Non, Orwell n'est pas une rivière marocaine !
Par Christian le mardi 9 mars 2010, 11:12 - Journal - Lien permanent
Dans le courant de cette année 2010, j'avais pour projet de publier la partie marocaine du Journal d'Eric Blair. Je disposais d'une traduction d'Arthur Morneplaine, restait à en demander les droits en expliquant que mes capacités de publication tournaient autour d'une centaine d'exemplaires. Depuis Noël dernier, j'ai contacté Gavin Freeguard, administrateur du Orwell Prize, Bill Hamilton et Jennifer Custer de l'A.M.Heath & Company et Mary Kling de la Nouvelle agence. Par cette dernière, j'ai appris une bonne nouvelle : ils sont à la recherche d'un éditeur pour entreprendre la publication de ce Journal dans son entièreté en France ; une moins bonne, ils ne m'autorisent pas à publier des extraits de ce Journal même en faible quantité.
J'en fais donc mon deuil et souhaite réussite à l'éditeur qui s'attellera à cet ouvrage.
Je donne ici un avant goût de ce qu'il pourrait être en recopiant la présentation qu'en faisait Arthur Morneplaine.
Journal d’Eric Blair

sans remonter à la surface aspirer un peu d ’air frais.»
Eric Blair
(Image réalisée d'après Eric Blair au Maroc, Orwell Archive, ULC Library Services.)
Journal d'Eric Blair - Esquisse
Depuis le 9 août 2008, The Orwell Prize, publie, sous la forme d'un blog, le journal personnel d'Eric Blair. Cette publication, soixante-dix ans après sa rédaction manuscrite, au jour le jour, est soignée et documentée. Elle devrait durer quatre années. Gageure moderne où — trop souvent — tout doit couver, flamboyer et s'éteindre vite. Sur le web, de nombreuses traductions circulent déjà en diverses langues, mais, à y regarder un peu, il s'agit, le plus souvent, du résultat d'un traitement automatisé régurgitant un galimatias digne de la célèbre novlangue de 1984.
Ce m@nuscrit est l'esquisse de ce que pourrait être l'édition de ce journal en français.Il s'appuie sur une initiative de traduction participative du blog des éditions Léo Scheer : celle de Zoé Balthus, d'Aloïs Hiller et de Christian Domec*. Notre seul loisir fut de relier ces jours, en estomper les coutures. Ce faisant, nous avons gardé à l'esprit la recommandation d'Aloïs : « un traducteur est, par définition, a pain in the ass » et la volonté de poursuivre notre ouvrage, dans la pénombre, les mois à venir.
N.B. Les coquilles qui émaillent ce journal sont de notre seule responsabilité.
- Encouragée et annotée par Alain Baudemont, Charles Muller, Léo, Véra et sa ribambelle, Emmanuel, Stubborn, Aubin Teo, Alain Descarmes, Ludivine Cissé, Dahlia, Henri, Leo Nemo, Manuel Montero, nic, Virginie, Anisée, Nicolaï lo Russo, Ecaterina, Artno, Ninon, Gaël, abcdefg, Lune...
Nous réjouir
Le 19 septembre 1938, sur les papiers réalisés en prévision de son séjour au Maroc, nous pouvons lire ce signalement : Blair Eric Arthur, taille : 1 m 82, front : moyen, nez : rectiligne, bouche : moyenne, menton : rond, visage : ovale, cheveux : châtains, barbe : rasée, corpulence : moyenne, yeux : châtains, teint : clair, femme : Ellen Maud O'Shanghnessy. Nous pourrions nous en contenter si, dans le Suffolk, ne coulait une rivière, autrefois poissonneuse, vers la mer du Nord répondant au nom d'Orwell.
George Orwell, connu dans nos contrées pour être l'auteur de 1984 et de La Ferme des animaux, est, en 1938, cet homme singulier qui se dresse plume à la main contre ce « monde vers lequel nous glissons, monde de la haine, monde des slogans. Chemises de couleur uniforme, fer barbelé, matraques. Cellules où l'ampoule électrique se consume jour et nuit, policiers guettant votre sommeil. Et les défilés et les affiches montrant des visages gigantesques, et les foules, millions de gens, acclamant le Chef, s'assourdissant jusqu'à croire qu'elles le vénèrent, et tout ce temps, au fond d'elles-mêmes, le haïssant à en vomir. Tout cela va arriver. À moins que... ? Certains jours je pense que c'est impossible, d'autres, que c'est inévitable. (1) » De cette plume il ne se contente pas et s'engage dans les combats de son siècle, âge des extrêmes (2), en tentant de nouer ces fils invisibles — se mettre en situation — entre les êtres contre leur massification.
