Ceste lecture fut de grand esbahissement au menu peuple, consideré que l’on n’avoit encores jamais expedié rien en latin, en la court de l’abbé, et en sourdit grand murmure ; mais cela se passa devant que le sieur abbé et son conseil eussent souppé à l’Agnus Dei, ou illec fut deliberé, envoyer aucun du gras conseil, avec quelque lettre de credit, par devers les sieurs du senat, pour deliberer de quelques doubtes. Ce qui fut fait par l’un d’entre eux, de laquelle lettre et requeste la teneur suit.

Dix jours après la publication de ladite bulle, le cardinal predit fut, par un quidam ignorant de son pouvoir, reprins d’avoir prins d’une moulture deux sacs ; mais il perdit sa cause du premier coup.

Copie de la lettre ou epistre

Presentée à nos sieurs de la court de Parlement.

Subscription.

Le gras conseil des Conards et l’abbé
De vous, nossieurs, pretendent le jubé.
En revoluant ces hauts jours les escrits
Des anciens, ô nos peres conscripts !
Nous avons leu de Socrates un fait
Dont desirons vous célébrer l’effet.

Socrates, plein d’incredible science,
Faisant lecture à tous de sapience,
Un beau miroër tenait en son estude
Où tout disciple, avec mansuetude
Instruit de luy, par foy estoit tenu
Soy speculer, ou vestu, ou tout nud,
Afin de veoir si en son corps nature
Avoit failly ou fourny d’ornature,
Ou speculer selon geometrie
Du corps la forme et bonne cymetrie.

Quand l’un voyoit en sont corps elegance,
Lors il l’aornoit de vertu et prestance,
Et s’excitoit de grace le munir,
Afin que l’ame avec le corps unir,
Si qu’on ne vist noircir la pulchritude
Du corps par l’ame en vice ou turpitude.

Si à un autre il estoit manifeste
Par le miroër aucun membre infeste,
Ou bien difforme, ou du tout inutile,
Le bon Socrate, avec raison subtile,
Le concitoit à estre studieux,
Prudent, facond, bening, industrieux,
Sobre, constant, diligent, equitable,
Humain en faits et en dits véritable ;
Ce qu’il faisoit afin de reparer
Ce que nature avoit nie parer.

Jurisconsuls, ce miroër socratique,
L’abbé, ces jours, le veut mettre en pratique ;
Mais, cognoissant de vous l’integrité,
Clemence et foy, force et sincerité,
Avons voulu tresbien considérer
Que nous devions tels cas déliberer
Avecques vous. Pour quoy, donnez conseil,
Comme pour vous ferions en cas pareil.

Outre, donnez licence ces hauts jours
De triompher en phiffres et tabours,
Et confermez l’ancienne coustume,
Afin qu’aucun insolent ne presume
Troubler Conards, car, nossieurs, maint novice
Craint d’acquerir de rigueur la justice ;
Vous permettez, jouxte aussi nos requestes,
Jouer nos jeux comme bons et honnestes.

Escrit ce jour en l’estude nathée,
Presens Mimi et dame Galathée.

Ainsi signé, nossieurs, je vous promets :
Helas ! bon temps, reviendras-tu jamais ?

Et au dessoubs estoit escrit :
Nul feal n’ay hay, qui est le nom tourné du facteur.

Et au plus bas ce qui ensuit :
Au procureur general du Roy soit monstré la presente.
Fait en Parlement, le viij. jour de fevrier m. v. c. xl.

précédent - suivant

in Les Conards de Rouen, 2009.