Le temps m’assassine lentement. Victime d’un viol de mémoire, je perds ton image. Un instant, l’astre jaune s’absente sur des sentiers peu clairs. Ils troublent l’ombre d’un vers solitaire, j’invite une nuée d’étourneaux, un chat volant, des nuages trop beaux, deux mouettes et un goéland. Solidaire et sauvage, la troupe anime le tableau. Mensonge !

La vérité...

Mon âme saigne et je reste aveugle devant la nature, brisé, coupé en deux. Depuis que ta silhouette est lointaine, j’habite une ville fantôme. Bien sûr, des chants de marin me rassurent, ils poussent leurs ballades dans la moindre fissure, et mon être tremble comme le hêtre se donne aux vents. Parfois, je voudrais nager sous la coque de ton bateau, effleurer la quille et faire le malin, sauter de joie devant l’étrave... que tu m’applaudisses, dès demain. Le calme me traîne sur des courants d’incertitude, je ne suis plus maître de mon destin. J’implore le ciel d’une nouvelle rencontre et il pleut. Alors je m’évade de ma cage à épines de roses, je m’expose dans la vallée de la mort, et le sable fin n’est rien qu’un compagnon de voyage. La lune à l’abandon, tu es le ciel de ma raison, et je divague...

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.