Un arbre-papillon ne vole pas, pas plus qu’un saule pleureur ne lâche une larme de bonne heure. Pourtant, leurs racines causent de la pluie et du beau temps. Une aigrette dans le cœur, je voyage sur le murmure de mon imagination, un geai cache sa beauté de réalité, ses plumes bleues m’entraînent loin de ces murs que l’on dit noirs. Ma mémoire prend l’ombre depuis que le soleil s’éclipse, années sombres...

J’aime jouer et percer les secrets, ceux du silence, ceux de l’absence. Mon bateau prend l’eau azur, mais sans savoir pourquoi, je ne sombre pas. La rage n’a pas d’abri en mon corps. Porté par des vents illusoires, je refuse le déclin trouble de l’enfance. Je nage à marée basse sur un fond de vase, sans fleurs, sans épines. J’avance vers la lune à l’abandon. Sans lumière je vois clair, et si des éclairs parcourent le ciel, ils ne sont pas là pour me reprendre mon âge mûr, ce fruit de l’avenir. Ma peau décline à côté d’un cyprès, ses feuilles me protègent de l’ennui. Mon essence fuit, pas mon goût de l’ignorance de l’au-delà, de ces nuages qui filtrent votre peau tout en convoitant votre enveloppe charnelle. Je rêve d’une plage de gravier ou d’ardoise, pour valser de ricochet en ricochet et rire d’être en hêtre.

Un jour ou peut-être une nuit, je partirai, moi aussi, voir si les taureaux ont des cornes, en Andalousie ou au Zimbabwe.

L’Oiseau de feu m’a donné des ailes.

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.