(en un temps où certains parlent – tels des « anthropomètres » – d'une illusoire identité, je recopie ce billet)

Dans un article intitulé : Le Président veut-il la peau de Mme de La Fayette ?, j’apprends que l’auteur du distingué "Casse-toi, alors, pauvre con..." s’en reprend finement pour la troisième fois à La Princesse de Clèves.

J’aimerais, ci-dessous, mettre en vis-à-vis deux échanges célèbres. Où la civilisation des mœurs s’exprime-t-elle ?

Echange n° 1 :

Contexte : le Président, gaillardement, met la main à un inconnu à moitié tourné (coincé dans la foule) :

L’Inconnu : Ah non, touche moi pas.
Le Président : Casse-toi, alors...
L’Inconnu : Tu me salis.
Le Président : Casse-toi, alors, pauvre con...

Echange n° 2 :

Est-il possible, lui disait-il, que je puisse n’être pas heureux en vous épousant ? Cependant il est vrai que je ne le suis pas. Vous n’avez pour moi qu’une sorte de bonté qui ne peut me satisfaire ; vous n’avez ni impatience, ni inquiétude, ni chagrin ; vous n’êtes pas plus touchée de ma passion que vous le seriez d’un attachement qui ne serait fondé que sur les avantages de votre fortune, et non pas sur les charmes de votre personne.

Il y a de l’injustice à vous plaindre, lui répondit-elle ; je ne sais ce que vous pouvez souhaiter au-delà de ce que je fais, et il me semble que la bienséance ne permet pas que j’en fasse davantage.

Il est vrai, lui répliqua-t-il, que vous me donnez de certaines apparences dont je serais content, s’il y avait quelque chose au-delà; mais au lieu que la bienséance vous retienne, c’est elle seule qui vous fait faire ce que vous faites. Je ne touche ni votre inclination ni votre cœur, et ma présence ne vous donne ni de plaisir ni de trouble.

Vous ne sauriez douter, reprit-elle, que je n’aie de la joie de vous voir, et je rougis si souvent en vous voyant, que vous ne sauriez douter aussi que votre vue ne me donne du trouble.

Je ne me trompe pas à votre rougeur, répondit-il ; c’est un sentiment de modestie, et non pas un mouvement de votre cœur, et je n’en tire que l’avantage que j’en dois tirer.

Pour la fine bouche, je ne résiste pas à recopier l’avertissement du libraire (Claude Barbin) au lecteur :

« Quelque approbation qu’ait eu cette Histoire dans les lectures qu’on en a faites, l’Auteur n’a pû se resoudre à se déclarer, il a craint que son nom ne diminuât le succès de son Livre. Il sait par expérience, que l’on condamne quelquefois les Ouvrages sur la médiocre opinion qu’on a de l’Auteur, et il sait aussi que la réputation de l’Auteur donne souvent du prix aux Ouvrages. Il demeure donc dans l’obscurité où il est, pour laisser les jugements plus libres et plus équitables, et il se montrera néanmoins si cette Histoire est aussi agréable au Public que je l’espère. »

La Princesse de Clèves, Marie-Madeleine de La Fayette, 1678.

CD, 2007.