LE SUJET

de la magnifique blanque.

On ne sçauroit de fortune mieux faindre
Le grand pouvoir, ne son image paindre,
Qu’en descrivant le hazard plein de ris
Qui, de present, est joué dans Paris,
Nommé la blanque ; auquels lieux plusieurs hommes
Y ont gaigné d’or et d’argent grands sommes,
Pour petit prix qu’ils avoyent au jeu mis ;
Et sans faveur d’amis ou ennemis,
Autres y ont du leur mis grand’partie,
Et dessus eux toute perte est sortie,
N’en rapportant que courroux seullement.
Ce jeu se fait à tous egallement :
Car, d’un costé, sont les noms et devises
De ceux qui font d’argent les grosses mises.
De l’autre part sont les escriteaux blancs,
Qui, aux premiers, sont du tout ressemblants,
Parmy lesquels sont mis les benefices
Aux rencontrans gracieux et propices.
Ce sont joyaux, bagues, chaisnes doreures,
Carquans, anneaux, couppes, tasses, ceintures,
Et autres biens dont les poix et les prix
Sont dans aucuns de ces billets escrits.
Un aveugle est entre les deux vaisseaux,
A ses deux mains tirant les escriteaux
Des deux costez, desquels il fait la monstre ;
Dont il advient que, s’il y a rencontre
De la devise et benefice aussi,
C’est à celuy dont la devise ainsi
Est rencontrée et des autres le reste
Se trouve blanc, sans que rien s’y acqueste.
Je ne sçaurois pour fortune prouver,
Pource que maints par luy se trouvent riches,
Les autres nuds, et demeurez en friches.

in Les Conards de Rouen, 2009.