mani vieille

Ce temps d’apprentissage je l’avais effleuré, une manivelle d’une main, un stencil à encrer de l’autre. L’article reproduit restait indéfini, mais vite colporté. Foin d’édition, de propriété intellectuelle, de marque déposée, de colifichets code-barrés ; nous avions à lire, à écrire, à dire, nous le faisions en laissant pour toute trace l’empreinte d’une encre mal séchée. Il arrivait parfois qu’une revue transforme cette feuille en feuillets, plus rarement qu’ils soient reliés, le jeu lors était de remplacer la signature absente par l’invention de patronymes usurpés. Ainsi habillée, il m’arrive parfois d’en retrouver une et ne plus la reconnaître tout à fait.

Un temps de silence, d’écoute et de lecture aussi.

Surgit le sel. Vous savez, celui que l’on met à toutes les sauces : le réseau. Oh ! Il existait depuis longtemps, mais il trouvait soudain un support matériel intégré : un assemblage de puces et de tuyaux à la prolifération exponentielle. Tenez, prenez ce texte, oui, celui que vous lisez à l’instant, sauriez-vous à grands traits décrire toutes les opérations matérielles qui permettent à ses caractères de se former, de s’agréger en mots, d’être parcourus ? Parler des ateliers spécialisés où le silicone est gravé, des antennes érigées dans les déserts, des satellites propulsés par des fusées – déchets atmosphériques –, des cargos flottants ou volants charriant le plasma conteneurisé sur des quais suintants le camionneur esseulé, de ces longs boudins à l’alliage sophistiqué qui disputent aux calmars géants le goût de s’étendre en fosse océane, des générateurs de la fée, enfants de barrages et d’uranium engraissé... et ce joli rideau, clou du spectacle, qui nomme virtuel les rencontres que cette quincaillerie martèle.

(photo Benoît Derrier, 2007, licence creative common)

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