Le vert dominait dans le costume primitif adopté par les Conards. Emblème de la folie, sa couleur se trouvait semblable à celle que revêt la nature à la venue du printemps. Il y avait, en effet, une piquante affinité entre la future saison où allaient poindre les feuilles, qui n’était pas sans aiguillonner la fibre sensuelle des hommes, et l’époque du carnaval où l’on entrait, qui lâchait bride à tous les instincts et convoitises.

« Certainement la plus commune voix est qu’il n’y a que le prin­temps qui esveille les corps et les esprits endormis de l’hyver fascheux et mélancolique ; et puisque tous les oiseaux et ani­maux s’en rejoüissent et entrent tous en amour, les personnes qui ont autres sens et sentiment s’en ressentent bien davan­tage. » Cette livrée printanesque fut par conséquent syno­nyme de toutes les fêtes de Conardie.

Lorsque la saison du vert approchait, entre l’espace de temps compris depuis la dernière semaine de janvier « jusqu’au mardy gras suyvant, pénultième jour de fevrier » rien ne pouvait contenir l’impatience des Conards ; les mandataires de l’abbé parcouraient les rues de Rouen en soufflant dans leurs trompes ou cornets.

Les nonnains attendaient la fringante invasion, revêtues de vête­ments masculins, ce qui se trouvait être le plus haut degré de licence, comme le prouve l’un des griefs d’accusation formulés contre Jeanne d’Arc pour avoir porté des habits d’homme. – On peut dire qu’il était tacitement convenu, dans ces réunions : « que là ne seraient reçües, sinon les belles, bien formez et bien naturez, et les beaux bien formez et bien naturez. »

Marc de Montifaud, 1874.

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in Les Conards de Rouen, 2009.