Taille de guêpe

La guêpe vibrionne, se faufile. C’est sa taille. Elle ne peut s’encombrer de pollen pour vriller, piquer un fard orangé. Le fil tenu qui lie son thorax à l’abdomen est sa contrainte, la condition de sa liberté. La faucille remplacera la faux.

Il est des lieux communs qu’il est préférable de retourner ; celui de dire qu’un ouvrier a toujours de bons outils. L’outil modèle la main à mesure qu’il s’apprivoise. La main ne reste indemne de son prolongement (1). Sa simplicité rime souvent avec ingéniosité. Il paraît fruste, il offre pourtant des facettes à découvrir, à inventer ; subvertir sa fonction première. Une simple réglette pourra aider à tracer un trait, mesurer, plier, ajuster, dresser une droite, tordre une courbe, impressionner, cingler... Une gaucherie dans son utilisation ouvre des perspectives, elle est féconde. Plus sophistiqué, bourré de technologie, l’outil échappe à celui qui le manipule, il ne laisse peu de prise ; son électronique complexe, intégrée, miniaturisée le spécialise, l’enferme dans une tâche précise. S’il la remplit mal ? Son obsolescence programmée est précipitée.

Pour l’équipement de ma guêpe, mes premières erreurs furent dans le choix des outils sophistiqués, ceux qui ne peuvent être dégauchis – juste désossés et recyclés. Tant pis, un apprenti apprend, c’est sa condition et sa fierté.

(1) Les mains sont précieuses. Elles me rappellent une anecdote. Le certificat d’aptitude professionnelle se terminait par un entretien rapide avec des patrons, des menuisiers, d’anciens ouvriers. Jauger le candidat. Je me souviens de cette main qui serra la mienne tout le temps de l’entretien, avec cette ponctuation : « êtes-vous sûr de vouloir exercer ce métier ? » et un sourire aux lèvres. Quand nos mains se desserrèrent, il me resta un temps les stigmates de cette poignée : celles qu’un moignon prolongé de deux doigts pouvait imprimer.

(Photo de Richard Bartz, Munich aka Makro Freak, licence creative common.)