Ces ordonnances, publiées au veu et sceu de tous Conards, donnerent quelque terreur au commencement aux facilles à effriter ; mais petit à petit s’asseurerent par accomplir et garder les articles de l’ordonnance ; bien leur en print, car l’on ne leur promettoit pas mefles blecques, dont l’abbé s’est trouvé bien trompé toutes fois, car il pensoit avoir force grosses amendes et autant pour le brodeur.

Le samedy xxvj. jour dudit mois, veille du dimenche gras, qui est le grand, gros, gras, haut et magnifique jour de nostre dit sieur abbé, fust par luy envoyé le sergent à masse, accompagné de huit vingts neuf gens à cheval masquez, à compter les porte­falots, tabours et phiffres, faire une criée par la ville, telle qui ensuyt :

De par l’Abbé tenant ce jour chapitre
Et les suppots de la Crosse et du Mittre,
Consideré de nos suppots le nombre
Qui se dispose et prépare soubs umbre
De la licence octroyée et donnée
De par la Cour, et par nous ordonnée,

Voulans ces jours par vray et Conard zele,
Tant au gentil dame que damoiselle
Donner plaisir, est dit que le grand jour
Commencera pour triompher autour
Demain midi ou plus tost, non plus tard.
Outre, l’abbé nostre prince Conard,
Veut et vous prie estre prests à dix heures,
Si vous n’avez opinions meilleures.

Que vos falots, phiffres, tabours et trompes
Soyent esquippez en triomphes et pompes,
Si que chacun nous face obstention
Des cas Conards, en l’obstentation
Du pere abbé, pour en forme estre mis
Et declarez obstant aucuns amis.

Fait au conseil logé au bois Saint-George,
Present l’abbé, lequel trempait sa gorge,

Ainsi signé : Regnaud tirelardon
La tantirely mirely guodon.

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in Les Conards de Rouen, 2009.