. Vous comprendrez
aisément que le fonctionnement d’une maison comme – prise au pif – les éditions
Mazarine d’Hachette livre branche du groupe Lagardère, deuxième éditeur mondial
ne sera pas la même que celle des éditions MLD petit
éditeur indépendant. L’une fait partie d’un consortium qui contrôle une grande
partie de la distribution, des télévisions et radios, de la presse, de l’accès
à internet ; l’autre vit son indépendance avec ténacité.
Mais revenons à ma librairie
et mon apprentissage. Je suis plus « bordélique » qu’organisé, cela a
un grand avantage, j’évite les tâches qui pourraient être répétitives. Mais il
y a pourtant un sens, en quelque sorte obligé, à mon activité, la direction que
prend cette chaîne. Il y a donc la découverte des textes, ceux qui me
parviennent, ceux que je déniche ; le choix ; l’approche de
l’auteur ; l’accord de principe ; l’échange sur le texte
lui-même ; sa correction avec l’auteur ; sa mise en page et la
maquette du livre ; les premières épreuves, puis l’impression ; le
façonnage de chaque exemplaire ; la déclaration du livre et sa
publication ; sa diffusion et sa distribution. Ce sont les moments
essentiels, mais vu que je jongle avec plusieurs livres, je passe d’une
activité à l’autre sans penser ni à la queue ni à la tête. Le moment
certainement le plus passionnant de l’activité de libraire est celui où l’on
édite, c'est-à-dire celui où après l’avoir choisi, on lit, relit et relit
encore un texte pour s’en imprégner, savoir qu’il deviendra livre et en parler
avec l’auteur. Ces heures sont pour moi très intenses, elles valent que
l’édition survive : deux regards intenses et croisés sur un même
texte ; même si l’édition en question ne mène pas nécessairement à une
publication. Les autres moments le sont moins (l’impression, le façonnage) et
parfois je m’en passerais bien (la vente, les papiers, les démarches), mais
réunir ce qui devrait être morcelé fait un bien fou ; dommage que
je ne sache fabriquer de manière pratique le papier et l’encre.
Ah oui, le temps… Un livre
comme Le Souvenir de personne représente environ quatre-vingts heures de
préparation et une heure par exemplaire fabriqué et distribué.
10. Le jeudi 23 décembre 2010, 13:20 par Marie
(…)
Question 1: quand vous êtes dans un jour "normal" (sans évènement exceptionnel)
êtes-vous plutôt serein ou tourmenté ?
Question 2: quels sont les écrivains qui vous ont marqué dans votre prime
jeunesse (entre 15 et 25 ans à peu près).
Marie, à cette première question ma réponse serait : les deux. Si je
rapporte ça à mon activité d’apprenti libraire, je doute tout le temps :
du texte, d’une correction, d’une éventuelle panne d’imprimante… Vous voyez, de
choses graves ou légères et mécaniques, elles me renvoient, sans doute, à un
tourment plus profond : celui du sens, de sa quête et de son bout. Mais je
sais aussi m’en distraire, en cherchant plus profond et là, c’est la
contemplation qui m’y aide : regarder au-delà. Bref, je ne suis pas du
tout un flegmatique (tant pis pour Saint Just et l’empire), mais un tourmenté
souriant.
Et là
je souris, pensez-vous vraiment que lorsque j’avais quinze ans j’aie entendu
cette « prime jeunesse » d’une oreille tendre ? Quinze ans c’est
l’âge où j’ai opéré ce tournant d’une lecture enfantine à une lecture adulte,
vouloir me frotter à ce que lisaient mes aînés. Quinze à vingt-cinq ans, c’est
long, très long. Donc des lectures très diverses et une toile de fond – les
années soixante-dix, pour moi – celle d’un millénarisme social où tout semblait
possible, où le monde basculerait avec nous. Non, je ne pourrais pas citer un
écrivain, ni même deux. De mes quinze, ce serait plutôt une époque, le XIXe,
qui me rendait fébrile avec Verlaine plus qu’Hugo, Dostoïevski plus que
Tolstoï, Maupassant plus que Stendhal, Baudelaire plus que Lamartine. Oui,
j’étais assez collé au XIXe en accompagnement des utopies socialistes :
Fourier, Bakounine, Proudhon et Marx aussi. Puis j’ai diversifié mes lectures
avec un attrait pour tout ce qui venait de l’étranger : Lu Xun de Chine,
Ousmane Sembene du Sénégal, Doris Lessing de Rhodésie, Mongo Beti du Cameroun
(mais vivant en Conardie), Istrati de Roumanie, Dos Passos des USA et, bien
sûr, Caroll, Swift, Orwell… Quelques noms donc, ils n’épuisent rien ni Boris
Vian.
11. Le jeudi 23 décembre 2010, 15:38 par Edouard.k.Dive
Pour un jeu de la vérité, toutes ces questions me semblent
bien...euh...complaisantes
(…)
- est-ce que vous en vivez de ce boulot ou avez-vous des rentes par ailleurs
?
- quels sont vos rapports avec Léo Scheer ? Il se trouve que plusieurs de vos
auteurs ont participé de près ou de loin au blog de léo scheer.
Édouard, si vos questions vous apparaissent moins complaisantes, êtes-vous
vraiment en mesure de le juger ? Elles ne me gênent en rien ; bien
moins qu’une plus bas, devinerez-vous laquelle ?
Je ne
suis pas dans cette alternative vivre de mon apprentissage ou de rentes. Une
des caractéristiques d’un apprenti est de ne pas être payé (il existe bien des
enveloppes, mais je n’en connais pas la couleur), non c’est bien un
apprentissage que je m’offre avec une partie de mon salaire d’employé
quelconque dans une entreprise quelconque à un poste quelconque. Il faudrait
être fou pour croire que les penchants du roseau peuvent être un jour source de
revenus – je détaillerai ça un peu plus bas –, parce que la vente des livres
que je fabrique en est la seule : zéro subvention, zéro « compte
d’auteur »… pourtant il y a de la demande, je vous prie de me croire, zéro
pour les « animations » auxquelles je participe. Non, c’est bien un
luxe que je m’offre et je le partage avec délectation.
