Dans les couvents d’hommes, l’abbé des sots, abbas stultorum, entamait des relations toutes nocturnes avec les petites abbesses. Quoi de plus rationnel, puisque la liturgie allait quelquefois jusqu’à admettre un simulacre d’épousailles entre un évêque et une supérieure de nonnes, en quelques-unes des cérémonies catholiques, comme lorsqu’il s’agissait de l’installation d’un prélat en son diocèse. Ainsi, en pareille circonstance, les évêques de florence et de Pistoie, comme le raconte Salvi, et ceux de Troyes, couchaient dans le couvent sur un lit très-orné, pas­saient un anneau au doigt de l’abbesse : Il vescovo. sposava madonna, o vogliam dire badessa, alla quale restava l’annello che era molto ricco e bello. – L’évêque épousait Madame, c’est-à-dire l’Abbesse, à laquelle restait l’anneau, qui était fort riche et très-beau.

Au contraire, à l’entrée solennelle de l’archevêque de Rouen, l’abbesse et les religieuses de l’abbaye de Saint-Amand rece­vaient monseigneur dans une salle de charpente dressée devant le monas­tère. En cet endroit, la supérieure, revêtue de ses insignes, mettait au doigt du prélat un anneau enrichi d’une pierre précieuse avec cette parole : « Je vous le donne vivant, on me le rendra après votre mort. »

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.