Si l’on en croit les chroniques normandes, le fondateur aurait été un certain Dom de la Bucaille, sur lequel une chanson a long­temps circulé dans la cité d’Évreux ; chanson qui révèle en même temps la façon dont les prélats en usaient avec les moinesses :

Vir Monachus in mense Julio
Egressus est e monasterio
C’est Dom de la Bucaille.
Egressus est sine licentia
Pour aller voir Dona Venitia
Et faire la ripaille.

Ce Dom de la Bucaille, prieur de l’abbaye de Saint-Taurin, rendait d’assez fréquentes visites à la dame de Venisse, abbesse de Saint-Sauveur.

Dans les communautés des deux sexes, on présidait à l’élection d’un abbé fou et d’une abbesse folle. Mais c’est surtout dans les monastères normands que l’on verra cet usage répandu aux fêtes des Innocents et des Conards. Odon Rigaud archevêque de Rouen, dans une visite pastorale qu’il avait faite à son diocèse, en 1245, racontait déjà en son procès-verbal que les vierges consacrées au culte, s’abandonnaient en toute gaieté à la pratique des satur­nales. « Nous vous défendons, leur écrivait-il, ces amusements dont vous avez l’habitude : ludibria consueta ; de vous revêtir d’habits profanes, ajoutait le prélat : inducendo vos vestibus secularium ; et de danser soit entre vous, soit avec des séculiers : aut intervos, seu cum secularibus choreas ducendo. »

Comme on le suppose, l’usage avait bel et bien converti en droit la célébration du fameux anniversaire, et le chapitre de toute cité provinciale autorisait dans les monastères la per­ception de certaines dîmes en nature et en argent, lorsque revenait l’époque destinée à faire subir un si violent échec à la raison.

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.