De tout temps, comme on le voit, l’Église a ressenti une attraction haute et puissante pour la femme. Elle l’a chantée par la bouche des poëtes bibliques ; elle a tissé des draps de lin pour recevoir la nudité de son corps d’ivoire.

Aujourd’hui, les religieuses sont plus que jamais les descen­dantes de sainte Gertrude et de sainte Thérèse. Comme Psyché, fiancée à un époux invisible, elles ne doivent l’entendre que dans le silence des nuits cellulaires. Est-ce le bord de sa robe qu’elles croient presser en joignant si fiévreusement les mains ? Sont-ce les parfums de sa chevelure rousse dont elles se figurent respirer les émana­tions ? Distinguent-elles le spectre sacré de Jésus debout sur les tabernacles flamboyants ? Enfin croient-elles exhaler dans le sein du beau juif, le dernier soupir d’une âme toute consumée par l’amour ?

L’Église a des paroles d’une profonde et voluptueuse expres­sion : « Mon bien-aimé est en moi, et je suis en lui. » Que peut-on dire de plus, où trouver un trait plus énergique de l’intimité admise avec Jésus ? Les saintes qu’il fascine pourraient décrire ses trans­ports, les colloques qu’il engage avec elles, où il va jusqu’à se déclarer jaloux du confesseur qui reçoit leurs aveux. Cet homme pâle, du bourg de Nazareth, dont l’image est offerte nue aux baisers des vierges, a sur elles encore une énergie d’étreinte qui les plonge dans une mer de félicités ardentes, les laissant sous l’action d’un perpétuel mouvement d’amour. À l’approche du Maître divin, à son contact, les religieuses sentent « une incredible » et intolérable volupté qui « lasche les liens de la vie ». Jésus est encore pour elles leur démon, leur génie familier. Toutes, elles ont ressenti sur leur corps « ces douces flammes, ces délicieuses plaies de l’amour, cette mignarde main de Dieu ».

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.