Il
n’y a pas de réelle corrélation entre mes rapports avec Léo Scheer et le choix
des textes d’auteurs que je publie. Si vous regardez bien, actuellement, un
seul texte Bleu Terre de Jean-François Joubert pourrait faire la
liaison, parce que cet auteur l’avait déposé dans l’espace M@nuscrits et c’est
ainsi que j’en pris connaissance avant de décider des penchants. Les
Conards de Rouen, La Chèvre Jaune, Le Souvenir de personne de
Cécile Fargue et aujourd’hui les petits penchants : Bankster de
Robert Bruce, Un jour de grosse lune de Cécile Delalandre et Peaux de
papier de Yasmina Teterel, n’ont rien à voir avec Léo Scheer, ses éditions
et son blog, ni de près ni de loin. Que vous ayez trouvé des textes de Cécile
& Cécile dans M@nuscrits n’implique ni cause ni effet. D’autant, et c’est
une des caractéristiques des penchants, qu’il n’y a nulle cession de droit de
la part de l’auteur autre que celle de m’autoriser à publier. Avec Léo, je n’ai
pas de rapports particuliers hors ceux brièvement évoqués plus haut. C’est un
éditeur qui ne me laisse pas indifférent et qui suit – certainement de très
loin – l’évolution des penchants du roseau.
12. Le jeudi 23 décembre 2010, 16:12 par Cousine Mac
Miche
Je
ne voudrais être la pinailleuse de service, mais il me semble que pas mal de
questions - et celle de Thierry, notamment - trouvent déjà réponse à qui se
donneraient la peine de mieux se pencher... En tout cas, pour ce qui concerne
votre ligne et ses subtilités, je ne pourrais mieux faire que de conseiller à
Thierry de pousser un clic sur le lien de "20.000 lieues sous les livres..." de
Savina de Jamblinne : http://billets.domec.net/post/2010/...
Cousine Mac Miche, si c’était une question, la réponse est oui, mais
heureusement pour Thierry, il ne lit pas tout ce que je peux écrire et dire ici
ou là, moi-même parfois… Sinon, oui, l’entretien avec Savina disait beaucoup de
choses et je l’en remercie.
13. Le jeudi 23 décembre 2010, 16:14 par Cousine Mac
Miche
donnerait.
Cousine Mac Miche, ce que vous voulez.
14. Le jeudi 23 décembre 2010, 20:44 par Cécile Delalandre
Bon je reviens sur terre...
Est-ce que sucer c'est tricher ?
Cécile, une première image peut-être : celle d’une belle sucette à l’anis,
et me poser cette question : est-elle d’anis vert, étoilé ou bien de
synthèse ? Dans ce second cas, oui, il y a tricherie caractérisée, mais
qui se rend compte aujourd’hui d’un goût édulcoré ? Cela me rappelle ce
libraire qui intéressé par mes livres « faits à la main » me suggéra
de leur donner une apparence plus rustique et, pour me préciser son propos, me
montra un livre à l’apparence rustique, mais manufacturé en grande quantité sur
des machines ultra-modernes.
Ta
question me suggère d’autres images. Celle de la copie du voisin que l’on pompe
ou la roue que l’on suce pour in extremis jaillir et le dépasser d’une cocotte.
Dans les deux cas, s’il y a tricherie, elle est réelle lorsque son
aboutissement ne fait nullement apparaître une touche particulière, une manière
propre. Mozart était certainement le plus lumineux pompeur de l’histoire de la
musique, mais tout ce qu’il touchait se transformait en or, dit-on. Les idées,
les phrasés, les rythmes sont dans l’air d’un temps, croire qu’on puisse nous
les sucer, nous les pomper est croire que nous sommes étrangers à lui. C’est
rare, finalement très rare de sortir de l’ordinaire sauf notre petite musique
particulière, celle que souvent nous n’entendons pas et qu’une oreille aiguisée
découvre, comme ça, au moment où l’on ne s’y attendait pas. Parce que c’est
souvent notre banalité qui est singulière et non notre quête si grégaire
d’originalité.
Mais,
bien sûr, sucer, c’est le corps qui se courbe, les lèvres entrouvertes pour
happer une vulve frémissante, un chibre tendu. Cette courbure épouse assez bien
les contours des rapports sociaux, ceux qui inclinent une nécessaire
domination, ceux qui s’en défient ; ceux qui jouissent de la soumission,
ceux qui ne la supportent. La hiérarchie et les échelons à gravir ne sont-ils
pas l’apprentissage de la soumission ? La fin s’estompe avec la succion,
elle ne peut être au bout. En cela, si tricherie il y a, elle est bien
maladroite, hors nourrir un fantasme éculé. Tout ceci peut se monnayer, mais ne
fait pas aimer. Les caractères seuls transfigurent un texte, avec leurs pleins
et leurs déliés. Maintenant, suçons-nous les uns les autres pourrait être un
chouette programme, mais encore faudrait-il de l’inspiration.
En
aparté, lorsque j’ai vu cette question, je relisais les Quatrains d’Omar
Khayyam, ceux traduits par Grolleau, la lecture de celui-ci prit un tour
savoureux :
« Lève-toi, donne-moi du vin, est-ce le moment des vaines
paroles ?
Ce soir, ta petite bouche suffit à tous mes désirs.
Donne-moi du vin, rose comme tes joues...
Mes vœux de repentir sont aussi compliqués que tes boucles. »
16. Le vendredi 24 décembre 2010, 02:33 par ariane
Sans tomber dans le paroxisme de Cécile, je souhaiterais des questions moins
sages... un éditeur lit-il vraiment ses livres , y prend-il du plaisir..sachant
que certains textes sont souvent assez crus ou suggestifs pensez-vous que tout
peut être dit et imprimé ? et quel est l'auteur qui vous serait le plus
insupportable à éditer ?
