Quel tas ?
Par Christian le samedi 27 mars 2010, 14:05 - Questions innocentes - Lien permanent

Je sais, mes questions innocentes ne trouvent guère de réponses ici, mes petites annonces non plus. Ainsi, si j'ignore tout du destin des milliers de livres envoyés chaque mois à Électre (1), j'ai pu évaluer, d'après quelques articles qui semblent sérieux mais sans références précises que le pilon broierait environ 100 000 000 de livres par an en France. Une paille ! Un cinquième de la production, certainement le poste le plus rémunérateur de l'industrie du livre et de sa chaîne clinquante (2).
Je me souviens d'un dessin de Plantu, je crois, d'avant la chute du mur de Berlin : deux monceaux de cadavres, celui de l'Est légèrement moins important que celui de l'Ouest et un galonné du Kremlin, du haut de son tas, dire : « Oui, mais vous avez de l'avance ». Dessin sinistre atténué par la ligne claire et rebondie du dessinateur.
Émission économique puisque Salon du livre à la portée des Versaillais, ce matin ; entendre le bruissement des mouvements de capitaux vers la lecture sur support numérique et cette question innocente et prospective : quand le tas des bidules électroniques à désosser sera-t-il plus important que celui des livres à broyer ?
(1) pourtant des employés d'Électre sont passés par ici. Les traces, sur le réseau des
bidules électroniques, c'est terrible, ça marque et signe.
(2) cette chaîne me rappelle celle de Gunther IV.
(photo, Bayonne Nord en danger - Saison 1, Moris Dia, licence creative common)
Commentaires
les tas de bidules électroniques à désosser seront plus important dans dix ans quand tout nos jolis ordinateurs rendront l'âme, je le sais le mien commence à fatiguer
Oui, le pilon est rentable et puis la tonne de papier peut atteindre un prix raisonnable.
Quand je pense à pilon, l'image d'une africaine aux seins nus, son enfant sur le dos, s'impose à moi. Le rythme, son sourire, la chaleur, les chants (?).
Saviez-vous que nos rebus électroniques étaient de valeureux touristes ?
http://www.geo.fr/environnement/act...
Le pilon, l'africaine, le Ghana, le tas des bidules électroniques, l'absence de livre, tout y est...
Bien à vous
Thierry
Il est vraiment dommage (et rageant) que les "traces" ne viennent pas s'exprimer là car tes questions sont passionnantes et pertinentes!
Cet énorme "garde-manger" qu'est Electre me fait songer à l'INA pour l'audiovisuel et à la riche et énorme médiathèque de radio-france.. où tout est bien évidemment numérisé...et je me pose souvent ces candides questions:
- A quelle solution de sauvegarde ont-ils songé au cas où un jour un énorme bug en venait à tout gommer?...
- est-ce qu'un bug aurait vraiment le pouvoir de tout effacer?
-le pilonnage électronique est-il possible?
-entre pilonnage et recyclage, quelle est la solution la plus rentable?
Sinon, on peut toujours demander à Gunther IV qu'il entrepose toutes ces archives dans la maison de Rocky... *_*
Thierry, oui je pensais aussi à l'Afrique. Il se fait que des jeunes filles m'ont appris l'art du pilon dans un village de Casamance - Elinkine - il y a une petite trentaine d'années : souvenir mémorable de ma gaucherie qui peu à peu, sous les quolibets, va trouver son rythme à mesure que les jours passaient (le pilon est traditionnellement une activité féminine).
Merci pour cet article sur le Ghana. Oui je connais un peu - de manière livresque, mais pas uniquement - les croisières proposées aux bidules électroniques, hors d'âge de plus en plus rapidement. Fin des années 70, je lisais un livre (je ne me rappelle ni de l'auteur, ni du titre) qui parlait de la modernité et prédisait que le débat central du XXIe siècle serait les déchets : des crottes de chiens aux produits industriels. Nous y sommes je crois avec le vert du rable pour avaler le lapin.
(PS : je ne vous ai pas répondu sur le site de Wrath, le lieu ne me convenait pas pour argumenter un peu, partie remise).
Cécile, l'embêtant avec Électre est qu'ils demeurent complètement opaques sur cette question. Pis, ils ne l'abordent même pas. Finalement tout le monde s'en fout. Ils font du fric avec un public captif - principalement les libraires et bibliothèques via Livres hebdo -, ils servent - à bon compte - de diffuseur pour les éditeurs et, qui se soucie du sort d'un exemplaire ici, d'un autre là, du moment que l'ensemble permet de faire circuler la marchandise ? À mon avis, ils ne gardent pas ces milliers de livres, ils s'en débarrassent comme on le fait d'un poids mort et encombrant, mais j'aimerais bien connaître le circuit : direct poubelle ? vente soldée ? Parce qu'il désignerait assez précisément et de manière emblématique la place réelle du livre dans l'univers marchand. Pour le dépôt légal en Bnf (pour la France) c'est un peu différent, ils mettent à disposition ce qu'ils engrangent.
Tes trois questions, vite fait :
- l'INA a des solutions de sauvegarde (faudrait fouiller, mais j'ai lu pas mal de truc là dessus entre autre pour l'adapter aux formats changeant - Sisyphe et son rocher numérique),
- oui,
- le pilon est du recyclage : le papier imprimé devient carton ondulé (par exemple) : l'industrie du recyclage a besoin de matières premières, il faut donc, pour qu'elle soit durable que la production des déchets augmente : sauf celle des échelles parce qu'il faut en faire économie.
Je n'ai pas de nouvelles de notre maître Gunther IV, la dynastie perdure-t-elle ? Je n'en sais fichtrement rien, mais je lui dois allégeance y compris dans le noir et l'ignorance : la patte invisible de Gunther X.
PS : je file au marché de Sotteville !
Cher Christian.
Votre PS : avec plaisir.
Un Ouanabi.
Bonne journée et bon marché.
Thierry, oui, je le ferai.
Un article de Pierre Jourde (datant de 2008) : Le Cauchemar du pilon qui, hors sa conclusion trop optimiste à mon goût, explique bien le phénomène finalement assez récent dans son aspect massif.