Si, certainement, il fredonna l'Internationale, il devait écorcher le passage : « du passé faisons table rase » ; tant le passé ainsi que la langue qui le véhiculait avaient pour lui de l'importance : étudier, connaître, transmettre. Qu'ils ne s'accordent jamais avec l'orthodoxie du moment était un des moyens de combattre les tentations totalitaires : « le contrôle du passé dépend surtout de la discipline de la mémoire. S'assurer que tous les documents s'accordent avec l'orthodoxie du moment n'est qu'un acte mécanique. Il est aussi nécessaire de se rappeler que les événements se sont déroulés de la manière désirée. Et s'il faut rajuster ses souvenirs ou altérer des documents, il est alors nécessaire d'oublier que l'on a agi ainsi. (3) »
Le 9 août 1938, Eric Blair, âgé de 35 ans, se remet d'une longue maladie pulmonaire qui l'emportera douze ans plus tard. Son Hommage à la Catalogne vient de paraître, le siècle vacille : « Ce fichu Hitler, c'est autre chose. Et pareil pour Staline. Ils ne sont pas comme les types d'autrefois qui crucifiaient les gens, les décapitaient et ainsi de suite, juste pour s'amuser. Ils ont en tête quelque chose de nouveau... quelque chose qui ne s'est encore jamais vu. (4) » Pour raison de santé, il va rejoindre un pays chaud, accessible : ce sera le Maroc. Au fil de la lecture de ce journal que nous découvrons sur le site internet de The Orwell Prize, apparaît un Eric Blair que nous connaissons peu, mais que nous reconnaissons bien : attentif aux êtres, curieux du vivant, pessimiste, mais sachant s'extasier de l'apparition d'un œuf, du vol de canards sauvages, d'une technique de tournage particulière. Usant d'une langue simple, répétitive parfois — ces carnets n'étaient pas destinés à être publiés —, il revient sur un propos, sur une idée colportée, sur une observation hâtive : pour les amender, en rendre la culture plus riche. En cela, nous aimons le lire et nous réjouir d'un peu d'air frais.
Arthur Morneplaine, novembre 2008.
1— Un peu d'air frais, 1939. Roman écrit pendant son séjour au
Maroc.
2— Cf. L'Âge des extrêmes, histoire courte du XXe siècle, Eric
Hobsbawm, 1994.
3— Mil neuf cent quatre-vingt-quatre, 1949.
4— Un peu d'air frais, 1939.
Esquisse II
À Virginie, silhouette fugitive
À Véra, serpentin coloré
Esquisse II
Nous retrouvons Eric Blair à Villa Simont — location paysanne non loin de
Marrakech — le 1er novembre 1938, là où son journal nous avait laissés. Au
cours de ce séjour où sa maladie pulmonaire ne cesse de le guetter, nous le
voyons attentif à créer les conditions de sa vie et porter loin son
regard : il y cultive son jardin non, tel Candide, pour se détourner du
monde, mais pour aspirer un peu d'air frais et y replonger.
Ce m@nuscrit poursuit l'esquisse de ce que pourrait être l'édition de ce
journal en français. La traduction tente de s'approcher le plus précisément du
texte original — un journal non destiné à être publié — à ne gommer ni les
lourdeurs ni les répétitions, à éviter les anachronismes langagiers.
N. B. Les coquilles qui émaillent ce journal sont de notre seule responsabilité.
Commentaires
"...ils ne m'autorisent pas à publier des extraits de ce Journal même en faible quantité".
Question : "ils" vous on-t-ils dit pourquoi ? Interdire même ce que vous avez traduit ? Je ne saisis pas bien.
PS : Il y a pas mal de temps que je voulais dire que votre clic est un sacré conardesque coquin ! Quand je pense qu'il a prétendu n'y connaître que boum-boum en anglais et en latin, je te jure que parfois... §(*o*)§
Parce qu'ils gèrent le copyright des auteurs et de leurs ayant-droits, il faudrait que je lise ce document en détail, mais j'ai un peu la flemme.