C'était un jeu de la vérité, je m'y suis pliée.. (…)
Ariane, après la question de Cécile, votre dernière phrase est troublante…
Un
éditeur lit-il vraiment ses livres, me demandez-vous ? Si la question est
générique, ma réponse sera : tout dépend de l’éditeur, tout dépend des
livres qu’il publie. Entendons-nous déjà sur les mots. Les personnes que nous
appelons, bien souvent, les éditeurs – les connues, genre Antoine Gallimard,
sont celles qui de ce rôle ne remplissent que celui de la décision de
publication, et encore. Ont-elles le temps de lire ? Non ou si peu. Elles
délèguent. Les éditeurs réels lisent-ils toujours ce qu’ils publient ? La
réponse sera parfois non, ils délèguent aussi. D’autant que dans leur
catalogue, ils ont des titres alimentaires, sous forme de compte d’auteur
déguisé. Ils ne vont tout de même pas lire un livre écrit par quelqu’un d’autre
que l’auteur proclamé, chroniqué par une personne qui ne l’a pas lue, mis en
vitrine de librairie suite à l’argumentaire du VRP de service, etc. Ou alors,
ils sont complètement masochistes – ce qui demeure possible tant ils doivent
avaler de couleuvres parfois. Les faux nouveaux éditeurs, ceux du net,
lisent-ils ce qu’ils publient, certainement non, ils font du chiffre, ils vont
bientôt avoir un catalogue aussi important que Gallimard, ils publient, c’est
tout, leurs premiers clients sont les auteurs et leur famille, plus leur
catalogue est grand plus ils ont une chance de survivre. Il est pourtant des
centaines d’éditeurs qui lisent soigneusement ce qu’ils éditent, parce que
c’est leur rôle premier, l’éviter est ne plus être. Alors moi, tout bêtement,
comme apprenti libraire je le fais. Un texte publié par les penchants est lu au
moins une dizaine de fois, en intérieur, en extérieur, discrètement ou à haute
voix et, souvent, j’y prends du plaisir…, ce n’est pas tout à fait le
mot : je vibre. Est-ce une lecture plus profonde que celle d’un lecteur
habituel, non, je ne le crois pas, elle est différente et déforme parfois, il
me plaît beaucoup de lire de bons textes, juste comme ça, je vibre peut-être
moins, je savoure mieux, je crois. C’est assez difficile à exprimer en quelques
mots.
L’écriture est certainement le dernier moyen d’expression créé par l’homme, on
dit parfois qu’elle découlerait d’une volonté de garder des traces comptables,
celle de l’époque néolithique, de la naissance des villes et de leurs
marchés ; je n’en suis pas persuadé, mais peu importe, elle a vite été le
support d’histoires orales, mais a créé à son tour des formes nouvelles
d’expression à mesure que son support changeait et transformé la langue et son
oralité. L’imprimerie et la diffusion des textes imprimés ont fait surgir le
roman – dans son sens moderne -, la rupture avec la versification – la mémoire
étant devenue moins nécessaire, etc. Refuser l’expression à un homme y compris
par l’écriture et son impression, c’est le nier. Ne pouvant défendre cette
négation, je pense que toute expression doit être possible quels que soient son
contenu et la qualité de son auteur. Pour aggraver mon cas, je dirais que la
littérature porte pleinement son nom lorsqu’elle va fouiller dans les tréfonds
de nos ressorts, nos entrailles, elle dérange donc forcément. Donc oui, il est
important de publier et de diffuser ces textes qui nous secouent. Maintenant,
tomber dans l’anti-politiquement correct, dans le port du sexe à la bouche en
se plaignant d’une montée du puritanisme est du dernier des conformismes, il
commence à prendre quelques rides à être ahané avec la même ardeur depuis une
quinzaine d’années sur tous les plateaux. C’est, comme souvent pour les maîtres
du marketing, une hypocrisie et une imposture. Comme le sont les censures
imaginaires pour faire une et manchette. Il est très difficile pour un auteur
de talent ayant un peu d’allant de ne pas trouver un éditeur prêt à le publier,
après un temps de recherche parfois assez long.
L’auteur qui me serait le plus insupportable à publier ? Certainement
celui qui n’a pas écrit son livre ; autant dire que je place la barre bien
plus haut qu’une bonne partie des éditeurs. Et sans doute aussi, celui dont je
ne comprendrais par le texte (à ce sujet, je viens de recevoir une proposition
à propos d’une affaire qui a fait et fera encore couler beaucoup d’encre. Ne
m’y étant jamais vraiment intéressé, ne pouvant donc comprendre les propos
tenus, je vais certainement décliner l’offre sauf à m’y pencher sérieusement.
Sûr qu’elle ferait du « bruit », mais je ne suis pas dans ce genre de démarche,
je laisse ça aux grosses caisses et timbales).
17. Le vendredi 24 décembre 2010, 13:08 par becdanlo
Puisque l'occasion se présente, voici une question qui me taraude depuis un bon
moment:
Est-ce que tu t'en sors ?
Becdanlo, si je m’en sors. Bah, le fait d’être là et de répondre semble
indiquer que oui… Veux-tu dire dans le temps que j’y consacre ; en fait,
pas trop mal, mais c’est assez usant ; heureusement, je n’ai pas trop de
commandes, mais ce n’est pas bon signe non plus. Financièrement ? Ce que
j’aimerais bien, dans un premier temps, c’est que la vente me rembourse les
consommables (papier, encre, colle), les frais postaux et les droits d’auteur.
Je n’en suis pas loin, ce serait bon, je crois, si ce que l’on me doit
rentrait. Après il y a les machines, il ne faudrait pas une casse cette année,
mais bon, je saurais assumer. En fait, j’ai fait récemment un petit calcul
digne d’un comptable. Un livre comme Le Souvenir de personne, je devrais
le vendre 30 € environ pour rentrer vraiment dans mes frais (sans compter
la main-d'œuvre, parce que là ça frise les 50 €), c’est un prix qui n’est
pas tenable, personne ne comprendrait. Alors je m’offre ce plaisir et y passe
du temps, ça vaut bien le visionnage des programmes télé et l’achat du dernier
écran 95 D. J’ai cette liberté de ne pas faire les deux.
