Le xxiiij. jour dudit mois, ledit sieur abbé assembla, par maniere de concile, tous ou la plus grande partie des sieurs de sa monarchie, tant la spiritualité que temporalité, tant ses officiers domestiques que sauvages. Lesquels assemblez en lieu public et commun, tous assis selon leurs iniquitez, demanderent la cause de leur mande­ment, ausquels, par le chancelier de l’abbaye, fut sommairement, par le commandement de l’abbé, respondu que leur bon abbé, pour le renom qu’il avoit, ne pouvoit satisfaire à l’entretenement de l’estat de sa personne, et fournir aux grosses et lourdes despenses qui se font és hauts jours. Mesmes et consideré les derniers, qu’il luy couste à deffrayer plusieurs seigneuries, communautez, colonies et autres princes parti­culiers, ausquels pour les pacifier et tenir en amitié et aliance pour paye, par pensions et apointemens, plus de six ou sept mil florins au monde, par chacun an ou au dessouz, ce qui est cause que depuis trois ou quatre ans en çà n’a esté memoire d’aucune rebellion, esmotion ou sedition populaire. Remonstrant aussi qu’à ces despens communs, les survenans en ces chapitres estoyent tous quittes pour dire proficiat, et s’en alloyent barbe rase au pied ferrat. Pourquoy demandoit à toutes ces choses leur opinion et advis.

Ce propos fini, s’approcherent tous l’un de l’autre et esleurent pour recueillir leur advis, le sieur Guillot Langevin, lequel fist retirer les robbes longues à part, et eux avec luy barbeterent assez longue­ment ensemble ; mais je ne sçay qu’ils disoyent. Autant en fist ledit sieur Guillot avec les robbes courtes, et puis fist son refert au chancelier.

Ainsi, seigneur, dit-il, nous tous avons approuvé grandement la prudence et providence du sieur abbé, afin qu’il oste toute crainte d’avoir faute d’argent, nous et nos biens sont à luy, pour subvenir à la chose publique, à la condition qu’il ne pourra the­sauriser plus de vingt sols ensemble. Au reste, pourra, pour l’en­tretenement de son tinel, lever quelquefois aucunes amendes sur les delinquans à l’ordonnance conarde dernierement faite, afin de ne pretendre ignorance ; c’est mon advis qu’ils soyent publiez ce jourd’huy. Ledit sieur abbé et son chancelier se contenterent de ceste response, avec ce que le chancelier re­monstra au sieur abbé qu’il ne demonstrast aucun signe d’avarice car, dit-il, cela est odieux aux Conards, principalement depuis que les abbez commencent à vieillir.

Ainsi fut ordonné la publication de l’ordonnance, laquelle fut faite en grande et notable compagnie ce jour mesme.

précédent - suivant

in Les Conards de Rouen, 2009.