Je promenais mon amertume, nonchalant, entre le golf de l’aurore et le lac de la lune, quand je la vis insouciante sur ce tapis d’étoiles. Elle flottait, cette bulle, dans l’espace, à droite du firmament, position : deux minutes dix degrés au nord des têtes de lions, là où j’imagine trouver le septième ciel.

Quel était son prénom ?

Continuant à marcher dans cette prairie aux airs d’automne, ma mémoire refusait d’oublier son image, elle en compagnie de quelques sœurs, que je pouvais nommer : Antarès, Aldébaran et Vénus.

Je sentais leur regard et poursuivais ma route, conservant en moi quelques notes de musique, et ce bain d’insouciance. La prairie restait muette, presque insolente sous le vent de mes caprices. J’oubliais le cœur même de ma balade, ce mal qui poursuivait mes veines, le tropique du cancer. Ce nom d’une fleur qui crève de sueur sous ces tempêtes de rayons solaires, et, aussi curieuse que cruelle, s’infiltre sous nos pull-overs.

Seul remède que je connaisse : une offrande de soul, de blues, ou une belle âme pour Jupiter, mais sans preuve formelle de guérison...

Le chemin s’annonçait aussi long que celui d’un voilier abandonné sur l’Océan par son moteur et la discrétion manifeste d’Éole. Cette voie d’absence, je la vivais de naissance, si seul, si vide avant de recevoir en pleine face cet éclat de lumière. Touché, je pensais...

Mes pas se faisaient silences sous cette douce mousse, et ma cervelle de mésange devenait un œil qui se goinfrait de tout son sang. Les idées fixes, je planais au-dessus du marécage d’Hellas, un bien joli voyage, sans ailes.

Le temps avait l’arrogance de l’absence, et je fus surpris d’aller à la rencontre, non pas d’un cours d’eau, mais d’un corps vaillant. Elle semblait m’attendre sur cette roche de diamant, innocente et réelle. Un peu surpris par l’agate bleu rubis qui perçait la nuit et m’attirait dans d’autres ennuis que ceux de cette maladie imaginaire, et bien que mon visage devant son air entendu devînt de cette couleur, ce rouge de Mars que nul ne peut saisir, j’acceptai tout d’elle : son destin, sa main, et son sourire...

in Bleu Terre, Jean-François Joubert, 2010.