Un cri m’arrache à ma dernière pensée, je lève la tête, un oiseau me parle.

— Tu dors ?

Quelle question !

Ses yeux rouges me percent et, transparent, je reste muet dans cet ultime face à face. Je songe... Souvent, j’ai rêvé d’ailes, de ce pouvoir d’aller vers l’horizon, d’y adopter une falaise pour construire mon nid, chaud, douillet, éloigné des ravages du nuage de la fumée des hommes, si proche du rivage, aux côtés

de ces vagues dociles qui submergent mon humeur. Longtemps, mes nuits se sont penchées sur ce plaisir exquis de liberté. Des ailes, des plumes, et la force de m’abandonner au voyage, pour voir la nature, la sentir sous ma peau, vivre. Des ailes pour que ce mirage m’entraîne loin de ses orages, sous ces grêles de pluies qui menacent de poursuivre nos tombes. Des ailes pour longer des îles, survoler la question et rentrer sans raison vers un champ d’eau douce, une perle de pluie. Le rouge me traverse, mon sang nage, glisse, dérape, je suis allongé sur une nappe, il ne me reste que peu de temps à être, et cette question :

— Tu rêves ?

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.