Hyrok lendemains ou la chair du virtuel
Par Christian le samedi 13 mars 2010, 21:56 - Anecdotes - Lien permanent
S’il est un mot qui fait florès dès que l’usage de la technique numérique d’échange de signaux est invoqué, c’est bien virtuel. Je ne sais où il est apparu – probablement dans l’univers de la communication et des médias : celui qui se plaît à subvertir le sens d’un mot (1) pour, par répétitions saccadées le transformer en marque et, si elle est fréquemment ânonnée, devient plus tangible que son objet –. Je me rappelle mieux lorsqu’il fut baptisé : vers la fin des années 1990. En 1996, alors que j'arpentais pour la première fois les fils de la toile d’araignée, je lus un article intéressant d’un dénommé … – mince, j’ai oublié le pseudonyme qu’il avait choisi, un philosophe grec, sans doute – hébergé par Mygale, adoptant la rhétorique situationniste. Il concluait son article par une formule du genre : « mais tout ceci n’est qu’un amas de pixels... » Je me suis dit : « merde, t’es bien sympathique de me prévenir que ce n’est pas un pâté d’encre de Chine. » Parce qu’enfin (hum), en quoi la matière utilisée pour marquer un signe, transmettre une émotion, donner sens à un discours ferait que celui-ci n’est pas bien réel ? Les plus comiques sont bien ceux qui à longueur de colonnes « virtuelles » cherchent à convaincre de la « virtualité » de leur propos.
Manque pourtant la chair.
Alors, oui, je sais, il y a les masques. Ceux dont on s’affuble pour signer un billet, un commentaire. Certains poussent même le jeu au point de se masquer du nom et du prénom qui figurent sur leur carte d’identité, dûment enregistrés dans le service d’une mairie s’occupant de l’état civil. Ils ne datent pas d’aujourd’hui ni d’hier : je me souviens rangeant les affaires de mon père et apercevoir la dédicace faite par ma mère, signée : « Ton bébé ». Bébé particulièrement précoce pour manier le stylo-plume, les pleins, les déliés, et utiliser une personne autre que la première lorsqu’il s’agit du possessif ! Oui, n’en déplaise aux adeptes de l’identité, une personne est ses masques ; bien la connaître est n’en négliger aucun : une vie.
Mais je ne voulais pas vraiment vous parler de ça. Je voulais brièvement
évoquer un blog et une soirée. Le blog est celui des éditions Léo Scheer. Ah ce blog ! Je ne
connais qu’une toute petite parcelle du territoire bloguesque francophone et
quelques îles de son archipel dit littéraire, mais s’il en est un qui est
vivant, surprenant, remuant, tourmentant, c’est bien celui de cette maison
d’édition.
Alors oui, cela tient au maître de sa toile, à ses éditeurs, à ses auteurs –
peut-être – mais aussi à une troupe éparse, bordélique, attachante de
commentateurs bigarrés qui pour multiples raisons y déversent leurs mots, lui
donnent une forme qui sans cesse se renouvelle.
De cette maison, il y a peu, je ne connaissais que les gnous. Des commentateurs de son blog, quelques copains – mais ce pain croustillait d’un four virtuel. Parce que subitement, par le toc de Barberine, elle décida de lancer m@nuscrit, je me suis décidé à la connaître mieux. Découvrir des auteurs qui m’étaient étrangers : Christine, Saphia ….., lire régulièrement sa revue. Et... dévorer chair de ce « virtuel » dès qu’elle pourrait se présenter. Ce fut chez Betty, la première fois : fêter Rater mieux. Et, ce jeudi 11 mars, une soirée Hyrok. Soirée pour Nicolaï Lo Russo.
Lorsque je suis monté dans ma calèche pour m’y rendre, j’ai confié à mon cocher : je suis fatigué, mais aussi un peu énervé par la manière dont Léo Scheer a envoyé bouler « Mon Iphone m’a tuer. » Il me répondit : « piano ». « Forte » ?
