Il semble venir de l’ouest ce vent, il souffle, annonce l’humidité. Pourtant, on ne le nomme pas. Il fait se pencher le roseau – comme s’il saluait pour la première fois –, le distrait de sa fragilité. Il vient de loin, la proche renaissance, dit-on, vernis commode pour tracer une frontière temporelle artificielle. De son souffle il rappelle timidement ce que l’on étouffe au son des fifres et des tambours. Oubliés les Conards, ceux de Rouen ? Presque. Et pourtant, à mesure que nos doigts impriment ces caractères, on nous annonce une rumeur : ils sortiraient lentement de l’ombre, toujours braillards, prêts à se moquer des dignitaires et surtout d’eux-mêmes.

Pas d’exégèse ici : convoquer simplement mais fermement, avec leurs habits, Nicolas Dugord et ses auteurs anonymes, Marc de Montifaud et ses hardiesses, Hervé Bréchet et ses goûts, en un curieux mélange apprenti, en souhaitant qu’il vous soit plaisant.

Leur langue, il serait stupide de la châtrer, en la traduisant, en l’affadissant pour – soi-disant – la mettre à votre portée. Notre parti pris est de la respecter dans ses accents aigus, tant pis pour les anciens et les modernes et leur querelle éternelle. Quelques corrections furent tentées avec pour écho lointain cet avertissement de Du Bellay, in La Deffence et Illuſtration de la Langue Françoyſe, éd. 1549 : « Quant à l’Orthographe, i’ay plus ſuyuy le commun, & antiq’vſaige, que la Raiſon : d’autãt que cete nouuelle (mais legitime à mon iugement) facon d’ecrire eſt ſi mal receue en beaucoup de lieux, que la nouueauté d’icelle euſt peu rendre l’Oeuure non gueres de ſoy recommendable, mal plaiſant, voyre contemptible aux Lecteurs. Quand aux fautes, qui ſe pouroint trouuer en l’impreſsiõ, comme de lettres trãſpoſées, omiſes, ou ſuperflues, la premiere Edition les excuſera, & la diſcretion du Lecteur Scauant, qui ne ſ’arreſtera à ſi petites choſes . A Dieu, Amy Lecteur. »

Ami lecteur, nous vous avons soulagé des fameuses notes de bas de page ainsi que d’une orientation bibliographique par peur d’alourdir le corps de ce livre. Ce choix ne nous convient pas. Nous tenterons de nous en excuser en les rédigeant, à mesure de vos observations, sur le site des penchants du roseau.

Ce livre, oui celui que vous avez entre les mains, est unique. Il n’est pas soumis à la loi des séries, même si, par respect pour le dépôt légal, son corpus est commun à un autre. C’est le Xième exemplaire de l’édition des Conards de Rouen, il porte l’étrange code : XXXXXXX que nous vous invitons à utiliser lorsque vous consulterez notre site : http://domec.net/. À bientôt.

Un apprenti libraire.

in Les Conards de Rouen, 2009.