Sur le parchemin de mon enfance, je croise des ombres. De vagues silhouettes ondulent le long de mes souvenirs. Cette cime de pin qui m’indiquait le vent a disparu, morte un jour de tempête. Mes fantômes me hantent quand le couteau se plante, l’arbre a froid et la mer se démonte. Parfois, je me perds dans le couloir de l’enfance, dans ces quarts d’heure de fous rires que je n’oublie pas, de jeux, du plaisir de naviguer.

Adulte, je fuis l’oppression que m’offre la vision d’un Vingt heures, la guerre, les accidents, le commerce. Moi, je rêve et je m’éloigne du bruit quand je vole de nuage en nuage, une musique en tête, celle d’un mur que l’on ne brise pas. Ce qui me manque maintenant, ce sont tes yeux verts, douce atmosphère, et cette peur du lendemain.

La mort ne m’effraye pas, mais souffrir, je ne le veux pas.

Tu as quitté le nid que je voulais construire. Alors, je croise des mouettes sur l’Atlantique Nord, je m’exile sur une île, triste et solitaire, sans la présence de cette émeraude, ta pupille phare. Plus plié qu’un peuplier, je refuse l’image du saule pleureur. Mais sur ce sentier de terre battue, je suis à genoux.

Sans ton reflet, le monde est abstrait.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.