La chair est faible, oui je sais, rien de neuf sous saturne, mais découvrir le sourire de Cécile D., le point d’interrogation de Marie Lebrun et voir surgir Rip et Knight du trottoir d’en face, m’ont redonné sourire et pêche. Nicolaï a été parfait, il n’est pas si évident de lire devant une petite centaine de personnes – parfois distraites – des extraits de son livre. L’acteur réussit parce qu’il vibre à faire semblant, Nicolaï vibrait sans blancs (oui, facile). Il était empli de son Hyrok et ça faisait plaisir à voir. Lorsque Léo présenta m@nuscrit après avoir introduit à quelques-uns la future maîtresse du monde, je fus soudainement dissipé – petit déjà je devais l’être, vu les coups de règle que mes doigts durent subir – et, la clope aidant, je me mis à deviser avec Juan et son épreuve, Nic et ses deux, Rip, Knight et l’accord ouvert. Cécile et son sourire (*_*) n’étaient pas loin et se moquer un peu.
Séance levée, quelques bons vins nous attendaient. Le verbe se relâchait. Manuel évitait mes postillons, Ève y souriait, Barberine devenait Géraldine, Florent (2) prenait le frais, Isabelle – resplendissante – me parlait de Poe, l’amie de Nicolaï me resservit un verre – je ne pouvais qu’y céder –, Marc était prêt à relâcher ses eaux. Il manquait, oui il manquait, Béatrice, Véra, Marco, Becdanlo, Némo, Alex, Baudemont..., tant d’autres..., et Mon Iphone m’a tuer.
Ça me turlupinait, cette histoire, j’en ai parlé à Léo. Vous le connaissez, enfin non, vous ne le connaissez pas. Il m’a répondu, comme il est, avec le sourire et ses facéties.
Eh bien merde, c’est bien ça la chair.
Un regret, mon corps ne pouvant suivre, j’ai abrégé la soirée. Ma calèche me rendit à « Bleu Terre ».
(1) virtuel, pour faire court, accepte – acceptait ? – deux sens :
le potentiel, l’immatériel (voir cet article).
(2) Mince, je voulais lui parler du manuscrit d’une
amie... Oh tant pis, ce sera pour une autre fois.
Commentaires
Mais quel époustouflant travail ! Que pourraient vous dire les absents, sinon un immense merci ? Tout cela m'a bien manqué aussi. La chair est puissante.
merci d'avoir pensé aux absents...
quand même superfan, virtuellement et réellement de N.L.R. & son HY(solide)ROC.
Un bien beau compte rendu très cliquesque.
Cliquesque et conardien... Un bel exemple "d'honnêté intellectuelle," on va oser dire.
Enchanté d'avoir fait votre connaissance. D'ailleurs l'on peut se contacter pour des livres en espagnol si vous êtes un libraire qui fait "du zèle".
Pas de majuscules ! ;-D
Ravi, pour ma part, d'avoir quelque peu bavardé avec vous, ce qui nous a permis de ne point écouter le discours melliflue de LS.
J'aurais trinqué un peu plus avec vous si je n'avais été accablé d'antibiotiques (une de mes épreuves) ;-)
Salutations.
Cher Christian, c'est vrai, je lis avec gourmandise tous ces joyeux bruits sans fureur des uns et des autres, et oui, cher Christian, c'est époustouflant, ce travail que vous avez fait pour nous autres, les absents... Merci, vraiment, et chaleureusement, très cordialement à Vous...
C'est comme une chaire de vérité où l'orateur se serait fait poète et espiègle sur la chair du virtuel...
C'est comme un court métrage mis comme il faut, en scène, avec des flashs généreux qui seraient offerts comme d'autres "sentes" à aller découvrir...
C'est chaleureux comme un Domec, tintant comme un clic, brillant comme un Arthur... et sa plaine n'est pas morne! *_*
C'est comme le billet d'un grand journaliste. Pardon ! un vrai conard des Penchants...
Moins enjouée que celle de notre hôte mais beaucoup plus proche de la réalité, la note de Nicolaï, en lien.
Il est vrai que Nicolaï était là pour présenter son livre en présence de son éditeur et je comprends que son point de vue, accru par sa pratique de la photo et de l'observation, et bien sûr aussi le fait qu'il ait été l'hôte de cette soirée, soit différent de celui de notre apprenti libraire (quoique..) puisqu'au même titre que nous tous, il était invité.
