Ce qui fut fait par les commissaires à ce deputez, par l’abbé et son conseil, et leur fut renduë par ledit procureur general du roy, ainsi soubscripte :

Ouy le procureur general du Roy, sont les supplians permis faire et jouer en la maniere accoustumée ; pourveu qu’ils ne com­mettent aucun excés, force ou exaction, et qu’ils n’aillent en masque de nuict, et ce pour le dimenche, lundy et mardy gras seulement. Fait en Parlement, le x. jour de fevrier mil cinq cens xl.

Ladite responce, apportée au conseil du sieur abbé, ne leur fut grandement aggreable pour la denegation de la masque de nuict, ce qui est plus occasion de provocquer maint jeune Conard, à comparer en bon esquipage, à la monstre du sieur abbé, qu’autre liberté que l’on aye. Pourquoy fut deliberé ne faire aucune chose pour l’année en la ville de Rouen, mais à Fescamp ou Saint-Gervais. Telle conclusion venuë à la cognois­sance de Jacques Syreulde, bon Conard et jadis bel huissier en ladite court, comme vray protecteur des risées communes, presenta à ladite court le dizain qui ensuit :

A Nossieurs de la court de Rouen,
Honneur, et mieux, le bon jour et bon an.
Requiert l’abbé, son conseil et suppots,
Que confermez l’ordonnance derniere,
Ou autrement ils vont mettre en des pots,
Au plus offrant, crosse, mitre et banniere.
Parquoy, nossieurs, la monstre tant planiere
Ne permettez abolir et casser ;
Mais jours et nuicts les veuillez dispenser
Masques porter d’invention nouvelle.
En ce faisant vous le verrez passer
Sur beaux charrois en memoire immortelle.

Signé : Le Gras Conseil.

Au dessoubs dudit dizain estoit la responce de ladite court, comme ensuit :

Permis vous est, souffert et toleré,
Gros pere abbé, vos barons et marquis,
Aller masqué, triomphant, phaleré,
Les jours et nuicts en triomphes exquis ;
Phiffres, tabours, charrois, flambars requis,
Ne soyent en riens par aucuns empeschez ;
Sans faire mal qu’après n’en soit enquis,
En gloire et paix vos actes depeschez.
Fait par la Court en tranquille sejour,
L’an mil cinq cens quarante ce matin,
Mois de febvrier vingt et unieme jour,
En vers françois retirez du latin.

Ceste responce de ladite court fut recueillie par ledit Conard et apportée au greffe de l’abbé, lequel fist assembler le conseil, et tous d’un accord delibererent la monstre. Et pour plustot es­mouvoir novices du couvent, fut publié par les carrefours de la ville de Rouen, à son de tabours, et trompe, et phiffres, lesdites requestes subscriptes, en la compagnie de quarante trois ou quarante quatre chevaux seulement et autant de falots. Sem­blablement fut leu par ledit lecteur de l’abbaye, une semonce ou convocation generalle, pour faire l’assemblée au dimenche gras accoustumé, de laquelle convocation ou semonce la teneur ensuit :

Convocation conarde.

Sortez Conards, sortez des cachez lieux,
Pour plus qu’antan faire de bien en mieux :
Laissez banquets, manger, boire et repos,
Pour plus qu’antan vous monstrer bons suppots,
Et affectez l’honneur de Conardie
Pour relever le bruit de Normendie.

Dimenche gras venez baguez, pasquez, flasquez,
Avec l’abbé, brouillez, cachez, masquez,
Soyez féaux, mettez-vous en devoir,
N’ignorez point de l’abbé le pouvoir :
Car la grand Court nous authorise en tout,
Masques porter jour et nuict jusque au bout ;
Le roy le veut, l’entend et le permet,
Plus nostre abbé, plus que jamais promet,
Et à la fin de mieux vous asseurer :
Faites paix-là et oyez referer
L’octroy de Court permis du roy aussi,
Pour vous oster de crainte et de soucy.

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in Les Conards de Rouen, 2009.