Ah ça, c’est sûr, j’vous l’dis, Internet va tuer le livre !
Par Christian le samedi 5 décembre 2009, 11:04 - Pécadilles - Lien permanent
Je me suis amusé à faire correspondre à des dates, des notes et des chiffres. Aucune conclusion à tirer, bien sûr, juste sourire un peu.
- 1970 : un petit réseau de super-ordinateurs pour
promouvoir la recherche sont connectés (ARPANET). Le premier livre numérisé
apparaîtra l'année suivante.
22 000 titres déposés à la BNF.
- 1981 : naissance du PC sept ans après l'Apple I,
apparition du Minitel en France.
39 000 titres déposés à la BNF.
- 1987 : plus de 10 000 ordinateurs hôtes sont
connectés à Internet. Le web va balbutier deux ans plus tard.
42 000 titres déposés à la BNF.
- 1996 : plus de dix millions d'ordinateurs connectés à
Internet. Amazon, librairie en ligne, a un an, Editel de Pierre François Gagnon, premier site d'auto-édition
collective de langue française, aussi. Le format PDF est vieux de trois ans.
Apparition des premiers blog.
49 000 titres déposés à la BNF.
- 2005 : un milliard d'utilisateurs internet dans le
monde. Les reader tel Microsoft Reader ou Mobipocket Reader ont déjà
cinq ans. Le tout jeune Google Print prendra le nom de Google Book.
62 000 titres déposés à la BNF.
- 2008 : on estime à plus de 2 milliards les
utilisateurs d'internet dans le monde. Mobipocket propose 70 000
ebook.
69 000 titres déposés à la BNF.
(je regrette de ne pouvoir disposer d'indications fiables sur la lecture, hors les nombreux sondages qui ont la faiblesse de ne pouvoir détailler assez. Grosso-modo : augmentation du nombre de lecteurs, baisse de celui des gros lecteurs)
Sources : Centre national du livre, Bibliothèque nationale de France, Le Net des études françaises, Wikipedia. Les chiffres sont arrondis.
Un apprenti libraire qui rigole.
Commentaires
Il est certain que l'écrit et le texte prend une importance énorme avec Internet et à ce titre, on voit de plus en plus de contenu (livres, articles, textes en tout genre). L'auto-édition en est un exemple.
Maintenant on ne peut pas nier que le support de ces textes sous forme de livre risque de beaucoup évoluer avec l'arrivée des tablettes et des supports numériques. Les jeunes prennent quand même l'habitude des écrans et il me semble logique qu'une partie de la production imprimée soit "cannibalisée" par les supports numériques. Le parallèle avec le disque ne parait pas totalement infondé...
Cher "livre de cuisine",
La correspondance de ces chiffres était pour souligner le paradoxe d'un développement du nombre de livres déposés et celui d'internet. Je n'en tire aucune conclusion, mais retiens cependant que les Cassandre du livre ne peuvent invoquer un dépérissement de ce côté.
Je me méfie du parallèle - évident !? - entre le livre et le disque. Le livre est un support de l'écrit, le disque enregistre des motifs musicaux. Le livre a, sous des formes diverses, des dizaines de siècles de patine, le disque est apparu il y a quelques décennies. La musique peut vivre sans support enregistré, l'écriture non... En fait, il n'y a aucun rapport sauf dans celui de la concurrence de grands groupes dits culturels et des stratégies qu'ils adoptent : là, elles se ressemblent étrangement.
Les tablettes de lecture... en effet, je les ai vues arriver vers le milieu des années 90, certains se jeter dessus, elles doivent aujourd'hui se recycler durablement dans quelques fosses marines. De nouvelles arrivent et connaîtront la même rapidité d'obsolescence... C'est la "loi du marché". Changeront-elles profondément notre manière de vivre, de lire et d'écrire ? Je n'en sais rien, mais je ne l'accompagnerai pas plus que ça. Nous avons eu, un auteur et moi, une conversation assez rapide à ce sujet, sur un blog d'éditeur, je l'ai rapportée ici : http://billets.domec.net/post/2009/...
Ce qu'Internet révèle c'est cette soif d'écriture, elle ne l'a pas attendu, mais elle est immédiatement visible pour tout promeneur blogosphérique. Un de mes amis disait, en 1995, que la demande ne sera plus du côté du lecteur, mais de celui qui écrit... Il n'avait certainement pas tort à voir le développement effréné d'officines qui vivotent de cette demande nouvelle.
Bien à vous.
Cette soif d'écrire que vous évoquez, ne semble-t-elle
rejoindre la vraie conception de ce qu'il est peut-être convenu d'appeler "l'art" ?
Celui que crée l'artiste-artisan en ajoutant, sans cesse, une nouvelle image á la vision du "réel", mais aussi pour lequel, s'exprimer, parler - et pas nécessairement communiquer, est - depuis la nuit des temps - une réelle nécessité, au même titre que le boire et manger ?
Oui s'exprimer, exprimer, transmettre une parole enfouie, est certainement ce qu'il y a de plus vital. L'écriture est vraisemblablement la voie la plus récente développée par l'humanité, elle n'aurait qu'à peine dix mille ans d'âge... mais le sait-on vraiment ? Les techniques, elles, évoluent sans pour l'instant créer véritablement de nouvelles voies (les manifestations corporelles, la mémoire, le silence, la musique, les images et formes, ..., l'écriture). Internet ne fait seulement que rendre plus visible ce qui était enfoui, en concentrant vers un terminal les flux de la multitude ; en en offrant pourtant que l'écume numérisée.
L'art ? je ne sais pas.