Reste, bien sûr, d’autres sources de financement :
le
compte d’auteur, je m’y refuse – je ne peux travailler sur un texte que je ne
puis porter, et je n’aime pas le rapport de suggestion qu’il induit ;
des
subventions, je déteste les papelards et ne suis pas bon suceur – comme dirait
Cécile Delalandre ; autant j’aime être courtois autant la posture de
quémander m’horripile (celle du roseau me laisse sceptique)… et puis, pas trop
d’illusions, les subventions vont principalement aux poches pleines et à ceux
qui se moulent dans la production industrielle, celle de la fameuse
chaîne ;
vendre des fichiers numériques pour les bidules ? Non, c’est vendre leur
protection, j’aime les formats ouverts ;
les
droits dérivés, je m’y refuse, je tiens à ce que les auteurs aient toute
jouissance de ces éventuels droits ;
des
petits travaux de conseil, de correction, d’animation ; bah je suis plutôt
séduit lorsque je le fais volontairement et bénévolement et puis, là, je n’ai
pas trop le temps.
Enfin, il y a cette possibilité de réduire mon activité au seul aspect
éditorial. Être apprenti éditeur ne me déplairait pas, mais c’est se priver du
rapport charnel avec la création du livre & amputer l’activité,
l’amoindrir, l’appauvrir. Apprenti libraire ça a une autre gueule !
Bref,
nous verrons bien, mais je peux tenir, à ma mesure, encore longtemps. Rien ne
presse.
19. Le vendredi 24 décembre 2010, 13:16 par becdanlo
Et puis, pendant que j'y suis, une autre question concernant les coquilles qui
apparaissent une fois le livre imprimé... parce qu'avant, ces coquilles
n'étaient pas là : forcément plusieurs lecteurs ont lu et relu et tout était
nickel. Ces coquilles apparaissent souvent en plein milieu de la première page
ou sur la quatrième de couverture. Est-ce que tu bois un coup ? Balance le pot
de colle contre le mur ? Ou bien tu te dis :
"L'origine de la douleur, c'est la soif de plaisir, la soif d'existence, la
soif d'impermanence."
Becdanlo, oh là ça m’énerve un peu, mais je peux vite corriger. Ça me tourmente
sereinement comme dirait Marie. Les coquilles sont inévitables, mais tu as
raison, celles de dernières minutes sont les plus courantes et les plus
voyantes. On doit se relâcher un peu, juste avant de boucler. Il y eut mon
« achevé d’imprimé » des Conards, le « veut » du Souvenir,
et les autres viendront. Non, pour moi, ce qui est important, c’est : si
un lecteur la voit, il me le dit, mais cela ne semble pas si simple.
21. Le vendredi 24 décembre 2010, 23:26 par Cécile Delalandre
En ce 24 décembre 2010, je voulais savoir si tu croyais au Père Noël ?
(…)
Anecdote:
"Les gargans de Rouen, étaient des biscuits de 2 à 3 cm de haut, à figure
d'homme grotesque et 2 paires d'yeux, en état de priapisme, vendus à la Saint
Romain (sa représentation fut interdite par censure de la Police en 1855), les
filles mettaient le biscuit dans leur corsage, pour trouver un mari qui serait
bon amant."
Cécile, j’aime bien l’anecdote, tu t’en doutes, dommage, depuis les maris ne
sont plus bons amants. Mais ces gargans survivaient encore lorsque j’étais
enfant, moins coquins sans doute. Si j’y crois ? Oui et non. Enfant on ne
m’a pas appris à y croire, mais, par ma mère, au petit Jésus, et pour les
cadeaux cela venait des parents, mais il y avait l’attente et la surprise. Je
n’aime d’ailleurs pas trop ce père Noël... il n’a pas son pendant le père
Fouettard. Mais oui, peu importe son nom, il existe bien entendu. Sinon comment
expliquer que dans toutes les civilisations a lieu – peu importe les habits
qu’il revêt – ce rite, ce moment où va se concentrer l’échange de
cadeaux ?
22. Le samedi 25 décembre 2010, 02:14 par Colombe
Je voudrai savoir combien ça coûte d'éditer un livre ? (des chiffres par
rapport au nombre de pages et d'exemplaire)
Merci :-)
Colombe, ça me fait vraiment plaisir de vous voir virevolter jusqu’ici, d’avoir
franchi cette mer, la nôtre.
Combien ça coûte d’éditer un livre ? Je répondrais bien zéro sou, mais beaucoup
de temps. L’édition, dans son sens le plus précis, consiste à préparer un texte
pour qu’il devienne livre. Alors oui, il faut quelques outils qui aujourd’hui
sont à la portée de tous ceux qui viennent poser question ici ; ces sous
déjà dépensés nul besoin réel de mettre au bout. Non, c’est le temps et
l’attention qui sont les conditions essentielles. La publication, elle, va
avoir un prix : il faut fabriquer le livre avec des matériaux que l’on
peut difficilement créer soi-même : du papier, de l’encre... et avoir à
disposition des machines qui aident un peu. C’est difficile à quantifier. En
France, un poche à grand tirage revient à environ 30 centimes l’exemplaire, un
Goncourt à 1 €, un petit tirage de qualité moyenne à 2 €, un petit tirage de
grande qualité à 7 €, le même à l’unité peut monter à plus de 100 €. Il faut
ensuite le distribuer...
Maintenant si votre question est : j’ai
un beau manuscrit, combien cela peut-il me coûter de le faire éditer ? Ma
réponse est bien entendu zéro, puisque vous devriez au contraire en recevoir un
revenu aussi infime soit-il. Reste : oser, rencontrer et ne pas hésiter à
remettre la main à l’ouvrage.