Mais les deux billets (brillants)sont intéressants dans la mesure où ils donnent à voir des angles différents.
Vivement mon Bleu Terre, et puis se taire. A bon entendeur.
Bon sang, faudra-t-il que je regrette d'habiter à pareille distance? Beau récit, Christian, merci à toi.(oh, "manquait,manquait", ça me paraît légèrement excessif:)
Cet homme est un saint ! "Deviser avec Juan et son épreuve", dès lors que ce Juan ne rate jamais une occasion de l'humiler du haut de toute sa hauteur, c'est bien ce qui ressemble au dictat des apparences. Décevant.
Nastia, voyons, ne me comparez pas à une prothèse au mamelon aréolé et quant à l’humiliation, sachez que je ne l’ai pas encore connue sur les fils de la toile.
Hier, je me suis laissé distraire par la timidité d’un printemps retrouvé et vous lire à la tombée de la nuit, ici, du côté de chez Marie, de Nicolaï et de Léo, m’ a rappelé le jour où j’accompagnais cet homme pour sa dernière sortie. C’était sur la place d’un petit marché avec ses camelots, ses bonimenteurs, ses poissardes, ses morpions moqueurs, ses margoulins, ses bobos déguisés en paysans, ses fermiers à l’habit bourgeois, ses minettes et ses m’as-tu-vu : un cri ici, une pique là, une arnaque, une belle dinde, un rire couperosé. Cet homme de sa voie devenue chevrotante me confia : « ça, tu comprends, je n’ai pas envie de quitter ça. »
Oui, il y a toujours des absents, leur présence était ailleurs. L’œil saisit mieux un moment lorsqu’il n’y est plongé, il reste les impressions dont les miennes qui débordent ces quelques mots. Alors oui, Véra, Léo Némo, Alain Baudemont, Marco, j’aurais bien aimé tâter votre chair, mais n’en suis frustré. Lire vos commentaires suffit à ce que parfois mes yeux pétillent. Ah oui, Marco, une sauterie dans ta région me bresse.
Marie, oui, mais je clique de moins en moins ; Manuel, ma devanture n’est pas encore vitrée, elle ne contient pour l’instant que deux livres et je souffre d’un lourd handicap -dont je suis le seul responsable - je ne sais goûter, et encore !, qu’une seule langue ; nic, je sais, je n’ai pu pourtant me corriger ; Juan, ravi aussi et figurez-vous que des antibiotiques ma besace en était pleine ; comme un impatient j’ai choisi de ne pas avaler gélule mais rouge ; Cécile, surtout, reste espiègle.
Que tout ceci ne nous empêche pas de nous engueuler.
Christian : merci et ravi de cette rencontre. Les eaux, Dieu merci, avaient de belles robes jaunes et rouges et de gouleyants degrés et nous réchauffaient du froid de la terrasse en ce printemps qui n'en finit pas de venir.
Prenez-en de la graine, Nastia. Le dictat des apparences, c'est aussi rester arc-boutée, comme une Marie Lebrun, sur sa bêtise recuite.
Christian m'a tendu la main avec un grand sourire et je ne refuse jamais une main tendue, où est donc le problème, pauvre Nastia ?
Christian :
"quant à l’humiliation, sachez que je ne l’ai pas encore connue sur les fils de la toile."
Mais alors peut-être, qu'en revanche, vous l'avez pratiquée sans le vouloir ou le savoir ?
PS : Stalker, apprenez que la jouissance que vous semblez éprouver en étant odieux me laisse de glace. A la limite, vous me fatiguez.
Nastia (on dirait une marque pour serviette hygiénique), vous me reparlez, bille minuscule en tête, sans avoir pris le temps de lire la réponse que je vous ai donnée, pourtant claire.
Je la répète, pour être bien certain que j'aurais tout fait pour faciliter votre capacité de compréhension : un homme s'approche d'un autre, souriant, lui tend la main. Je suis tellement peu goujat que j'ai rendu à Christian son sourire et sa poignée de main.
