Au pays des trois chèvres et du pot il y avait donc ce salon. Il faudrait l'œil oblique et la souplesse du poignet de Maupassant pour en faire complète chronique. Portant lorgnons et métacarpe rigide, je ne m'y risquerai pas. Vous ne saurez donc rien sur la brièveté répétitive des discours inauguraux de quelques édiles vite évanouis après les bravos d'usage, ni de ces livres vendus comme des mouchoirs le furent de bourg en bourg dans le Bas-Maine, ni de ces yeux épiant la taille de la pile d'en face et son oscillation. Non, non juste ce qui m'a plu.

À peine arrivé, j'apercevais mon nouvel ami, Robert Bruce, mais fut déçu de ne voir son âne Platon, je comptais sur lui pour évoquer la chose publique lors du banquet de la mi-journée. Robert, percevant mon dépit, me présenta Marie, la délicieuse Marie qui fut presque la seule à s'intéresser à « ma tête de Conards ». Plus avant, je retrouvais une amie d'enfance, Catherine Laboubée qui poursuit son aide-mémoires. J'ai installé sur une petite table mes Conards, des Bleu Terre, « ma tête de Conards » et des Poupie Limpopo avec un mode d'emploi. Ils me sauvèrent – je ne pouvais rester en place choisissant tout prétexte pour quitter cette table, échanger un mot ici, questionner une bibliothécaire, chantonner là, fumer dehors, sourire au regard franc de Sonia Vandoux –, ils me permirent de distraire cette table du pliage aidé des enfants s'en approchant. Il en est un, pris certainement d'une frénésie digne d'un apprenti libraire, qui en plia une petite dizaine.

Je vais vous le dire franchement, le clou de la journée fut pour moi le repas, fameux festin, buffet à l'éphémère esthétique avidement détruite par des papilles émoustillées. Aidé par un bon petit rouge, Marie, Robert et moi-même avons « luronné » une bonne petite heure en oubliant totalement que le livre nous devions servir (servir ? À ce propos je remercie les organisatrices de ce salon particulièrement charmantes).

Bon alors, ai-je vendu un Bleu Terre ? Euh non, je n'y ai pas pensé... Surtout n'en parlez pas à Jean-François Joubert, Platon n'est pas là pour me défendre.