23. Le samedi 25 décembre 2010, 14:19 par Passante
1
Bonjour, J'aimerais bien savoir : qui est Hervé Bréchet ? D'autres questions
suivront. Après la trêve de Noël...
Passante 1, Hervé Bréchet a participé à la publication des Conards de Rouen; il
a visiblement trois particularités notables : il porte souvent un col vert
en accord avec son prénom, il fréquenta assidûment les bistrots et auberges de
Conardie, son nom rappelle un os. N’ayant pas pris ses mensurations, je ne puis
vous les transmettre.
24. Le samedi 25 décembre 2010, 14:52 par Uzume...
Cher Christian,
De-ci de-là, j'ai aussi vu que vous seriez Arthur Morneplaine. Mais
savez-vous qui est Diogène ? (de la Toile)
http://www.leoscheer.com/blog/2010/...
(...)
Uzume..., Arthur Morneplaine est le pseudonyme parlant d’un traducteur d’un
temps, il n’a jamais masqué le nom civil qu’il pouvait porter.
Diogène ? (de la Toile), non et je m’en contrefiche, mais je ne connais pas non
plus la superficie de la lune ou la racine carré d’un if centenaire.
25. Le samedi 25 décembre 2010, 17:06 par Cadichon
Oui, qui est ce mystérieux apprenti que vous malmenez souvent de bien dure
manière ? Vous avez aussi évoqué un nouvel et jeune stagiaire. Poète à ses
heures et qui émerveille. Depuis, plus de nouvelle...(...)
Cadichon, vous faites vraiment l’âne (c’est une métaphore usée, je respecte
beaucoup cet animal). J’ai répondu à la première question – l’apprenti – sous
le 2. Le jeune homme, oui, je devrais le revoir cette année.
26. Le dimanche 26 décembre 2010, 06:45 par Hervé
(…) Ma question est la suivante : avez-vous un quelconque lien avec le
"Chirstian" du blog dont références ci-dessous ? http://www.expressio.fr/edj.phpDans
l'affirmative, je me permettrais de vous contacter par MP. (...)
Hervé, non. Vous n’aurez donc pas à contacter la police militaire.
27. Le dimanche 26 décembre 2010, 07:14 par
Serpentin coloré
Bonjour Christian, dans la foulée, voici ma première question du jour :
l'affaire Eric Blair (*) fut-elle en partie déterminante dans votre décision ?
Tant il est qu'elle me rappelle ce vieil adage disant que "l'on n'est jamais
aussi bien servi que par soi-même" ? Chanter dans sa langue n'est-ce une forme
de résistance, au même titre que la spiritualité quand elle vise à barrer la
route au matérialisme ?
(*) http://billets.domec.net/tag/Eric%2...
Serpentin coloré, l’affaire Eric Blair n’a
pas encore eu lieu. Mais non, son journal n’a pas grand rapport avec cette
décision de créer les penchants – j’y reviendrai plus bas. Pour l’adage non
plus, je ne suis pas partisan, me concernant, de l’auto-édition, pour le
journal d’Eric Blair, oui, les penchants pourront être utilisés, nous verrons
bien, je n’y pense pas trop en ce moment. Enfin, je ne suis pas sûr que le
« matérialisme » ne puisse être spirituel, tout dépend en fait du
sens que l’on donne à ce mot. Dire : « en premier fut la
matière » ne manque pas d’esprit...
28. Le dimanche 26 décembre 2010, 11:19 par Cécile Delalandre
(...)
j'aimerais connaître la "génèse"..
Quand ? Qui ? Quoi ? Comment est née cette merveilleuse idée de devenir
Apprenti-Libraire ? Germait-elle depuis longtemps en toi ?
et puis quel fut le dé"Clic" qui te fit tourner la clef du démarreur ?
Cécile, en fait, c’est une très vieille histoire. Pour la résumer : je publiais
déjà il y a trente ans, mais d’une autre manière. J’ai complètement arrêté des
années. Je pense que c’est la maladie et mort de mon père qui me décidèrent.
L’inanité de tout ce que l’on pouvait garder, dans un premier temps, puis
revoir ses livres – il lisait tant – et décider de regrouper ses derniers
écrits, ceux autour de la chèvre, pour en faire cadeau à ses amis et les faire
lire au-delà. Créer le site de la sente de la chèvre qui bâille et ensuite
faire fabriquer le livre à la demande. J’ai pu ainsi envoyer ce livre
facilement à une petite centaine de personnes. J’ai donc, à ce moment, renoué
avec une partie de ce qui est devenu mon apprentissage. D’un autre côté, il me
passait entre les mains de nombreux textes, parfois pour avis, parfois pour
correction, parfois juste comme ça, pour voir. Certains étaient merveilleux et
je trouvais étrange qu’ils ne trouvent éditeur*. C’est très certainement cette
conjonction qui me décida, il manquait l’étincelle, ce fut La Route.
* il
y a au moins deux idées fausses à ce sujet et, oh combien !, répétées en boucle
: qu’un bon texte ne puisse trouver éditeur, que les éditeurs publient tous les
bons textes.
29. Le dimanche 26 décembre 2010, 14:05 par Marie-Agnès Michel
Cécile, en réponse à ton 14, je dirais que sans les mains ce n'est pas
tricher.
Marie-Agnès, ça me donne matière à réflexion et... vous venez de me donner
l’idée du titre des réponses : réponse du tricheur avec les mains plongées dans
la glaise gallèse.
32. Le lundi 27 décembre 2010, 08:49 par robert bruce
(…) Sur ton site (je n'ai pas comptabilisé)j'ai remarqué qu'il est
majoritairement tenu par la gente féminine, tant pour les auteurs que pour les
lecteurs. Alors, une question me vient à l'esprit : es-tu un séducteur naturel
ou seulement un obsédé textuel ?
Je pense, j'espère que c'est une vraie question.
