Adresse à Madame le Maire de Rouen pour l’inauguration de la rue de la Conardie
Par Christian le jeudi 3 décembre 2009, 00:04 - Tribulations - Lien permanent
[Copie de l’adresse publique à Madame le Maire de Rouen pour l’inauguration de la rue de la Conardie, envoyée ce jour par courrier postal]
Madame le Maire,
Il est des noms de rues comme de nos manières, elles furent frustes mais gaies, pieuses mais irrespectueuses. Ces noms évoquaient plutôt un métier, une habitude, un marché, une réputation, un personnage illustré... qu’une personne illustre, sévère, défunte. Aujourd’hui, les épitaphes clouées à l’entrée de nos venelles, ruelles et avenues appesantissent nos pas à tel point qu’une prothèse pneumatique nous est devenue indispensable.
Disparues, celle des Arpenteurs, des Belles-Femmes, des Coquets, du Bon-Espoir, de la Basse-Fesse, de Derrière, Devant-la-Cohue, Dame-Jeanne, du Petit-Enfer, du Chien-qui-rit, du Cochon-rôti, de la Truie, des Ramasses, du Bardel, des Barbiers, des Curandiers, de Vanterie, de la Chèvre, des Crottes, de la Grosse-Bouteille, de la Pompe, des Prêtresses... même celle des Jésuites ; comme partout, elles furent remplacées par des galonnés, des ceinturés, des notables, des académiciens, des artistes... un pont récent, inauguré en grande pompe, fut même affublé du nom de celui qui s’écriait : « Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit ! »
Il est pourtant une rue qui retient plus particulièrement l’attention. Celle qui éventra un quartier tumultueux ; qui trancha et redressa les rues des Tanneurs, de la Renelle-aux-Tanneurs, des Maroquiniers, de Dessus-la-Renelle pour tracer une droite impeccable entre la Seine, l’Hôtel-de-Ville et les boulevards. Celle qui eut toujours une belle maîtresse, l’Impériale, la Royale, la République, l’Impériale (bis), la République (bis)... et demain ?
Demain est ma requête, Madame le Maire, celle de redonner fierté aux riverains de cette artère qu’on traverse sans jamais s’y attarder ; permettre aux passants de sourire, de se rappeler, de revenir. Demain sera changer son nom en rue de la Conardie, en mémoire aux fameux Conards de Rouen(1) qui surent égayer la ville un siècle durant avant d’être étouffés par le Parlement et l’ombre du sinistre homme rouge.
Madame le Maire, je vous en prie, bousculez l’ordre du jour de votre prochain conseil, présentez-lui cette requête et, à n’en pas douter, il l’adoptera à l’unanimité. Pensez à ces jours de liesse lorsqu’au son des « tabourins, fleustes, phiffres, trompes, trompettes, cimbales, cornemuses, vielles, carivary, hautsbois, rebecquets, bourdons, violons, harpes, loures sourdes, orgues, timpans, pippets, cornets » vous inaugurerez cette rue : la clameur s’étendra à toute la cité et... bien au-delà.
À cette inauguration prochaine, bien à vous,
Christian Domec apprenti libraire.
(1) Les Conards de Rouen, les penchants du roseau, 2009, dans toutes les bonnes librairies de la ville.
Commentaires
Magnifique!!!
Souhaitons désormais que cette gente Dame soit sensible à vos mots si jolis et au "son des tabourins, fleustes, phiffres, trompes, trompettes, cimbales, cornemuses, vielles, carivary, hautsbois, rebecquets, bourdons, violons, harpes, loures sourdes, orgues, timpans, pippets, cornets » et qu'elle ait gardé en elle cette poésie, cette faculté de créer, d'inventer, d'imaginer qui fait souvent l'authentique marque de ceux qui ont choisi pour voie celle de prendre en charge la vie d'une cité... *_*
ὅπερ ἔδει δεῖξαι, Cécile.
Merci.
et alors? ... depuis? *_*
Ah oui, un député - je garde son nom sous le boisseau - m'a envoyé un message de sympathie, mais bon, il fait son boulot (même si je ne suis pas sur le territoire de sa circonscription), en réponse, je l'ai "menacé" d'envoyer une cohorte de Conards dans sa ville natale (Fécamp).
C'est pour ça que je voulais avec Grégory et vous faire une farce. L'idée n'est pas perdue, mais je suis, depuis, un peu passé à autre chose.
Hier j'ai flané á Plurien... Apache forbidden 404 oblige. Y ai relevé quelques étourderies de la ribambelle. Elle a confondu le nom d'une avenue côtière. Roseau doit-il en être avisé ? Et comment ?
PS : pour le trou normand il y a avait Bourvil.
PPS : Pourqui reverso ne traduit-il pas la langue d'Homère ?
j'espère que le sympathique député fécampois tremble de peur derrière les murs du palais Bénédictine à l'idée de voir débarquer une cohorte de conards et que sa terreur va l'inciter à convaincre Madame le Maire!
Nous sommes aujourd'hui le 22 Février, toujours rien?
je pensais dernièrement à cela : pourquoi ne pas suggérer à Madame le maire, en plus de la rue de la Conardie, d'instituer chaque année à Rouen "La fête des Conards" à l'instar par exemple des fous de Dunkerque durant leur festival...cela pourrait devenir un fameux évènement pour sa ville!
... Pour les farces, je suis toujours partante *_*
Laissons les erreurs à Plurien, ce n'est pas le bout du monde, et Bécassine n'en fit-elle pas ?
Reverso, je ne l'utilise pas, sinon je lui aurais demandé, vous pensez bien.
Cécile,
Toujours rien... Je pense que dans la nouvelle édition des Conards de Rouen je mettrai la réponse de Madame le Maire sur deux pages, cela permettra à quiconque de crayonner.
Avant de suggérer, il faudrait avoir une première réponse... Mais, ils feront peut-être ce genre de choses, pour affadir le Conards qui sommeille. Pour la farce, j'hésite... pas que je n'ose pas, pensez donc, mais je ne suis pas trop disponible et n'aimerais pas trop me focaliser là dessus, déjà qu'assez naturellement j'y reviens parce que, décidément, ça me fait rire. Mais si l'idée me reprend je vous le dirai.
J'adore votre "pensez donc" ! Eclat de rires.