Adieu papier & son champ du signe
Par Christian le jeudi 1 avril 2010, 08:30 - Petite annonce - Lien permanent

Éric Meije en culottes courtes nous l’avait annoncé : « le livre, en tant qu'objet fétiche, objet à sens, parasite l'écrit qu'il contient. Le livre-objet est à l'écrit ce que l'image est à un concert public : en trop. » Par une ultime pirouette il publiera le 28 avril prochain ses Récits aux éditions Léo Scheer, ainsi le champ du signe redeviendra friche.
Éric avait raison, le papier doit retourner à sa fonction première : d’emballants cartons ondulés protégeant nos élevages de puces savantes ou mieux encore servir de torche et moucher nos transits passagers. Ses fibres celluloïdes sont insignifiantes et n’offrent lorsqu’elles sont couchées qu’un sens unique à nos expressions.
Libérons nos textes de toute entrave matérielle – éphémère chinoiserie –, l’avenir sera numériquement sautillant et cliquant ou ne sera pas. De petites entreprises audacieuses, la pomme, l’amazone, la hachette de Numi, nous montrent le chemin.
Nous ne nous pencherons plus sur ce papier obsolète et préférerons dorénavant dresser les puces à coups de fouet : la mayonnaise n’en sera que plus onctueuse.
Chr1st14n D0m3c, 4ppr3nt1 l1br41r3.
(photo de Emre Ayaroğlu, licence creative common)
Commentaires
Objection votre honneur.
Le numérique c'est bien mais :
Nous ne sommes plus capables de lire les informations se trouvant sur une disquette souple de 5 pouces 1/4.
Les archives numériques de la Stasi (police politique est allemande) sont d'une triste inutilité parce que personne n'est en mesure (ou intéressé) de déchiffrer les informations contenues.
Un CD ou DVD a une durée de vie estimée à 5 ans, un HD à vingt ans.
Qui pourra encore visionner les blue-rays dans vingt ans, personne ne peut le dire.
Des papyrus égyptiens sont millénaires... Incomparable.
Sourire et amitié.
Un ami qui croit en l'avenir du numérique mais avec une certaine retenue.
Thierry
Oh Thierry, vous seriez capable de me dire que les petites notes de la SAVAK (au service du Shah) étaient sur bandes magnétiques et que le feu ardent zoroastre les auraient gondolées et rendues illisibles !
Ne gâchez pas mon premier jour d'avril, je vous prie. Il est fondé sur les croyances contemporaines, leurs fidèles et marchands du temple.
PS : j'ai pensé à vous ce midi et à vous répondre sur le sujet plus général du manuscrit et de l'édition, mais, très franchement, sauf à le faire trop vitement, je suis un peu pris par le temps et vais ces quelques jours qui viennent flâner et en jouir. Donc je reporte cette réponse à "la trinité".
Non ! Moi je m'insurge ! Comment avez-vous osé me faire croire que vous étiez un de ces rescapés devenus rares (?) qui préfèrent se pencher sur les voluptés que procurent un livre en papier ? Je suis très fâchée !
PS : mon unique et dernier espoir - j'y pense à l'instant en voyant vos tags - c'est que d'un premier poisse il s'est agi.
PPS : surtout que le postillon venait de déposer le nr 44 de la RL des ELS dans la boîte - j'ai un faible pour le pseu Nicéphore Pétrolette - et que d'emblée je fus grisée par son odeur de papier tout frais... Si le billet "supra" est encore une de vos farceries, prévenez vite.
PS : je dis comme Thierry !
poisson
Oh ! Ne m'apportez pas la poisse, il s'agit bien d'un origami de poisson qui souvent est agité comme un hochet au dos du futur d'un temps.
Ouff !
Tiens, ce joli origami me rappelle un conte russe de mon enfance. Celui du pêcheur et de la poissonnette en or. (En russe, poisson est au féminin...) Je ne me souviens plus de la fin.
J'aurais bien voulu poser une question à EM, tant je suis curieuse de découvrir si les épisodes de la falaise et du martinet (d'après) y sont repris. Et puis, aussi, celui où l'écrivain, après un bref passage incognito dans un "bistro", prend le "gamin" en stop avec un "certain" sourire...
Chère Véra, tu brûles, mais je pense que ta passion t'égare. EM ne peut être celui auquel tu penses. Peut-être est-il un personnage de sa lignée, tout au plus ? Mais n'oublie pas que tout ce qui fait la délicatesse et l'étrangeté de ses récits provient sans doute de son intime conviction que certains lourds secrets laissent trop souvent de profondes félûres et qu'il vaut quelquefois mieux les emporter dans le silence d'une tombe. Ne cherche pas à les violer pour satisfaire ta curiosité délétère. Contente-toi de jouir de la lecture, car quel nouvel enfant ne souhaiterait avoir le privilège et la chance d'avoir de parents à ce point attentifs aux grandes et belles choses de la vie ?
Oui.
je préfère encore le livre papier, le son est meilleur.
l'ordi pour la poésie oui, pour la nouvelle oui, et puis, pour de nouvelles expressions, des échanges.
Auddie,
Tout à fait d'accord avec vous, et même pour les poèmes et les nouvelles, la résonance et la profondeur d'un texte s'expriment décidément mieux dans un livre que sur un écran. J'en suis frappé lorsque je reçois un fichier numérique et - juste pour le lire mieux - me fabrique un petit livre personnel... À contrario, un texte bâclé fait tout de suite tache ou pâté sur le papier.
Je suis cependant pour réduire la fracture numérique : rendre la lecture, charnellement enveloppée dans un livre, toujours accessible malgré la prolifération à fort renfort marketing éléphantesque ou viral de tous les appareils de conversion binaire. Que cette chair puisse toujours être saisie - bleue ou saignante - sans l'appoint d'un cordon nous reliant à la grande matrice numérique.
Rien n'empêche actuellement de marcher sur deux jambes : allier la modernité du papier à l'obsolescence programmée du numérique.
Je préfère me coucher le soir dans mon grand lit douillet éclairé de ma lampe de chevet aux reflets dorés accompagnée de celui qui se trouve là, posé en haut de cette jolie pyramide de papiers.. Je ne saurai remplacer ce livre par un écran posé je ne sais comment sur mon épaisse couette de coton... Impensable pour moi, je m'en sers pourtant beaucoup, mais son emploi et notre relation ne sont pas les même qu'avec un pavé de pages noircies... Mon âme et tout mon être s'imprègnent des pages des livres, s'y plongent, s'y perdent et parfois si endorment... Dans mon ordi, jamais...
L'un et l'autre se croisent parfois se complètent, le progrès et son oeuvre font partis de nos vies, chacun sa place...
Bon w-end le monde...
Et bonne fête aux mamans ;-)
Belle image aux reflets dorés, Laura.