J'ai fait de même avec Nic, Rip et Knight avec lesquels nos échanges n'ont pas toujours été cordiaux.
Derechef, où est le problème, ma bonne conscience si vertueusement pure ? Où se trouvent donc jouissance et haine là-dedans ? Je ne vois que de la simplicité et, surtout, le peu d'éducation qui semble vous faire défaut.
Ce qui me fatigue, moi, ce sont les lecteurs de mauvaise foi.
Notez que c'est une politesse, car, si vous n'êtes pas de mauvaise foi, je crains que le problème ne soit plus grave.
Et plus odieux finalement pour vos contradicteurs.
En effet, la toute grosse plaie du web, c'est la mauvaise foi. Et puis l'escalade dans les insultes, ça aussi c'est pénible ; mais humain hélas.
Christian nous a écrit un bien beau texte, tout de générosité. Ça devient rare la générosité. Merci, cher Christian.
Cher Christian,
Pour N. en son nom, je vous prie de bien vouloir ne pas lui tenir rigueur pour la dérive, mais les gens de maison (*) ne sont plus ce qu'ils étaient, sont, ou seront.
Pour ma part, j'ai une question qui me taraude depuis que j'ai pris connaissance de votre compte rendu, et dont la ferme et discréte élégance n'a d'égale que les effluves d'un bouquet de courtoisie des temps révolus, oui.
Mais si je puis me permettre, qu'entendez-vous exactement par "Léo Scheer a envoyé bouler
« Mon Iphone m’a tuer » ?
(*) En effet, je doute que la pauvrette comprenne ce qu'une prothèse au mamelon auréolé pourrait signifier. (Et je vous avoue que moi non plus).
Marc, j'en suis resté au rouge, celui qui orne le nez du sage.
Nicolaï, dès que je la perçois, je suis aussi friand de générosité, mais elle est discrète souvent comme l'est la confiance dans l'abord des autres. Merci de votre passage et surtout pour cette soirée et ses trop brèves rencontres.
Sonia, le u d'auréolé était omis à dessein. Pour le « bouler », il peut rester obscur ici, il est compréhensible par les coutumiers du blog des ELS.
Stalker, je crois deviner que vous devez, vous aussi, me prendre pour quelqu'un d'autre, mais sachez que Nastia est le diminutif d'Anastasia. Je fus, en son temps, un avatar au service d'un certain Georges dont je garde le meilleur souvenir malgré un indiscutable caractère quelque peu ombrageux. J'espère que vous auriez également serré la main tendue d'une servante. Vous semblez tout confondre. Mais nul n'est besoin de vous battre la coulpe, personne ne vous souhaite le moindre mal. Enfoncez donc une porte ouverte pour vous dire que la vie est trop courte pour la biaiser.
interlude : Papilio machaon - Le grand porte queue (photo de Didier Bier, licence creative common)
La servante d'un certain Georges ? Rien compris.
Moi, les vaudevilles, les avatars, les pseudos à la con qui renvoient à rien du tout, que voulez-vous, je n'y peux rien, je ne m'y fais pas...
Juan Asensio, pour vous servir, voilà la première façon de se présenter.
Soyez donc simple, cela me changera car je suis habitué aux allusions d'une finesse stratosphérique des participants (pardon, des ex-participants) du blog des ELS : un fascinant laboratoire pour qui aurait mené une enquête sur les guerres virtuelles.
Ici donc, avec la permission de notre hôte, j'aimerais me reposer.
Pour une servante, surtout si elle est jolie, je puis même aller jusqu'à la bise.
A vous de me dire.
Et bien je dis. Stalker, il suffit d'un léger coup de clic sur ma tête. Peut-être est-elle jolie ou belle ? Qui sait ? L'interlude du futur papillon couleur de douceur pistache de notre hôte vous en dirait plus long. Belle nuit.
Cher Ami, ai-je la berlue ? Ou bien votre apprenti a-t-il revisité toute la Sente en vermillon ? En revanche, ici, vos liens sont tous en carmin, ou alors lie de vin...
La question est : une couleur existe-t-elle en soi ? Mais bon, mis à part le rouge... je ne saisis pas trop le lien avec la soirée Hyrok.