Robert, oui, c’est une vraie question qui m’a plus d’une fois traversé
l’esprit, mais je ne suis pas arrivé à ton alternative en guise de conclusion.
Cette séduction naturelle, je n’y crois pas, et quand bien même elle existerait
pourquoi les personnes d’un sexe y seraient plus sensible que celles d’un
autre ? L’obsession textuelle, je ne pense pas en être arrivé là : il
m’arrive d’aimer ne pas lire. Non, je crois que c’est bien plus simple que ça,
il y a un mouvement de fond qui est aujourd’hui bien perceptible – ce sont un
peu des généralités : les femmes lisent plus que les hommes et elles écrivent
souvent mieux. Cela ne date pas d’aujourd’hui, il y a depuis longtemps plus
d’Emma que de Don Quichotte, mais cela se voit mieux. Regarde, les auteurs que
je cite dans ma réponse à Marie sont presque tous des hommes. Crois-tu vraiment
que les femmes n’écrivaient pas ou manquaient de style (comme s’exclame
Maupassant) au XIX e ? Non (il n’y a qu’à fouiller dans les courriers pour s’en
rendre compte), leurs textes restaient dans les tiroirs, parce que l’édition
leur était refusée le plus souvent. Les George Sand ou Marc de Montifaud sont
exceptionnelles, leur prénom le souligne. Aujourd’hui, ce n’est plus vrai – les
dernières résistances tombent. Je ne suis donc nullement étonné et, en cela, ce
journal et les choix de publication sont bien ordinaires et cela me plaît.
38. Le lundi 27 décembre 2010, 13:07 par Véra
(…) voici ma première question du jour : quels liens ont Les Penchants avec
Nautile, par exemple ? Je m'y perds un peu, je le confesse, car tout va dans
tous les sens sur FB et j'ai l'impression de me noyer. http://www.nautileditions.com/bleu_...
Véra, aucun lien particulier. Bleu Terre est publié par les penchants avec
nul contrat d’exclusivité. Jean-François Joubert fait donc ce qui lui plaît. Le
lien correspond à son projet de créer une maison d’édition, j’ai vu qu’il avait
copié des éléments présents sur les penchants, je n’y vois aucun inconvénient.
Il m’en a même fait part par la suite pour connaître mon sentiment, je lui ai
confirmé ce que je viens de vous dire.
Ah oui, c’est curieux que l’éditeur
d’un texte ne le capte pas jalousement, eh bien, ici c’est ainsi et c’est bien
une des particularités des penchants à laquelle je tiens vraiment : l’enclosure
et cette notion bourgeoise que la liberté de l’un s’arrête au fil barbelé
protégeant celle de l’autre sont deux horreurs humaines
contemporaines.
39. Le lundi 27 décembre 2010, 15:59 par Cécile Delalandre
(...)
Christian, le choix de ce film "les Tricheurs" pour illustrer cet article
t'est-il venu en écho à la comédie Humaine ?
Car comme le disait Balzac, en fait "tout est vrai", même la tricherie, le
mensonge, et tout signifie et révèle... par delà le "package"! ... même si nous
ne sommes pas tous des Enfants du Paradis!
Non,
Cécile, c’est un simple correspondance à peine réfléchie. Mais je suis d’accord
– bien évidemment – avec ce « tout est vrai », la tricherie et sa
manière révèle beaucoup. Le simple courrier accompagnant un manuscrit est riche
d’enseignement sur le manuscrit lui-même.
Et
puis, nous savons tous qu’un bon acteur - un comédien - joue les sentiments
pour mieux nous faire vibrer ; s’il ne sait les jouer, le théâtre se dérobe à
lui... le cinéma pas forcément, l’objectif peut remplir ce rôle. Ce que nous
percevons moins, c’est lorsque ce talent est utilisé à d’autres fins que le jeu
; pour vendre un produit, pour faire pleurer dans les chaumières, pour
accompagner des bruits de botte. Il y a urgence, toujours, à savoir le
débusquer, parce que toujours cela peut déraper vite et toujours nous en serons
responsables.
40. Le lundi 27 décembre 2010, 16:26 par Ange & Démon
(…) J'aimerais savoir les 3 personnes que tu détestes le plus dans tes
relations ... ? je te demande pas les trois que tu préfères le plus étant un
ange de nature, je ne voudrais pas froisser ceux que tu aimes en les classant ,
les "oubliés" pourraient en souffrir...!, pour ceux que tu n'aimes pas , moins
d'importance puisque tu ne les aimes pas .....:-)))
Ange
& Démon, ta question ne manque pas d’élégance, mais elle tombe – pour moi –
un peu à plat. Il se fait que je n’arrive pas à détester quelqu’un. J’ai essayé
pourtant de nombreuses années (cf. ma réponse 10), mais rien à faire ce n’est
pas dans ce que je suis devenu très tôt déjà. Je ne me défile pas, hein !
C’est comme ça. Mais je ne vais pas te laisser penaud. Je vais te dire trois
situations que j’ai détestées depuis que les penchants existent. La première,
la plus odieuse sans doute, et rien que la citer ne peut qu’alimenter les
croyances des imbéciles en une fumée qui nécessiterait feu : c’est lorsque fut
publiquement, en petit comité, affirmé que j’aurais réécrit le texte d’un des
auteurs que je publie. La seconde, c’est la morgue de l’organisatrice des
rencontres avec des auteurs d’une très grande librairie, lorsque je lui ai
présenté deux livres (un d’Actes Sud, un autre de le Manuscrit). La troisième
c’est le froissement d’une brochure que j’avais patiemment fabriqué à la main
par celles d’un responsable d’un grand salon littéraire habitué, sans doute,
aux flyers à grand tirage et immédiatement jetables. Mais ces trois personnes
pouvaient-elles imaginer à quel point je détesterais leur attitude – qu’elle
était détestable ? Je ne le crois pas, ni toi non plus peut-être, ni sans doute
ceux qui me lisent ici. Alors, pas de quoi fouetter un chat.
