Cy Ensuivent les ordonnances Conardes publiez à Rouen, le xxij. jour de février 1541 :

Guillaume, abbé des Conards par milliers,
A nos amez et feaux conseillers
Tenans les gens de Paris et Bordeaux,
A nos huissiers, nos sergens et bedeaux,
Baillifs, Prevots de la machine ronde,
Et mesme à tous les Conards de ce monde,
Saluts, ducats de Castille à deux testes,
Et rides force aux grosses vieilles bestes.

Sçavoir faisons qu’avec le gras conseil,
Avons ces jours, fait edit nompareil
Pour abolir la longueur des procés,
Toutes erreurs, abbus, faveurs, excés,
Et tous tels cas, afin de nos suppots
Tenir en paix amitié et repos,
Et statué par loy et ordonnance
A l’observer sans aucune ignorance ;
Comme coustume en ce païs on garde,
Faites garder l’ordonnance Conarde.

Pour le domaine foureux de l’abbé.

Pour nostre foureux domaine,
Le porc, truye et le ver
Pourront la foure lever
Jusques au pont Taritaine.

Sur le fait de nos aides.

C’est qu’au lieu de rebiots
Aux maistres passez de boire,
Deussent-ils avoir la foire,
Seront réputez piots.

Aux meusniers.

Nous accordons aux meusniers
Prendre la quarte pour mine,
Mais ils feront bonne mine
Quant ils payeront nos deniers.

Aux tailleurs et cousturiers.

Pour une loy coustumiere,
Nous voulons que cousturiers,
S’ils ne sont fins ouvriers
Ne pourront faire banniere.

Aux bons pions et taverniers.

Et pour se monstrer bon divin,
De jour l’eglise, au soir taverne
Faut hanter : mais qu’on s’y gouverne
Sans troubler service du vin.

Aux staphiers inhumains.

Staphiers, pour eviter la rithme,
Coucheront nos sots tost et tard
Sans en exiger un patard,
Sur peine d’en payer decime.

Aux calumnieux.

Contre les calumnieux
Soutenans faits de reproche,
Seront fessez de la croche
Et declarez vicieux.

Aux symoniaques.

Nous ordonnons que tout prestre,
S’il veut troquer benefice,
Sera saisi d’une office
Dont nous tiendrons le sequestre.

Aux glorieux de leur noblesse.

Menestriers, barbiers et lacquets
Jouiront de leur noble gloire,
Pource qu’il n’est point de memoire
Qu’ils l’ayent par nouveaux acquests.

Dispense aux conards mariez.

Conard ayant femme en gesine
Cependant pourra se pourvoir,
S’il a besoing faisant devoir,
Avec sa servante ou voisine.

Aux gros chrestiens.

Ordonnons à tous les nostres,
Appellans du droit escript,
Eux fier en Jesuchrist,
Un petit plus qu’aux Apostres.

De ne faire grande despense pour estre maistre passé.

Pour estre maistre Massé,
Ut omnes reficiat,
L’on fera proficiat
Sur peine d’estre cassé. Et pour mieux toucher au but,
L’œuvre ne sera dit bon
S’on n’abbreuve le jambon :
II ne fut onc qu’on ne beut.

Aux enfants prodigues.

A l’enfant qu’on a mancipé
Voulons que de rien face bien,
Mais que de bien face rien,
Cela luy est anticipé.

Rapporter au greffe les courtiers nouveaux des cartiers veneriens.

Nos mortepayes et courtiers
Du Lyon, Gredil et Rouvray,
Feront aux hauts jours rapport vray
De ceux qui hantent leurs cartiers.

Semblable rapport se fera des cas conards.

A un chacun nostre cousin
Mandons rapporter en chapitre
Tous cas, pour en faire registre,
Tant soit-il parent ou voysin.

Salaire des sergens.

Sergens auront pour marc la livre,
Et d’enfondreurs s’il en est source,
Auront le pillage et labourse,
Autrement ils ne sçauroyent vivre.

De ne bailler remissions.

Nostre chancelier inutille
Ne donnera remissions,
Sinon par nos permissions
Ou pour la liberté civille.

De franchise et lieu d’immunité.

Franchise et lieu d’immunité
N’auront lieu pour faits de reproche,
Sinon en accollant la crosse
Avec grâce et humanité.

Nettoyer les rues le dimenche gras.

Ordonnons que chacun se monstre
Diligent nettoyer les rües,
Sur peine d’amendes congruës,
Au jour prochain de nostre monstre.

Au procureur general de Conardie.

Nostre procureur, general
Es substitut, pour leur salaire,
Prendront argent pour satisfaire
A leur habit trop liberal.

Aux porte-masques autres que ceux qui nous accompagnent au jour de nostre monstre.

Aucuns follets et frais ponnus
N’auront liberté de porter
Masque, sur peine d’atempter,
Si avec nous ne sont venus.

A tout nostre gras conseil.

En lieu de mercurialles,
Nos consuls seront tenus
Traitter des faits de Venus
Aux festes abbatiales.

Ordonnance sur les gros fruits.

Tous marchands de gros et cruds fruits,
Comme de noix, courges, melons,
En la saison des jours treslongs
D’y mettre prix seront instruits.

La Cognoissance du prix du vin retenue.

Aucuns rapporteurs mal appris,
Dont le commun fort nous, laidenge,
Ont eux taxe sur la vendange,
Mais nous en revoquons, le prix.

Pour les brouillons de boissons.

Tous sophistiqueurs de boissons,
De quelques droits qu’ils soyent munis,
Comme ennemis seront punis
Ou comme donneurs de poisons.

Si enjoignons (Conards) et ordonnons,
A tous nos feaux supposts et compagnons,
Ceste ordonnance au long executer
Sans autrement encontre disputer.

Outre voulons, sur peine d’avoir l’ire,
De nous, l’abbé, partout les faire lire
Et publier, afin de poinct en poinct
Les observer. Mais quoy, ny faillez point,
Selon qu’ils sont en leur forme et teneur,
Si autrement il vous viendra malheur.

Donné ce jour en la maison publique,
Par nous et eux, le tout envoye oblique,
L’an mil cinq cens quarante, de fevrier
Vingt et deuxieme, ainsi signé : l’ouvrier.

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in Les Conards de Rouen, 2009.