Cétait HS, en effet, mais...
Quand je revois ce bel hommage, je me dis qu'il serait grand temps que Véra et sa ribambelle se décident - ou se décidassent - d'arroser leur jardin en friche, de fainiasses !
Christian, est-il "normal" que ce lien de la sente n'arrive pas au Beta ? http://sente-de-la-chevre-qui-baill...
Je voulais dire sur le clic pour le téléchargement, n'est-ce ceci qui devrait apparaître ? http://www.leoscheer.com/man/spip.p...
Il me semble que le lien est le bon, il va directement sur le fichier contenant la Sente.
Plic Ploc le sait bien, mais c'est le lien logé dans la Sente qui ne va pas sur la Sente du Beta M@nuscrits. Un clic sur : "sous forme de codex numérique ou en téléchargement" me l'a appris aussi.
Ah d'accord, j'ai vu le lien qui ne va pas, c'est depuis le déménagement des pages m@nuscrits. J'essaierai d'arranger ça lorsque j'en aurai l'opportunité. Merci.
Bonjour Christian,
drôle de rencontre ! Un lien chez Leo qui me renvoie à une page de... batailles et de territoires chez mon ami-cactus Paul Edel. Oui, HYROK a envahi la page, écrasant Houellebecq par une empreinte indélébile de lecture...
Tard les commentaires, ombre du soir est passée, puis vous mais une remarque acide de l'hôte du blog m'avait fait prendre le large. quand je suis revenue, je ne suis pas retournée à cette page et je n'avais vu ni votre commentaire, ni en lien votre blog. Je suis heureuse d'y lire cette mémoire de la soirée offerte par Nicolaï.
Oui, c'est un grand livre, un beau combat d'écriture.
Le hasard de la vie a fait que j'ai dû m'absenter brutalement de Paris et donc de la soirée.
Si j'avais été là.... d'abord je me serai faite petite souris tant les... mondanités m'effraient. ensuite j'aurais, à la demande de Nicolaï lu quelques passages du livre et là j'aurais été très très heureuse me retrouvant dans la plénitude d'une écriture que j'aime. Puis j'aurais regardé attentivement les invités, écouté leurs échanges, pesé le factice et le vrai. Certainement, j'aurais à la sauvette, commis quelques croquis : une main, un profil, une attitude... bref, des éclats de vie. Enfin, et certainement avant les douze coups de minuit je serais partie discrètement aspirant à l'ombre de la nuit, au retour à l'invisibilité. A la maison, lampe douce allumée j'aurais relu Hyrok, me disant que ce que je préférais ce n'était pas entendre parler du livre ou en parler mais le lire pour être habitée, à nouveau par ce sortilège, cet enfouissement dans l'écriture d'un écrivain inspiré.
Votre passage par mes penchants me fait vraiment plaisir. Le web et ses méandres sont curieux, la page initiale du blog de Paul Edel (que je ne connaissais pas, j'ai vu un lien chez l'ami Marco) a disparu, mais google veut bien encore la servir en cache. J'y retrouve mon propos :
« Christiane,
Amusant l’échappée que vous relatez d’un livre à l’autre, du dernier
Houllebecq au premier Lo Russo. Lorsque j’ai lu quelques billets à
propos de La Carte et le territoire, j’ai immédiatement pensé à Hyrok.
Je ne connais que très peu l’écriture de Michel Houllebecq, mais je n’y
retrouve certainement pas la générosité de celle de Nicolaï Lo Russo.
La première m’a souvent paru poussive hormis quelques belles
échappées (poussif est un adjectif que je n’oserais employer si l’auteur
n’était sujet à une telle fascination qui demeure pour moi bien
incompréhensible), la seconde tonitruante et pourtant assez souple.
Mais leurs thèmes, oui, se croisent.
J’aurais bien aimé, Christiane, vous rencontrer lors de cette soirée
Hyrok – elle ne fut pas si détestable que cela –, vous entendre vibrer
aux mots d’Hyrok nous a certainement manqué.
