Brutale et bleue, elle porte la couleur de la Terre, notre mère. Je l’aime calme, translucide, sereine, tranquille, connaissant la force née du vent. Céruléenne ou azur, la mer vous donne de la couleur, du plaisir, elle vous entraîne lentement vers le fond de l’Océan.

Laissez-vous porter...

Coquillages et crustacés, dos de baleines, dauphins aux regards malins, calmars géants, dorades audacieuses qui s’affichent vertes avant de finir grises, mortes sur le pont… L’eau recèle de bien beaux mystères, elle est une forêt de secrets. J’aime courir dessus et plonger dans son fond, sentir les gouttes sur ma peau, couler, avant de me ressaisir et retrouver la morsure du soleil. Un voilier regarde ma route, le raz de Sein, le passage du Four, ou encore le golfe de Gascogne, où j’ai rencontré des crabes copulateurs, quatre mille mètres de profondeur, jamais de repos pour ces bêtes de surface. La mer est ma passion... Plus que les Oiseaux de feu, je l’admire depuis ma plus tendre enfance.

Je ne suis rien et mon passé importe peu, tant que la mer veille au grain de folie, douce...

J’aime que mes yeux lui ressemblent parfois quand des hordes de nuages puisent dans ma transparence, invisible frisson, dessus, dessous, à côté, autour… Je glisse dans ce songe, cette mer qui s’abandonne de plaisir à nourrir les hommes.

La mer fait peur, la mer fascine, la mer décline depuis que la Terre tourne rond. Des navires de commerce, des pétroliers se fendent et la rendent poubelle. Les ressources se perdent, les poissons prennent le fond, phosphorescence qui illumine cette masse obscure, feu d’artifice garanti quand dans son œil la lumière se fait rare ou s’absente, étrange spectacle que les fonds marée noire.

Eau cyan, j’ai souvent glissé sur ton dos, en planche ou en bateau. Souviens-toi de ces voyages, lents ou rapides. Croiseur, catamaran, dériveur ou optimiste, que du plaisir… Coefficients vingt à cent vingt, la mer nous emportait sur son vent de marée.

Petit, je me baignais autant de fois que le beau temps me le permettait, et même parfois sous la pluie. Je jouais à découvrir le monde, un monde étrange et étranger, recouvert de rires, et de cris ou de crises parfois...

Eau cyan…

Sans elle, je suis mort.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.