Aprés ce personnage suivoit une grande bande, laquelle portoit marchandise ensepulturer en pompe funebre, ainsi qu’il ensuit :

Le Pompe funebre de marchandise morte.

Premierement, marchoit un personnage à cheval, revestu de drap noir en forme de deuil, sondit vestement couvert de grandes larmes d’argent, un chapperon blanc en sa teste, couvert de grandes larmes vertes en façon de dueil, son coursier couvert d’une attrapeure de drap noir, en forme de deuil semé de larmes d’argent, et portoit une enseigne attachée à une lance ou estoit figuré d’un costé force vaisselle d’or et d’argent. De l’autre costé estoyent ces mots escrits : Alchofribas le disoit bien. Ce personnage étoit conducteur dudit pompe funebre de marchandise.

Après ce personnage et porte enseigne, marchoit à pied un homme boiteux nommé Diligence, vestu comme dessus, ayant en sa main une cloche, laquelle il sonnoit continuellement.

Aprés ce boiteux marchoyent les serviteurs, domestiques de la maison de marchandise, ayans chacun un gros clarain ou clochette, dont ils sonnoyent continuellement, ayans chacun escrit derriere leurs dos : Pauvre commun.

Trente-six jeunes enfans orphelins, revestus et accoustrez de semblable parure, marchoyent deux à deux, portans chacun un cierge de quatre livres piece, et derrière eux un personnage, monté sur une mulle houssée et enharnachée en dueil, lequel personnage portait un gros cierge de dix livres. Au cierge estoit attaché, au lieu des armoiries accoustumez de pendre aux cierges de funebres, un escompartiment ou estoit escrit sur un champ d’or en lettre d’argent, la Republique.

Marchoit aprés une litiere de noir, semée de larmes blanches, couverte, en laquelle estoit escrit, tant devant que derriere : Marchandise. Ceste littiere, portée par deux gros chevaux couverts d’attrapeures noires semées de larmes blanches, sur les­quels estoyent montez deux pages accoustrez comme dessus ; l’un avoit une banniere ou estoit escrit : Avarice, l’autre une autre banniere ou estoit escrit : Malheur.

A l’environ de ladite lictiere marchoyent les maistres d’hostel, jusques au nombre de six, montez sur gros coursiers couverts de semblables attrapeures. Les maistres d’hostel, vestus comme dessus, et portoyent chacun une banniere.

En la premiere enseigne estoyent figurez un noble et deux ss qui faisoyent noblesse ;

En la seconde estoit l’Eglise, et y avoit une eglise painte ren­versée ;

En la tierce banniere estoit paint : Labeur, tenant un fleau et une charruë auprés de luy ;

En la quarte banniere y avoit force argent espandu et de la vaisselle d’argent ;

En la cinquieme estoit paint un homme ayant force bources à ses pieds, lequel s’appeloit : Credit ;

En la sixieme estoit paint : Trafique, et y estoyent deux hommes melancholiques.

Les pensionnaires de la maison de Marchandise marchoyent aprés, vestus tous en babelou, ayant tous chacun. leur nom escrit sur l’espaule, et marchoyent deux à deux ; ainsi, Perte et Peine alloient ensemble, et les suivoyent Soucy, Hazard, Hardiesse, Dissimulation, Crainte, Ennuy, Melancholie, Faux Semblant, Invention, Infidelité, Abjection, Anxieté, Desespoir, Rapine, Ruïne, Peril, Entreprinze, Deffiance, Asseurance et Tromperie, faisoit le derriere, ainsi qu’un doyen à la procession.

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in Les Conards de Rouen, 2009.