PS : Ombre du soir, je me rappelle de vous à cette soirée et vous
salue. »
Votre enthousiasme pour Hyrok fait plaisir à lire. Même si je le suis un peu moins, j'ai trouvé ce roman riche et généreux ; malgré son volume, je l'ai lu en une soirée, ce qui est généralement bon signe : j'ai juste eu quelque peine à l'entame du livre, les quelques premières pages. Même si on reconnaît bien la patte de l'auteur, il y a une variété dans l'écriture vraiment prenante.
Outre cette soirée que vous auriez éclairée, j'apprécie les personnes qui sans aucun intérêt égocentrique s'intéressent à ce que l'esprit grégaire évite. C'est là où le parallèle Houellebecq - Lo Rousso prend tout son sens. Le premier, certes après une longue histoire pas si facile, sort un livre et la foule se le dispute, le second publie un livre comparable (volume, thème, époque, etc.) et c'est le silence où quelques cris isolés d'originaux percent au loin.
Aujourd'hui, je le ressens vivement avec Le Souvenir de personne de Cécile Fargue : c'est un texte très fort qui ne rencontre aucun écho, juste parce qu'il n'est pas couché sur papier glacé agrémenté d'une photo technicolor dans le magazine télé du coin. C'est un peu triste, mais tellement peu surprenant.
Belle journée à vous.
"Ne rencontre aucun écho" ? Qu'en savez-vous ?
Le aucun est excessif comme le poussif plus haut, ils pourraient être respectivement remplacés par faible et inégal. Ce que j'en sais ? Juste ce que je peux percevoir et ce dont on me fait part. Un savoir à ma mesure, c'est étroit, j'en conviens, mais savons-nous faire autrement ?
Non, il y a des signes qui ne trompent pas, Lioubov, je vais vous en donner deux.
Depuis une quinzaine de jours je contacte pas mal de monde avec mes petits bulletins. Eh bien savez-vous ce qu'il arrive ? J'ai eu presque trois fois plus de propositions de textes à publier que de commentaires sur les livres ou de commandes. Et, vous verriez comment certains textes me sont balancés, accompagnés parfois d'une simple phrase du style : "lisé(sic) ça, pour publicatoin(sic)".
Lorsque je rencontre des personnes intéressées, à titres divers, par les livres. Si je leur présente Le Souvenir de personne, leurs questions portent plus sur mon envergure que sur le texte, si je leur en lis un extrait ça les agace presque. Bref, je vais troquer ma ceinture contre des bretelles et gonfler brioche.
Heureusement, j'ai quelques belles surprises - je les garde un peu pour moi, pour l'instant, j'en parlerai certainement dans de futurs billets - : des êtres singuliers, toujours, passionnés souvent, originaux sans doute. Des êtres quoi.
Je vous mentirais, Christian, si je vous disais que vos propos me surprennent. Si je ne craignais de vous contrarier, voire vous irriter de plus belle, je pousserais la pointe jusqu'à vous demander comment, vous qui semblez si bien connaître les "lois" de ce que vous dénoncez, vous ayez pu croire un seul instant que la vulgarité "des marchands de bretelles", dans le cas présent, ceux qui vous les réclament, se soit volatilisée comme par enchantement ? Je pensais que vous étiez davantage "bronzé" contre les considérations mercantiles de ce que vous appelez l'envergure.
Votre ami, Arthur Morneplaine, ne fut-il le premier à nous signifier que le "réseau" était miné par l'auto-satisfaction, l'égoïsme, et souvent la médiocrité ? Peut-être avez-vous cru déceler du cynisme là où il n'y en avait pas ? Je pense aussi que vous n'avez pas à vous justifier de vos choix, mais il n'est pas raisonnable, je crois, que David s'obstine de trancher à la lame lorsque Goliath frappe au bazooka. Car ce n'est pas vendre son âme que de croire que David a vaincu ou vaincra.
Je ne parlais pas du "réseau".
Un bazooka, je ne saurais le manier ; oui, c'est vrai, je préfère la finesse d'une lame, courbe de préférence. Enfin, il ne s'agit pas vraiment d'ennemis à affronter, mais distinguer dans la foule la singularité même lorsqu'elle est passagère.