L’élection d’un abbé des Conards était faite tous les ans par les associés de Conardie ; sa juridiction durait une année entière, et la fête avait lieu le jour de saint Barnabé, patron de la confrérie, ainsi que le jour des Rogations. Les religieuses et les moines aimaient mieux célébrer les fêtes des saints de cette façon, que de se proster­ner devant leurs fossiles. L’abbé parcourait ses États monté sur un âne. Dans l’introduction de cet animal à la fête des Fous, il y avait sans doute une réminiscence de l’âne de Silène. On trouve aussi certains rapports avec l’Asinus vehens mysteria, dont il est question dans Aristophane. Le chef du cortége, coiffé du coqueluchon vert à houppe ou à longues oreilles, portait la marotte ou momon, insigne de son autorité, et qui prenait quelquefois la forme d’un priape. Il était suivi de sa cour grotesque, aux vêtements faits d’oripeaux bariolés, de devises ou d’images d’une licence provocante.

Dans les mascarades des jours gras et qui relevaient toujours de la société conardique, s’étalaient les habits dissimulés ou dissolus. Revêtus du masque qui offrait des attributs du sexe masculin, ces porteurs de déguisements pouvaient, sans être reconnus, sous les yeux des maris mêmes, posséder leurs femmes. De plus, quelques parties du corps, celles qui sont faites pour être cachées, étaient mises à découvert par ces vêtements.

L’on peut concevoir qu’une fois entrée dans les communautés, la troupe conardante n’avait plus de frein ; quelque chose de semblable à l’incident qui couronnait les repas des Carpo­cratiens devait s’accomplir. À un signal donné, les invités des deux sexes se dépouillaient de leur fol accoutrement et dans un tout autre but, on le devine, que celui de se meurtrir la chair comme dans les pénitences nocturnes de Fontevrault.

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.