Dans le cérémonial de l’église de Saint-Pierre, au parvis de Soissons, en 1350 : « Le sous-diacre qui est sepmainier, doit donner deux esteufs blancs aux josnes dames de l’abbaye de Notre-Dame pour aler jouer à Sainct-Georges et Sainct-Nicolas, emmy le pré du cloître, et pareillement le dimanche cras. » En Provence, à Arles, dans les actes d’arrentement de la Manse capitulaire, se trouve cette piquante mention touchant le jour de Saint-Trophyme, à l’abbaye de Saint-Césaire : « L’arche­vêque fol, amé sa fole compagnié, venoun al moustiers per visita l’abadesse folle en lo couvent. » Le fermier du chapitre, devait fournir le vin à discrétion pour les soupers de l’archevêque des Innocents et des Fous. Le 29 décembre, selon l’usage du pays, à l’abbaye de Saint-Césaire, l’abbesse folle offrait à son compère six gros en argent, « une boune galine ben grasse », six pains de fleur de froment, etc., six pechié de vin, de la mesure del mous­tiers, et du bois pour faire du feu au réfectoire.

Ce qu’il y avait de plus curieux dans le branle-bas sacerdotal était interprété par les femmes. Le jour des saints Innocents, l’élection d’une abbesse folle et d’une petite abbesse, qui usur­paient la crosse et la place de l’abbesse légitime, amenaient les plus piquantes perturbations. Les religieuses remplaçaient les chantres au lutrin, portant sur le nez des lunettes dont les verres étaient remplacés par des écorces d’oranges, vêtues d’habits gro­tesques, encensant l’autel avec de vieux cuirs enflammés, jouant aux dés, et mangeant des boudins dans l’église. Une citation de l’époque en offre la preuve : Nimia jocositate et scurrilibus cantibus utebantur, utpote farsis, conductis, motulis, etc. – On usait d’une joyeuseté extrême, de chants bouffons on se livrait même à des farces, à des mouvements désordonnés, etc.

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.