La flemme aussi j'ai, mais que cela n'empêche, car voici : peut-être que sur ma tête il faudrait se pencher vu qu'il ne faudrait pas confondre ?
Et c'est comment chez vous quand vous avez la flemme ?
PS : votre apprenti ressemble á un charmant tournesol.(sourire)
Et c'est comment chez vous quand vous avez la flemme ?
PS : votre apprenti ressemble á un charmant tournesol.(sourire)
PS : La flemme ce n'est pas du poil á gratter !
PPS : Christian, pourriez-vous avoir la gentillesse de dire á votre apprenti que pour le chiffre 4, mon écu vient de tomber. En effet, il m'a prise pour un bibliothécaire au lieu d'un particulier. Du coup, moi je l'ai pris pour un postier.
Mais que tout sera régularisé, et qu'il ne s'en fasse.
c'est bien dommage tout ça! ... mais connaissant un peu votre apprenti je suis sûre qu'il ne va pas en rester là! .. enfin quand il aura repris du poil à gratter de la bête! *_*
Nous verrons bien !
Sinon, complètement hors sujet, vous pariez "La Tour", je parie "Omega animaux mécaniques". Je me déciderai jeudi soir si je poste encore sur le blog de cette maison d'édition.
Serpentin, seriez-vous boulangère avec un écu qui ne vous coûte guère ?
De qui est le m@n Omega ?
m@n ? Je ne connais pas. Est-ce l'île où les ch@ts ont pour queue l'@bsence ?
oui je me suis peut-être un peu avancée... (suis joueuse) Parier parier??? je ne sais plus... mais ce que j'avais lu m'avait intéressé.. cela dit je peux me tromper et être déçue!
Quant à "oméga animaux mécaniques" .. bien possible:)S mais je préfère en parler ailleurs, de vive voix!!*_*
Chritian ?
"Je me déciderai jeudi soir si je poste encore sur le blog de cette maison d'édition".
???
Pour retser dans le sujet, il est amusant de constater à quel point Léo Scheer est fidèle au concept orwellien (1984) de "transformation & caviardage du passé gênant" : Dans son dernier post (#1286, Journal d'Eric Blair), il a "oublié" de mentionner Charler Muller et Nicolaï Lo Russo comme contributeurs, tel que le texte de Morneplaine le présentait dans sa version originale...
De la belle ouvrage, quoi.
Un nez fin cet Orwell, j'vous le dis !...
(Mais bon, Véra va sans doute nous assurer que "ça a dû lui échapper, ce grand distrait"... ;)
Ah oui, Nicolaï,
Je ne l'avais pas remarqué. Attendez quelques heures... Je m'occupe actuellement du four, et j'irai porter cette remarque du côté du moulin.
(c'est amusant, ce matin je me rappelais que l'invention de la guerre dû être contemporaine à celle de l'écriture - je n'en sais rien, mais personne n'en sait rien. À fréquenter les blogs dits littéraires, je m'aperçois que leur esprit décisif, celui de tirer, est bien commun : il va falloir me mettre à la polémique pour exister
littérairementlittéralement ! Oralement je sais déjà, mais c'est bien primitif)"Chacun cherche son chat"...
A chacun son animal fétiche:
entre Gastéropode, cabri et lion, je vois pourtant remuer une faune si riche qu'il serait dommage qu'elle se déchire...
Oui,
En même temps les frictions ne sont pas forcément négatives, c'est, je le crois, les camps retranchés qu'il faut éviter (ou l'esprit de meute) ; le Méditerranée n'empêche pas l'Atlantique ni cet ergot stupide et prétentieux de Gibraltar.
... d'autant qu'il me semble qu'autour, rien ne soit fortifié ..les esprits concernés à l'instar du net, offrent des horizons à perte de vue.. il y a bien longtemps que les colonnes d'hercule ne sont plus un obstacle.. En face, un certain Eric doit sourire..
j'en parlerai à Corto et à sa mère, Nina, un jour, avec Jeanne. *_*
(image empruntée sur le site : http://www.tegneserieguiden.net )
oui il est là pas loin, près de jeanne, tu l'as bien compris.. de Jumièges à Gibraltar... *_*
Je ne pense qu'il reste la forêt à Gibraltar, un Trait « maulévrié » a dû la gommer.
Oui, la forêt, d'un Trait, se cache pour mieux se retrouver...
Merci en tous cas pour Eric, il m'a permis d'aller voyager ailleurs... *_*