Du projet, j'en étais resté à La Manivelle et le réseau. Faire nous ôte parfois le temps d'en dire le pourquoi alors qu'il s'y intègre entièrement. Google et ses algorithmes m'ont fait relire un texte que j'avais oublié, il s'agissait d'une introduction à un livret (avorté) présentant la coopérative Ouvaton. Je le recopie, tel quel, ici. Il me servira d'ancrage et d'entracte.

Introduction par notre ami Christian Domec, l'un des 139 du début et membre du premier CA de 2001.

Nous pouvons affirmer avec le sourire que la genèse d’Ouvaton suit les canons du théâtre classique : unité de temps, de lieu et d’action.

Le temps correspond au tournant du siècle. De confidentielle, l’utilisation d’internet sera quotidienne pour des multitudes. La place publique acquiert une nouvelle dimension et le désir d’exprimer, de publier, de diffuser, de confronter et de partager trouve de nouveaux chemins par ce réseau.

Cette période est marquée par la crispation des institutions qui sont à l’unisson du jugement définitif de l’éditorialiste Françoise Giroud : « l'internet [...] est un danger public puisque ouvert à n'importe qui pour dire n'importe quoi » [1]. Elles vont affirmer leur volonté d’y mettre bon ordre en proposant une régulation qui fait fi du droit et de la responsabilité des personnes puis la prolonger en créant un droit spécifique à l’internet.

Cette époque sera aussi celle du boom de la marchandisation – ad nauseam – du réseau. Chaque interstice doit être source de profit, chaque segment doit être colonisé par la publicité. Hors la bulle financière qui craquera rapidement deux concepts vont être subvertis à cette occasion :

- la gratuité qui devient le cache-sexe de la publicité virale,
- la confidentialité des données qui n’est prétexte qu’à la constitution et l’exploitation commerciale de bases gigantesques.

Le lieu ce pourrait être le réseau nommé internet et il est vrai que les rencontres décisives des fondateurs de la coopérative se font essentiellement là (dans le soutien à Altern lors de l’affaire d’un mannequin dénudé, autour de Radiophare lors du naufrage de l’Erika, autour de projets éphémères, dans le partage de pratiques). Pourtant, la pauvreté du sabir internet ne permettant pas de réelles confrontations, de longues conversations et la capacité d’élaborer ; notre langue commune étant le français ; le lieu de notre rencontre est essentiellement l’internet francophone.

L’action consiste à trouver des réponses concrètes et précises à nos exigences du temps :

- maintenir et accroître notre capacité de nous exprimer et de publier sous notre responsabilité,
- œuvrer ensemble pour réaliser un hébergement internet ouvert, de qualité et respectueux de la protection des données personnelles,
- assurer la pérennité du dispositif par une indépendance financière et la mutualisation des ressources.

Cette action arrive à maturité lorsque Valentin Lacambre [2] jette l’éponge en juillet 2000 de l’hébergement gratuit Altern. Ce même jour, Alexis Braud fera parvenir sur la liste de discussion d’altern le message suivant : « (je ne l’ai pas à portée de main) »

[1] in Le Nouvel observateur, 25 novembre 1999.
[2] fondateur d’Altern