45. Le mardi 28 décembre 2010, 07:03 par
Sonia
Ma
question à Christian Domec : quel est le lien entre Cécile Fargue et ceci :
http://lavenuslitteraire.com/PointD...S'agit-il
d'un homonyme ?
Sonia, la question s’adressait à Cécile plus qu’à moi, mais je vois qu’elle y a
répondu.
48. Le mercredi 29 décembre 2010, 14:07 par Cécile
(pour répondre à Sonia, le petit texte sur la Vénus littéraire est de moi oui,
pas d'homonyme en vue)
Christian...allez ! je sacrifie au jeu de la question... A quand un livre de
toi véritablement ?
Cécile, si Édouard vient jusqu’ici, il saura que c’est cette question qui me
dérange le plus. Je ne vais pas me défausser, mais ne parler que d’à-venir. Une
chose est certaine, sauf pour un petit bidule mineur, il n’est pas question que
les penchants du roseau soient mon éditeur. Pourquoi ? Parce que
l’altérité me paraît essentielle. Si j’écris quelque chose, je veux cette
lecture attentive et exigeante avant toute publication. Pour l’écriture
elle-même, oui, j’ai plusieurs textes en route, mais j’ai quand même deux
lourds handicaps : je ne sais pas bien écrire et j’ai beaucoup lu. Le
second, il est trop tard pour le lever, le premier... eh bien... il va bien
falloir l’alléger un peu, mais je n’y travaille pas trop en ce moment (je
préfère lire, te lire, vous lire).
51. Le mercredi 29 décembre 2010, 20:44 par Pomponette
Et pour vous, cher Roseau, écrire sous un pseudonyme, ou même écrire tout
court, est-ce tricher ? (...)
(…) Les droits d'auteur, en auriez-vous cure ?
N'empêche que, lorsque je découvre ceci : http://www.docteur-watson.com/10121...je
me demande s'il est vraiment raisonnable que pour une louable hostilité envers
l'affreux pilon, l'idéaliste qui vit ou sommeille en vous se mette en perte de
trésorerie en vendant ses livrets rien qu'à 2 écus la cinquantaine de pages ?
N'est-ce pure folie, dans la mesure où vos tirages ne visent d'aucune manière à
pointer des zéros vers l'infini ?
Questions encore : j'ignore si l'homme que voici - j'en doute un tantinet -
fait partie de votre panthéon ? http://www.youtube.com/watch?v=oxuS...et
parvenez-vous à mener de front une vie familiale sans heurts ?
Pomponette, pour la tricherie et le
pseudonyme : non, pourquoi diable Voltaire serait-il à rouer.
Les droits d’auteur ? S’il y a
quelqu’un de très scrupuleux pour les respecter c’est bien moi, y compris sur
le web. Je cite ? je mets la référence ; j’utilise une image ?
je vérifie – en général – sa licence et la respecte ; je veux utiliser le
commentaire de quelqu'un ? je lui envoie un mail pour savoir s’il en
convient ; je veux présenter un billet d’un autre blog ? je mets un
court extrait avec un lien pour lire la suite, etc. Non, concernant les droits
d’auteur ce qui me gêne c’est ce qui les environne : leur captation par
les autres : les « majors compagnies », les maisons d’édition et
les petits-enfants aussi. C’est à partir de ça que je réfléchis, raisonne un
peu et agis. Mais cette question est vaste, je ne peux y répondre en quelques
phrases.
Deux écus ? J’ai réévalué ce prix en
le convertissant en euros ; oui il y a un grain de folie à ne pas rentrer
dans une logique de rentabilité à tout prix, elle évite juste de toujours
présenter des vessies comme des lanternes. Du pilon qui a pris très récemment
des proportions considérables, je n’en fais pas une fixation, il est juste le
symptôme éclatant de comment est aujourd’hui considéré le livre par ceux qui le
nomment bien culturel ; ceux qui encensent la littérature le matin et le
soir vont déchirer méticuleusement tout ce qui grève leurs marges commerciales.
Savez-vous que lorsque vous déclarez un livre dans la chaîne qui ira de
l’éditeur jusqu’au libraire, les principales données obligatoires sont, outre le titre et le nom
supposé de l’auteur, son numéro de matricule, ses dimensions précises au
millimètre près et son poids. Pour toute cette chaîne, le livre est devenu un
élément de stock ; si le flux n’amène pas en retour un flux monétaire, il
est à éliminer. Voilà très exactement où nous en sommes : un quart à un tiers
de ce qui est publié est pilonné très rapidement. Est-ce si idéaliste que ça de
dire en acte : vivons-le autrement ?
Je n’ai pas de panthéon et ne consulte
guère les liens vidéo qui sont présents dans des commentaires, mais s’il s’agit
de Sacha Guitry, il n'est pas anodin.
Une vie familiale sans heurts ? Vous
plaisantez... Attendez, vous n’allez pas me croire, je viens d’entendre le
rire, oui, celui d’Abel.
- 52.
Le jeudi 30 décembre 2010, 20:55 par Serpentin
coloré
(…) mais serait-ce être très
éloigné de la "vérité" que de penser que pour ce qui concerne le regard que
vous portez sur l'art - au sens artisanal du mot, j'entends - le votre serait,
finalement, pas très éloigné de ce qu'en suggèrent LF et, à la rigueur, Ph.S
?
Serpentin coloré, cette manie des sigles et des
abréviations, je ne m'y ferai jamais. Ni Luc Ferry ni Philippe Sollers ne sont
des références pour moi.
-
53. Le vendredi 31 décembre 2010, 10:41 par Syvestre
Voici ma question
(indiscrète): quelle est ou était votre profession "alimentaire" avant, et quel
est votre âge ?
