Aprés eux venoit une autre bande, conduite par vingt fallots flambans, quatre tabours et un phiffre fort bien en ordre, avec le porte-enseigne bien monté et accoustré, en laquelle enseigne estoit escrit d’un costé : Et lux tenebris lucet, et eam non comprehenderunt.

Et de l’autre costé estoit un personnage ayant les yeux bandez, regardant vers le ciel. Aux deux costez d’iceluy y avoit deux mains qui luy ostoyent ladite bande de devant les yeux ; et au dessoubs estoit escrit : Clarté rendant en tenebres lumiere.

Aprés, suivoyent neuf personnages ayans longues robbes de damas blanc ; sur leur espaule un chapperon de satin violet, et bonnets ronds d’icelle couleur, portant masques anciennes et longues barbes chesnuës, montez sur mullets houssez et enharnachez riche­ment ; un chacun d’eux ayant deux lignes de rithme, qui sont cy dessoubs escrits :

Premier.

Mes yeux le droit n’ont voulu veoir,
Mais Dieu y a voulu pourvoir.

Deuxiéme.

Comme à Saül m’est renduë la veuë
Par la grand clarté qu’ay receuë.

Troisiéme.

J’estois muet, je parle bien :
Droit parler est souverain bien.

Quatriéme.

Sodomiens vicieux et infaits
Furent par feu en tenebres deffaits.

Cinquiéme.

Pour avoir vescu en tenebres,
Nous en faisons pompes funebres.

Sixiéme.

Nous avons prins mauvaise sente,
Mais nous recouvrons la decente.

Septiéme.

Le jour dedans la nuict profonde
Est veu par la machine ronde.

Huitiéme.

J’ay les tenebres tant cerché
Que mon credit en est marqué.

Neufiéme.

J’ay laissé le droit sans raison,
Mais droit m’a pugny en saison.

Autre bande venoit aprés, au nombre de vingt six hommes bien en ordre, vestus d’abits de satin vert, de grand façon et richesse, ayant affuls de testes bien faits. Sur chacun afful y avoit un mast de navire avec la hune, leurs chevaux caparensonnez de leur pareure. Un chacun d’eux avoit derriere le dos deux lignes de rhétorique qu’il n’a été possible de recouvrer. Pour leur conduite, marchoyent devant eux douze fallots flambans, cinq tabours et un phiffre, avec leur porte-enseigne accoustré avec les tabours et phiffres de leur pareure ; à laquelle enseigne estoit escrit : Les vers matez.

Marchoyent aprés, avec grande hardiesse, neuf personnages vestus de bons abits de trippe de velours rouge bendez de satin blanc ; le collet devant et derriere dudit satin de grand gayeté dessus ledit collet ; et y avoit bendes esdits neuds de broderie, faits de soye perlée noire ; un haut afful de satin blanc bendé desdits neuds. Leurs chevaux, bien bravement caparensonnez que rien plus, masquez et montez à l’advantage, avec bonne grace tant de conte­nance que d’abits, et ayant devant eux force fallots flambans, tabours et phiffres accoustrez bravement, avec le porte-enseigne monté et accoustré de semblable pareure. En laquelle enseigne ou banniere estoyent figurez d’un costé force neuds, et de l’autre costé estoit escrit deux lignes en rithme, comme il ensuit :

Bienheureux est au temps present,
Qui, de ces neuds faits, est exempt.

Et par eux estoit presenté par la ville, aux gens qu’ils cognois­soyent estre de bon esprit, deux dizains dont la teneur ensuit. Ensuit les deux dizains de ladite bande des neuds faits, et estoyent neuf personnes.

Dizain.

Vist-on jamais en tout le monde faire
Tant de neuds faits qu’au temps present sont faits ;
A l’un bien faire, à l’autre tout deffaire ;
L’un descharger, à l’autre bailler faits ;
De l’un et l’autre examiner les faits ?
Pour bien cercher s’il y a que reprendre,
Voilà, messieurs, les neuds faits pour bien prendre
Que vous voyez estre en ce temps present :
Dont je conclus, sans plus outre entreprendre,
Bien-heureux est qui en peut estre exempt.

Autre dizain.

Voyez, messieurs, si sçauriez desnoüer
Du temps present les neuds faits et à faire.
Non, car le fort si fort les fait noüer,
Qu’impossible est qu’on les puisse deffaire,
Et, qui pis est, tousjours c’est à refaire.
Pourquoy cela ? En leur convention
Y a tousjours nouvelle invention,
A celle fin que l’on tire et attrape.
Helas ! Helas ! c’est leur intention :
Pour un tirer, estraindre trop la grappe.

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in Les Conards de Rouen, 2009.