Il fut un temps où la gaieté était de bon aloi en France, aussi bien dans l’église qu’à la cour et à la ville ; une fois l’an, les portes du cloître étaient enfoncées, et les religieuses dansaient avec les clercs. Oui, les religieuses en personne, les filles de l’autel et du sacrifice, inauguraient une fugue carnavalesque, et, sous le regard des ma­dones raides et des martyrs grimaçants, elles entamaient une de ces rondes désopilantes, bonne à faire vaciller d’horreur le nimbe des saints et des saintes tout fraîche­ment canonisés en cour romaine.

Ç’a été une époque d’héroïque audace que ces xve et xvie siècles, cités au ban des conciles pour répondre de leurs actes. Dans l’histoire, on ne leur a pas marchandé l’eau et le sel afin de les exor­ciser. La monarchie regardait alors tout novateur, tout au­dacieux, comme une sage aïeule qui se préparerait à redresser l’orthodoxie de ses fils en leur prouvant qu’ils se trompent… à l’aide de quelques centaines de fagots ; et cependant, lorsque arrivait l’époque de liesse appelée Fête des Fous, il y avait plus de rebelles que de soumis ; on riait à belles dents au nez des magistrats qui au­raient voulu s’opposer aux licences toujours engendrées par une pareille troupe, mais qui, en définitive, finissaient par octroyer de bonne grâce la permission requise de célébrer la fête, dans la crainte d’exciter des murmures en touchant à l’un des privilèges de la cité.

Le titre de fou, des mots fatuus et stultus, était donné à chacun des associés d’une confrérie de bouffons, jouissant, à certaines époques de l’année, du privilège de tout dire et de tout faire. Les membres se recrutaient dans l’ordre civil, et surtout dans le clergé.

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.