Syvestre, j'y ai déjà
répondu plus haut aux deux questions
-
54. Le vendredi 31 décembre 2010, 18:18 par Jacques
(…) In fine, ne
pourriez-vous en dire plus sur vos divers cheminements d'antan ? En effet, j'ai
surpris de-ci de-là, cahin-caha, que vous grattiez quelquefois la corde et même
la vocale. PS : Lors d'un périple à Plurien, je n'ai pu élucider ce que
signifiait la liste des mots énumérés à gauche du lien. Pourriez-vous
m'éclairer, même sans allumettes ? http://www.lulu.com/christian_domec
Jacques, après la police militaire, j'ai
l'impression de me retrouver à la préfecture de police. Je ne sais pas combien
j'ai de dents, voulez-vous que je les compte ? La liste de gauche ? Mais ce
sont le nom des jours d'une année, voyons.
- 55.
Le vendredi 31 décembre 2010, 22:43 par Dimitra
Une question: N'êtes vous
pas agacé par les personnes qui utilisent un pseudo, quand ce n'est pas deux,
trois ou quatre différents, pour venir vous poser des questions ici et
ailleurs?
Question subsidiaire: Ne trouvez-vous pas ma question idiote , dans la mesure
où vous-même utilisez un voire deux pseudos? (…)
Dimitra, votre question est
subtile, ça ne m'étonne pas de vous. Elle est donc loin d'être idiote.
Je n'ai rien
contre l'utilisation des pseudonymes foi de Destouches ni de diminutif foi d'Aznavourian, personnellement je les
utilise assez peu, du moins sur internet, parce qu'il ne me gêne pas que l'on
sache mon patronyme. Il y avait eu un débat assez intéressant, sous ce billet, à l'époque
où le blog de Léo Scheer était visité et animé. J'y écrivais entre autres ceci
: « La description d'une rambla à Barcelone n'aura pas le même piquant si
elle est écrite par un coutumier du lieu, un baladeur de passage ou un lecteur
de Mendoza ou de Genet. Il n'est guère utile de poser la question : d'où
vois-tu cette rambla ; mais, pour en converser, il est agréable d'y
repérer une musique particulière qui allègrement peut traverser les Pyrénées,
transiter par Lhassa et mettre une sourdine au seuil d'une chambre - de
l'apprivoiser un peu. C'est là où la cascade, cache-cache des pseudo, peut
empêcher toute conversation : obliger à la juxtaposition de commentaires,
peut-être pertinents mais sans chair, sans faiblesses. » Je le pense
toujours, la multiplication des pseudonymes par un seul ou leur valse tuent
toute possibilité de débat, d'égards, de sensibilité réelle dans l'échange.
C'est une technique qui fut volontairement utilisée sur internet avant le web,
à l'époque d'usenet (les « newsgroup ») pour les vider de leur
contenu en les étouffant et, presque toujours, cela marche.
Alors, pour un
billet comme celui-ci cela ne me dérange pas, mais pour d'autres oui, beaucoup,
je l'ai dit en public et en privé à cette personne, mais elle ne veut pas le
comprendre. La question est que faire ? Je déteste censurer, je n'aime pas trop
me répéter, mais il est sûr qu'il faudra que je prenne une décision, parce
qu'il serait dommage que la partie web des penchants ne soit plus ni vivante ni
accueillante.
Quatre ? Vous
comptez mal, c'est une vingtaine de différents rien que sur cette page sans
compter ceux qui suivront, tiens en voilà un...
-
56. Le vendredi 31 décembre 2010, 22:50 par Iris
(…) Ce qui vous a pu vous
décider à offrir à votre fille adolescente, un prénom à ce point légendaire ?
En bref, ce qui, en temps voulu, vous l'a inspiré ?
Iris, où avez-vous appris que le choix d'un
prénom se faisait par un seul et à l'adolescence. Vous avez décidément de
drôles de fréquentations.
-
58. Le samedi 1 janvier 2011, 10:34 par Gilles
Monplaisir
(…) Etre éditeur, c'est
finalement décider de confronter le "poétique" (pour faire court) au
"prosaïque" de l'économie. Echouer dans ce projet (ne pas être "viable"
économiquement, à plus ou moins long terme), c'est admettre que le premier perd
la face devant le second (d'où la nécessité de réussir). Cette position
intermédiaire (et d'intermédiaire), comment l'envisages-tu dans les années à
venir ?
Gilles, je ne suis pas sûr d'être vraiment
d'accord avec ce résumé – pour moi c'est avant tout une rencontre, je dirais
nécessaire, autour d'un texte (celle de Montaigne avec Marie de Gournay, même
s'il n'est pas question d'éditeur, autour des Essais est de même nature) – il
pose pourtant la question de la viabilité de la structure qui édite pour porter
au loin ce texte. J'ai donné quelques éléments de réponse plus haut, mais sur
cet aspect économique je vais ajouter quelques points :
- être dispensé d'une obligation de
rentabilité est plus viable que le contraire (les absorptions, concentrations,
éclatements, liquidations actuelles le montrent bien), elle demande juste de la
volonté. Je n'en suis pas dépourvu.
- je tente de suppléer à ma fragilité de
deux manières : une déjà très active, c'est de transmettre ce que je sais faire
et dire ce que j'ignore, je serai donc serein de ce côté-là lorsque je casserai
ma pipe ; l'autre c'est de créer des alliances, des coopérations basées sur
l'échange réciproque, exemple : un livre édité et imprimé ici ne soit pas
envoyé là-bas, mais édité et imprimé là-bas, c'est un des points sur lesquels
je compte avancer de manière décisive cette année,
- l'auteur ne m'ayant pas cédé ses droits à
publier où il le veut, peut à tout instant faire vivre ailleurs et autrement
son texte,
- enfin (très provisoirement), les
penchants n'épuisent rien (je viens de me casser le nez sur une référence qui
n'a pourtant que deux ou trois ans d'âge)
C'est économiquement assez vertueux, si l'on n'est pas
obsédé par le résultat et son rapport à l'investissement.
Hier, on m'a parlé d'un homme, il habite là non loin,
un homme de près de 90 ans, il plante encore des arbres et apprend à de plus
jeunes la vannerie à partir de l'osier qu'il cultive. Il est fou ? C'est un
homme.